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Poups
Doyen

Recherche texte de Rousseau extrait de L'Emile ou de l'éducation

par Poups le Mar 28 Juil 2009 - 16:23
Bonjour;
Je suis à la recherche du texte où Rousseau nous donne sa vision ou sa définition de l'éducation. C'est un extrait tiré de L'Emile ou de l'éducation.
Quelqu'un l'aurait-il ,par hasard, dans ses tablettes ou pourrait -il me donner les références svp ? Smile
Merci ! trefle
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gwendolyne
Niveau 9

Re: Recherche texte de Rousseau extrait de L'Emile ou de l'éducation

par gwendolyne le Mar 28 Juil 2009 - 16:29
J'en ai deux ! Peut-être trouveras-tu ton bonheur , Very Happy








Emile
ou de l'éducation,
Rousseau






Émile
n’apprendra jamais rien par coeur, pas même des fables, pas même celles de la Fontaine, toutes naïves,
toutes charmantes qu’elles sont; car les mots des fables ne sont pas plus les
fables que les mots de l’histoire ne sont l’histoire. Comment peut-on
s’aveugler assez pour appeler les fables la morale des enfants, sans songer que
l’apologue, en les amusant, les abuse; que, séduits par le mensonge, ils
laissent échapper la vérité, et que ce qu’on fait pour leur rendre l’instruction
agréable les empêche d’en profiter? Les fables peuvent instruire les hommes;
mais il faut dire la vérité nue aux enfants : sitôt qu’on la couvre d’un voile,
ils ne se donnent plus la peine de le lever. On fait apprendre les fables de la Fontaine à tous les
enfants, et il n’y en a pas un seul qui les entende. Quand ils les
entendraient, ce serait encore pis; car la morale en est tellement mêlée et si
disproportionnée à leur âge, qu’elle les porterait plus au vice qu’à la vertu.
Ce sont encore là, direz-vous, des paradoxes. Soit; mais voyons si ce sont des vérités.



Je dis qu’un enfant n’entend point les fables qu’on lui fait
apprendre, parce que quelque effort qu’on fasse pour les rendre simples,
l’instruction qu’on en veut tirer force d’ y faire entrer des idées qu’il ne
peut saisir, et que le tour même de la poésie, en les lui rendant plus faciles
à retenir, les lui rend plus difficiles à concevoir, en sorte qu’on achète
l’agrément aux dépens de la clarté. Passons
maintenant à la morale.



Je demande
si c’est à des enfants de dix ans qu’il faut apprendre qu’il y a des hommes qui
flattent et mentent pour leur profit ? On pourrait tout au plus leur apprendre
qu’il y a des railleurs qui persiflent les petits garçons, et se moquent en
secret de leur sotte vanité; mais le fromage gâte tout; on leur apprend moins à
ne pas le laisser tomber de leur bec qu’à le faire tomber du bec d’un autre.
C’est ici mon second paradoxe, et ce n’est pas le moins important.



Suivez les
enfants apprenant leurs fables, et vous verrez que, quand ils sont en état d’en
faire l’application, ils en font presque toujours une contraire à l’intention
de l’auteur, et qu’au lieu de s’observer sur le défaut dont on les veut guérir
ou préserver, ils penchent à aimer le vice avec lequel on tire parti des
défauts des autres. Dans la fable précédente, les enfants se moquent du
corbeau, mais ils s’affectionnent tous au renard; dans la fable qui suit, vous
croyez leur donner la cigale pour exemple; et point du tout, c’est la fourmi
qu’ils choisiront. On n’aime point à s’humilier : ils prendront toujours le
beau rôle; c’est le choix de l’amour-propre, c’est un choix très naturel. Or,
quelle horrible leçon pour l’enfance! Le plus odieux de tous les monstres
serait un enfant avare et dur, qui saurait ce qu’on lui demande et ce qu’il
refuse. La fourmi fait plus encore, elle lui apprend à railler dans ses refus.



Dans toutes
les fables où le lion est un des personnages, comme c’est d’ordinaire le plus
brillant, l’enfant ne manque point de se faire lion; et quand il préside à
quelque partage, bien instruit par son modèle, il a grand soin de s’emparer de
tout. Mais, quand le moucheron terrasse le lion, c’est une autre affaire; alors
l’enfant n’est plus lion, il est moucheron. Il apprend à tuer un jour à coups
d’aiguillon ceux qu’il n’oserait attaquer de pied ferme.





