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trompettemarine
Grand sage

[le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par trompettemarine le Jeu 22 Déc 2016 - 15:00
Citation :

L'Éducation nationale marche sur la tête : une surveillante se fait insulter par un élève de 11 ans, et c'est elle qui est mise à pied et menacée d'exclusion !
Par Nora Bussigny
Publié le 21/12/2016 à 09:18 | Le Point.fr
Image d'illustration : la cour de récréation du collège Jules-Vallès de Choisy-le-Roi.
Image d'illustration : la cour de récréation du collège Jules-Vallès de Choisy-le-Roi. © Michael LUMBROSO/REA

Nora Bussigny est surveillante dans un collège REP (ex-ZEP) d'une banlieue sensible. Le regard de cette étudiante de 20 ans nous éclaire sur la vie d'un établissement scolaire classé « éducation prioritaire », où le public y est un peu plus difficile qu'ailleurs. Dans cette plongée en immersion, nous côtoyons des profs souvent impuissants, un principal très tolérant, des « CPE » et des « pions » parfois dépassés par la violence quasi quotidienne, et de nombreux élèves à la dérive…

Source :
http://www.lepoint.fr/societe/chroniques-d-une-surveillante-de-college-12-la-claque-21-12-2016-2092014_23.php#xtor=CS2-239

Commentaire : Dire que l'on pourrait croire à une caricature... mais combien vivent cette réalité ?
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Balthamos
Grand sage

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Balthamos le Jeu 22 Déc 2016 - 15:32
C'est ce qu'on appelle "la bienveillance"...
Luz
Niveau 7

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Luz le Jeu 22 Déc 2016 - 16:35


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KrilinXV3
Neoprof expérimenté

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par KrilinXV3 le Jeu 22 Déc 2016 - 18:15
Plein de choses à dire. Je me lance.

Dans cette plongée en immersion, nous côtoyons des profs souvent impuissants, un principal très tolérant, des « CPE » et des « pions » parfois dépassés par la violence quasi quotidienne, et de nombreux élèves à la dérive…

Le décor est planté. On nous donne les clés avant même que l'article ne débute réellement. C'est une situation qu'on peut attester dans de nombreux établissements. Est-ce représentatif ? Je n'ai pas de réponse. Mais le fait que cela corresponde assez à la ligne éditoriale du Point et à ce que veulent entendre ses lecteurs n'est certainement pas un hasard.

Elle n'est pas vraiment surveillante, mais possède un contrat de 24 heures réservé aux non-titulaires du baccalauréat et aux chômeurs de longue durée.

Un vrai souci dans l'EN: le recours à un personnel non-qualifié. La disparition du statut MI-SE a fait beaucoup de mal, il est temps de s'en rendre compte.

Très consciencieuse, elle affiche un sérieux à toute épreuve, mais aussi un caractère bien trempé. Ses remarques désapprobatrices à l'encontre de certains de mes collègues ne lui valent d'ailleurs pas l'unanimité, celle-ci insistant notamment sur leur utilisation du téléphone ou leur laxisme auprès des élèves.

Autre souci: un flou artistique dans les missions. Qui est cette personne ? Une AE ? Une AP ? Une secrétaire ? Un agent de service ?
C'est là encore un problème très courant, à la fois systémique (l'EN peine à recruter à presque tous les étages liés au terrain) et individuel: rien n'est plus regrettable que tout ces wannabe IPR, wannabe CPE, wannabe PERDIR, qui sont sans cesse dans le dépassement de fonction mais aussi dans le jugement. Quand il s'agit de l'intérêt général, je peux le comprendre (et ne suis pas le dernier). Pour ce qui est de l'évaluation des collègues, que chacun reste à sa place. Certes, l'absence d'une vraie gestion, les lacunes en terme de culture professionnelle, l'absence de cohérence et de cohésion sont de vrais problèmes. Qui ne peuvent être réglés de cette façon. Et par personne d'autre que les autorités compétentes.

Corinne, au passé houleux dû à deux séparations difficiles et à un mal-être permanent, met tout son cœur au travail. La première arrivée, la dernière partie, elle n'hésite pas à nous aider dans des tâches qui ne lui sont pas attribuées, nous soulageant de plusieurs heures de permanence ou de surveillance de réfectoire.

Invocation de problèmes personnels. Qui n'ont rien à voir avec le sujet. Expliquer n'est pas excuser, certes.
Allusion au dépassement de fonction, à son courage, à son dévouement. C'est mignon et terrible à la fois: certains établissements ne tiennent que grâce à ce genre de personnes, et c'est bien ce qui me chiffonne.

Pleurant, elle dit alors aux surveillants présents : « Si jamais il vous parle mal, faut pas hésiter à lui mettre une tape, y'a que ça qu'il comprend. » Sacha ricane et ajoute : « Moi, c'est surtout ses chewing-gums qu'il mâchouille tout le temps qui m'énervent ! » La mère de Malik ajoute alors en s'excusant : « Alors, vous les lui prenez et faut les lui mettre sur sa tête ! »

Portrait classique de l'élève chieur de 2016: monchérimoncoeur + racaille de banlieue. On en a tous connu. On a tous eu des parents qui nous autorisé à frapper leurs enfants. En ce sens, le témoignage exprime assez bien certains maux de notre société. Mais c'est l'utilisation qui en est faite (comme une forme de justification morale implicite) qui me scandalise.

Et le garçon peut s'en donner à cœur joie, il a la protection du principal (qui le trouve « amusant »)...

Ce serait drôle si ça n'arrivait pas vraiment. Précisons que c'est sans doute une minorité, mais ça existe. On est nombreux à en avoir fait l'expérience. Là encore, un problème systémique de recrutement et de formation des PERDIR (mais j'en aurais autant à dire sur tous les autres). Il n'y a rien de pire qu'un établissement où le règlement ne fait pas loi et où tout se joue sur des rapports/relations entre individus.

