Constitution, institutions, démocratie

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Constitution, institutions, démocratie

Message par Ascagne le Mar 19 Avr 2016 - 14:58

Je me dis qu'il n'est pas inintéressant d'ouvrir un tel sujet en ce moment. Il a été évoqué, de manière secondaire, dans plusieurs fils récents mais mérite d'avoir son fil propre.

Petite contextualisation personnelle (donc, à améliorer, compléter, critiquer) : Depuis plusieurs années, beaucoup de Français ressentent la nécessité de procéder, sinon à des changements profonds qui passeraient par une toute nouvelle constitution et une nouvelle République, du moins à des aménagements plus ou moins importants de nos institutions ou de nos procédures électorales. Ce genre de réflexions s'est développé, peut-être davantage à partir de 2002, suite aux résultats du premier tour de l'élection présidentielle, et a été très présente lors des duo présidentielle/législatives de 2007 et de 2012.
Lors de ces dernières élections, le FN (arrivé troisième) a prôné la proportionnelle aux législatives, le Front de gauche a soutenu le projet d'une VIe République et donc d'une constituante, le Mouvement démocrate a appelé à la tenue d'un référendum concomitant aux législatives pour régler des questions de moralisation et imposer notamment une part de proportionnelle aux législatives. Eva Joly et Dupont-Aignan ont eux aussi proposé une dose de proportionnelle.
Le Parti socialiste arrivé au pouvoir, s'il a depuis mis en place certaines mesures (mais c'est en 2017 qu'entrera en application la décision tant attendue visant à limiter cette fois-ci résolument le cumul des députés), n'a pas respecté les engagements répétés de François Hollande d'instituer une part de proportionnelle. Quant à l'UMP/LR, comme au PS, les principaux responsables ont des avis soit fluctuants (notamment au gré des périodes, électorales ou non), soit nets : pour en rester au cas de la proportionnelle, un Raffarin est contre, un Juppé a dû changer dix fois d'avis durant sa carrière, tandis que Nathalie Kosciusko-Morizet, candidate à la primaire de la droite, vient de déclarer qu'elle était pour une refonte complète de nos institutions. En 2012, Nicolas Sarkozy avait lui aussi inclus la proportionnelle dans son programme.

Il s'agit donc de sujets qui, positivement ou négativement travaillent nos partis politiques, intéressent les citoyens et font écho dans la société. La volonté de renouvellement est bien présente, même si elle se heurte souvent aux difficultés électorales et à la dispersion, sans oublier qu'un parti établi comme le PS ou LR peut toujours prétendre participer au mouvement et revenir ensuite, une fois au pouvoir, sur ses engagements, parce que la situation actuelle lui est profitable. Tout cela pose évidemment la question de la concrétisation de cette volonté, qui est trans-partisane, ce qui renforce sa légitimité mais a aussi, jusqu'ici, diminué ses chances...

Bref, je sais que certains ici ont des avis plus ou moins tranchés sur la question et qu'il peut être intéressant de discuter sur ce sujet.

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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par e-Wanderer le Lun 25 Avr 2016 - 14:25

Sur la proportionnelle, jusqu'à une date récente, le PS et l'UMP n'avaient aucune envie que les choses changent, car la situation profitait évidemment aux deux gros "partis de gouvernement". Mais il n'est pas dit que les choses n'évoluent pas rapidement. Le PS, par la voix de Cambadélis, fait encore mine de croire qu'il va pouvoir imposer son diktat aux Verts, mais ceux-ci vont évidemment monnayer très cher d'éventuelles alliances (ils commencent déjà à dire qu'ils n'en souhaitent pas pour 2017), et je ne parle pas de Mélenchon ! Or le PS, qui va vers des niveaux historiquement faibles, va avoir cruellement besoin de soutiens, sinon les législatives de 2017 vont tourner au massacre... En somme, le PS n'a pas (plus) le choix.

http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2016/04/25/25001-20160425ARTFIG00088-eelv-exclut-tout-accord-avec-le-ps-aux-legislatives-de-2017.php

À droite, la situation est plus favorable pour l'UMP, mais pas idéale non plus car l'installation d'un jeu politique à trois avec le FN change considérablement la donne par rapport à ce que la Ve République a toujours connu. Dans l'immédiat, le "front républicain" assure à la droite des succès faciles au second tour, mais jusqu'à quand ? Il suffit de regarder ce qui se passe en Autriche en ce moment, ce n'est pas bien rassurant : le FPÖ (allié du FN) à 35%, les verts à 20%, et les partis de gouvernement éliminés dès le premier tour ! Je ne crois pas qu'une telle situation puisse arriver en France tout de suite (la droite reste assez solide chez nous), mais il va sans doute falloir faire quelques concessions à Bayrou, Morin ou Dupont-Aignan en prévision de certaines triangulaires serrées. Et puis la proportionnelle mettrait un peu le bazar dans le Sud-Ouest ou en Bretagne, terres assez "roses" mais où le centre réalise aussi de bons scores.

