Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Zagara le Lun 28 Aoû 2017 - 9:15

Oui, chacun fait ce qu'il peut, mais c'est comme essayer de remplir un seau percé si il n'y a pas de mission interministérielle dédiée par dessus, ainsi qu'une action diplomatique.

Actuellement j'ai l'impression que les acteurs locaux se sentent très seuls. Certains préfèrent ne pas agir, par lâcheté ou esprit de conservation ; les plus cyniques aident même les salafistes, notamment pour se faire réélire. D'autres se battent. Mais tout ce que fait l’État, c'est fliquer, ficher et virer quand le fanatique devient trop dangereux, tout ça souvent sans en informer les acteurs locaux. C'est déjà pas mal, mais à mon sens il faudrait au moins une mission articulant MEN/M. intérieur/M. de la ville, en interaction avec les associations et politiques locaux, et avec un budget et des agents dédiés, pour que les gens se sentent soutenus par l’État sur le terrain. Parce qu'à l'échelle d'un collège, on ne peut pas faire grand chose, et tant qu'on ne se sent pas soutenu par l'administration et l’État, on préférera souvent ne pas agir, par peur d'être seul.

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Tamerlan le Lun 28 Aoû 2017 - 9:21

Zagara a écrit:Oui, chacun fait ce qu'il peut, mais c'est comme essayer de remplir un seau percé si il n'y a pas de mission interministérielle dédiée par dessus, ainsi qu'une action diplomatique.

Actuellement j'ai l'impression que les acteurs locaux se sentent très seuls. Tout ce que fait l’État, c'est fliquer, ficher et virer quand le fanatique devient trop dangereux, tout ça souvent sans en informer les acteurs locaux. C'est déjà pas mal, mais à mon sens il faudrait au moins une mission articulant MEN/M. intérieur/M. de la ville, en interaction avec les associations et politiques locaux, et avec un budget et des agents dédiés, pour que les gens se sentent soutenus par l’État sur le terrain. Parce qu'à l'échelle d'un collège, on ne peut pas faire grand chose.

Oui. C'est aussi pour cela que le témoignage d'un CDE est intéressant. Il ne peut pas forcément faire mais c'est lui qui est au croisement des acteurs en cas de souci: la préfecture, les élus locaux, les assocs, sa propre administration. C'est un bon poste d'observation de la réalité...

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Anaxagore le Lun 28 Aoû 2017 - 9:23

Le combat est un combat politique, philosophique et spirituel.

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Zagara le Lun 28 Aoû 2017 - 9:30

Mon impression est aussi que c'est d'abord un combat du concret. Le salafisme progresse toujours là où les structures de sociabilité sont devenues inexistantes. Toutes les zones touchées sont des lieux où l’État n'existe que par la police et le prof, où le tissu associatif est mort et où les maires locaux sont des incapables, des barons inutiles mauvais gestionnaires et qui ne lancent jamais aucun événement. Les salafistes arrivent et créent des réseaux dans ces trous. Ils proposent un enseignement alternatif, ils font des prestations de santé, ils indiquent même leurs droits aux gens du coin, ils rendent des services, ils font de l'humanitaire, ils font des prêts "islamiques", à taux 0. Et en retour, ils distillent leur sectarisme, ils changent peu à peu les mentalités des gens. Une fois que le salafiste du coin est devenu le référent associatif, ou le référent de prière, ou le référent pour le maire, c'est gagné.
C'est du militantisme assez vieille école, en fait. Occuper l'espace, devenir central, pour faire passer ses idées.
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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Tamerlan le Lun 28 Aoû 2017 - 9:34

Un journaliste marseillais avait fait une très bonne enquête, parue l'an dernier, qui portait sur l'émergence du vote FN mais qui dit une bonne partie de ces choses-là :
http://www.arenes.fr/livre/la-fabrique-du-monstre/

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Zagara le Lun 28 Aoû 2017 - 9:38

Le FN fonctionne pareil oui. Ce n'est pas un hasard si les meilleurs bastions du FN sont aussi les lieux d'effondrement des réseaux socialistes. Ils ont investi des lieux désertés par tous les autres et ont bien labouré leur champ. Déjà vers 2010 j'entendais des gens du Nord dire qu'il n'y avait plus que le FN qui tractait et était sur le terrain.

Donc, la solution logique est d'avoir un réseau militant alternatif et positif, ancré dans ces lieux, qui apporte toutes ces prestations aux gens, pour ensuite les amener à la politique. La FI a commencé à faire ça, avec les caravanes et les groupes d'appui. Ce n'est pas un hasard non plus si elle a fait immédiatement un excellent score, et fait baisser le FN, dans ces régions abandonnées. Par contre, autant le FN est identifié comme une cible par la FI, autant je ne sais pas si le salafisme l'est. Il y a encore un flottement à gauche sur l'identification de cet ennemi, à cause du NPA, d'Attac et d'autres ravis de la crèche qui n'arrivent pas à distinguer l'islam des sectes salafistes et accusent "d'islamophobe" toute personne qui veut soulever ce problème.

Parfois ils ont raison de s'alarmer (l'objectif du FN et de ses minions est effectivement que l'opinion confonde les deux ; c'est aussi l'objectif des salafistes, qui se disent toujours "musulmans normaux", "juste musulman", pour jeter le trouble et la confusion), mais ils attaquent trop souvent des gens de bonne foi et qui savent faire la distinction, empêchant ainsi l'émergence de solutions. Mais bon j'ai bon espoir, parce qu'ils sont minoritaires à gauche.
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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par René Chiche le Lun 28 Aoû 2017 - 9:56

pogonophile a écrit:Je dois être un peu borné, je ne comprends pas le titre.

Autant la situation décrite est inquiétante, autant le collègue a fait ce qu'il a pu avec ce qu'il avait... Il sait que ça se passe en dehors du collège, il prend une décision très discutable mais dans l'intérêt de l'élève, à quel moment se demande-t-il s'il est devenu un "imam de la République" ?

Même sentiment. Ce titre est une fantaisie d'éditeur et trahit manifestement l'intention autant que les propos de l'auteur. Mais je crois que n'importe quel titre aurait de toute façon été réducteur et propre à faire jaser. L'essentiel de ce livre, c'est un récit détaillé de quelqu'un qu'on ne peut pas soupçonner et qui est, de toute évidence, un héritier de la grande tradition des hussards noirs. Et je dirais même plus : l'essentiel de ce livre est dans la charge qu'il porte contre la lâcheté, l'indifférence ou l'inertie de la technostructure de l'EN. En quoi il est très précieux.

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par neomath le Lun 28 Aoû 2017 - 10:10

Zagara a écrit:Le FN fonctionne pareil oui. Ce n'est pas un hasard si les meilleurs bastions du FN sont aussi les lieux d'effondrement des réseaux socialistes. Ils ont investi des lieux désertés par tous les autres et ont bien labouré leur champ. Déjà vers 2010 j'entendais des gens du Nord dire qu'il n'y avait plus que le FN qui tractait et était sur le terrain.

Donc, la solution logique est d'avoir un réseau militant alternatif et positif, ancré dans ces lieux, qui apporte toutes ces prestations aux gens, pour ensuite les amener à la politique. La FI a commencé à faire ça, avec les caravanes et les groupes d'appui. Ce n'est pas un hasard non plus si elle a fait immédiatement un excellent score, et fait baisser le FN, dans ces régions abandonnées. Par contre, autant le FN est identifié comme une cible par la FI, autant je ne sais pas si le salafisme l'est. Il y a encore un flottement à gauche sur l'identification de cet ennemi, à cause du NPA, d'Attac et d'autres ravis de la crèche qui n'arrivent pas à distinguer l'islam des sectes salafistes et accusent "d'islamophobe" toute personne qui veut soulever ce problème.

Parfois ils ont raison de s'alarmer (l'objectif du FN et de ses minions est effectivement que l'opinion confonde les deux ; c'est aussi l'objectif des salafistes, qui se disent toujours "musulmans normaux", "juste musulman", pour jeter le trouble et la confusion), mais ils attaquent trop souvent des gens de bonne foi et qui savent faire la distinction, empêchant ainsi l'émergence de solutions. Mais bon j'ai bon espoir, parce qu'ils sont minoritaires à gauche.
Pas des ravis de la crèche mais plutôt des gens qui ont assez de culture historique pour comprendre où nous mèneront les obsédés du "problème musulman" et leurs "solutions", si jamais on les laisse faire.

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Anaxagore le Lun 28 Aoû 2017 - 10:28

neomath a écrit:
Zagara a écrit:Le FN fonctionne pareil oui. Ce n'est pas un hasard si les meilleurs bastions du FN sont aussi les lieux d'effondrement des réseaux socialistes. Ils ont investi des lieux désertés par tous les autres et ont bien labouré leur champ. Déjà vers 2010 j'entendais des gens du Nord dire qu'il n'y avait plus que le FN qui tractait et était sur le terrain.

Donc, la solution logique est d'avoir un réseau militant alternatif et positif, ancré dans ces lieux, qui apporte toutes ces prestations aux gens, pour ensuite les amener à la politique. La FI a commencé à faire ça, avec les caravanes et les groupes d'appui. Ce n'est pas un hasard non plus si elle a fait immédiatement un excellent score, et fait baisser le FN, dans ces régions abandonnées. Par contre, autant le FN est identifié comme une cible par la FI, autant je ne sais pas si le salafisme l'est. Il y a encore un flottement à gauche sur l'identification de cet ennemi, à cause du NPA, d'Attac et d'autres ravis de la crèche qui n'arrivent pas à distinguer l'islam des sectes salafistes et accusent "d'islamophobe" toute personne qui veut soulever ce problème.

Parfois ils ont raison de s'alarmer (l'objectif du FN et de ses minions est effectivement que l'opinion confonde les deux ; c'est aussi l'objectif des salafistes, qui se disent toujours "musulmans normaux", "juste musulman", pour jeter le trouble et la confusion), mais ils attaquent trop souvent des gens de bonne foi et qui savent faire la distinction, empêchant ainsi l'émergence de solutions. Mais bon j'ai bon espoir, parce qu'ils sont minoritaires à gauche.
Pas des ravis de la crèche mais plutôt des gens qui ont assez de culture historique pour comprendre où nous mèneront les obsédés du "problème musulman" et leurs "solutions", si jamais on les laisse faire.

Des ravis de la crèche qui, par leur déni, poussent les gens dans les bras des excités dangereux d'extrême droite.

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Anaxagore le Lun 28 Aoû 2017 - 10:30

C'est un abandon pur et simple.

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par lenidji le Lun 28 Aoû 2017 - 10:30

Ce qui m'a marqué dans les extraits que j'ai lus, c'est ce surveillant, qui s'est avéré être un salafiste. Le rectorat 'a rien fait et le principal a dû ruser pour le pousser vers la sortie.
J'ai un ami éduc à la PJJ. Il est sidéré de constater que dans son foyer, les 3/4 de ses collègues sont des salafistes. Il faudrait aussi faire attention au recrutement...
Gamine, dans mon quartier, on ne parlait pas vraiment de religion, les gens faisaient le Ramadan, apportaient des gâteaux aux voisins et ça s'arrêtait là. C'était sympa. Et puis j'ai commencé à voir des barbus en robe laver le cerveau des gamins. Et comme ces gamins étaient d'une inculture crasse, les islamistes avaient un terrain fertile pour y semer leur doctrine.
Je me demande si les pouvoirs publics n'ont pas laissé faire, en se disant que les barbus allaient pacifier les quartiers à leur place et en sous-estimant le danger...
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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par René Chiche le Lun 28 Aoû 2017 - 10:33

Je rappelle, une fois pour toutes, que le sujet de ce livre - et de ce post - n'est pas l'islam ni le salafisme ni le Fn ni je ne sais quoi. Le but de l'instruction est de développer la raison, l'aptitude à penser par soi-même, l'esprit critique enfin, c'est-à-dire de réduire la bêtise qui se nourrit de préjugés et de fanatisme. La superstition en fait partie, et le fait qu'elle s'avance sous le masque de la religion ne doit pas faire reculer la raison. Bien au contraire celle-ci doit s'en emparer afin de délivrer la religion de la superstition, comme l'a fait Spinoza en son temps en démontrant, dans son Traité théologico-politique, que les Ecritures n'enseignaient qu'une chose : la pratique de la justice et de la charité, et laissaient par conséquent chacun libre de penser et de se faire de Dieu l'idée qui lui paraît la plus claire (et pour Spinoza, Deus, sive Natura). C'est sans doute la fondation (occultée) de ce qu'on appelle de nos jours la laïcité, et qui est encore assez mal comprise.

Reste que des choses anormales se passent parfois dans les écoles, et qu'il faut pouvoir les dire, les décrire avec des mots justes afin de pouvoir les traiter, sans se faire accuser de faire le jeu des uns et des autres. Tous ceux qui mettraient en cause le témoignage de ce principal, qui a l'air d'être un brave homme, au motif qu'il donne du grain à moudre au Fn et à je ne sais quels tordus sont à mes yeux coupables de ce que, précisément, le témoignage de B. Ravet met en lumière : une volonté de ne pas stigmatiser qui conduit à un renoncement de fait à toutes les valeurs qui fondent la République, et auxquelles on tourne alors aussi facilement le dos qu'on a pris soin de les afficher sur des posters à l'entrée des établissement afin de se donner bonne conscience !

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Zagara le Lun 28 Aoû 2017 - 10:44

Je conserve l'expression "ravi de la crèche". Entretenir la confusion entre musulman et salafiste, comme tu viens de le faire en utilisant l'expression, même entre guillemets, "problème musulman", alors qu'ici tout le monde parle bien de la secte salafiste et non des musulmans, c'est à peu près du même niveau que si on confondait en 1936 Allemand et nazi. Ça empêche de penser, ça empêche de diagnostiquer et ça empêche de traiter le problème.

Ben si le sujet de ce post est le salafisme et sa pression sur l'espace de l'école. Tous les détails décrits par ce principal correspondent pile-poil aux prescriptions de la doctrine obscurantiste construite en Arabie saoudite et âprement diffusée par ses prédicateurs depuis les années 1970, avec une forte accélération après 2005.

Ce ne sont pas juste des comportements anormaux isolés, il y a toute une para-structure et des entrepreneurs d'identité derrière qui les ont faits émerger. Ça ne sort pas de nulle part et on ne se réveille pas un matin salafiste de manière spontanée. On se fait labourer le cerveau avant, par des personnes physiques, par des sites internet, par des livres, par son entourage. C'est un processus sectaire dans la plus pure tradition du sectarisme.


Dernière édition par Zagara le Lun 28 Aoû 2017 - 10:52, édité 1 fois
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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Anaxagore le Lun 28 Aoû 2017 - 10:52

René Chiche a écrit:Je rappelle, une fois pour toutes, que le sujet de ce livre - et de ce post - n'est pas l'islam ni le salafisme ni le Fn ni je ne sais quoi. Le but de l'instruction est de développer la raison, l'aptitude à penser par soi-même, l'esprit critique enfin, c'est-à-dire de réduire la bêtise qui se nourrit de préjugés et de fanatisme. La superstition en fait partie, et le fait qu'elle s'avance sous le masque de la religion ne doit pas faire reculer la raison. Bien au contraire celle-ci doit s'en emparer afin de délivrer la religion de la superstition, comme l'a fait Spinoza en son temps en démontrant, dans son Traité théologico-politique, que les Ecritures n'enseignaient qu'une chose : la pratique de la justice et de la charité, et laissaient par conséquent chacun libre de penser et de se faire de Dieu l'idée qui lui paraît la plus claire (et pour Spinoza, Deus, sive Natura). C'est sans doute la fondation (occultée) de ce qu'on appelle de nos jours la laïcité, et qui est encore assez mal comprise.

Reste que des choses anormales se passent parfois dans les écoles, et qu'il faut pouvoir les dire, les décrire avec des mots justes afin de pouvoir les traiter, sans se faire accuser de faire le jeu des uns et des autres. Tous ceux qui mettraient en cause le témoignage de ce principal, qui a l'air d'être un brave homme, au motif qu'il donne du grain à moudre au Fn et à je ne sais quels tordus sont à mes yeux coupables de ce que, précisément, le témoignage de B. Ravet met en lumière : une volonté de ne pas stigmatiser qui conduit à un renoncement de fait à toutes les valeurs qui fondent la République, et auxquelles on tourne alors aussi facilement le dos qu'on a pris soin de les afficher sur des posters à l'entrée des établissement afin de se donner bonne conscience !

Qu'en est-il d'Averroes, d'Al-Farabi? Avons-nous des philosophes, autres que des philosophes occidentaux, qui ont accompli du chemin ou des choses qui s'apparenteraient à ce qu'a fait Spinoza par exemple.

Dans son dernier livre Jean-Luc Marion décrit les catholiques comme des précurseurs de la séparation de la religion et se l'État.

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par René Chiche le Lun 28 Aoû 2017 - 10:54

Zagara a écrit:

Ben si le sujet de ce post est le salafisme et sa pression sur l'espace de l'école. Tous les détails décrits par ce principal correspondent pile-poil aux prescriptions de la doctrine obscurantiste construite en Arabie saoudite et âprement diffusée par ses prédicateurs depuis les années 1970, avec une forte accélération après 2005.

Ce ne sont pas juste des comportements anormaux isolés, il y a toute une para-structure et des entrepreneurs d'identité derrière qui les ont faits émerger. Ça ne sort pas de nulle part et ils ne se génèrent pas de manière spontanée.

Je suis d'accord : ce ne sont pas des comportements isolés. Mais je suis professeur, non enquêteur ni membre des RG. Ce que je voulais dire, c'est que notre travail se borne à l'école, où nous devons être très vigilants et très réactifs, à tous les échelons. Or jusqu'à présent, ce n'est pas le cas. Cela doit cesser.

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Delia le Lun 28 Aoû 2017 - 11:06

Zagara a écrit:Mon impression est aussi que c'est d'abord un combat du concret. Le salafisme progresse toujours là où les structures de sociabilité sont devenues inexistantes. Toutes les zones touchées sont des lieux où l’État n'existe que par la police et le prof, où le tissu associatif est mort et où les maires locaux sont des incapables, des barons inutiles mauvais gestionnaires et qui ne lancent jamais aucun événement. Les salafistes arrivent et créent des réseaux dans ces trous. Ils proposent un enseignement alternatif, ils font des prestations de santé, ils indiquent même leurs droits aux gens du coin, ils rendent des services, ils font de l'humanitaire, ils font des prêts "islamiques", à taux 0. Et en retour, ils distillent leur sectarisme, ils changent peu à peu les mentalités des gens. Une fois que le salafiste du coin est devenu le référent associatif, ou le référent de prière, ou le référent pour le maire, c'est gagné.
C'est du militantisme assez vieille école, en fait. Occuper l'espace, devenir central, pour faire passer ses idées.
C'est la stratégie des Témoins de Jéhovah et des Adventistes du 7 e jour. Cela n'a rien de nouveau. Alors que selon la loi de séparation les clercs ne peuvent exercer dans l'EN, un de mes collègues était pasteur adventiste. Un homme charmant à qui je ne voulais nul mal. Mais je m'interroge encore sur sa présence dans l'EN.
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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par René Chiche le Lun 28 Aoû 2017 - 11:53

Anaxagore a écrit:

Qu'en est-il d'Averroes, d'Al-Farabi? Avons-nous des philosophes, autres que des philosophes occidentaux, qui ont accompli du chemin ou des choses qui s'apparenteraient à ce qu'a fait Spinoza par exemple.

Dans son dernier livre Jean-Luc Marion décrit les catholiques comme des précurseurs de la séparation de la religion et se l'État.

On peut en effet qualifier le "rendre à César ce qui est à César", et partant certains catholiques, de "précurseurs" en ce sens. Au fond, la religion bien comprise n'étant que la morale, qui forcément est privée, la séparation de la religion et de l'Etat est en quelque sorte conforme à la nature même de la religion. A sa nature, non à son histoire. Evidemment, c'est là où le bât blesse et où Spinoza, à ma connaissance, est sans équivalent car il permet de faire cette distinction en s'appuyant sur une lecture *littérale* et en critiquant justement chez ses prédécesseurs leur volonté de faire dire aux Ecritures ce qui les arrange. Car, c'est là le point essentiel, les autres penseurs qui semblent avoir des positions proches ou rappelant celles de Spinoza se font de Dieu, aux yeux de Spinoza, une idée fausse qui n'a aucune raison d'être ce faisant supérieure à celle que s'en fait le vulgaire, et qui lui est même pratiquement inférieure. On ne peut pas dissocier l'analyse du TTP des démonstrations de l'Ethique.

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par PauvreYorick le Lun 28 Aoû 2017 - 12:14

René Chiche a écrit: Au fond, la religion bien comprise n'étant que la morale, qui forcément est privée, la séparation de la religion et de l'Etat est en quelque sorte conforme à la nature même de la religion.
Ce serait très commode évidemment. Mais si l'action est au prix d'un accord préalable sur cette doctrine, elle risque de se faire attendre.

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par tit871 le Lun 28 Aoû 2017 - 12:18

Plus globalement moi ce qui me dégoûte c'est la sourde oreille de l'institution. Je suis usé de voir à quel point on nous fait des injonctions sur nos diverses missions autre qu'enseigner mais au final on nous laisse seuls!

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par DesolationRow le Lun 28 Aoû 2017 - 12:22

Anaxagore a écrit:
René Chiche a écrit:Je rappelle, une fois pour toutes, que le sujet de ce livre - et de ce post - n'est pas l'islam ni le salafisme ni le Fn ni je ne sais quoi. Le but de l'instruction est de développer la raison, l'aptitude à penser par soi-même, l'esprit critique enfin, c'est-à-dire de réduire la bêtise qui se nourrit de préjugés et de fanatisme. La superstition en fait partie, et le fait qu'elle s'avance sous le masque de la religion ne doit pas faire reculer la raison. Bien au contraire celle-ci doit s'en emparer afin de délivrer la religion de la superstition, comme l'a fait Spinoza en son temps en démontrant, dans son Traité théologico-politique, que les Ecritures n'enseignaient qu'une chose : la pratique de la justice et de la charité, et laissaient par conséquent chacun libre de penser et de se faire de Dieu l'idée qui lui paraît la plus claire (et pour Spinoza, Deus, sive Natura). C'est sans doute la fondation (occultée) de ce qu'on appelle de nos jours la laïcité, et qui est encore assez mal comprise.

Reste que des choses anormales se passent parfois dans les écoles, et qu'il faut pouvoir les dire, les décrire avec des mots justes afin de pouvoir les traiter, sans se faire accuser de faire le jeu des uns et des autres. Tous ceux qui mettraient en cause le témoignage de ce principal, qui a l'air d'être un brave homme, au motif qu'il donne du grain à moudre au Fn et à je ne sais quels tordus sont à mes yeux coupables de ce que, précisément, le témoignage de B. Ravet met en lumière : une volonté de ne pas stigmatiser qui conduit à un renoncement de fait à toutes les valeurs qui fondent la République, et auxquelles on tourne alors aussi facilement le dos qu'on a pris soin de les afficher sur des posters à l'entrée des établissement afin de se donner bonne conscience !

Qu'en est-il d'Averroes, d'Al-Farabi? Avons-nous des philosophes, autres que des philosophes occidentaux, qui ont accompli du chemin ou des choses qui s'apparenteraient à ce qu'a fait Spinoza par exemple.

Dans son dernier livre Jean-Luc Marion décrit les catholiques comme des précurseurs de la séparation de la religion et se l'État.

Disons qu'ils furent vigoureusement en faveur de la séparation quand ils allaient aux lions, nettement moins au fil des siècles Wink
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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Zagara le Lun 28 Aoû 2017 - 12:23

Et pas du tout lorsqu'on leur a proposé de l'appliquer.
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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par JCB le Lun 28 Aoû 2017 - 12:41

Bonjour,

Cet article est un réchauffé du rapport Obin datant de 2004. Il n'est d'ailleurs pas question de salafisme, mais du tablighisme dans les anecdotes les plus croustillantes.
L'express de Patrick Drahi veut vendre son papier, M Ravet son nouveau livre et relancer son combat politique. Quoi de mieux que d'imaginer, à partir d'anecdotes, un complot salafiste de grande ampleur visant à procéder au grand remplacement.
Succès garanti, même des enseignants se laissent embarquer.

Je ne nie pas des problèmes posés par ces quelques anecdotes du rapport Obin au ton alarmiste ou carrément fantaisistes. Mais les raisons sont plus à chercher du côté de la ghettoïsation liée à la crise économique(pourquoi seul le "Français de souche" serait concerné par le repli identitaire en temps de crise ?), d'un héritage colonial qui dirige certaines décisions de l'état(appel aux états des ex-colonies pour gérer des problèmes communautaires par exemple) et du manque criant d'établissements privés musulmans qui permettraient de circonscrire l'influence et de responsabiliser les intégristes.

Jean-Pierre Obin a affirmé : Lors de notre enquête de 2004, j'ai visité le collège Versailles à Marseille, où Bernard Ravet était principal. Enclavé entre l'autoroute et une bretelle de sortie, ce collège recrute ses élèves dans un quartier largement contrôlé par les organisations musulmanes. Au moins treize lieux de culte sont répertoriés, dont une importante mosquée du mouvement intégriste Tabligh. L'un de ses militants actifs est surveillant au collège, il organise de l'aide aux devoirs pour les élèves à la mosquée. Un ouvrage créationniste a circulé dans le collège, Le hasard impossible. La théorie de l'évolution des êtres vivants analysée par un croyant, publié par le mouvement Tabligh et dont l'auteur, Mohammad Kaskas, est un professeur agrégé de biologie, exerçant à l'IUFM d'Amiens ! J'ai averti le recteur d'Amiens et le directeur de l'IUFM, lequel n'a pas osé prendre de sanctions par crainte que l'affaire s'envenime. « C'est compliqué » et « il sait se défendre » sont les seules réponses que j'ai obtenues. À la rentrée 2005, trois professeurs femmes en jupe ont été agressées. L'équipe enseignante s'est mise en grève, une cellule de crise a été créée au rectorat, sans qu'aucune mesure décisive ne soit prise... sauf une surveillance policière pour permettre aux professeurs harcelés d'entrer et sortir du collège. Une nouvelle agression a eu lieu au cours de laquelle un jeune a été arrêté. Devant l'inertie du procureur, les enseignants ont menacé de reconduire leur grève. Le jeune a été placé en centre éducatif fermé à Toulon et les sorties de professeurs ont été à nouveau encadrées par une brigade de protection anticriminelle. Finalement, quatre jeunes barbus sont allés voir le principal, lui demandant de faire partir les policiers et promettant en échange qu'il n'y aurait plus d'agressions. La présence policière n'était pas bonne pour leur commerce, ont-ils expliqué ! Ces adeptes de Tabligh et petits trafiquants, interrogés sur leurs contradictions, ont répondu : « On ne vend qu'aux mécréants, on n'emboucane pas nos petits ». Toujours dans le même collège, en période de jeûne musulman, le principal a dû, par mesure de protection, imposer le statut d'externe à 27 élèves sur 150 qui ne pratiquaient pas la coutume religieuse. Ils ne pouvaient aller à la cantine sans subir des insultes ! Violences contre les femmes, contestations de la vie scolaire : de tels exemples montrent la complexité et les intrications des diverses entraves aux lois de la République.
Source : senat.fr/compte-rendu-commissions/20150302/educ.html

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Olympias le Lun 28 Aoû 2017 - 12:46

Et ça commence à l'école primaire avec des attitudes de gosses dont il est évident que les parents sont intégristes. L'administration fait l'autruche.
Le titre du livre est nul. Mais ce qu'il dit est vrai, et c'est tragique. Une partie des élus est lourdement responsable. Les conséquences du rôle de l'Arabie Saoudite et du Qatar sont dramatiques. Par ex, il n'y avait pas de fondamentalisme en Afrique subsaharienne, jusqu'à ce que des jeunes aillent se faire bourrer le mou dans des madrassas saoudiennes.
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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par henriette le Lun 28 Aoû 2017 - 12:46

Bonjour JCB, et bienvenue.
Merci de vous présenter dans la section ad hoc du forum : http://www.neoprofs.org/f26-votre-presentation

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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par Babarette le Lun 28 Aoû 2017 - 12:49

Olympias a écrit:Et ça commence à l'école primaire avec des attitudes de gosses dont il est évident que les parents sont intégristes. L'administration fait l'autruche.
Le titre du livre est nul. Mais ce qu'il dit est vrai, et c'est tragique. Une partie des élus est lourdement responsable. Les conséquences du rôle de l'Arabie Saoudite et du Qatar sont dramatiques. Par ex, il n'y avait pas de fondamentalisme en Afrique subsaharienne, jusqu'à ce que des jeunes aillent se faire bourrer le mou dans des madrassas saoudiennes.

Oui, il me semble que quelqu'un a ouvert un sujet sur des élèves de maternelle qui parlaient dégorger les infidèles, ou quelque chose d'approchant.
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Re: Principal de collège ou imam de la République ? Extraits

Message par lenidji le Lun 28 Aoû 2017 - 12:51

Zagara a écrit:Je conserve l'expression "ravi de la crèche". Entretenir la confusion entre musulman et salafiste, comme tu viens de le faire en utilisant l'expression, même entre guillemets, "problème musulman", alors qu'ici tout le monde parle bien de la secte salafiste et non des musulmans, c'est à peu près du même niveau que si on confondait en 1936 Allemand et nazi. Ça empêche de penser, ça empêche de diagnostiquer et ça empêche de traiter le problème.

Entièrement d'accord avec ton analyse.
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