Partagez
Voir le sujet précédentAller en basVoir le sujet suivant
V.Marchais
Enchanteur

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par V.Marchais le Mer 21 Déc 2016 - 12:55
@Lefteris a écrit:Cynisme est bien ce qui caractérise l'OCDE, malgré toutes les précautions langagières, consistant à dire que ce ne sont pas des préconisations, pas des injonctions, etc.
Un document de 2001 où l'on retrouve plusieurs scénarios, dont on ne s'étonnera pas de trouver des échos dans ce qui se passe maintenant.
(Je ne peux citer, c'est un PDF : à télécharger pour ceux qui veulent le garder, car le lien n'est valide que 10 jours)

Ca, c'est pour l'école :

http://ovh.to/jk8Nfrq


Ca, c'est pur la "faisabilité de la politique d'ajustement" :

http://ovh.to/GA7ULMX

J'ai le nez dedans. C'est fascinant. On se tape le scénar 2, non ?
avatar
Zagara
Vénérable

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par Zagara le Mer 21 Déc 2016 - 13:06
On n'est pas loin du 6 aussi.
On était un 1 qui évolue vers 6 et que les politiques essayent de faire bifurquer vers 2.

On y retrouve tous les poncifs de droite :
- Les parents sont des "consommateurs"
- Il faut "responsabiliser" (?) les enseignants
- Les voies du marché apportent "innovation" et des exclusions "marginales"
- "L'autonomie" devient nécessaire pour répondre à "la demande du client"
- Les "TIC" sont nécessairement positifs


Dernière édition par Zagara le Mer 21 Déc 2016 - 13:11, édité 1 fois
avatar
V.Marchais
Enchanteur

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par V.Marchais le Mer 21 Déc 2016 - 13:10
Oui. On vient du 1, je dirais qu'en ce moment, on a les deux pieds dans l'étape 6, mais que le but, c'est le 2, avec le développement d'un marché privé de l'éducation - profitable lui (enfin, pas aux élèves).

_________________
visitez le site http://www.reformeducollege.fr/
avatar
atrium
Neoprof expérimenté

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par atrium le Mer 21 Déc 2016 - 13:51
@almuixe a écrit:
@Yazilikaya a écrit:
@Osmie a écrit:Allez, pour le plaisir, on rappelle les objectifs de l'OCDE, qui ne datent pas d'hier (Cahier n°13, 1996) Un beau cynisme pour Noël :

"Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse. On peut réduire, par exemple, les crédits de fonctionnement aux écoles ou aux universités, mais il serait dangereux de restreindre le nombre d’élèves ou d’étudiants. Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement et l’école peut progressivement et ponctuellement obtenir une contribution des familles, ou supprimer telle activité. Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population." p.30

http://www.oecd.org/fr/dev/1919068.pdf

Je découvre! Difficile d'aller plus loin dans le cynisme en effet.

Ce à quoi l'OCDE a opposé une défense savoureuse. Ce texte concernait les pays en voie de développement...

Mais quel occidental est conscient du fait que les politiques d'ajustement structurels menées en Afrique dans les années 80 ont fait passer bien des africains de la pauvreté à la misère?

C'est tellement plus simple de se dire que c'est de la faute à des gouvernements corrompus (ce qui n'est pas faux) et que donc ça ne peut pas nous arriver, à nous...

_________________
It's okay to be a responsible member of society if only you know what you're going to be held responsible for.

John Brunner, The Jagged Orbit
avatar
Schéhérazade
Niveau 10

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par Schéhérazade le Mer 21 Déc 2016 - 14:40
@VicomteDeValmont a écrit:
Mélenchon a écrit:La primaire « de la droite et du centre » s’est délectée des mauvaises nouvelles qu’elle répandait sur les performances de l’école publique républicaine. D’une séquence à l’autre le tableau se noircissait de surenchères. On est passé de 20% d’une classe d’âge « qui-ne-sait-ni-lire-ni-écrire-ni-compter » à 40 % selon les délires. Sans oublier les 150 000 jeunes qui « quittent-le-système-scolaire-sans-aucune-qualification ». Le tout répété en boucle pourrait passer pour des évidences admises par tous. D’autant que les bons esprits de « gôche » répètent à l’envie la ritournelle.