Un après-midi, alors que je suis de surveillance à l'heure du déjeuner, je vois Corinne traverser la cour en trombe et crier sur un élève qui n'est autre que Malik.
- Tu es censé être en cours, tu t'étais engagé à être assidu si je déplaçais ton heure de colle pour que tu puisses aller au foot !

Alors finalement, Corinne, travailleuse-du-quotidien-venue-remettre-à-leur-place-ces-profs-bobos-laxistes (je caricature ? Quelle lecture sociologique feront les lecteurs du Point de cet incident, à votre avis ?), tombe elle aussi dans le piège de ce qui apparaît souvent, à mon grand désarroi comme le mal du siècle, pour certains collègues: la bienveillance. Ce serait une maladie contagieuse  ? Bon, ce passage a aussi le mérite d'atténuer l'aspect caricatural du tableau d'ensemble.

Avant même que je puisse réagir, je vois Corinne, rouge de rage,

Erreur. Même si ça m'est déjà arrivé.

empoigner Malik par le bras et le traîner avec elle vers les bureaux de la vie scolaire.

Erreur. Même si ça m'est déjà arrivé.

« Lâche-moi, *** ! » hurle-t-il.

Hors sujet. Même si on m'a déjà dit bien pire.

Et Corinne, dans un mouvement vif, lui décoche une tape derrière la tête.

Erreur. Et l' "autorisation parentale" ne justifie rien.

Je ne pouvais alors me douter que ce léger incident allait déclencher une réaction sans précédent.

Fabuleux. On fustige le laisser-faire et le laxisme (et on a bien raison), pour finir par qualifier de "léger" cet incident ? N'en jetons plus: Nora B. devrait passer le concours de PERDIR.

Je ne reviendrai pas sur la fin, qui est navrante. Je suis attristé par l'état de notre institution (tant mieux si cet article alerte d'autres personnes) mais aussi très circonspect par le ton et ce qu'on voudrait nous faire retenir de l'article.

Pour moi, Corinne -si elle persiste et se cantonne à une lecture auto-victimaire de l'incident- n'a rien à faire dans l'éducation nationale. M'est avis qu'elle y fera long feu, vu son statut. Le pire, c'est que d'autres Corinne vont pouvoir rester en toute impunité parmi nous, du fait de leur statut, sans jamais évoluer ni se remettre en cause.
Malik ne devrait pas pouvoir continuer à pourrir son établissement. L'impunité dont il jouit est de la responsabilité de la direction de son établissement.

Pour finir, charger la CPE me paraît injuste: avec une maladresse bien compréhensible vue la nature de l'incident, elle n'a fait qu'appliquer les préconisations en vigueur (dont on peut penser ce qu'on veut, mais c'est un autre débat). Les excuses sont cependant de trop et en disent long sur l'égalitarisme et l'infantilisation des adultes qui règnent dans notre métier. Mais en ne tenant pas ses nerfs, Corinne a contribué à amplifier l'incident, il faut qu'elle l'assume.

Etre irréprochable pour que tous les Malik du monde soient remis à leur place.


_________________
Asinus asinum fricat
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Eleven
Fidèle du forum

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Eleven le Jeu 22 Déc 2016 - 18:23
affraid d'accord avec Balthamos ....

_________________
2015-2016 : Première année contractuelle : sixièmes, cinquièmes.
2016-2017 : Deuxième année contractuelle : troisièmes, quatrièmes et cinquièmes.
2017-2018 : Troisième année contractuelle : sixièmes, cinquièmes.
2018-2019 : Quatrième année contractuelle : troisièmes, quatrièmes et sixièmes.
Luz
Niveau 7

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Luz le Jeu 22 Déc 2016 - 18:34
Irréprochable ? Dans ce genre de bahut c'est très très compliqué. C'est humainement impossible de ne pas céder d'un côté ou de l'autre. Sans forcément faire de faute professionnelle, bien évidemment. Mais on pète forcément un câble d'une manière ou d'une autre, même si c'est seul dans la voiture ou seul chez soi. C'est vraiment l'horreur.

Honnêtement, je trouve que juger cette situation est délicate. L'adulte a dépassé la limite, le gamin a voulu faire sortir de ses gonds l'adulte.

Une professionnalisation du métier de surveillant serait utile. Avant ça existait.

Je crains que dans ce bahut la situation devienne très conflictuelle. On a dû faire intervenir l'équipe mobile psychologique (...? Je ne connais plus le sigle) pour une situation violente entre adulte et élève quand j'étais dans le 93. Ils vont sans doute en avoir besoin.

Ce qui est sûr c'est que je n'ai pas envie de cette école pour mon fils. Je ne veux pas qu'il ait une scolarité pourrie par des élèves comme celui-ci. Et malheureusement, pour éviter ces élèves-là, il n'y a que le privé.
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Eleven
Fidèle du forum

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Eleven le Jeu 22 Déc 2016 - 18:43
@Luz a écrit:Irréprochable ? Dans ce genre de bahut c'est très très compliqué. C'est humainement impossible de ne pas céder d'un côté ou de l'autre. Sans forcément faire de faute professionnelle, bien évidemment. Mais on pète forcément un câble d'une manière ou d'une autre, même si c'est seul dans la voiture ou seul chez soi. C'est vraiment l'horreur.

Honnêtement, je trouve que juger cette situation est délicate. L'adulte a dépassé la limite, le gamin a voulu faire sortir de ses gonds l'adulte.

Une professionnalisation du métier de surveillant serait utile. Avant ça existait.

Je crains que dans ce bahut la situation devienne très conflictuelle. On a dû faire intervenir l'équipe mobile psychologique (...? Je ne connais plus le sigle) pour une situation violente entre adulte et élève quand j'étais dans le 93. Ils vont sans doute en avoir besoin.

