J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Delia le Mar 29 Aoû 2017 - 11:16

Merci Zagara pour la clarté de ton exposé !
Vrac de remarquesmarginales :
La rémunération au mérite c'est une brillante idée de... Michel Rocard ! Sauf si ma mémoire me trompe.  Elle a été enterrée, et telle un zombi, elle ressort de sa tombe.
Mettre l'école au service de l'entreprise c'est l'arrière pensée qui a présidé à l'instauration des TPE (une idée pas si mauvaise... si elle avait été appliquée !) Lors de la mise en rute de cette chose nous avons été convoqués, ban et arrière-ban des professeurs de lycée pour une réunion de formation, présidée par l'IPR d'espagnol, avec participation de gens du privé. Remue-méninges intense de conseils et suggestions et à midi discours de conclusion avant la pause déjeuner. Un gen-du-privé nous assure que nous allons ainsi faire de nos élèves des employés performants. Mon sang n'a fait qu'un tour, j'ai bondi sur mes pieds et dans un silence de mort j'ai proclamé haut et fort que notre mission ne consistait pas à formater de la main d'œuvre, mais à former des citoyens.
Dans la queue du restaurant, des collègues m'ont chaleureusement félicitée d'avoir dit tout haut ce qu'ils pensaient tout bas...
Conclusion : la menace n'est pas nouvelle, seulement il ne faut pas trop compter sur les collègues pour réagir à temps.
Zagara rectifiera si je me trompe mais le XIXe siècle a vu fleurir des écoles professionnelles aux ordres du patronat qui formait ainsi ses exécutants. C'est pour retirer la formation professionnelle au privé que l'Etat a ouvert ses propres écoles... mais elles ne sont pas assez à la botte, donc le privé revient...

Delia
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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Beniamino Massimo le Mar 29 Aoû 2017 - 11:17

À titre de comparaison, voici ce que la mise en place du recrutement directement par les CdE peut donner dans un pays d'Europe occidentale assez proche du nôtre : La Repubblica, 6 août 2017
La Repubblica a écrit:Les chefs d'établissements satisfaits par le recrutement des enseignants tel qu'il a été mis en place ne sont pas nombreux, à tel point que certains refusent tout simplement de s'en charger. ... Même quelqu'un comme Gianni Oliva, chef d'établissement à Moncalieri et qui fait partie des moins critiques envers la réforme de l'école, trouve qu'en l'état, « le recrutement direct est une blague qui ne fait qu'alourdir les procédures administratives ».
Une syndicaliste estime à plus de 50% la part de CdE piémontais qui ont choisi de ne rien faire plutôt que de recruter eux-mêmes les enseignants cet été. C'est alors à l'équivalent du rectorat que revient la tâche d'affecter les professeurs dans les établissements.

Pas de quoi en tirer des conclusions hâtives, mais enfin.

Il y aurait comme toujours beaucoup à dire sur la réforme italienne, voir ce fil pour plus d'informations : http://www.neoprofs.org/t89783p50-les-italiens-aussi-se-debattent-avec-leur-reforme#4093837

_________________
Et de ce peu de jours si longtemps attendus,
Ah ! malheureux ! Combien j'en ai déjà perdus !
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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Lefteris le Mar 29 Aoû 2017 - 11:30

Si l'on remonte , l'idée de mettre l'école au service de l'entreprise remonte à Allègre.
La thèse de S.Aebischer rappelle les références exactes de ses déclarations.
Et pour arriver à cet état d'esprit introduire les pratiques managériales dans l'école.

_________________
"La réforme [...] c'est un ensemble de décrets qui s'emboîtent les uns dans les autres, qui ne prennent leur sens que quand on les voit tous ensemble"
(F. Robine,  dans son cours sur sa réforme, expliquant comment le piège s'est progressivement mis en place depuis 2013, avec ou sans NVB).
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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Balthazaard le Mar 29 Aoû 2017 - 11:54