Non tout le monde n’est pas d’accord avec ce « diagnostic » ! Il n’est pas vrai que 20 % et encore moins 40 % ne sachent ni lire ni écrire ni compter. Ils ont des difficultés dans UN de ces exercices, et elles sont plus ou moins grandes selon les cas. Elles ne se cumulent pas forcément et ne sont jamais de même intensité dans tous les compartiments. À la fin des fins il reste pour l’ensemble de la population vivant en France, tous âges confondus, 2,5 millions d’illettrés.

La suite: http://melenchon.fr/2016/12/14/jubilation-malsaine-face-aux-difficultes-de-lecole/

Affligeant déni de réalité. Si je comprends bien les choix de Mélenchon, il est pro-ESPE: c'est bien la peine de dénoncer le rôle présumé de l'UE dans la casse de l'école, si c'est pour laisser le pouvoir aux experts qui ont promu les réformes voulues par elle. Il n'y a donc rien à attendre de lui en matière d'éducation. Merci pour l'information, et merci à Lefteris pour les documents.
avatar
Osmie
Sage

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par Osmie le Jeu 22 Déc 2016 - 9:42
@horiu a écrit:Je ne discute pas votre théorie (même si personnellement je n'y crois pas ) mais la méthode. Ce qui est gênant c'est que pour illustrer cette théorie, on sort un bout de texte qui circule en boucle sur le net depuis des années sans que personne ne cherche à savoir la vérité de la source (alors que le lien est donné). Dommage pour des professeurs qui ont justement à lutter contre l'intox du net et travailler le fact-checking.  

Ce texte est très connu et la théorie développée a notamment été illustrée par le syndicat Sud ; je pourrais ici le commenter, mais cela a été fait et refait. Par ailleurs, j'ai passé beaucoup de temps sur ce forum et surtout dans les établissements à lutter contre la réforme du collège, en vain ; c'est vrai que je n'ai plus l'envie de rédiger de longs développements ici, tant ils me semblent vains, et il serait facile de discréditer pour cela mes propos, j'en ai conscience. J'apprécie que Lefteris et Zagara prennent le temps d'argumenter et d'étayer leurs réflexions.
Pour le reste, on peut tout à fait choisir de se voiler la face sur les stratégies mises en œuvre dans notre pays pour saper l'EN et d'autres services publics : cela évite des ulcères, mais ne change rien à la réalité que nous vivons dans nos établissements. Il faut être bien aveugle pour refuser de voir le projet de casse de l'EN. Je ne développe pas non plus, j'y ai déjà passé des heures ici, comme beaucoup d'autres. Le réveil va être dur, mais ce sommeil choisi aura permis à certains de se protéger quelques années de plus, et à l'EN de sombrer davantage.
the educator
Fidèle du forum

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par the educator le Jeu 22 Déc 2016 - 10:03
@Osmie a écrit:Ce texte est très connu et la théorie développée a notamment été illustrée par le syndicat Sud ;
ah ben, d'un coup
Personne ne contredit ta thèse, Osmie, c'est juste la source et la manière dont tu la présentes qui ne colle pas.
avatar
Osmie
Sage

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par Osmie le Jeu 22 Déc 2016 - 10:32
J'attendais une réaction de ce genre, et j'ai tendu la perche en me référant à Sud ; je ne suis pas déçue. Je vais éviter de citer Krasucki !
La source n'est pas contestable puisqu'elle est hébergée sur le site de l'OCDE, mais sans doute me trompé-je, évidemment.
Quant à la thèse, je ne la développe pas ici, pour les raisons expliquées dans le post précédent ; j'aime toutefois rappeler ce texte de l'OCDE, cynique et direct, car la casse de l'EN en est l'application. Que les collègues lisent ces 40 pages et se fassent leur opinion.
http://www.oecd.org/fr/dev/1919068.pdf
horiu
Niveau 2

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par horiu le Jeu 22 Déc 2016 - 10:48
Ce n'est pas le problème de la source mais de sa lecture tronquée et malhonnête. J'ai régulièrement trouvé sur le site de l'OCDE des articles intéressants sur beaucoup du sujets, les apports sont divers et il n'y a pas une pensée unique ultralibérale comme on le prétend. (la tendance reste certes libérale, mais ce n'est pas forcément le Mal).
horiu
Niveau 2

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par horiu le Jeu 22 Déc 2016 - 11:04
@V.Marchais a écrit:Oui. On vient du 1, je dirais qu'en ce moment, on a les deux pieds dans l'étape 6, mais que le but, c'est le 2, avec le développement d'un marché privé de l'éducation - profitable lui (enfin, pas aux élèves).