Ce qui est sûr c'est que je n'ai pas envie de cette école pour mon fils. Je ne veux pas qu'il ait une scolarité pourrie par des élèves comme celui-ci. Et malheureusement, pour éviter ces élèves-là, il n'y a que le privé.

Je ne suis pas d'accord avec la dernière phrase. Il y a de très bons collèges publics (et à l'inverse des collèges privés difficiles). De plus, un élève qui veut réussir peut réussir partout. Mon conjoint et quelques amis ont été scolarisés dans le public avec des élèves perturbateurs et ils ont réussi quand même. Certes, cela ne devrait pas être mais dans l'EN apparemment, il faut "faire avec".

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KrilinXV3
Neoprof expérimenté

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par KrilinXV3 le Jeu 22 Déc 2016 - 18:52
@Luz a écrit:Irréprochable ? Dans ce genre de bahut c'est très très compliqué. C'est humainement impossible de ne pas céder d'un côté ou de l'autre. Sans forcément faire de faute professionnelle, bien évidemment. Mais on pète forcément un câble d'une manière ou d'une autre, même si c'est seul dans la voiture ou seul chez soi. C'est vraiment l'horreur.

Je le sais bien. Mais il n'y a pas de fatalité. L'idée c'est aussi de se dire, quand on dérape: j'ai fait une connerie. Comment je m'en sors la prochaine fois ? Se contenter de présenter systématiquement les adultes en victime (même si c'est vrai qu'ils le sont en partie) risque de les dédouaner de leur part de responsabilité (qui est parfois significative).

@Luz a écrit:Honnêtement, je trouve que juger cette situation est délicate. L'adulte a dépassé la limite, le gamin a voulu faire sortir de ses gonds l'adulte.

Certes. Maintenant, apporter un jugement modéré et argumenté me paraît nécessaire: personne ne se gênera jamais pour porter un jugement manichéen sur ce type d'incidents. C'est juste qu'en fonction de là où vous vous trouvez (la salle des profs, ou la maison), le fruit tombera à gauche ou à droite de l'arbre.

@Luz a écrit:Je crains que dans ce bahut la situation devienne très conflictuelle. On a dû faire intervenir l'équipe mobile psychologique (...? Je ne connais plus le sigle) pour une situation violente entre adulte et élève quand j'étais dans le 93. Ils vont sans doute en avoir besoin.

Le C2A2E. Ils sont très gentils. Mais leur présence, quoique sympathique, m'a paru parfois gênante, souvent inutile (après, je ne suis pas resté avec eux toute la journée, peut-être ont-ils été utiles pour d'autres).

Moi c'est plutôt l'inspecteur vie scolaire, quelques IPR, le rectorat et la DGESCO que j'aimerais voir me brosser. Mais ils sont venus bien moins souvent que BFM, alors je peux aller me brosser.

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Asinus asinum fricat
Luz
Niveau 7

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Luz le Jeu 22 Déc 2016 - 19:23
Je suis d'accord avec toi, l'adulte doit être capable aussi de se remettre en cause. Sans aller sans aller dans une vision manichéenne.
Luz
Niveau 7

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Luz le Jeu 22 Déc 2016 - 19:39
@Eleven a écrit:
@Luz a écrit:Irréprochable ? Dans ce genre de bahut c'est très très compliqué. C'est humainement impossible de ne pas céder d'un côté ou de l'autre. Sans forcément faire de faute professionnelle, bien évidemment. Mais on pète forcément un câble d'une manière ou d'une autre, même si c'est seul dans la voiture ou seul chez soi. C'est vraiment l'horreur.

Honnêtement, je trouve que juger cette situation est délicate. L'adulte a dépassé la limite, le gamin a voulu faire sortir de ses gonds l'adulte.

Une professionnalisation du métier de surveillant serait utile. Avant ça existait.

Je crains que dans ce bahut la situation devienne très conflictuelle. On a dû faire intervenir l'équipe mobile psychologique (...? Je ne connais plus le sigle) pour une situation violente entre adulte et élève quand j'étais dans le 93. Ils vont sans doute en avoir besoin.

Ce qui est sûr c'est que je n'ai pas envie de cette école pour mon fils. Je ne veux pas qu'il ait une scolarité pourrie par des élèves comme celui-ci. Et malheureusement, pour éviter ces élèves-là, il n'y a que le privé.

Je ne suis pas d'accord avec la dernière phrase. Il y a de très bons collèges publics (et à l'inverse des collèges privés difficiles). De plus, un élève qui veut réussir peut réussir partout. Mon conjoint et quelques amis ont été scolarisés dans le public avec des élèves perturbateurs et ils ont réussi quand même. Certes, cela ne devrait pas être mais dans l'EN apparemment, il faut "faire avec".

Le pb, c'est que le niveau est déjà bas, alors quand on ajoute des élèves perturbateurs on s'en sort, mais avec quel niveau ? Quel diplôme au rabais ? Quel niveau d'orthographe ? Quelle culture ? Quel travail supplémentaire à la maison pour rattraper tout ça ?

Je vais sans doute scolariser fils dans le privé pour éviter tout ça. J'en ai ras la casquette de voir comme les élèves qui ne perturbent pas le cours payent d'une manière ou d'une autre les bêtises des autres. Je sais qu'à terme si tout le monde fait ça, on est dans le pétrin. Mais honnêtement, tant pis. Je refuse ce système. J'y bosse parce qu'il faut bien manger et payer la maison. Et j'aime enseigner.

Une amie prof a mis son fils dans le privé. Il n'a pas eu les encouragements ni félicitations pour bavardage et a eu en prime 2h de colle. Ils ont du boulot pendant les vacances, dès la 6 ème. Ils bossent, tout simplement. Ce ne sont pas les mêmes problématiques... Laughing
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Eleven
Fidèle du forum

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Eleven le Jeu 22 Déc 2016 - 19:53
Je comprends ta réponse.