Je ne vois pas d'un bon œil tout ce qui concerne l'entreprise, je suis même assez borné sur ce sujet...Par contre je dois reconnaitre que si chez nous une formation a été maintenue c'est parce que les petits industriels de la vallée se sont mobilisés, allant faire bouger le politique et reculer le rectorat, ce que ni syndicats ni parents n'avaient réussi à faire.
De même assistant régulièrement aux jurys de BTS, alors que l'IPR insistait sur les élèves qu'il fallait valoriser, lors d'un cas de repêchage indéfendable qu'il voulait imposer c'est le représentant de l'entreprise qui a mouché l'inspecteur par "me conseillez vous de l'embaucher ?"
Je pense, mais bien sur c'est très relatif, que ces gens là , en tous cas dans le domaine du technique sont conscients du naufrage actuel, recruter des petit robots aux ordres c'est bien, mais des gens qui ont quelques connaissances et un peu de tenue en société c'est pas mal non plus.
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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Delia le Mar 29 Aoû 2017 - 11:59

Lefteris a écrit:Si l'on remonte , l'idée de mettre l'école au service de l'entreprise remonte à Allègre.
C'est bien ce que je dis : les TPE aussi, cela date d'Allègre !

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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Daphné le Mar 29 Aoû 2017 - 12:07

Balthazaard a écrit:Je ne vois pas d'un bon œil tout ce qui concerne l'entreprise, je suis même assez borné sur ce sujet...Par contre je dois reconnaitre que si chez nous une formation a été maintenue c'est parce que les petits industriels de la vallée se sont mobilisés, allant faire bouger le politique et reculer le rectorat, ce que ni syndicats ni parents n'avaient réussi à faire.
De même assistant régulièrement aux jurys de BTS, alors que l'IPR insistait sur les élèves qu'il fallait valoriser, lors d'un cas de repêchage indéfendable qu'il voulait imposer c'est le représentant de l'entreprise qui a mouché l'inspecteur par "me conseillez vous de l'embaucher ?"
Je pense, mais bien sur c'est très relatif, que ces gens là , en tous cas dans le domaine du technique sont conscients du naufrage actuel, recruter des petit robots aux ordres c'est bien, mais des gens qui ont quelques connaissances et un peu de tenue en société c'est pas mal non plus.

Excellent ! Et la réaction de l'IPR ??
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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Lefteris le Mar 29 Aoû 2017 - 12:20

Delia a écrit:
Lefteris a écrit:Si l'on remonte , l'idée de mettre l'école au service de l'entreprise remonte à Allègre.
C'est bien ce que je dis : les TPE aussi, cela date d'Allègre !
J'avais pas fait le lien TPE -Allègre. J'étais fonctionnaire -ignorant encore que j'allais bifurquer, mais déjà horrifié par ce personnage et sa logorrhée. Toujours est-il que son crédo était la désacralisation des disciplines, les "projets" , la révision des programmes au service des entreprises et de la "mobilité" à venir, la transformation du métier de professeur (avec de grands éloges pour le SGEN qui anticipait cette demande) etc. Rien de nouveau en fait, le canevas idéologique était en place, sauf que toute résistance ayant été anéantie, ça passe en force aujourd'hui à grands coups de massue.

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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Dame Jouanne le Mar 29 Aoû 2017 - 12:22

pogonophile a écrit:
Dame Jouanne a écrit:
Oui. Pour "se soumettre" aux directives d'une hiérarchie de façon positive pour soi et l'établissement, il faut encore que celle-ci soit à la hauteur. Le recrutement actuel des CDE permet-il cela? Et au dessus, le rectorat qui contrôle très étroitement la marge de manoeuvre des CDE l'est-il?