Et pourquoi vous ne parlez pas du scénario 3 ou 4 qui semblent avoir la préférence dans ce texte? Deux scenarii profitables à la société, aux enseignants, aux élèves. Non vous préférez vous faire peur en faisant croire que ce texte favorise une école offerte au marché; peut-être pour ne pas remettre en question le scénario 1 dans lequel on patauge depuis des décennies. Là encore on est dans des lectures malhonnêtes de textes plus subtils que ce qu'on veut leur faire dire. De quel côté est la propagande?
avatar
V.Marchais
Enchanteur

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par V.Marchais le Jeu 22 Déc 2016 - 11:19
Pourquoi ne parlé-je pas du scénario 3 ou du 4 ? Parce que ce que nous vivons actuellement (pénurie d'enseignants, dégradation des contenus, insatisfaction du public, développement de services privés...) m'évoque les scénarios 2 ou 6, et pas du tout les 3 ou 4 (salaires élevés des professeurs, qualification importante...).
Il ne s'agit pas de se faire peur mais de se situer parmi tous les scénarios possibles évoqués (certains seraient effectivement séduisants, mais je ne vois pas que ce soit ceux qui ont été retenus en France), sur la base de la situation que nous vivons.

_________________
visitez le site http://www.reformeducollege.fr/
avatar
Osmie
Sage

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par Osmie le Jeu 22 Déc 2016 - 11:49
@horiu a écrit:Ce n'est pas le problème de la source mais de sa lecture tronquée et malhonnête. J'ai régulièrement trouvé sur le site de l'OCDE des articles intéressants sur beaucoup du sujets, les apports sont divers et il n'y a pas une pensée unique ultralibérale comme on le prétend.  (la tendance reste certes libérale, mais ce n'est pas forcément le Mal).

Il s'avère, et c'est de l'ordre du constat, que c'est le fruit de cette pensée-là, et pas d'une autre, qui ravage nos services publics.
the educator
Fidèle du forum

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par the educator le Jeu 22 Déc 2016 - 12:13
@Osmie a écrit:La source n'est pas contestable puisqu'elle est hébergée sur le site de l'OCDE, mais sans doute me trompé-je, évidemment.
Mais tu la cites comme un "programme" alors que ça n'en est pas un.
archeboc
Esprit éclairé

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par archeboc le Jeu 22 Déc 2016 - 12:19
@V.Marchais a écrit:Pourquoi ne parlé-je pas du scénario 3 ou du 4 ? Parce que ce que nous vivons actuellement (pénurie d'enseignants, dégradation des contenus, insatisfaction du public, développement de services privés...) m'évoque les scénarios 2 ou 6, et pas du tout les 3 ou 4 (salaires élevés des professeurs, qualification importante...).
Il ne s'agit pas de se faire peur mais de se situer parmi tous les scénarios possibles évoqués (certains seraient effectivement séduisants, mais je ne vois pas que ce soit ceux qui ont été retenus en France), sur la base de la situation que nous vivons.

Mais qu'est-ce qui te permet de dire que c'est l'OCDE qui a choisi tel ou tel scénario à la place des institutions françaises ?

@V.Marchais a écrit:Merci, Fomoire, je sais lire. Et ce rapport, que j'ai déjà cité plusieurs fois, sache que je l'ai lu. Il y a 20 ans, quand il est sorti. J'étais jeune professeur. J'avais trouvé ça presque grotesque tellement ça paraissait énorme de cynisme. J'ai sans doute parlé de complotisme.
Et puis je me suis pris 20 ans de réalité dans la figure. Et force m'est de constater que cette réalité des réformes de l'EN met singulièrement en oeuvre les principes énoncés dans ce rapport. Que toutes les dernières réformes sont la mise en oeuvre directe (maquillée d'oripeaux prédagogiques) des desiderata économiques de l'OCDE. Que tout cela a été formalisé par les accords de Lisbonne.

Alors les précautions oratoires, maintenant, je les prends pour ce qu'elles sont.

À ce stade, ce n'est plus du complot, c'est une politique menée au grand jour ou presque.