Mais je n'ai pas l'impression de donner à mes élèves un enseignement "au rabais", je ne baisse pas le niveau parce que je suis en collège REP.

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2015-2016 : Première année contractuelle : sixièmes, cinquièmes.
2016-2017 : Deuxième année contractuelle : troisièmes, quatrièmes et cinquièmes.
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2018-2019 : Quatrième année contractuelle : troisièmes, quatrièmes et sixièmes.
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Balthazaard
Esprit éclairé

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Balthazaard le Jeu 22 Déc 2016 - 20:22
Cela pose quand même des questions (je précise j'ai enseigné en zep).
Ou bien on est dans un collège où il n'y a pas de pb de discipline en classe ou ailleurs (ce n'était pas le cas chez moi..).
Ou bien il y a des pb de discipline et on considère que l'on ne peut pas faire son travail dans de bonnes conditions (pour moi mon travail=transmettre des connaissances, je ne sais pas faire autre chose, à part faire de la discipline mais je déteste cela).
Ou bien il y a des pb de discipline et on considère qu'on peut faire son travail indépendamment de ces problèmes de discipline.

Je réponds oui à la deuxième possibilité et je considère que compte tenu de la situation mon enseignement n'était pas au mieux (donc par définition au rabais).

Si on répond oui à la troisième , alors il faut admettre que les contraintes de discipline ne sont que des questions de confort pour les enseignants et en tirer toutes les conclusions possibles et aller dans le sens de  l'administration dans l'exemple cité.
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Rabelais
Grand Maître

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Rabelais le Jeu 22 Déc 2016 - 20:30
@Eleven a écrit:Je comprends ta réponse.

Mais je n'ai pas l'impression de donner à mes élèves un enseignement "au rabais", je ne baisse pas le niveau parce que je suis en collège REP.
J'ai l'impression, pour ma part, de baisser le niveau d'année en année.
Pas par lassitude, mais pour apprendre à toute la classe, je dois m'adapter aux plus faibles qui sont les plus nombreux.
Les meilleurs ne font que réviser et stabiliser ce qu'ils connaissent déjà et même si les nouvelles notions sont posées, elles sont moins nombreuses que ce qui devrait DÉJÀ être su.
Il y a certes la littérature, qui leur plait. Mais tout le temps passé à faire comprendre une simple phrase de manière littérale est du temps perdu pour eux.
Si mes enfants avaient pour collège de secteur celui où je travaille, j'aurais fait aussi le choix du privé.
Et nous ne sommes pas en REP, mais je ne sais pas ce q'ili se passe, peu d'élèves ont un niveau compatible avec le niveau dans lequel ils sont affectés.

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Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est c., on est c.
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Olympias
Prophète

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Olympias le Jeu 22 Déc 2016 - 20:32
@KrilinXV3 a écrit:Plein de choses à dire. Je me lance.

Dans cette plongée en immersion, nous côtoyons des profs souvent impuissants, un principal très tolérant, des « CPE » et des « pions » parfois dépassés par la violence quasi quotidienne, et de nombreux élèves à la dérive…

Le décor est planté. On nous donne les clés avant même que l'article ne débute réellement. C'est une situation qu'on peut attester dans de nombreux établissements. Est-ce représentatif ? Je n'ai pas de réponse. Mais le fait que cela corresponde assez à la ligne éditoriale du Point et à ce que veulent entendre ses lecteurs n'est certainement pas un hasard.

Elle n'est pas vraiment surveillante, mais possède un contrat de 24 heures réservé aux non-titulaires du baccalauréat et aux chômeurs de longue durée.

Un vrai souci dans l'EN: le recours à un personnel non-qualifié. La disparition du statut MI-SE a fait beaucoup de mal, il est temps de s'en rendre compte.

Très consciencieuse, elle affiche un sérieux à toute épreuve, mais aussi un caractère bien trempé. Ses remarques désapprobatrices à l'encontre de certains de mes collègues ne lui valent d'ailleurs pas l'unanimité, celle-ci insistant notamment sur leur utilisation du téléphone ou leur laxisme auprès des élèves.

Autre souci: un flou artistique dans les missions. Qui est cette personne ? Une AE ? Une AP ? Une secrétaire ? Un agent de service ?
C'est là encore un problème très courant, à la fois systémique (l'EN peine à recruter à presque tous les étages liés au terrain) et individuel: rien n'est plus regrettable que tout ces wannabe IPR, wannabe CPE, wannabe PERDIR, qui sont sans cesse dans le dépassement de fonction mais aussi dans le jugement. Quand il s'agit de l'intérêt général, je peux le comprendre (et ne suis pas le dernier). Pour ce qui est de l'évaluation des collègues, que chacun reste à sa place. Certes, l'absence d'une vraie gestion, les lacunes en terme de culture professionnelle, l'absence de cohérence et de cohésion sont de vrais problèmes. Qui ne peuvent être réglés de cette façon. Et par personne d'autre que les autorités compétentes.

Corinne, au passé houleux dû à deux séparations difficiles et à un mal-être permanent, met tout son cœur au travail. La première arrivée, la dernière partie, elle n'hésite pas à nous aider dans des tâches qui ne lui sont pas attribuées, nous soulageant de plusieurs heures de permanence ou de surveillance de réfectoire.

Invocation de problèmes personnels. Qui n'ont rien à voir avec le sujet. Expliquer n'est pas excuser, certes.
Allusion au dépassement de fonction, à son courage, à son dévouement. C'est mignon et terrible à la fois: certains établissements ne tiennent que grâce à ce genre de personnes, et c'est bien ce qui me chiffonne.