Pour remettre en question la compétence des autres, effectivement encore faut-il soi-même être à la hauteur. Je lis beaucoup de choses sur les CdE ci les CdE là, un coup les inspecteurs, un coup les recteurs. Mais jamais le moindre début de remise en question des enseignants, à croire que tous sont grandioses.
Au contraire, la plaie de l'EN semble être la "hiérarchie", déconnectée, obnubilée par sa carrière, qui opprime de vaillants professeurs lesquels eux, par nature, sont invariablement infaillibles. Cela vaut pour ce thread comme pour l'ensemble du forum : à un moment, il faudra se poser des questions autres que "à qui d'autre est-ce la faute", et peut-être développer une autre éthique professionnelle que "le seul maître à bord, c'est pas dieu parce que laïcité, ni chef d'établissement parce que tous des nazes, mais moi moi moi"
Loin de moi d'opposer enseignants /hierarchie avec d'un côté des professeurs parfaits face à d'horribles chefs dictatoriaux. Mais un mauvais professeur (il en existe bien-sûr et je ne prétends pas moi-même à la perfection) fera au final moins de dégâts qu'un mauvais CDE. Mon chef actuel est très bien et je pense que lui donner un peu plus de pouvoir ne serait pas nuisible à l'établissement et aux professeurs, au contraire. Mais j'ai connu, et de nombreux collègues autour de moi le vivent actuellement, des CDE vraiment néfastes, capables de pourrir la vie, de jouer des petites rivalités entre professeurs pour assoir leur pouvoir, faisant basculer en quelques années un collège assez agréable en collège à ambiance pourrie.  D'où mon inquiétude : que feraient ce genre de chef avec plus de pouvoirs?


Dernier point : on parle toujours dans les médias des bons et mauvais profs mais jamais des bons et mauvais CDE. Ils sont pourtant tout aussi importants pour la scolarité des élèves. Mais pour les médias c'est un non-sujet. Pourquoi toutes les banderilles nous seraient-elles réservées? Wink
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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Night Owl le Mar 29 Aoû 2017 - 13:28

Notre ministre fait partie de la délégation présente à l'université du Medef. A suivre?
https://tribuca.net/entreprises_22537000-universite-d-ete-du-medef-demandez-le-programme-
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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par MelanieSLB le Mar 29 Aoû 2017 - 13:56

Jacq a écrit:"Jean-Michel Blanquer défend l'idée d'un chef d'établissement "véritable responsable" de son établissement, assisté d'une équipe de direction de 5 à 10 personne comprenant des enseignants. Le chef d'établissement évaluerait les enseignants, les inspecteurs ayant en charge des audits d'établissement. La direction déciderait de la paye de chaque enseignant, celle  ci étant composée d'une partie récompensant "le mérite". Le service des enseignants serait annualisé de façon à faciliter les remplacements. "

Ce qui veut dire quoi ?  En quoi l'annualisation (encore un rêve libéral destructeur) permet-elle de faciliter les remplacements ? Nous aurons des "heures dues" à faire durant l'année, un peu comme en CFA ? Un emploi du temps et des heures annuelles à faire en plus pour du remplacement, du soutien ?

Ça ressemble beaucoup au système britannique. Au RU, les enseignants doivent 1265 heures de travail dans l'année maximum réparties sur 195 jours maximum, samedi, dimanche et jours fériés interdits. Ces heures incluent 10% de temps de préparation et de correction, 5 journées de formation/an, les surveillances de récréation, de cantine et l'appel/discussion pour les profs principaux (en gros, 1 heure à 1h15 par jour), 20 heures d'enseignement par semaine (4 heures réparties sur 5 jours), 4 réunions parents-profs (3 heures par ex, mais c'est 3h piles, pas 1 seconde de plus - ça inclue aussi les journées portes ouvertes), les réunions avec les différents membres de la direction et les intermédiaires, il y a aussi inclus dans ce temps un nombre d'heures pré-déterminées pour les pb individuels avec les élèves et un nb d'heures mises de côté au cas où -souvent, c'est dans ces heures là qu'on pioche pour le remplacement à l'interne.
Depuis 2003, les enseignants ne doivent plus faire quoi que ce soit d'ordre administratif (il y a un employé dans chaque école pour faire les photocopies, et les bulletins sont réduits à leur plus simple expression: une note de 1 à 4) et depuis 2009, le remplacement interne doit être rare.

pseudo-intello a écrit:
Sauf que finalement, ce que nous décrit le sinistre ministre, c'est finalement très proche du système à l'anglaise (ton chef t'inspecte, l'inspecteur fait des audits d'établissements), où effectivement, tu effectues tes heures de trous dans ton établissement (= perte de pouvoir d'achat immédiate pour les jeunes parents parmi nous, vu que nos heures de nounou vont exploser), une partie d'entre eux sont d'ailleurs de l'astreinte et tu peux te retrouver à remplacer au pied levé un collègue de ta matières, avec donc une classe qui n'est pas la tienne et que tu découvres (ce qui ne sert à rien sauf à dire que les élèves ont eu un prof devant eux), tu te tapes de temps en temps des week-ends de compétitions sportives à Pétaouchnok.. sauf qu'en Angleterre ils ont un salaire qui n'a pas grand chose à voir avec le nôtre.