C'est une politique menée presque au grand jour, mais ce n'est pas la politique prônée par ce document, puisque ce document ne prône aucune politique. Il dit seulement : voilà la politique court-termiste que les gouvernements faibles vont, tendanciellement, suivre. Accuser l'OCDE de cette faiblesse, c'est comme accuser les météorologues de créer les ouragans.

_________________
Pour des raisons de commodité nous utilisons dans nos analyses un classement des élèves en « bons », « moyens » et « faibles » qui n'est valable qu'à l'intérieur de chaque classe ou dans des classes de même type. En fait, les élèves que nous appelons « bons » sont plutôt des élèves moyens, les « moyens » des élèves plutôt faibles et les « faibles » des élèves en grande difficulté.
van Zanten Agnès. Le quartier ou l'école ? Déviance et sociabilité adolescente dans un collège de banlieue . In: Déviance et société. 2000 - Vol. 24 - N°4. Les désordres urbains : regards sociologiques. pp. 377-401. note 3


avatar
Zagara
Vénérable

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par Zagara le Jeu 22 Déc 2016 - 12:28
@horiu a écrit:Ce n'est pas le problème de la source mais de sa lecture tronquée et malhonnête. J'ai régulièrement trouvé sur le site de l'OCDE des articles intéressants sur beaucoup du sujets, les apports sont divers et il n'y a pas une pensée unique ultralibérale comme on le prétend.  (la tendance reste certes libérale, mais ce n'est pas forcément le Mal).
C'est marrant ce réflexe des libéraux de se poser sur le terrain de la morale quand on explique simplement des faits.

Privatiser et détruire les services publics n'est ni bon ni mal, c'est une politique qui sert des intérêts précis. Si on est riche, on en retire des avantages certains, puisqu'on peut évoluer dans le jeu de l'offre et de la demande facilement en allant chercher les écoles les plus réputées (les chères), les mutuelles les plus couvrantes (les chères), etc.

Par contre, si on est pauvre, on finit comme les Américains qui galèrent : 2 à 3 minijobs pour ne serait-ce que survivre, vivre dans un mobile-home parce qu'une vraie maison, c'est trop cher, pas de protection dentaire et donc des chicots pourris (les reportages sont assez impressionnants, on se croirait dans un pays du tiers monde), enchaîner les crédits revolving.

Tout ceci est un plan de société. On peut trouver que c'est acceptable, car on est du bon côté de la barrière et donc qu'on en retirera des avantages certains (les logiques de marchés permettent effectivement des innovations et des concentrations de compétences bénéfiques pour les consommateurs... si on a les moyens de se les offrir).

Ce n'est donc pas une question de bien ou de mal, de morale, et toutes ces idioties subjectives. C'est la question de quelle société on veut : une société où les biens communs sont socialisés afin de permettre à tous, y compris les pauvres, de dépasser leur condition animale et d'aller vers un bien-vivre, ou bien une société où tout est privé, tout est en concurrence, où la richesse définit les capacités sociales des individus et où c'est chacun pour sa pomme.

Constat : le second modèle fait exploser les inégalités et renforce les sentiments de déclassement, de frustration, de haine et, donc, le fascisme (à l'heure où Trump a été élu, peut-on encore faire l'autruche sur les effets politiques du néolibéralisme ?).

Second constat : les gestions d'Etat sont plus efficaces que les gestions privées car elles demandent moins de coûts (pas de publicité, pas de marketing, etc) ; la concurrence tire en fait les prix vers le haut, ce qui est contre intuitif -> du fait des coûts supplémentaires induits par les mécaniques concurrentielles, qu'il faut répercuter sur les consommateurs et du fait que les acteurs privés n'ont pas pour objectif de donner un service de bonne qualité mais de faire du profit. Le service de bonne qualité n'est qu'un moyen pour rendre leur offre attractive, pour faire du profit. Un système privatisé demande donc : plus de coûts, n'est pas obligé d'avoir une égale répartition sur le territoire (ce qui crée des inégalités spatiales de service), coûte au final plus cher au consommateur qu'un service d'Etat (on l'a vu avec GDF) et tend à offrir un service de moindre qualité (aussi parce que l'investissement pour renforcer la qualité de service est traitée comme un coût par l'entreprise).