La question n'est donc pas tellement de savoir s'il va y avoir un peu plus de proportionnelle, mais quand. Les stratégies d'alliance semble devoir imposer cette évolution, mais plus on approche des élections, plus il est délicat de changer les règles si on ne veut pas donner l'impression d'un tripatouillage suspect. Il se peut aussi que, le PS ayant plus urgemment besoin que l'UMP de faire des concessions à ses alliés, l'UMP fasse capoter toute réforme : en somme, une stratégie "à la Mitterrand" à l'envers, puisque l'UMP peut s'accommoder d'un FN à 30% qui met hors-jeu une gauche divisée. Restent bien entendu les réticences morales , mais voilà bien longtemps que j'ai perdu mes illusions sur ce point.

Après, quid d'une révision constitutionnelle et d'une VIe République ? Je ne suis personnellement pas du tout convaincu. Cela signifierait le retour à un régime parlementaire à la place d'un régime présidentiel, or 1) il me semble que c'est un système globalement moins stable, comme on l'a vu avec les IIIe et IVe Républiques ; 2) le système serait d'autant moins stable que le FN semble durablement installé dans le paysage, et qu'il y a plusieurs formations (Front de Gauche, Modem) qui peuvent atteindre des seuils non négligeables : bonjour les revirements d'alliances permanents !  Je trouve que notre pays est habité par de telles colères et est tellement déboussolé que ce serait vraiment un choix très incertain : il suffit de voir l'émiettement de l'échiquier politique en ce moment... 3) ce n'est pas parce que le costume est trop grand qu'il faut changer le costume : il vaudrait mieux que l'électorat fasse pression pour retrouver de vrais hommes d'État capables de l'endosser (et pas un opportuniste comme Chirac, un arriviste comme Sarkozy, ou un manoeuvrier comme Hollande).

Du reste, je crois que c'est parce que les pratiques actuelles donnent trop de place aux partis qu'on en est arrivé là. Que signifient ces primaires qu'on voit fleurir partout, si ce n'est la volonté affichée par les partis de téléguider un candidat ? Imagine-t-on le général de Gaulle se présenter à une primaire ? C'est un contresens absolu par rapport à l'esprit des institutions, et le signe de cette volonté d'hégémonie des partis. C'était bien dans cet ordre-là pourtant que le PS présentait les choses la dernière fois : on décide du programme, et ensuite de celui qui va le porter. En somme, un fantoche. Résultat, on a un gars comme Hollande, l'homme de parti par excellence, habile pour réduire les tensions entre différents courants, mais sans vision politique à long terme et sans aucune envergure...

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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par Ascagne le Mar 26 Avr 2016 - 14:43

Après avoir lu plusieurs articles dans les revues consacrées et parcouru quelques avis de constitutionnalistes, il me semble qu'il y a un consensus autour de l'institution d'une dose de proportionnelle. Pour ma part, je pense depuis longtemps que c'est indispensable et que c'est le minimum que l'on puisse faire, le mode de scrutin actuel n'est pas adéquatement représentatif s'il ne contient pas au moins une dose correctrice. Inversement, la proportionnelle intégrale est certes le mode de scrutin le plus équitablement représentatif ; elle pose cependant des problèmes de stabilité, si bien qu'il me semble qu'il faut nécessairement y ajouter des systèmes de compensation. Puisque je parle de compensation, le bicaméralisme serait aussi un atout de ce côté-là, mais il faudrait sans doute revenir sur le rôle précis du Sénat et sur son mode d'élection, je suppose. Un véritable changement de régime ne me semble pas, cependant, la priorité. Il faut distinguer ce qui relève de la pratique de ce qui provient des institutions.
Cependant, je suis sûr d'une chose : la vie politique française nationale a souffert et souffre du fossé existant depuis longtemps entre la représentation nationale et l'état des forces politiques. Au fond, il est assez absurde que des têtes d'affiche comme Marine Le Pen, Mélenchon et Bayrou ne soient même pas ou même plus à l'Assemblée nationale.
Concernant les primaires et la présidentielle en général, pour le moment, on nage dans un scénario à la 2002, avec la potentialité d'avoir un nombre trop important de candidats, ce qui contribue à détourner l'élection présidentielle de son objectif, dans un climat bien curieux où il y a pas mal de gens pour croire que la présidentielle serait une élection ouverte où pourraient advenir tous les renouvellements.
@e-Wanderer a écrit:En somme, un fantoche. Résultat, on a un gars comme Hollande, l'homme de parti par excellence, habile pour réduire les tensions entre différents courants, mais sans vision politique à long terme et sans aucune envergure...
Je pense qu'il a pris un peu d'envergure malgré tout par rapport aux affaires internationales et aux tragédies, mais je te rejoins, e-Wanderer, sur le reste. C'est l'une des raisons pour lesquelles je n'ai pas voté pour lui au second tour.
@e-Wanderer a écrit:il vaudrait mieux que l'électorat fasse pression pour retrouver de vrais hommes d'État capables de l'endosser (et pas un opportuniste comme Chirac, un arriviste comme Sarkozy, ou un manœuvrier comme Hollande)
Ta phrase même témoigne de la difficulté de l'enjeu... Concernant la présidentielle, j'ai bien aimé les expériences de scrutins alternatifs. Il est vrai que l'élection changerait pas mal si l'on modifiait ses règles. On pourrait même se retrouver avec des Présidents qui seraient davantage acceptés par une majorité de citoyens.
@e-Wanderer a écrit:Du reste, je crois que c'est parce que les pratiques actuelles donnent trop de place aux partis qu'on en est arrivé là. Que signifient ces primaires qu'on voit fleurir partout, si ce n'est la volonté affichée par les partis de téléguider un candidat ?
La primaire est un moyen, pour le gros parti traditionnel d'opposition, d'accaparer l'attention médiatique et de capter l'envie de démocratie d'une partie, au moins, de la population. Elle résout en apparence, le temps de la campagne, les dissonances et les conflits internes. Elle a aussi l'ambition de restreindre les chances aux partis ou aux mouvements alternatifs, notamment en voulant entourer le candidat sélectionné d'une légitimité plus grande que celle des autres candidats. Désormais, l'exemple de la primaire socialiste qui a conduit à 2012 ayant fait jurisprudence, les têtes de file de courants savent qu'elles peuvent gagner du pouvoir et de la légitimité à travers une primaire, même en ayant eu un score faible (cf. Manuel Valls) : c'est une voie d'accès pour les ministères, voire Matignon.


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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par VicomteDeValmont le Mar 26 Avr 2016 - 15:12

Pour ajouter du grain au moulin à penser, il me semble qu'avant de donner une meilleure représentativité aux partis dans les institutions (comme la proportionnelle le permettrait), il faut redonner une place essentielle au peuple: passer de la République française à la Démocratie française.
L'élu n'est qu'un représentant du peuple et non pas un dirigeant ; à ce titre, il devrait être possible de le révoquer sous certaines conditions, par référendum.
L'élu n'étant qu'un représentant du peuple, il n'a pas vocation a avoir un blanc-seing pour la durée de son mandat et doit donc consulter le peuple sur les sujets majeurs qui touchent à la politique française.
Les Français ne sont ni des veaux, ni des moutons et il doit leur être possible de proposer au référendum des propositions (sans limites, comme c'est le cas pour cette parodie qu'est le "référendum d'initiative partagée") sur la gouvernance de leur pays, initié (comme cela se fait en Suisse) par un pourcentage défini de la population.
Par ailleurs, il semble bien curieux qu'on puisse être un "homme politique" ou une "femme politique", la politique ne doit plus être un métier. Pour ce faire, il faut limiter dans un premier temps le cumul, dans un second temps le nombre de mandats possibles par personne.
Pour finir, il semble évident qu'une personne qui a commis des délits (ou des crimes), notamment ceux touchant à l'argent, à l'abus de biens sociaux et autres joyeusetés, doit être frappé d'inéligibilité à vie.

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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par Ascagne le Mar 26 Avr 2016 - 15:33

@VicomtedeValmont a écrit:Par ailleurs, il semble bien curieux qu'on puisse être un "homme politique" ou une "femme politique", la politique ne doit plus être un métier. Pour ce faire, il faut limiter dans un premier temps le cumul, dans un second temps le nombre de mandats possibles par personne.
Je ne suis pas favorable à une limitation trop restrictive des mandats dans le temps. Ce thème a déjà été abordé dans d'autres sujets et j'avoue avoir été éberlué par certaines propositions, qui poussaient très loin la restriction de la liberté de candidature et de vote ; il faut garder à l'esprit que c'est dans ce contexte que l'on doit se placer pour aborder cette question. Je me vois mal accepter une limitation du mandat de député à moins de trois mandats, par exemple. La règle pour la présidence de la République me convient, toutefois.


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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par Le grincheux le Mar 26 Avr 2016 - 15:35

@Ascagne a écrit:
@VicomtedeValmont a écrit:Par ailleurs, il semble bien curieux qu'on puisse être un "homme politique" ou une "femme politique", la politique ne doit plus être un métier. Pour ce faire, il faut limiter dans un premier temps le cumul, dans un second temps le nombre de mandats possibles par personne.
Je ne suis pas favorable à une limitation trop restrictive des mandats dans le temps. Ce thème a déjà été abordé dans d'autres sujets et j'avoue avoir été éberlué par certaines propositions, qui poussaient très loin la restriction de la liberté de candidature et de vote ; il faut garder à l'esprit que c'est dans ce contexte que l'on doit se placer pour aborder cette question. Je me vois mal accepter une limitation du mandat de député à moins de trois mandats, par exemple.
Restreindre le nombre de mandat n'est pas une bonne solution. En revanche, limiter les listes civiles et le cumul pourrait déjà réduire le nombre de prétendants...

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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par Handsome Devil le Mer 27 Avr 2016 - 0:23

La France ne pourra pas échapper à une refonte de ses institutions, le régime actuel craque vraiment de partout. Cependant, les formes possibles du prochain système importent peu, l'essentiel est la pérennité (l'instauration?) de l'état de droit, la primauté des droits individuels, l'égalité devant la loi, la limitation des pouvoirs politiques d'où qu'ils émanent et leur soumission à des règles de fonctionnement (transparence, impartialité, efficacité).

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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par Awott le Mer 27 Avr 2016 - 1:56

@Ascagne a écrit:La règle pour la présidence de la République me convient, toutefois.

Ce qui est d'ailleurs frappant dans les premiers messages c'est la non-remise en cause de la fonction présidentielle.

@Handsome Devil a écrit:la limitation des pouvoirs politiques d'où qu'ils émanent et leur soumission à des règles de fonctionnement (transparence, impartialité, efficacité).

De façon un peu caricaturale, une technocratie avec quelques semblant de démocratie pour élire les gestionnaires. Il me parait plus juste d'avoir au contraire un pouvoir politique fort mais obligé devant les volontés collectives.

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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par Ascagne le Mer 27 Avr 2016 - 2:24

@Awott a écrit:Ce qui est d'ailleurs frappant dans les premiers messages c'est la non-remise en cause de la fonction présidentielle.
Je ne trouve pas que la fonction présidentielle soit la cause de tous les maux. Le problème me semble moins lié à la fonction qu'à la difficulté de la voir occupée par quelqu'un qui soit plutôt bien taillé pour elle. Je suis plus gêné par l'absence de toute forme de proportionnelle à l'Assemblée que par la fonction présidentielle.
@Handsome Devil a écrit:Cependant, les formes possibles du prochain système importent peu
Notre histoire constitutionnelle me pousse à soutenir l'idée contraire. Qu'il s'agisse d'améliorer ce que l'on a ou que l'on aboutisse à un changement majeur, il faut veiller à la stabilité et à la solidité du système obtenu. Je pense qu'il y a des améliorations à apporter à la Ve République, notamment en ce qui concerne le mode de scrutin des législatives (c'est essentiel), mais je trouve qu'il est assez facile de faire des confusions en ce qui concerne les causes de certaines difficultés ou de certaines apories (ne pas distinguer suffisamment ce qui relève du paysage politique, des institutions, etc.).


Dernière édition par Ascagne le Mer 27 Avr 2016 - 2:48, édité 1 fois

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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par Awott le Mer 27 Avr 2016 - 2:43

@Ascagne a écrit:
@Awott a écrit:Ce qui est d'ailleurs frappant dans les premiers messages c'est la non-remise en cause de la fonction présidentielle.
Je ne trouve pas que la fonction présidentielle soit la cause de tous les maux. Le problème me semble moins lié à la fonction qu'à la difficulté de la voir occupée par quelqu'un qui soit plutôt bien taillé pour elle. Oui, je suis plus gêné par l'absence de toute forme de proportionnelle à l'Assemblée que par la fonction présidentielle.

Je ne dis pas qu'elle est la source des problèmes du système actuel ( même si je le pense un peu justement à cause de cette difficulté inhérente à la fonction ( dans les formes actuelle de son élection ) qui impose des personnes "fortes" à mon sens peu compatible avec une Assemblée élue à la proportionnelle ).
Le régime présidentiel actuel c'est l'idée d'une incarnation de la République. Comment pourrait-il s'exprimer avec une assemblée plus diversifiée ( dans l'idée que la proportionnelle apporte une diversité ).
Bref, la proportionnelle c'est bien beau mais ce n'est pas la panacée. Il ne s'agit pas seulement d'inclure une part plus ou moins grande de proportionnelle, il faut aussi penser les changements nécessaire à ce que cette proportionnelle puisse véritablement s'exprimer.

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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par Ascagne le Mer 27 Avr 2016 - 3:05

A quoi penses-tu plus précisément, Awott ? On n'est pas dans un régime présidentiel pur sous la Ve République. Certaines habitudes sont plus liées à l'usage ou aux pouvoirs de fait qu'à la lettre de la Constitution, par exemple, le fait que le Président puisse forcer son Premier ministre à la démission et que ce dernier soit finalement, dans les faits, plus responsable devant le Président que devant l'Assemblée. La façon qu'ont les députés, les sénateurs, les groupes, la majorité et l'opposition, d'exercer leurs prérogatives (voire de ne pas les exercer, du moins pas entièrement) compte aussi.
En ce qui concerne la proportionnelle, le principe étant de prendre en compte ne serait-ce qu'à la marge (une marge plus ou moins grande) toutes les formations politiques jugées représentatives (par exemple ayant reçu au moins 5% des suffrages), elle peut difficilement rendre l'Assemblée plus homogène qu'elle ne l'est sous le type de scrutin actuel, non ?

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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par Awott le Mer 27 Avr 2016 - 3:41

Justement, je m'interroge sur le poids effectif de cette marge et son influence dans la prise de décision. Je pense qu'une simple part de proportionnel dans le système actuel serait surtout cosmétique. Plus hétérogène d'aspect mais d'aspect seulement ( avec ce que tu exprimais justement sur l'exercice/non-exercice des prérogatives des élus ).

Edit : J'ai oublié de dire à quoi je pense !

Je pense aux circonscriptions, aux formes du scrutin. Les campagnes sont bien souvent de moins en moins locale. La circonscription ( avec ses faiblesses ) es-ce encore le format le plus adapté ? Ne faudrait-il pas une élection d'envergure nationale, de liste à la proportionnelle ?

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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par Ascagne le Mer 4 Mai 2016 - 17:30

@Awott a écrit:Je pense aux circonscriptions, aux formes du scrutin. Les campagnes sont bien souvent de moins en moins locale. La circonscription ( avec ses faiblesses ) es-ce encore le format le plus adapté ? Ne faudrait-il pas une élection d'envergure nationale, de liste à la proportionnelle ?
Conceptuellement, je ne serais pas gêné par un système de liste nationale pour les députés. Cela changerait cependant pas mal de choses et notamment la nature et le déroulement de la campagne, évidemment. Inversement, on pourrait, après tout, élire directement les sénateurs qui seraient quant à eux liés à des circonscriptions territoriales bien établies. Mais ce n'est pas le seul type de modification qu'on pourrait faire à propos du Sénat.

Je pense qu'une simple part de proportionnel dans le système actuel serait surtout cosmétique. Plus hétérogène d'aspect mais d'aspect seulement.
Qu'est-ce que tu veux dire à travers cette notion d'aspect ?

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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par Awott le Jeu 5 Mai 2016 - 21:44

Que si ce n'est qu'une part de proportionnel, les résultats non-majoritaire n'auront jamais une réel influence ( ni même une plus grande visibilité médiatique ).
Cela renforcera juste des logiques qui ont déjà court ( influence des partis sur leurs élus, 49.3 )..

Sur le papier, on aura un parlement plus "représentatif" sans pour autant qu'il ait un poids plus important, ni qu'il soit en mesure de s'opposer à quoique ce soit.

@Ascagne a écrit:
Cela changerait cependant pas mal de choses et notamment la nature et le déroulement de la campagne, évidemment.

C'est dans l'idée. Un changement qui ne changerait pas la nature des campagnes, qui ne changerait pas les représentations du système politique, ni son rythme, ne serait comme je le disais que cosmétique.

Awott
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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par Pat B le Dim 8 Mai 2016 - 23:16

Moi, je trouve le système trop présidentiel. Personnellement, je vote pour des idées, un programme, pas un homme, et le fait d'avoir mis les présidentielles avant les législatives renforce ce côté "président-chef-médiatique" que je n'aime pas.

Et pour moi, il faut une vraie proportionnelle (avec des listes nationales pour les législatives, ce serait logique en effet, à charge pour les listes de veiller à avoir des représentants répartis sur le territoire ? Ou alors on envisage une liste par région, je ne sais pas). Pas simplement "à la marge". Pour que les gens votent pour ce en quoi ils croient et non plus "utile".
Je connais les arguments annonçant l'instabilité d'un système à la proportionnelle, disant que ça a déjà été testé sous une constitution antérieure. Mais il existe pourtant des pays où ça fonctionne, il suffit de prévoir des statuts qui garantissent malgré tout une stabilité de l'exécutif. Enfin, il me semble...

Pat B
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Re: Constitution, institutions, démocratie

Message par Ascagne le Lun 9 Mai 2016 - 0:30

@Awott a écrit:C'est dans l'idée. Un changement qui ne changerait pas la nature des campagnes, qui ne changerait pas les représentations du système politique, ni son rythme, ne serait comme je le disais que cosmétique.
Ce que je veux dire par là, c'est que laisser de côté les circonscriptions législatives pour établir une liste à tel ou tel niveau, c'est un gros changement pour tout le monde en matière de culture politique. Il suffit de considérer la question du parachutage, qui concerne aussi les législatives.
Au fond, chaque manière de faire a ses avantages et ses inconvénients. Si la méthode actuelle peut aboutir au vice du féodalisme électoral (qui a été renforcé par le cumul des mandats, qui heureusement va enfin être une question réglée en 2017 pour les députés), l'autre méthode a sans doute elle aussi ses dérives : c'est une question de pratiques politiques. Bref, il faut regarder les modalités. En tout cas, qu'il faille soit une part soit davantage, de proportionnelle, j'en suis convaincu.
@Pat B a écrit:Moi, je trouve le système trop présidentiel. Personnellement, je vote pour des idées, un programme, pas un homme, et le fait d'avoir mis les présidentielles avant les législatives renforce ce côté "président-chef-médiatique" que je n'aime pas.
La présidentielle avant les législatives, c'est un ordre logique. Le problème vient de la démobilisation relative des électeurs par rapport aux législatives ; si elle est importante, c'est sans doute aussi parce qu'il n'y a pas de proportionnelle... Concernant la présidentielle, chacun peut voter (au premier tour) pour différentes raisons, une mixture de raisons différentes, etc., et on peut tout à fait considérer que la personnalité des candidats est importante dans ce contexte.
@Pat B a écrit:Je connais les arguments annonçant l'instabilité d'un système à la proportionnelle, disant que ça a déjà été testé sous une constitution antérieure. Mais il existe pourtant des pays où ça fonctionne, il suffit de prévoir des statuts qui garantissent malgré tout une stabilité de l'exécutif. Enfin, il me semble...
Cela peut se faire, par exemple avec un système de prime de sièges au parti arrivé en tête, j'imagine. La proportionnelle n'est donc pas absolument intégrale, mais c'est tout de même mieux pour arriver à une certaine stabilité.

Une vidéo intéressante par rapport à notre sujet (issu d'un séminaire de Rosanvallon au Collège de France, avec Loïc Blondiaux comme intervenant) :


Dernière édition par Ascagne le Lun 9 Mai 2016 - 15:29, édité 1 fois (Raison : ajout d'une vidéo)

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