Les choses ont changé ces dernières années, mais c'est effectivement ton supérieur direct qui t'inspecte (le chef du département, et pour eux, un autre chef de département ou le chef d'établissement). Les heures de présence sont claires au RU: 8h30-15h30 tous les jours, du lundi au vendredi. Je ne suis pas complètement sûre que cela soit un pb pour les parents (peut-être pour les parents de bébés, mais pour les écoliers, je ne crois pas; d'autant que tu as 0 réunions le soir, tout est prévu à l'intérieur de ce cadre horaire là; et tant pis pour les parents qui ne peuvent pas se libérer une après-midi pour discuter de leurs enfants).
Au niveau du salaire jusqu'à il y a à peu près 2 ans, il fallait 6 ans à un prof au RU pour atteindre ce qu'un certifié pouvait espérer en fin de carrière (c'est d'ailleurs ce calcul qui m'a poussée à passer l'agrégation!). Le gouvernement conservateur a aboli la grille de paiement, je ne sais pas trop où on en est du coup.

Mais pour Cath qui se posait la question, la plupart des écoles ne recrutaient pas de profs sur les échelles supérieures (plus ou moins équivalentes à hors classe ou classe exceptionnelle) puisqu'elles n'avaient pas les fonds pour.

Zagara a écrit:
Sauf que les moyens proposés par ces institutions vont toujours dans le même sens : plus de patrons et plus d'entreprises privées au sein des établissements. Plus de formations mixtes, mais aussi plus de co-décision État/patrons sur les programmes (puisque les programmes ont pour seul objectif de "développer des aptitudes" utiles à l'employabilité ; or qui sait mieux que des patrons ce qu'un employé doit savoir pour être employé ?). En France, l'idée a été formulée pour la branche professionnelle de co-gérer les lycées pro avec le patronat du coin (Fillon). C'est aussi cet objectif qui explique pourquoi, pendant la présidentielle, à la fois Macron, Fillon et Hamon (les 3 pro-UE) étaient pour mettre le paquet sur l'apprentissage : c'est la préconisation centrale pour la France, en toutes lettres, qui revient sans cesse dans les documents européens. Je me demande donc quand est-ce qu'on appliquera ces mesures pour tout le système éducatif, puisque c'est l'objectif annoncé. (exemple parmi d'autres - http://www.consilium.europa.eu/uedocs/cms_data/docs/pressdata/fr/educ/141140.pdf )

Mais si on croise 3 connaissances, là ça commence à puer pour l'école républicaine d’État (mais à sentir bon pour les gens convaincus par la supériorité de l'entrepreneur sur l’État ; tout est question de point de vue) :
1. Les entreprises seront amenées à participer à la décision dans les établissements
2. Les entreprises pourraient être amenées à financer les investissements d'éducation, si il manque des sous
3. Le semestre européen veille chaque année à ce que les États investissent le moins possible afin de respecter le paiement des traitements de la dette, priorité absolue. Ils sont sanctionnés si leur déficit structurel est trop élevé, limitant les "marges de manœuvre" en matière d'investissement.

Et on arrivera à la situation actuelle du RU, où les chefs des 'academies' gagnent plus que le Premier Ministre, alors que les parents d'élève doivent payer de plus en plus de choses pour l'école, vu qu'il y a un déficit immense (en gros, 1 milliard de livres) dans le financement de l'éducation.

_________________
La réforme du collège en clair : www.reformeducollege.fr .
La Réforme du Collège en Clair a aussi sa page Facebook !

Et pour ceux qui voudraient en comprendre quelques fondements idéologiques:
De l’école, Jean-Claude Milner, visionnaire en 1984 (ça ne s'invente pas!) de ce qui nous arrive: "On ne dira pas que les enseignants sont l'appendice inutile d'une institution dangereuse et presque criminelle; on dira seulement qu'ils doivent devenir Autres: animateurs, éducateurs, grands frères, nourrices, etc. La liste est variable. Que, par là, les enseignants cessent d’être ce qu'ils doivent être, c'est encore une fois sortir de la question. On ne dira pas que les enseignants n'ont pas à exister, mais qu'ils ont à exister Autrement. Que cette Autre existence consiste à renoncer à soi-même pour disparaître dans la nuit éducative et s'y frotter, tous corps et tous esprits confondus, avec les partenaires de l'acte éducatif - manutentionnaires, parents, élèves, etc. -, seul un méchant pourrait en prendre ombrage." (page 24)
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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Lefteris le Mar 29 Aoû 2017 - 13:58

Dame Jouanne a écrit:
Loin de moi d'opposer enseignants /hierarchie avec d'un côté des professeurs parfaits face à d'horribles chefs dictatoriaux. Mais un mauvais professeur (il en existe bien-sûr et je ne prétends pas moi-même à la perfection) fera au final moins de dégâts qu'un mauvais CDE. Mon chef actuel est très bien et je pense que lui donner un peu plus de pouvoir ne serait pas nuisible à l'établissement et aux professeurs, au contraire. Mais j'ai connu, et de nombreux collègues autour de moi le vivent actuellement, des CDE vraiment néfastes, capables de pourrir la vie, de jouer des petites rivalités entre professeurs pour assoir leur pouvoir, faisant basculer en quelques années un collège assez agréable en collège à ambiance pourrie.  D'où mon inquiétude : que feraient ce genre de chef avec plus de pouvoirs?


Dernier point : on parle toujours dans les médias des bons et mauvais profs mais jamais des bons et mauvais CDE. Ils sont pourtant tout aussi importants pour la scolarité des élèves. Mais pour les médias c'est un non-sujet. Pourquoi toutes les banderilles nous seraient-elles réservées? Wink
Il faut dépasser les questions d'individus et voir que c'est le système qui ne va pas. Il n'est pas question de "gentil" ou "méchant". On connaît des CDE bon enfant et restant dans leur rôle, d'autres qui personnalisent le pouvoir qu'ils ont, se mêlent de tout y compris des cours des enseignants, créent des clans, ont des lubies, imposent des projets, impulsent la triche (notation, conseils de discipline...) pour être bien vus ... La situation est très inconfortable, voire même intenable en ce moment (raison pour laquelle je ne voudrais jamais faire ça pas plus qu'inspecteur)  : être CDE, c'est mettre en oeuvre des réformes néfastes pour les élèves,  rejetées par les personnels, même si l'on est  soi-même contre, adopter un comportement managérial.  Soit l'on adhère à tout ça, et on devient un petit despote, soit on n'aime pas cette vision du métier, et on se trouve entre le marteau et l'enclume.

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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Cath le Mar 29 Aoû 2017 - 14:04

MelanieSLB a écrit:

Mais pour Cath qui se posait la question, la plupart des écoles ne recrutaient pas de profs sur les échelles supérieures (plus ou moins équivalentes à hors classe ou classe exceptionnelle) puisqu'elles n'avaient pas les fonds pour.


Merci. Et bien sûr. Aucune raison que ce système échappe à la grande loi de l'emploi : passé 35 ans, 40 au mieux, on ne t'embauche plus.

Cath
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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Lefteris le Mar 29 Aoû 2017 - 14:15

Cath a écrit:
MelanieSLB a écrit:

Mais pour Cath qui se posait la question, la plupart des écoles ne recrutaient pas de profs sur les échelles supérieures (plus ou moins équivalentes à hors classe ou classe exceptionnelle) puisqu'elles n'avaient pas les fonds pour.


Merci. Et bien sûr. Aucune raison que ce système échappe à la grande loi de l'emploi : passé 35 ans, 40 au mieux, on ne t'embauche plus.
Déjà, on part du principe que les professeurs anciens sont généralement  néfastes au système. Des stagiaires m'ont raconté ce qu'on leur dit en formation : ne pas écouter les anciens, essayer de les "former" . Et cela corrobore les propos de F.Robine dans sa désormais célèbre conférence sur "l'éducabilité des enseignants" vers 33'30", et sur les jeunes pouvant leur porter "la bonne parole" vers 35 '10. J'ai moi-même entendu que l'E.N. (c'était les IUFM) changerait quand toute une génération serait partie, sur le ton du souhait, dit comme ça, sans complexe et sans gêne.  
Donc on ne recruterait ni des gens d'un certain âge, ni des gens attachés aux disciplines, puisque l'essentiel ne résiderait plus dans une qualification reconnue nationalement , mais dans l'adhésion au  "projet".
En fait, un truc comme ça tuerait le recrutement à très court terme : quelqu'un qui passerait un concours ne serait pas certain de pouvoir obtenir un poste un jour, d'obtenir une mutation désirée selon des critères clairs, de travailler près de  chez lui. Autant s'abstenir, faire autre chose de plus intéressant et mieux rémunéré si l'on a les capacités. Il ne resterait que le chômeur n'ayant strictement aucun autre choix dans la vie.
Déjà, avec les concours, les jeunes se détournent des études menant à l'enseignement, ça se vide en lettres par exemple. Alors avec la précarité envisagée, pour un revenu n'atteignant même pas la catégorie B bien souvent, on ne voit plus vraiment l'intérêt sauf à être pris à la gorge.

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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Babarette le Mar 29 Aoû 2017 - 14:33

Lefteris a écrit:
Cath a écrit:
MelanieSLB a écrit:

Mais pour Cath qui se posait la question, la plupart des écoles ne recrutaient pas de profs sur les échelles supérieures (plus ou moins équivalentes à hors classe ou classe exceptionnelle) puisqu'elles n'avaient pas les fonds pour.


Merci. Et bien sûr. Aucune raison que ce système échappe à la grande loi de l'emploi : passé 35 ans, 40 au mieux, on ne t'embauche plus.
Déjà, on part du principe que les professeurs anciens sont généralement  néfastes au système. Des stagiaires m'ont raconté ce qu'on leur dit en formation : ne pas écouter les anciens, essayer de les "former" . Et cela corrobore les propos de F.Robine dans sa désormais célèbre conférence sur "l'éducabilité des enseignants" vers 33'30", et sur les jeunes pouvant leur porter "la bonne parole" vers 35 '10. J'ai moi-même entendu que l'E.N. (c'était les IUFM) changerait quand toute une génération serait partie, sur le ton du souhait, dit comme ça, sans complexe et sans gêne.  
Donc on ne recruterait ni des gens d'un certain âge, ni des gens attachés aux disciplines, puisque l'essentiel ne résiderait plus dans une qualification reconnue nationalement , mais dans l'adhésion au  "projet".
En fait, un truc comme ça tuerait le recrutement à très court terme : quelqu'un qui passerait un concours ne serait pas certain de pouvoir obtenir un poste un jour, d'obtenir une mutation désirée selon des critères clairs, de travailler près de  chez lui. Autant s'abstenir, faire autre chose de plus intéressant et mieux rémunéré si l'on a les capacités. Il ne resterait que le chômeur n'ayant strictement aucun autre choix dans la vie.
Déjà, avec les concours, les  jeunes se détournent des études menant à l'enseignement, ça se vide en lettres par exemple. Alors avec la précarité envisagée, pour un revenu n'atteignant même pas la catégorie B  bien souvent, on ne voit plus vraiment l'intérêt sauf à être pris à la gorge.

Oui, les stagiaires tout bien formatés semblent préférables aux anciens professeurs pour certains chefs. Je ne sais pas à quel point c'est vrai, mais le collègue délégué syndical nous disait que la CDE avait demandé au rectorat d'avoir des stagiaires afin que ceux-ci poussent les collègues "vieux de la vielle" à s'acclimater à la réforme. Bon, j'espère que c'est un mensonge, parce que sinon, c'est stupide pour au moins deux raisons:
- rien ne dit que le stagiaire sera un amoureux de Najat
- un stagiaire ferme sa g* pour être titularisé, il ne va donc pas forcer ses collègues à changer leurs pratiques pédagogiques.

En tout cas, si l'éducation nationale se met à fonctionner comme le privé, quels seront les avantages à y être, franchement? Le plaisir d'enseigner? Vu le nombre de gens que je connais (et que vous connaissez sûrement) qui ne supportent pas les enfants ou les ados, ça sera difficile à trouver. Et de qualité, encore plus.

Bon courage...
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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Jacq le Mar 29 Aoû 2017 - 14:34

Balthazaard a écrit:Je ne vois pas d'un bon œil tout ce qui concerne l'entreprise, je suis même assez borné sur ce sujet...Par contre je dois reconnaitre que si chez nous une formation a été maintenue c'est parce que les petits industriels de la vallée se sont mobilisés, allant faire bouger le politique et reculer le rectorat, ce que ni syndicats ni parents n'avaient réussi à faire.
De même assistant régulièrement aux jurys de BTS, alors que l'IPR insistait sur les élèves qu'il fallait valoriser, lors d'un cas de repêchage indéfendable qu'il voulait imposer c'est le représentant de l'entreprise qui a mouché l'inspecteur par "me conseillez vous de l'embaucher ?"
Je pense, mais bien sur c'est très relatif, que ces gens là , en tous cas dans le domaine du technique sont conscients du naufrage actuel, recruter des petit robots aux ordres c'est bien, mais des gens qui ont quelques connaissances et un peu de tenue en société c'est pas mal non plus.

Très bonne remarque. Les "petits robots" dont tu parles ont une capacité qui est bien limitée, et les employeurs s'en rendent comptent, bien plus que nos chers inspecteurs qui vivent dans leurs petits pourcentages et taux de réussite. Un patron ça embauche, ou pas. Lorsque nous faisons passer des VAE la question finale est en générale : "vous l'embauchez ou pas" ? Et là entrent en compte les compétences professionnelles, mais aussi toutes les autres, qui sont celles de la formation initiale (culturelle, math, français). Oui, les patrons sont conscients du naufrage actuel. Les patrons, pas seulement ! Mes amis qui travaillent dans le privé sont bien conscients de la baisse du niveau général. Il n'y a que le ministère qui ment comme un arracheur de dents en prétendant le contraire (voir, dernièrement , le débat entre NVB et MLP, ou plus antérieur le discours des années Chatel pour le passage du bac pro 4 en bac pro 3 - et qui était dans le secteur à ce moment là ? devinons qui ! ).
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Re: J-M Blanquer : les enseignants seront recrutés par les chefs d'établissement

Message par Lefteris le Mar 29 Aoû 2017 - 14:36

Babarette a écrit:

Oui, les stagiaires tout bien formatés semblent préférables aux anciens professeurs pour certains chefs. Je ne sais pas à quel point c'est vrai, mais le collègue délégué syndical nous disait que la CDE avait demandé au rectorat d'avoir des stagiaires afin que ceux-ci poussent les collègues "vieux de la vielle" à s'acclimater à la réforme. Bon, j'espère que c'est un mensonge, parce que sinon, c'est stupide pour au moins deux raisons:
- rien ne dit que le stagiaire sera un amoureux de Najat
- un stagiaire ferme sa g* pour être titularisé, il ne va donc pas forcer ses collègues à changer leurs pratiques pédagogiques.

En tout cas, si l'éducation nationale se met à fonctionner comme le privé, quels seront les avantages à y être, franchement? Le plaisir d'enseigner? Vu le nombre de gens que je connais (et que vous connaissez sûrement) qui ne supportent pas les enfants ou les ados, ça sera difficile à trouver. Et de qualité, encore plus.

Bon courage...
Les stagiaires qui me /nous (car ça passe aussi par le syndicat) rapportent ça sont bien entendus hostiles à la réforme ainsi qu'au baratin de l'ESPE, même si bien entendu ils le cachent par peur de représailles. Certains ne se laissent pas formater comme ça, même si d'autres adhèrent comme des moutons.

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"La réforme [...] c'est un ensemble de décrets qui s'emboîtent les uns dans les autres, qui ne prennent leur sens que quand on les voit tous ensemble"
(F. Robine,  dans son cours sur sa réforme, expliquant comment le piège s'est progressivement mis en place depuis 2013, avec ou sans NVB).
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Lefteris
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