Dernière édition par Zagara le Jeu 22 Déc 2016 - 12:36, édité 2 fois
User21714
Expert spécialisé

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par User21714 le Jeu 22 Déc 2016 - 12:34
@Zagara a écrit:
@horiu a écrit:Ce n'est pas le problème de la source mais de sa lecture tronquée et malhonnête. J'ai régulièrement trouvé sur le site de l'OCDE des articles intéressants sur beaucoup du sujets, les apports sont divers et il n'y a pas une pensée unique ultralibérale comme on le prétend.  (la tendance reste certes libérale, mais ce n'est pas forcément le Mal).
C'est marrant ce réflexe des libéraux de se poser sur le terrain de la morale quand on explique simplement des faits.

Privatiser et détruire les services publics n'est ni bon ni mal, c'est une politique qui sert des intérêts précis. Si on est riche, on en retire des avantages certains, puisqu'on peut évoluer dans le jeu de l'offre et de la demande facilement en allant chercher les écoles les plus réputées (les chères), les mutuelles les plus couvrantes (les chères), etc.

Par contre, si on est pauvre, on finit comme les Américains qui galèrent : 2 à 3 minijobs pour ne serait-ce que survivre, vivre dans un mobile-home parce qu'une vraie maison, c'est trop cher, pas de protection dentaire et donc des chicots pourris (les reportages sont assez impressionnants, on se croirait dans un pays du tiers monde), enchaîner les crédits revolving.

Tout ceci est un plan de société. On peut trouver que c'est acceptable, car on est du bon côté de la barrière et donc qu'on en retirera des avantages certains (les logiques de marchés permettent effectivement des innovations et des concentrations de compétences bénéfiques pour les consommateurs... si on a les moyens de se les offrir).

Ce n'est donc pas une question de bien ou de mal, de morale, et toutes ces idioties subjectives. C'est la question de quelle société on veut : une société où les biens communs sont socialisés afin de permettre à tous, y compris les pauvres, de dépasser leur condition animale et d'aller vers un bien-vivre, ou bien une société où tout est privé, tout est en concurrence, où la richesse définit les capacités sociales des individus et où c'est chacun pour sa pomme.

Constat : le second modèle fait exploser les inégalités et renforce les sentiments de déclassement, de frustration, de haine et, donc, le fascisme (à l'heure où Trump a été élu, peut-on encore faire l'autruche sur les effets politiques du néolibéralisme ?).

Merci, Zagara!

avatar
V.Marchais
Enchanteur

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par V.Marchais le Jeu 22 Déc 2016 - 12:49
L'OCDE n'est certes pas le décisionnaire direct en matière d'éducation en France, mais la croire étrangère aux accords de Lisbonne qui tracent l'horizon de toutes les politiques éducatives européennes ou penser que les convergences entre certaines de ses préconisations (ou celles de Bercy, autre grand pédagogue des temps modernes) et les dernières réformes relèvent du pur hasard, c'est d'une grande naïveté.

_________________
visitez le site http://www.reformeducollege.fr/
horiu
Niveau 2

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par horiu le Jeu 22 Déc 2016 - 13:01
@Zagara a écrit:
C'est marrant ce réflexe des libéraux de se poser sur le terrain de la morale quand on explique simplement des faits.

Privatiser et détruire les services publics n'est ni bon ni mal, c'est une politique qui sert des intérêts précis. Si on est riche, on en retire des avantages certains, puisqu'on peut évoluer dans le jeu de l'offre et de la demande facilement en allant chercher les écoles les plus réputées (les chères), les mutuelles les plus couvrantes (les chères), etc.

Par contre, si on est pauvre, on finit comme les Américains qui galèrent : 2 à 3 minijobs pour ne serait-ce que survivre, vivre dans un mobile-home parce qu'une vraie maison, c'est trop cher, pas de protection dentaire et donc des chicots pourris (les reportages sont assez impressionnants, on se croirait dans un pays du tiers monde), enchaîner les crédits revolving.

Tout ceci est un plan de société. On peut trouver que c'est acceptable, car on est du bon côté de la barrière et donc qu'on en retirera des avantages certains (les logiques de marchés permettent effectivement des innovations et des concentrations de compétences bénéfiques pour les consommateurs... si on a les moyens de se les offrir).

Ce n'est donc pas une question de bien ou de mal, de morale, et toutes ces idioties subjectives. C'est la question de quelle société on veut : une société où les biens communs sont socialisés afin de permettre à tous, y compris les pauvres, de dépasser leur condition animale et d'aller vers un bien-vivre, ou bien une société où tout est privé, tout est en concurrence, où la richesse définit les capacités sociales des individus et où c'est chacun pour sa pomme.