Pleurant, elle dit alors aux surveillants présents : « Si jamais il vous parle mal, faut pas hésiter à lui mettre une tape, y'a que ça qu'il comprend. » Sacha ricane et ajoute : « Moi, c'est surtout ses chewing-gums qu'il mâchouille tout le temps qui m'énervent ! » La mère de Malik ajoute alors en s'excusant : « Alors, vous les lui prenez et faut les lui mettre sur sa tête ! »

Portrait classique de l'élève chieur de 2016: monchérimoncoeur + racaille de banlieue. On en a tous connu. On a tous eu des parents qui nous autorisé à frapper leurs enfants. En ce sens, le témoignage exprime assez bien certains maux de notre société. Mais c'est l'utilisation qui en est faite (comme une forme de justification morale implicite) qui me scandalise.

Et le garçon peut s'en donner à cœur joie, il a la protection du principal (qui le trouve « amusant »)...

Ce serait drôle si ça n'arrivait pas vraiment. Précisons que c'est sans doute une minorité, mais ça existe. On est nombreux à en avoir fait l'expérience. Là encore, un problème systémique de recrutement et de formation des PERDIR (mais j'en aurais autant à dire sur tous les autres). Il n'y a rien de pire qu'un établissement où le règlement ne fait pas loi et où tout se joue sur des rapports/relations entre individus.

Un après-midi, alors que je suis de surveillance à l'heure du déjeuner, je vois Corinne traverser la cour en trombe et crier sur un élève qui n'est autre que Malik.
- Tu es censé être en cours, tu t'étais engagé à être assidu si je déplaçais ton heure de colle pour que tu puisses aller au foot !

Alors finalement, Corinne, travailleuse-du-quotidien-venue-remettre-à-leur-place-ces-profs-bobos-laxistes (je caricature ? Quelle lecture sociologique feront les lecteurs du Point de cet incident, à votre avis ?), tombe elle aussi dans le piège de ce qui apparaît souvent, à mon grand désarroi comme le mal du siècle, pour certains collègues: la bienveillance. Ce serait une maladie contagieuse  ? Bon, ce passage a aussi le mérite d'atténuer l'aspect caricatural du tableau d'ensemble.

Avant même que je puisse réagir, je vois Corinne, rouge de rage,

Erreur. Même si ça m'est déjà arrivé.

empoigner Malik par le bras et le traîner avec elle vers les bureaux de la vie scolaire.

Erreur. Même si ça m'est déjà arrivé.

« Lâche-moi, *** ! » hurle-t-il.

Hors sujet. Même si on m'a déjà dit bien pire.

Et Corinne, dans un mouvement vif, lui décoche une tape derrière la tête.

Erreur. Et l' "autorisation parentale" ne justifie rien.

Je ne pouvais alors me douter que ce léger incident allait déclencher une réaction sans précédent.

Fabuleux. On fustige le laisser-faire et le laxisme (et on a bien raison), pour finir par qualifier de "léger" cet incident ? N'en jetons plus: Nora B. devrait passer le concours de PERDIR.

Je ne reviendrai pas sur la fin, qui est navrante. Je suis attristé par l'état de notre institution (tant mieux si cet article alerte d'autres personnes) mais aussi très circonspect par le ton et ce qu'on voudrait nous faire retenir de l'article.

Pour moi, Corinne -si elle persiste et se cantonne à une lecture auto-victimaire de l'incident- n'a rien à faire dans l'éducation nationale. M'est avis qu'elle y fera long feu, vu son statut. Le pire, c'est que d'autres Corinne vont pouvoir rester en toute impunité parmi nous, du fait de leur statut, sans jamais évoluer ni se remettre en cause.
Malik ne devrait pas pouvoir continuer à pourrir son établissement. L'impunité dont il jouit est de la responsabilité de la direction de son établissement.

Pour finir, charger la CPE me paraît injuste: avec une maladresse bien compréhensible vue la nature de l'incident, elle n'a fait qu'appliquer les préconisations en vigueur (dont on peut penser ce qu'on veut, mais c'est un autre débat). Les excuses sont cependant de trop et en disent long sur l'égalitarisme et l'infantilisation des adultes qui règnent dans notre métier. Mais en ne tenant pas ses nerfs, Corinne a contribué à amplifier l'incident, il faut qu'elle l'assume.

Etre irréprochable pour que tous les Malik du monde soient remis à leur place.

Et LE principal problème de l'éducation nationale (entre autres furieux furieux ) est de croire/laisser croire/faire en sorte que n'importe qui puisse exercer n'importe quelle fonction.
gunépile
Niveau 2

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par gunépile le Jeu 22 Déc 2016 - 21:04
La principale solution c'est l'augmentation des traitements. Nonobstant, les cerveaux dont on a besoin travaillent dans la finance (à l'étranger et dans des contrées qui sont anti-européennes en plus) et non dans le professorat.

En attendant l'inversion des priorités dans un monde de déplétion des ressources en minerai concentré et des ressources énergétiques peu chères, qui sera bien forcé de miser sur son avenir au lieu de l'hypothéquer, ceux qui y arriveraient mieux que "n'importe qui" exercent leurs talents infinis dans la finance.

Il fallait doubler les salaires des professeurs quelque part avant les dernières années du pétrole pas cher. Maintenant il est bien tard. Nos enfants sont si mauvais en maths qu'on prévoit déjà une réduction de la voilure dans le nucléaire civil.
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roxanne
Devin

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par roxanne le Jeu 22 Déc 2016 - 21:16
Ah le principal qui trouve l(élève tellement "amusant"...
Luz
Niveau 7

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Luz le Jeu 22 Déc 2016 - 21:36
@Eleven a écrit:Je comprends ta réponse.

Mais je n'ai pas l'impression de donner à mes élèves un enseignement "au rabais", je ne baisse pas le niveau parce que je suis en collège REP.

Je ne pense pas que la question porte sur le fait que ce soit un enseignement moins exigent ou pas. Je pense plutôt aux conditions dans lesquelles les élèves étudient. Dans mon ex-college rep+ j'avais des groupes classe qui ne logeaient même pas dans les classes affectées, je pouvais les avoir 2 h de suite de 16h à 18h. A la fin d'une journée de 7h. Enceinte. Dans un préfabriqué qui sentait mauvais.
En langue un cours avec des élèves perturbateurs c'est un cours où on ne peut pas travailler correctement, et ce en dépit d'un niveau attendu élevé. En dépit de documents culturellement riches et grammaticalement utiles. La participation orale est indispensable pour progresser et impossible dans une ambiance comme celle que je pouvais avoir là bas.

Voilà pour les langues, dans d'autres matières je doute qu'un cours avec des élèves perturbateurs soit aussi intéressant et utile pour les élèves que le même cours avec une classe calme.

Voilà pourquoi je choisirai le privé.

Après j'ai aussi entendu des collègues avoir très très peu d'ambition pour les élèves en dehors des bilangues ou de la classe européenne, et je trouve cela dommage. Une collègue l'an passé trouvait que pour nos élèves avoir des correspondants c'était trop dur, pas avant la fin de la 3ème. Il ne faut pas abuser non plus...
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Eleven
Fidèle du forum

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Eleven le Ven 23 Déc 2016 - 9:45
Luz : Pour l'instant (maigre expérience), j'ai toujours eu de bonnes conditions pour travailler et j'espère que cela va durer. C'est sûr qu'un cours avec des élèves perturbateurs n'est pas le même qu'avec une classe calme (et même si les rapports s'accumulent et qu'ils sont souvent renvoyés de cours ou exclus de l'établissement,  ils sont toujours là ces élèves perturbateurs...).

J'ai entendu des collègues parler comme ça aussi. J'ai encore l'impression de servir à quelque chose et que quelques élèves vont progresser et réussir. J'ai de l'ambition pour eux et j'espère que j'en aurai toujours. Je ne penserai peut-être pas la même chose dans 5 ans ou dans 10 ans ...

Après, il ne faut pas toujours "glorifier" le privé. J'ai été scolarisée dans le privé et certains élèves n'étaient pas des anges en cours  ....

_________________
2015-2016 : Première année contractuelle : sixièmes, cinquièmes.
2016-2017 : Deuxième année contractuelle : troisièmes, quatrièmes et cinquièmes.
2017-2018 : Troisième année contractuelle : sixièmes, cinquièmes.
2018-2019 : Quatrième année contractuelle : troisièmes, quatrièmes et sixièmes.
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Dr Raynal
Habitué du forum

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Dr Raynal le Ven 23 Déc 2016 - 11:31
Il y quelques années, dans une lointaine galaxie dans un ancien collège...
J'effectue un des premier remplacements "de Robien", j'ai pris pour une heure la classe d'un collègue de SVT. Un nouvel élève est là, c'est un "échange" : nous avons renvoyé un pénible, et nous devons donc en accepter un autre. Appelons-le pénible, donc.

Nous sommes de 16h à 17h. Ensuite, il y a une rencontre avec les parents. Comme d'habitude, je laisse ma porte ouverte pendant le cours, et des parents qui patientent pour mes collègues commençant leur réunion à 16h ont donc une vue panoramique sur la dure réalité des cours.

Pénible commence d'entrée son spectacle: bruits divers, rôts, interjections variées... Les sanctions suivent rapidement leur cours (carnet, mots, observations...) mais pénible n'en a cure. Les autres élèves sont excédés. A 20 min de la fin, Pénible se lève et apostrophe avec véhémence (disons le diplomatiquement) une élève du premier rang qui, selon lui, répond trop souvent. J'apostrophe donc moi aussi avec une véhémence certaine et supérieure à la sienne le susdit pénible, qui se met à glapir et à venir vers moi de façon menaçante (avec force interjections du genre, en phonétique "kestabouffon, jvétmaraver" et autres barbarismes du cru).

Pénible tourne autour de moi comme un indien autour de son totem (sous le regard médusé de deux parents d'élèves que je surveille du coin de l'oeil) en m'assurant qu'il est "intouchable" (sic) et que je ne pourrais pas le virer. J'envois quérir un CPE ou autre : manque de pot, ils sont en réunion avec les parents, ce qui veux dire "débrouille toi".

Le pénible exulte. Je lui demande s'il est certain d'être intouchable. Le pénible confirme, toucher à sa peau serait un crime. Je lui demande alors ce qu'il en est de sa capuche. "ma capuche, janérienàb...".
Merci.
J'empoigne donc (très) rapidement la susdite capuche, et traine (c'est le mot, son fondement rejoignant rapidement le sol) malgré ses glapissement de vierge outragé le pénible en dehors de l'espace pédagogique (comme on disait dans les IUFM à l'époque), jusqu'à proximité des bureaux des CPE (une centaine de mètres, en traversant quelques groupes de parents). Le pénible hurle dans le hall qu'il va me faire subir les outrages de Sodome (ce qui a la mérite de faire apparaitre les CPE indisponibles), je lui réplique, sur le même ton quelques saillies spirituelle à fort niveau sonore, du genre "des promesses, des promesses, et on attend toujours!". Le pénible ne sait plus quoi dire, sinon se débattre comme un poisson hors de l'eau pendant que, dans sa tête, les (rares) rouages tournent pour essayer de comprendre ce que je viens de lui dire. Une CPE surgit de la réunion et prend en charge le pénible.
Je rentre en cours sous les applaudissements des parents présents (c'était une autre époque) et les vivats des élèves jetant des pétales de rose sous mes pas alors qu'un fayot murmure dans mon dos "souviens toi, tu n'es qu'un homme".

Je n'ai plus jamais revu le pénible, sinon de loin. Il m'évitait ostensiblement (il fut renvoyé dans ses foyers quelques jours). Lorsque mon collègue (2m, 130 kg) à repris sa classe, il s'est tenu, disons, dans une certaine tranquillité.
C'était il y a bien longtemps...
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Balthamos
Grand sage

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Balthamos le Ven 23 Déc 2016 - 11:47
Ce texte est manifestement écrit pour défendre Corinne.
C'est un texte à charge, partial dans sa construction et son propos. Mais nous n'avons que ce texte pour discuter qui est malgré tout réaliste et révélateur d'un fonctionnement crédible.

Je reprends quelques quotes de KrilinXV3.

Dans cette plongée en immersion, nous côtoyons des profs souvent impuissants, un principal très tolérant, des « CPE » et des « pions » parfois dépassés par la violence quasi quotidienne, et de nombreux élèves à la dérive…

C'est ce que je viens de dire. Profs, direction, CPE, pions... Personne pour rattraper les autres. J'ai du mal à le croire. Ayant fait quelques collèges difficiles et pratiquant dans un REP au principal "bienveillant", j'ai toujours vu d'un côté de l'impuissance et un discours autour de la bienveillance mal compris et d'un autre un noyau de volontaires pour changer les choses. Après les proportions dépendent de l'établissement. Mais cette quasi généralisation ici doit tenir de l'argumentation pour défendre la collègue.



@KrilinXV3 a écrit:

Elle n'est pas vraiment surveillante, mais possède un contrat de 24 heures réservé aux non-titulaires du baccalauréat et aux chômeurs de longue durée.

Un vrai souci dans l'EN: le recours à un personnel non-qualifié. La disparition du statut MI-SE a fait beaucoup de mal, il est temps de s'en rendre compte.

[...]

Autre souci: un flou artistique dans les missions. Qui est cette personne ? Une AE ? Une AP ? Une secrétaire ? Un agent de service ?
C'est là encore un problème très courant, à la fois systémique (l'EN peine à recruter à presque tous les étages liés au terrain) et individuel: rien n'est plus regrettable que tout ces wannabe IPR, wannabe CPE, wannabe PERDIR, qui sont sans cesse dans le dépassement de fonction mais aussi dans le jugement. Quand il s'agit de l'intérêt général, je peux le comprendre (et ne suis pas le dernier). Pour ce qui est de l'évaluation des collègues, que chacun reste à sa place. Certes, l'absence d'une vraie gestion, les lacunes en terme de culture professionnelle, l'absence de cohérence et de cohésion sont de vrais problèmes. Qui ne peuvent être réglés de cette façon. Et par personne d'autre que les autorités compétentes.

Tu as tout à fait raison.
Dans mon établissement, on a plusieurs CUI et une multitude de personnes qui se cache dans l'administration. Ils sont peu identifié et on ne sait pas ce qu'ils font. Aux dernières nouvelles, ils rangent les archives..


@KrilinXV3 a écrit:


Corinne, au passé houleux [... ]

Invocation de problèmes personnels. Qui n'ont rien à voir avec le sujet. Expliquer n'est pas excuser, certes.
Allusion au dépassement de fonction, à son courage, à son dévouement. C'est mignon et terrible à la fois: certains établissements ne tiennent que grâce à ce genre de personnes, et c'est bien ce qui me chiffonne.

Pleurant, elle dit alors aux surveillants présents : « Si jamais il vous parle mal, faut pas hésiter à lui mettre une tape, y'a que ça qu'il comprend. » Sacha ricane et ajoute : « Moi, c'est surtout ses chewing-gums qu'il mâchouille tout le temps qui m'énervent ! » La mère de Malik ajoute alors en s'excusant : « Alors, vous les lui prenez et faut les lui mettre sur sa tête ! »

Portrait classique de l'élève chieur de 2016: monchérimoncoeur + racaille de banlieue. On en a tous connu. On a tous eu des parents qui nous autorisé à frapper leurs enfants. En ce sens, le témoignage exprime assez bien certains maux de notre société. Mais c'est l'utilisation qui en est faite (comme une forme de justification morale implicite) qui me scandalise.

Je suis d'accord pour la dernière partie. On a tous connu des parents "allez y, je vous autorise à lui donner des coups, et c'est pas grave si ça marque".
Et heureusement qu'on respecte nos règles...



@KrilinXV3 a écrit:

Et le garçon peut s'en donner à cœur joie, il a la protection du principal (qui le trouve « amusant »)...

Ce serait drôle si ça n'arrivait pas vraiment. Précisons que c'est sans doute une minorité, mais ça existe. On est nombreux à en avoir fait l'expérience. Là encore, un problème systémique de recrutement et de formation des PERDIR (mais j'en aurais autant à dire sur tous les autres). Il n'y a rien de pire qu'un établissement où le règlement ne fait pas loi et où tout se joue sur des rapports/relations entre individus.

De plus en plus de PERDIR ne sont pas profs... mais viennent d'autres administrations. Crise du recrutement chez eux aussi.
Et un chef qui ne connaît pas le terrain ou le fonctionnement de la maison de l'intérieur et selon moi nettement moins efficace dans ces cas là qu'un ancien prof.



@KrilinXV3 a écrit:


empoigner Malik par le bras et le traîner avec elle vers les bureaux de la vie scolaire.

Erreur. Même si ça m'est déjà arrivé.

« Lâche-moi, *** ! » hurle-t-il.

Hors sujet. Même si on m'a déjà dit bien pire.

Et Corinne, dans un mouvement vif, lui décoche une tape derrière la tête.

Erreur. Et l' "autorisation parentale" ne justifie rien.

Je ne pouvais alors me douter que ce léger incident allait déclencher une réaction sans précédent.

[...]
Etre irréprochable pour que tous les Malik du monde soient remis à leur place.


C'est là que je ne suis pas d'accord.
Nous sommes obligé de nous fier à ce témoignage, qui est partial et donc partiel. Donc on va la croire sur parole et croire que ce ne fut qu'une tape derrière la tête de type pichnette et du coup, la réaction est disproportionné.
On connait ce métier, on sait qu'il est fatiguant, encore plus quand on n'est pas formé. Irréprochable, c'est ce qu'il faut être mais dans certaines conditions c'est difficile. J'ai déjà eu quelques mots qui dépassent ce que je devrais dire, la fatigue, la lassitude.
Régulièrement ici on lit des témoignages de collègues qui savent avoir mal agi mais par fatigue, énervement, ils ont agi.
Dernièrement j'ai du m'occuper d'un collègue qui avait rembarré un parent agressif. Il n'aurait pas dû lui parler comme ça mais sur le coup, c'est la seule réponse qu'il a trouvé.
Donc oui si ce que je lis est exact, le collège aurait du aider Corinne plutôt que l'enfoncer et la sanctionner.
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Balthamos
Grand sage

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Balthamos le Ven 23 Déc 2016 - 12:00
C'est un problème de bienveillance mal comprise.
Je connais ça dans mon établissement.

On a des cas d'armes dans le collège mais aucune sanction prise car "il ne recommencera plus".

Et du coup, les moins violents ou encore "cadrables" se sentent pousser des ailes.

Et du point de vu des personnels, c'est pareil.
On est un métier fatiguant, encore plus en EP. Il y a un problème d'effectifs, recrutement de tout les côtés. Pour les profs, cela se manifeste par des classes sans prof, pour la vie sco, c'est des CPE qui manquent, des surveillants en même nombre que pour un établissement du centre ville. Donc pour les présents, faire plus de boulot et accumuler plus de fatigue, ce qui est très éprouvant mentalement et physiquement parlant.

Le système est mal fait, prend l'eau de chaque côté, nous pousse à bout et ne nous soutiens pas quand on craque.

Voilà ce que je vois.

On en parle de la défiance des personnels de l'EN contre leur administration?
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Balthazaard
Esprit éclairé

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par Balthazaard le Ven 23 Déc 2016 - 14:48
Ce texte est parfaitement à charge mais comme tu dis crédible et à l'instar de Dr Raynal , rappelle des souvenirs à ceux qui ont été dans des situations analogues. Pour moi, je le crois sans réserve.

Pour mettre mon grain de sel, chez moi, un élève du type de ceux évoqués, dans le bureau du cpe suite à un incident, se jette sur une Surveillante et est ceinturé par un prof. Dépôt de plainte de tous les côtés, la surveillante subit des pression du cpe pour retirer la sienne, le prof est convoqué à la gendarmerie. l'élève rien du tout. Le collège se met en gréve pour exiger un conseil de discipline, contre l'avis de l'administration, qui a lieu. Suite aux votes (dont le décompte montre que l'administration a voté contre l'exclusion) l'élève est réintégré. Vive altercation entre moi et le proviseur adjoint qui me soutien qu'aucun fait justifiant l'exclusion n'était constitué (oui, il aurait fallu lui laisser casser la gu...à la surveillante). Un mois plus tard, un autre élève vers 16 h en possible (car non constaté médicalement pour parler comme l'adjoint) état d'ébriété se pointe dans la cour et traite en hurlant le pro et son adjoint d'en...és. Conseil de discipline dans la foulée et exclusion définitive de l'élève...!!!!  Deux poids, deux mesures.


Dernière édition par Balthazaard le Ven 23 Déc 2016 - 14:51, édité 1 fois
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KrilinXV3
Neoprof expérimenté

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par KrilinXV3 le Ven 23 Déc 2016 - 14:50
@Balthamos santeverre

Ton opinion n'est pas incompatible avec la mienne. Le constat est sensiblement le même.

Pour la conduite à tenir, disons que chacun fait les choses à la manière qui lui correspond le plus, mais que de toute façon, ça ne devrait être qu'un système transitoire.

Si j'en suis venu à ce dogme de l'irréprochabilité, avec un gros côté "affranchi, alone VS the world", c'est aussi parce que j'ai bien observé que les manques de l'encadrement ne sont administrativement (et juridiquement) jamais reconnus comme des circonstances atténuantes. C'était une question de survie (je précise que la direction de mon établissement EP n'a pas changé depuis mon arrivée... il y a 8 ans). Je ne voulais pas partir parce que je ne voulais pas revivre le "bizutage" de l'année 1 ailleurs. D'excellents collègues et des amis, eux, sont partis. Et ils sont unanimes: quelque part, débuter dans ces conditions, c'est une très bonne école. Plus rien de ce qu'ils ont vu ensuite ne les a pris de cours.

Je suis d'accord avec toi, sur Corinne, à une nuance près: à partir du moment où il a fait appel à elle, le système aurait dû aider Corinne plutôt que de l'enfoncer. Mais je maintiens qu'elle n'aurais jamais dû être engagée à la base.

Et je ne suis pas du tout d'accord avec toi quand tu dis ça:

Nous sommes obligés de nous fier à ce témoignage

Pour moi, il y a des éléments qui nous permettent de le prendre -au moins- avec recul (la forme, la plate-forme, quelques éléments de style, la façon dont on veut nous influencer). Finalement, voilà une histoire qui colle un peu trop parfaitement à l'idée que la "réacosphère" (pas de meilleur terme, désolé) se fait de l'éducation prioritaire - ce qui ne veut pas dire que les éléments factuels sont faux, comme j'ai déjà dit.

_________________
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titus06
Niveau 10

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par titus06 le Ven 23 Déc 2016 - 15:24
J'ai connu l'époque des MI-SE du temps ou j’étais emploi jeune (il y a 10-15 ans). Ce même incident n'aurait sans doute conduit à rien, si ce n'est (peut-être) à l'exclusion de l'élève et à un recadrage discret du surveillant en question.
XIII
Fidèle du forum

Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

par XIII le Ven 23 Déc 2016 - 15:31
Encore des arguments pour scolariser ses mômes dans le privé...Continuons avec la bienveillance envers de futurs délinquants!



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Re: [le point] Chroniques d'une surveillante de collège #12 : la claque

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