Notre manie enseignante et pédantesque est
toujours d'apprendre aux enfants ce qu'ils apprendraient beaucoup mieux
d'eux-mêmes, et d'oublier ce que nous aurions pu seuls leur enseigner. Y a-t-il
rien de plus sot que la peine qu'on prend pour leur apprendre à marcher, comme
si l'on en avait vu quelqu'un qui, par la négligence de sa nourrice, ne sût pas
marcher étant grand? Combien voit-on de gens au contraire marcher mal toute
leur vie, parce qu'on leur a mal appris à marcher!



Emile n'aura ni bourrelets1, ni
paniers roulants, ni chariots, ni lisières2; ou du moins, dès qu'il
commencera de savoir mettre un pied devant l'autre, on ne le soutiendra que sur
les lieux pavés, et l'on ne fera qu'y passer en hâte. Au lieu de le laisser
croupir dans l'air usé d'une chambre, qu'on le mène journellement au milieu
d'un pré. Là, qu'il coure, qu'il s'ébatte, qu'il tombe cent fois le jour, tant
mieux: il en apprendra plus tôt à se relever. Le bien-être de la liberté
rachète beaucoup de blessures. Mon élève aura souvent des contusions; en
revanche, il sera toujours gai. Si les vôtres en ont moins, ils sont toujours
contrariés, toujours enchaînés, toujours tristes. Je doute que le profit soit
de leur côté. (…)



Que faut-il donc penser de cette éducation
barbare (…), qui charge un enfant de
chaînes de toute espèce, et commence par le rendre misérable, pour lui préparer
au loin je ne sais quel prétendu bonheur (…)
? Quand je supposerais cette éducation raisonnable dans son objet, comment voir
sans indignation de pauvres infortunés soumis à un joug insupportable et
condamnés à des travaux continuels comme des galériens, sans être assuré que
tant de soins leur seront jamais utiles! L'âge de la gaieté se passe au milieu
des pleurs, des châtiments, des menaces, de l'esclavage. On tourmente le
malheureux pour son bien; et l'on ne voit pas la mort qu'on appelle, et qui va
le saisir au milieu de ce triste appareil. Qui sait combien d'enfants périssent
victimes de l'extravagante sagesse d'un père ou d'un maître? Heureux d'échapper
à sa cruauté, le seul avantage qu'ils tirent des maux qu'il leur a fait
souffrir est de mourir sans regretter la vie, dont ils n'ont connu que les
tourments.



1
– Dispositifs dont on munit les enfants en bas âge pour éviter qu'ils ne se
blessent au moment de leurs premiers pas.



2
– Rousseau désigne par là les mille contraintes dont on use vis-à-vis des
enfants : discipline, politesse, études, etc.






Rousseau, Emile ou
De l’éducation
(livre II)

_________________
"Un rêveur est celui qui ne trouve son chemin qu'au clair de lune et qui, comme punition, aperçoit l'aurore avant les autres hommes." Oscar Wilde
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gwendolyne
Niveau 9

Re: Recherche texte de Rousseau extrait de L'Emile ou de l'éducation

par gwendolyne le Mar 28 Juil 2009 - 16:29
Ouhla, la présentation de la mort !!!!! Désolée boulet 😕

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Poups
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Re: Recherche texte de Rousseau extrait de L'Emile ou de l'éducation

par Poups le Mar 28 Juil 2009 - 16:35
Grand merci ! sunny Juste une petite question :
Les deux extraits sont- ils bien tirés du livre deux ?*
Le second extrait commence - t-il à partir de " notre manie enseignante " ?
je te remercie encore une fois ! :aab:
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gwendolyne
Niveau 9

Re: Recherche texte de Rousseau extrait de L'Emile ou de l'éducation

par gwendolyne le Mar 28 Juil 2009 - 17:17
Ah, tu m'en demandes trop concernant le livre dont ils sont extraits Wink
En revanche, oui, le second texte commence bien à "notre manie..."

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Poups
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Re: Recherche texte de Rousseau extrait de L'Emile ou de l'éducation

par Poups le Mar 28 Juil 2009 - 17:25
Merci beaucoup en tout cas ! Very Happy
Tu m'as bien aidée ! sunny
A charge de revanche ! trefle
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Re: Recherche texte de Rousseau extrait de L'Emile ou de l'éducation

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