Constat : le second modèle fait exploser les inégalités et renforce les sentiments de déclassement, de frustration, de haine et, donc, le fascisme (à l'heure où Trump a été élu, peut-on encore faire l'autruche sur les effets politiques du néolibéralisme ?).

Second constat : les gestions d'Etat sont plus efficaces que les gestions privées car elles demandent moins de coûts (pas de publicité, pas de marketing, etc) ; la concurrence tire en fait les prix vers le haut, ce qui est contre intuitif -> du fait des coûts supplémentaires induits par les mécaniques concurrentielles, qu'il faut répercuter sur les consommateurs et du fait que les acteurs privés n'ont pas pour objectif de donner un service de bonne qualité mais de faire du profit. Le service de bonne qualité n'est qu'un moyen pour rendre leur offre attractive, pour faire du profit. Un système privatisé demande donc : plus de coûts, n'est pas obligé d'avoir une égale répartition sur le territoire (ce qui crée des inégalités spatiales de service), coûte au final plus cher au consommateur qu'un service d'Etat (on l'a vu avec GDF) et tend à offrir un service de moindre qualité (aussi parce que l'investissement pour renforcer la qualité de service est traitée comme un coût par l'entreprise).

Je dis simplement que tous les libéraux ne proposent pas de livrer l'école au marché, que vous avez une lecture manichéenne des textes dont on parle qui éludent les autres scénarios proposés. Pour ce qui en est de notre système étatique très bureaucratique et centralisé je n'ai pas vu son efficacité pour les populations les plus fragiles, au contraire nous sommes dans un système élitiste qui favorise nos enfants et qu'il ne faut pas remettre en question car il arrange ceux qui ont la parole et le pouvoir . Donc ni premier modèle ni second modèle.
avatar
Osmie
Sage

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par Osmie le Jeu 22 Déc 2016 - 13:04
@the educator a écrit:
@Osmie a écrit:La source n'est pas contestable puisqu'elle est hébergée sur le site de l'OCDE, mais sans doute me trompé-je, évidemment.
Mais tu la cites comme un "programme" alors que ça n'en est pas un.

J'écris qu'il y a un projet de rendre inefficaces les services publics afin que les citoyens s'en détournent et aillent vers le privé sans râler. J'écris que ces gens qui pondent ces réflexions ont tenu compte des anciennes luttes sociales et ont bien réfléchi à la façon de les éviter. J'écris que ce que l'on vit est application exacte de ce qui est écrit dans ce passage du cahier 13. Il est question de privatiser tout ce qui fait société : l'école, la santé, les transports, tout. Et sans sursaut de la population.
avatar
Osmie
Sage

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par Osmie le Jeu 22 Déc 2016 - 13:06
@horiu a écrit:
@Zagara a écrit:
C'est marrant ce réflexe des libéraux de se poser sur le terrain de la morale quand on explique simplement des faits.

Privatiser et détruire les services publics n'est ni bon ni mal, c'est une politique qui sert des intérêts précis. Si on est riche, on en retire des avantages certains, puisqu'on peut évoluer dans le jeu de l'offre et de la demande facilement en allant chercher les écoles les plus réputées (les chères), les mutuelles les plus couvrantes (les chères), etc.

Par contre, si on est pauvre, on finit comme les Américains qui galèrent : 2 à 3 minijobs pour ne serait-ce que survivre, vivre dans un mobile-home parce qu'une vraie maison, c'est trop cher, pas de protection dentaire et donc des chicots pourris (les reportages sont assez impressionnants, on se croirait dans un pays du tiers monde), enchaîner les crédits revolving.

Tout ceci est un plan de société. On peut trouver que c'est acceptable, car on est du bon côté de la barrière et donc qu'on en retirera des avantages certains (les logiques de marchés permettent effectivement des innovations et des concentrations de compétences bénéfiques pour les consommateurs... si on a les moyens de se les offrir).

Ce n'est donc pas une question de bien ou de mal, de morale, et toutes ces idioties subjectives. C'est la question de quelle société on veut : une société où les biens communs sont socialisés afin de permettre à tous, y compris les pauvres, de dépasser leur condition animale et d'aller vers un bien-vivre, ou bien une société où tout est privé, tout est en concurrence, où la richesse définit les capacités sociales des individus et où c'est chacun pour sa pomme.

Constat : le second modèle fait exploser les inégalités et renforce les sentiments de déclassement, de frustration, de haine et, donc, le fascisme (à l'heure où Trump a été élu, peut-on encore faire l'autruche sur les effets politiques du néolibéralisme ?).

Second constat : les gestions d'Etat sont plus efficaces que les gestions privées car elles demandent moins de coûts (pas de publicité, pas de marketing, etc) ; la concurrence tire en fait les prix vers le haut, ce qui est contre intuitif -> du fait des coûts supplémentaires induits par les mécaniques concurrentielles, qu'il faut répercuter sur les consommateurs et du fait que les acteurs privés n'ont pas pour objectif de donner un service de bonne qualité mais de faire du profit. Le service de bonne qualité n'est qu'un moyen pour rendre leur offre attractive, pour faire du profit. Un système privatisé demande donc : plus de coûts, n'est pas obligé d'avoir une égale répartition sur le territoire (ce qui crée des inégalités spatiales de service), coûte au final plus cher au consommateur qu'un service d'Etat (on l'a vu avec GDF) et tend à offrir un service de moindre qualité (aussi parce que l'investissement pour renforcer la qualité de service est traitée comme un coût par l'entreprise).

Je dis simplement que tous les libéraux ne proposent pas de livrer l'école au marché, que vous avez une lecture manichéenne des textes dont on parle qui éludent les autres scénarios proposés. Pour ce qui en est de notre système étatique très bureaucratique et centralisé je n'ai pas vu son efficacité pour les populations les plus fragiles, au contraire nous sommes dans un système élitiste qui favorise nos enfants et qu'il ne faut pas remettre en question car il arrange ceux qui ont la parole et le pouvoir .  Donc ni premier modèle ni second modèle.

Bien sûr que non, pas toute l'école au marché parce que tout le monde n'en a pas les moyens : l'école publique au rabais pour les pauvres, comme en Grèce, et l'école privée pour les riches. C'est merveilleux.
Le fonctionnement de notre système est sapé afin qu'il soit inefficace.
horiu
Niveau 2

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par horiu le Jeu 22 Déc 2016 - 13:08
@V.Marchais a écrit:L'OCDE n'est certes pas le décisionnaire direct en matière d'éducation en France, mais la croire étrangère aux accords de Lisbonne qui tracent l'horizon de toutes les politiques éducatives européennes ou penser que les convergences entre certaines de ses préconisations (ou celles de Bercy, autre grand pédagogue des temps modernes) et les dernières réformes relèvent du pur hasard, c'est d'une grande naïveté.
Je trouve au contraire les dernières réformes allant dans le bon sens même si trop timides. La solution à nos difficultés passera par un renouveau radical des pratiques pédagogiques comme l'ont fait les allemands face au choc PISA.
avatar
KrilinXV3
Neoprof expérimenté

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par KrilinXV3 le Jeu 22 Déc 2016 - 13:10
Peu importe que ça soit pas un programme. Ce qui est écrit est suffisamment scandaleux comme ça.

A moins qu'il y ait écrit "Ce n'est pas ce qu'il faut faire", "Imaginons que des gens préconisent ça" ou "LOL mdr xptdr", difficile d'éteindre l'incendie et de prétendre y voir autre chose que la substance de l'organisation qui a écrit cette phrase.

_________________
Asinus asinum fricat
avatar
V.Marchais
Enchanteur

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par V.Marchais le Jeu 22 Déc 2016 - 13:14
@horiu a écrit:Pour ce qui en est de notre système étatique très bureaucratique et centralisé je n'ai pas vu son efficacité pour les populations les plus fragiles, au contraire nous sommes dans un système élitiste qui favorise nos enfants et qu'il ne faut pas remettre en question car il arrange ceux qui ont la parole et le pouvoir .  Donc ni premier modèle ni second modèle.

En fait, les réformes menées depuis 40 ans, qui vont toujours dans le même sens, n'ont fait qu'aggraver les inégalités. C'est d'ailleurs vrai aussi dans les pays qui ont déjà fait le bilan de l'enseignement par compétences (Québec, Belgique). Mais nous, on y va quand même... Notre système étatique est certainement perfectible, mais il est sans fois moins pire que ce que nous faisons depuis quelques décennies. Réformer, d'accord, mais si possible, dans le bon sens, celui qui réduira les inégalités au lieu de les creuser (en agissant par exemple que la lecture en CP, ou sur le travail de la langue, au lieu de réduire sans cesse les heures qui lui sont dévolues sous prétexte que c'est une compétence transversale...).
Quant au système bureaucratique, les dernières réformes ne font que l'accentuer avec la multiplication de la paperasse pour tout et n'importe quoi et des réunions en tous genres de nouvelles commissions et de hiérarchie intermédiaire.

_________________
visitez le site http://www.reformeducollege.fr/
avatar
V.Marchais
Enchanteur

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par V.Marchais le Jeu 22 Déc 2016 - 13:15
Et les accords du GATS (AGCS en français), signés en 2003 (pas par l'OCDE, certes, par l'OMC), vous considérez aussi que c'est de la SF et du complotisme ?

_________________
visitez le site http://www.reformeducollege.fr/
avatar
Zagara
Vénérable

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par Zagara le Jeu 22 Déc 2016 - 13:15
J'ai une amie brésilienne. Elle m'a raconté comment fonctionnait l'école au Brésil, et c'est exactement le projet qu'on nous propose et qui est déjà installé dans nombre de pays qui ont connu une ultralibéralisation de leur tissu social :

- un secteur public dysfonctionnel qui sert de poubelle : le but de toute famille moyenne est de se saigner aux quatre veines pour mettre leurs enfants dans le privé, gage de qualité
- une large gamme d'offres privées, depuis des écoles assez peu chères jusqu'à des écoles à 10000 dollars l'année, dans lesquelles se répartissent la grande partie de la population.

Donc ce n'est ni un fantasme, ni imaginaire. Ce qui est entrain de se mettre en place en France, plus difficilement et plus lentement qu'ailleurs car les Français sont encore attachés aux services publics et à l'Etat (malgré les 30 ans de crachats dessus faits par les libéraux, la population aime encore les services publics et les sondages à l'échelle européenne montrent aussi qu'on est le peuple qui aime le plus l'idée d'égalité et qui déteste le plus les riches ostentatoires), c'est ce qui existe déjà dans nombre de pays qui peuvent capitaliser sur le secteur éducatif. Pour saper cette attache affective aux services publics et à l'égalité (qui est le résultat de notre histoire spécifique), il faut rendre inefficaces les services publics afin d'en détourner les gens vers d'autres offres.

Ça se met en place en plusieurs temps :
1. ouvrir à la concurrence un secteur public sans détruire le service public (par exemple on a ouvert l'électricité à la concurrence et EDF est contraint de céder des parties de son électricité à prix fixe à ses concurrents)
2. mettre en faillite, faire des coupes claires dans le budget et dans les personnels de l'entreprise public afin de dégrader son service (si on reprend le dossier EDF, on ne peut expliquer sa faillite et ses choix stratégiques des dernières années que par une totale imbécilité de ses dirigeants ou une volonté claire de ne pas profiter à l'entreprise)
3. voir les citoyens s'orienter d'eux-mêmes vers les services privés, qui offrent désormais un service attratif
4. ???
5. PROFIT


Dernière édition par Zagara le Jeu 22 Déc 2016 - 13:20, édité 3 fois
User21714
Expert spécialisé

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par User21714 le Jeu 22 Déc 2016 - 13:15
@horiu a écrit:
@V.Marchais a écrit:L'OCDE n'est certes pas le décisionnaire direct en matière d'éducation en France, mais la croire étrangère aux accords de Lisbonne qui tracent l'horizon de toutes les politiques éducatives européennes ou penser que les convergences entre certaines de ses préconisations (ou celles de Bercy, autre grand pédagogue des temps modernes) et les dernières réformes relèvent du pur hasard, c'est d'une grande naïveté.
Je trouve au contraire les dernières réformes allant dans le bon sens même si trop timides. La solution à nos difficultés passera par un renouveau radical des pratiques pédagogiques comme l'ont fait les allemands face au choc PISA.  

Je sens bien notre nouvel ami nous conseiller d'aller voter Valls à la Primaire de la BAP...
Najat, sors de ce corps!!!
Contenu sponsorisé

Re: Jean-Luc Mélenchon : "Jubilation malsaine face aux difficultés de l’école".

par Contenu sponsorisé
Voir le sujet précédentRevenir en hautVoir le sujet suivant
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum