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Ventre-Saint-Gris
Niveau 8

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par Ventre-Saint-Gris le Ven 8 Déc 2017 - 16:12
@Emeraldia a écrit:Je n'apprécie guère ce titre : "les pédagos". Même s'il faut évidemment que les élèves maîtrisent les bases.

Ca me fatigue sur ce site qu'il y ait opossition (artificielle et stérile) entre des profs qui essaient d'innover et de varier leurs cours et qui se font taxer de "pédagos" (on dirait une salle de classe où les mauvais élèves traitent les autres d'intellos...) et des profs ici allergiques, désolée, à tout changement. En ce qui me concerne, j'appelle ça être réac.
Pédagos contre réacs donc, c'est ça ?

On peut voir ça comme ça. Pédagos = intellos innovants vs réacs = mauvais élèves moqueurs.

On peut aussi essayer de nuancer, de faire le tri entre les innovations qui seraient des progrès et les autres. Mais pour cela, il faut avoir du temps à perdre.
Badiste75
Niveau 9

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par Badiste75 le Ven 8 Déc 2017 - 16:35
Il faut surtout arrêter les conneries. Je n’ai rien contre l’innovation au contraire mais ça doit être réfléchi. Faire des cartes avec des identités remarquables pour soit disant remotiver et remobiliser... Alors que les identités remarquables se travaillent à l’écrit. Soyons sérieux deux minutes, si on avait le temps de le faire avec nos programmes démentiels face à la lenteur et aux lacunes de nos élèves ça se saurait. « En plus » ça pourrait avoir son intérêt, sauf que c’est présenté « à la place de » puisqu’on a clairement pas le temps. Du coup, il manque une étape. C’est exactement le même problème avec les courbes des fonctions à la calculatrice ou les représentations statistiques sur tableur. Ça vient une fois que la phase d’apprentissage chiante à la main est passée! On a tendance à oublier que pour comprendre quelque chose correctement et mettre vraiment en valeur des compétences il faut maîtriser les fondamentaux. Et ce n’est pas être réac, juste lucide. Je peux passer la moitié de l’année à faire du ludique, sauf que la moitié du programme ne sera pas traitée : une catastrophe pour l’année suivante, pour le prof comme pour les élèves. Donc oui parfois les vieilles méthodes chiantes qui vont droit au but sont plus efficaces. Vu l’horaire et la taille des programmes, il faut améliorer la productivité et c’est pas avec de la perte de temps inutile qu’on y parvient.
archeboc
Esprit éclairé

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par archeboc le Ven 8 Déc 2017 - 16:52
@Emeraldia a écrit:Pédagos contre réacs donc, c'est ça ?

En l'espèce, nous avons des scientifiques qui développent un discours assez précis, qui mettent en oeuvre des expériences serrées, qui commencent à valider leurs prédictions.

Bref, des scientifiques.

En face de ces scientifiques, nous avons des gens qui en usurpent le titre, qui entretiennent depuis un demi-siècle un discours sur l'école déconnecté des réalités, qui ont acquis par la bureaucratie un pouvoir qui leur a permis d'imposer des pratiques fumeuses sur des millions d'enfants sans échantillon témoin.

En bien ou en mal, les premiers sont en train de changer les points de vue sur l'école.

Les seconds essayent de freiner le mouvement, de revenir à l'âge d'or qui les a vu distribuer honneurs et prébendes, et ne veulent pas voir dévoiler leur anti-intellectualisme, leur incompétence et leur charlatanisme.

@Emeraldia a écrit:Pédagos contre réacs donc, c'est ça ?

Et si désormais les pédagos étaient les réactionnaires ?

_________________
Pour des raisons de commodité nous utilisons dans nos analyses un classement des élèves en « bons », « moyens » et « faibles » qui n'est valable qu'à l'intérieur de chaque classe ou dans des classes de même type. En fait, les élèves que nous appelons « bons » sont plutôt des élèves moyens, les « moyens » des élèves plutôt faibles et les « faibles » des élèves en grande difficulté.
van Zanten Agnès. Le quartier ou l'école ? Déviance et sociabilité adolescente dans un collège de banlieue . In: Déviance et société. 2000 - Vol. 24 - N°4. Les désordres urbains : regards sociologiques. pp. 377-401. note 3


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Rabelais
Vénérable

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par Rabelais le Ven 8 Déc 2017 - 17:12
@Emeraldia a écrit:Je n'apprécie guère ce titre : "les pédagos". Même s'il faut évidemment que les élèves maîtrisent les bases.

Ca me fatigue sur ce site qu'il y ait opossition (artificielle et stérile) entre des profs qui essaient d'innover et de varier leurs cours et qui se font taxer de "pédagos" (on dirait une salle de classe où les mauvais élèves traitent les autres d'intellos...) et des profs ici allergiques, désolée, à tout changement. En ce qui me concerne, j'appelle ça être réac.
Pédagos contre réacs donc, c'est ça ?
Ah, mais on ne parle pas de varier les cours et d'essayer d'influer sur la motivation et de s'adapter à notre public.
On ne parle plus non plus de donner des fesses et des coups de baguettes et de monter sur une estrade pour dispenser notre savoir pendant que les gamins attendent bouche ouverte.
On parle de CETTE caricature de nous que donnent les pédagos chercheurs en science de l'éducation depuis des années pendant qu'ils essaient de nous imposer leur vision de l'enseignement qui n'est d'ailleurs plus un enseignement puisqu'en Lettres, par exemple, plus de cours de grammaire, plus de savoirs mais des competences que devraient trouver seuls les eleves par l'opération de je-ne-sais-qui.

Et dès qu'on émet un semblant de critique, on nous renvoie à ces pratiques de un autre âge, alors que nous avons évolué et que nous savons faire la-part des choses entre ce qui fonctionne..ou pas.

_________________
Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est c., on est c.
chmarmottine
Fidèle du forum

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par chmarmottine le Ven 8 Déc 2017 - 17:23
Finalement, je suis bien contente d'avoir choisi ce titre.
Évidemment quand j'évoque les "pédagos", je ne pense pas aux collègues qui essaient de temps en temps des choses auprès de leurs élèves, mais à ceux qui nous font croire que telle ou telle "méthode" soit-disant "novatrice" est mieux pour l'élève et érige cela en doctrine "anti-méthodes classiques". Avec 20 ans de métier, je pense avoir testé beaucoup de choses et en être revenue ... On voit ce que donne l'anti-exercices techniques en maths.
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Rabelais
Vénérable

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par Rabelais le Ven 8 Déc 2017 - 17:25
Et ce qu'apporte la fin des exercices de stabilisation en grammaire.
Hop, un tour de bocal et comme les poissons rouges, tout est oublié.
Alors que franchement, les découvertes du fonctionnement de la mémoire à court terme et des conditions de son passage dans la mémoire à long terme sont anciennes...
Mais non.
On a détruit les possibilités de mémorisation stable du premier coup et introduit pour pallier le constat de lacunes provoquées la notion de Curriculaire , histoire de ne surtout pas revenir en arrière vers ce qui fonctionnait.
Je crois que c'est ça qui me fatigue, cette impossibilité de revenir à ce qui fonctionne parce que ce n'est pas " nouveau" et ne pas reconnaître ses erreurs ... Et inventer 10000 concepts pour masquer cela.
La nouveauté n'est PAS le mal, mais les formules anciennes non plus, il faut juste accepter de s'être trompé.

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Orlanda
Habitué du forum

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par Orlanda le Ven 8 Déc 2017 - 17:55
Vous n'en avez pas assez, vous, du verbe "innover" employé à tort et à travers partout, et dans tous les domaines?
Au XIXe siècle, on croyait au progrès, comme M. Homais. Maintenant on croit en l'innovation.
En matière de pédagogie, je le trouve de mauvais goût.

_________________
"Nous vivons à une époque où l'ignorance n'a plus honte d'elle-même". Robert Musil
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corailc
Fidèle du forum

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par corailc le Ven 8 Déc 2017 - 17:58
En ces temps d'économies, tout ces déchargés bidon ont sûrement peur de retourner devant des classes. Je suis pessimiste mais je pense que l'EN est foutue et que pour avoir un bon enseignement qui a fait ses preuves, il faudra payer, cher.

_________________
In tenebris lumen rectis.
Terre des Lettres, manuel militant et intelligent. http://terredeslettres.nathan.fr/
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Isis39
Esprit sacré

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par Isis39 le Ven 8 Déc 2017 - 18:07
@corailc a écrit:En ces temps d'économies, tout ces déchargés bidon ont sûrement peur de retourner devant des classes. Je suis pessimiste mais je pense que l'EN est foutue et que pour avoir un bon enseignement qui a fait ses preuves, il faudra payer, cher.

De qui parles-tu ?
frdm
Niveau 10

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par frdm le Ven 8 Déc 2017 - 18:11
@Isis39 a écrit:
@corailc a écrit:En ces temps d'économies, tout ces déchargés bidon ont sûrement peur de retourner devant des classes. Je suis pessimiste mais je pense que l'EN est foutue et que pour avoir un bon enseignement qui a fait ses preuves, il faudra payer, cher.

De qui parles-tu ?

Il en faut pas se sentir visée Wink
wilfried12
Niveau 8

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par wilfried12 le Ven 8 Déc 2017 - 18:13
@Emeraldia a écrit:Je n'apprécie guère ce titre : "les pédagos". Même s'il faut évidemment que les élèves maîtrisent les bases.

Ca me fatigue sur ce site qu'il y ait opossition (artificielle et stérile) entre des profs qui essaient d'innover et de varier leurs cours et qui se font taxer de "pédagos" (on dirait une salle de classe où les mauvais élèves traitent les autres d'intellos...) et des profs ici allergiques, désolée, à tout changement. En ce qui me concerne, j'appelle ça être réac.
Pédagos contre réacs donc, c'est ça ?

Ah les non pedago sont donc les mauvais élèves.
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celitian
Neoprof expérimenté

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par celitian le Ven 8 Déc 2017 - 18:17
@Rabelais a écrit:Et ce qu'apporte la fin des exercices de stabilisation en grammaire.
Hop, un tour de bocal et comme les poissons rouges, tout est oublié.
Alors que franchement, les découvertes du fonctionnement de la mémoire à court terme et des conditions de son passage dans la mémoire à long terme sont anciennes...
Mais non.
On a détruit les possibilités de mémorisation stable du premier coup et introduit pour pallier le constat de lacunes provoquées la notion de Curriculaire , histoire de ne surtout pas revenir en arrière vers ce qui fonctionnait.
Je crois que c'est ça qui me fatigue, cette impossibilité de revenir à ce qui fonctionne parce que ce n'est pas " nouveau" et ne pas reconnaître ses erreurs ... Et inventer 10000 concepts pour masquer cela.
La nouveauté n'est PAS le mal, mais les formules anciennes non plus, il faut juste accepter de s'être trompé.
Ce que tu dis sur la mémorisation me fait penser aux 3 séances d'AP proposées sur le site Sciences Cognitives
http://sciences-cognitives.fr/apprendre-a-apprendre-3-seances-dap/, je trouve qu'il y a beaucoup de conseils pleins de bon sens.
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JPhMM
Demi-dieu

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par JPhMM le Ven 8 Déc 2017 - 18:19
@Emeraldia a écrit:Je n'apprécie guère ce titre : "les pédagos". Même s'il faut évidemment que les élèves maîtrisent les bases.

Ca me fatigue sur ce site qu'il y ait opossition (artificielle et stérile) entre des profs qui essaient d'innover et de varier leurs cours et qui se font taxer de "pédagos" (on dirait une salle de classe où les mauvais élèves traitent les autres d'intellos...) et des profs ici allergiques, désolée, à tout changement. En ce qui me concerne, j'appelle ça être réac.
Pédagos contre réacs donc, c'est ça ?
Conservateurs professeur

_________________
Labyrinthe où l'admiration des ignorants et des idiots qui prennent pour savoir profond tout ce qu'ils n'entendent pas, les a retenus, bon gré malgré qu'ils en eussent. D'ailleurs, il n'y a point de meilleur moyen pour mettre en vogue ou pour défendre des doctrines étranges et absurdes, que de les munir d'une légion de mots obscurs, douteux , et indéterminés. Ce qui pourtant rend ces retraites bien plus semblables à des cavernes de brigands ou à des tanières de renards qu'à des forteresses de généreux guerriers. Que s'il est malaisé d'en chasser ceux qui s'y réfugient, ce n'est pas à cause de la force de ces lieux-là, mais à cause des ronces, des épines et de l'obscurité des buissons dont ils sont environnés. Car la fausseté étant par elle-même incompatible avec l'esprit de l'homme, il n'y a que l'obscurité qui puisse servir de défense à ce qui est absurde. — John Locke

Je crois que je ne crois en rien. Mais j'ai des doutes. — Jacques Goimard
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Ilona
Niveau 9

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par Ilona le Ven 8 Déc 2017 - 18:20
@corailc a écrit:Je suis pessimiste mais je pense que l'EN est foutue et que pour avoir un bon enseignement qui a fait ses preuves, il faudra payer, cher.
Ils [modéré] ont tout détruit, l'EN n'est plus qu'un tas de ruines fumantes. Ce qui est grave, c'est que le pays est en train de péricliter à cause de leur folie.


Dernière édition par Thalia de G le Sam 9 Déc 2017 - 5:55, édité 1 fois (Raison : Suppression d'un terme considéré comme insultant.)
frdm
Niveau 10

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par frdm le Ven 8 Déc 2017 - 18:24
@Ilona a écrit:
@corailc a écrit:Je suis pessimiste mais je pense que l'EN est foutue et que pour avoir un bon enseignement qui a fait ses preuves, il faudra payer, cher.
Ils [modéré] ont tout détruit, l'EN n'est plus qu'un tas de ruines fumantes. Ce qui est grave, c'est que le pays est en train de péricliter à cause de leur folie.

Et de la veulerie d'une partie du corps enseignant.
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celitian
Neoprof expérimenté

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par celitian le Ven 8 Déc 2017 - 18:29
Personnellement ce qui me dérange chez les " innovants", c'est l'importance du numérique et du ludique sans aucune preuve de l'efficacité de ces méthodes.
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William Foster
Neoprof expérimenté

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par William Foster le Ven 8 Déc 2017 - 18:37
@Emeraldia a écrit:Je n'apprécie guère ce titre : "les pédagos". Même s'il faut évidemment que les élèves maîtrisent les bases.

Ca me fatigue sur ce site qu'il y ait opossition (artificielle et stérile) entre des profs qui essaient d'innover et de varier leurs cours et qui se font taxer de "pédagos" (on dirait une salle de classe où les mauvais élèves traitent les autres d'intellos...) et des profs ici allergiques, désolée, à tout changement. En ce qui me concerne, j'appelle ça être réac.
Pédagos contre réacs donc, c'est ça ?

Finalement, c'est facile d'être dans le camp du Bien : il suffit de faire une ou deux généralisations abusives en se plaçant au-dessus de la mêlée. Razz

Pour essayer de nuancer cette vision manichéenne et volontairement fausse :
1. tous les profs qui essaient d'innover et de varier leurs cours ne sont pas des "pédagos"*,
2. tous les profs qui récusent des progrès qui n'en sont pas ne sont pas antiprogressistes.


*édité pour reprendre le titre du topic et ne pas échauder la très miséricordieuse modération Wink


Dernière édition par William Foster le Ven 8 Déc 2017 - 18:54, édité 1 fois

_________________
Tout le monde me dit que je ne peux pas faire l'unanimité.
"Il ne faut pas voir le mal partout où il est." Marie-Martine Schyns, ministre belge de l'enseignement obligatoire
Vérificateur de miroir est un métier que je me verrais bien faire, un jour.
chmarmottine
Fidèle du forum

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par chmarmottine le Ven 8 Déc 2017 - 18:51
Bon résumé.
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Rabelais
Vénérable

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par Rabelais le Ven 8 Déc 2017 - 18:52
@celitian a écrit:
@Rabelais a écrit:Et ce qu'apporte la fin des exercices de stabilisation en grammaire.
Hop, un tour de bocal et comme les poissons rouges, tout est oublié.
Alors que franchement, les découvertes du fonctionnement de la mémoire à court terme et des conditions de son passage dans la mémoire à long terme sont anciennes...
Mais non.
On a détruit les possibilités de mémorisation stable du premier coup et introduit pour pallier le constat de lacunes provoquées la notion de Curriculaire , histoire de ne surtout pas revenir en arrière vers ce qui fonctionnait.
Je crois que c'est ça qui me fatigue, cette impossibilité de revenir à ce qui fonctionne parce que ce n'est pas " nouveau" et ne pas reconnaître ses erreurs ... Et inventer 10000 concepts pour masquer cela.
La nouveauté n'est PAS le mal, mais les formules anciennes non plus, il faut juste accepter de s'être trompé.
Ce que tu dis sur la mémorisation me fait penser aux 3 séances d'AP proposées sur le site Sciences Cognitives
http://sciences-cognitives.fr/apprendre-a-apprendre-3-seances-dap/, je trouve qu'il y a beaucoup de conseils pleins de bon sens.
Alléluia, enfin une reprise de ce qui se faisait déjà en "AP" du temps de mes études.
Tout n'est donc pas perdu.
J'en suis ravie, tant que ce n'est pas vendu comme une nouveauté mais comme une reprise intelligente de ce qui fonctionnait bien, ça me va. Laughing

_________________
Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est c., on est c.
Graisse-Boulons
Niveau 7

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par Graisse-Boulons le Ven 8 Déc 2017 - 19:00
@William Foster a écrit:
@Emeraldia a écrit:Je n'apprécie guère ce titre : "les pédagos". Même s'il faut évidemment que les élèves maîtrisent les bases.

Ca me fatigue sur ce site qu'il y ait opossition (artificielle et stérile) entre des profs qui essaient d'innover et de varier leurs cours et qui se font taxer de "pédagos" (on dirait une salle de classe où les mauvais élèves traitent les autres d'intellos...) et des profs ici allergiques, désolée, à tout changement. En ce qui me concerne, j'appelle ça être réac.
Pédagos contre réacs donc, c'est ça ?

Finalement, c'est facile d'être dans le camp du Bien : il suffit de faire une ou deux généralisations abusives en se plaçant au-dessus de la mêlée. Razz

Pour essayer de nuancer cette vision manichéenne et volontairement fausse :
1. tous les profs qui essaient d'innover et de varier leurs cours ne sont pas des pédagogistes excessifs,
2. tous les profs qui récusent des progrès qui n'en sont pas ne sont pas antiprogressistes.

Tout a fait.
Le problème, c'est que certains se sont approprié le mot "pédago" un peu comme le front national à pris nos trois couleurs en otage. Depuis la nuit des temps les professeurs essayent, font, refont, cherchent. Le fait que certains se soient proclamé "scientifiques de l'éducation", aient d'abord théorisé l'existant qui relève en fait d'une pratique, d'un art, pour ensuite imposer leurs propres théories "novatrices-qui-lavent-plus-blanc" ne change rien. (ou plutôt si : imposées en lieu et place des "recettes" des professeurs, ces théories ont changé des choses...). L'histoire des "profs-qui-refusent-le-changement" est usé jusqu'à la corde, je suis surpris qu'on nous le sorte encore, alors qu'il y à tant d'autres lieux communs plus "modernes". L'une d'entre elle (mais qui commence à vieillir, elle aussi), est que si ce qu'on nous impose ne fonctionne pas, c'est parce que les profs "ne le font pas complètement"...
desnos
Niveau 3

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par desnos le Ven 8 Déc 2017 - 19:56
Bonsoir.

Au pays des « innovationistes », le nihilisme est dans le pré.

À vrai dire, " l'innovationisme " pédagogique est, à son corps défendant, une fabrique du néant. Au cours de son périple existentiel, c'est d'une âpreté stoïque qu'il a besoin pour lutter contre le vide sidéral qui menace éternellement son être. Condamné à innover, il ne peut que renier, sans cesse, les innovations antérieures. Dès qu'une innovation voit le jour, elle est immédiatement sous la menace d'un ennemi létal qui a déjà conçu le projet de l'anéantir, en la faisant tomber en désuétude au bout d'une certaine durée. Car, une fois passé l'effet de mode, une innovation qui dure n'est plus vraiment une innovation. Cet ennemi est le temps.

Saint-Augustin nous avait enseigné que parmi les trois instances du temps, seul le présent existe : le passé n'est plus et le futur n'est pas encore. Ce à quoi Bergson ajoute que le temps c'est à travers la durée qu'il se manifeste, quand nous nous contentons de le vivre sans essayer de le comprendre. Quant à G. Bachelard, pour lui, la véritable quiddité du temps réside dans l'instant immédiat qui n'est saisissable que par l'expérience intuitive. La durée n'est qu'une succession d'instants qui s'anéantissent inexorablement. S'il en est ainsi, dès son émergence, l'instant présent semble se dérober au présent et s'empresse de s'anéantir dans le passé. Il appert donc nécessaire de délimiter le cours du temps par une durée qui permet au présent d'être présent, du moins pour assurer son appréhension par la conscience. Mais, sans perdre de vue que cette construction de la durée n'est qu'arbitraire et que cette présence du présent n'est qu'illusoire. Illusion née de notre représentation du temps.

Ce qui précède nous conduit à dire que c'est ainsi que se détermine l'insoutenable condition existentielle de la nouveauté dans la sphère de " l'innovationisme ". Il en résulte qu'il assigne nécessairement à celle-ci une condition existentielle semblable à celle de l'instant présent. D'une innovation qui anéantit sa précédente, " l'innovationisme " est condamné à remplir le tonneau des Danaïdes et le néant est l'ultime récompense de cet éternel retour du même effort d'innovation. Alors, bienvenue dans le mirifique pays des illusions, où toute innovation envisagée ne peut avoir de sens que si une durée, délimitant sa temporalité et donc son caractère nouveau, lui est arbitrairement attribuée. Le statut de la nouveauté est ainsi tributaire d'une durée. Plus elle est brève, plus éclatant est le neuf. Il n'y a donc de neuf que dans l'éphémère. Et ça, les industriels et les hérauts de la logique mercantile l'ont tellement bien compris qu'ils en ont fait un principe directeur et une matrice économique de leur activité, naturellement vouée à une perpétuelle quête du lucre, sous peine de disparaître du marché. Mais, faut-il rappeler que l'apprentissage n'est pas un produit commercial et que « les innovationistes » s'honoreraient à concevoir leurs projets à l'aune d'une plus-value pédagogique et non selon l'absurde loi du neuf pour le neuf ?

Nous y voilà, « l'innovationisme » pédagogique, en succombant, nolens, volens, à une logique industrielle et mercantile, devrait, in fine, assumer son statut de " mercantilisme pédagogique ". Pourvu qu'il en soit conscient !

Innovationisment vôtre.
chmarmottine
Fidèle du forum

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par chmarmottine le Ven 8 Déc 2017 - 20:03
aai
Graisse-Boulons
Niveau 7

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par Graisse-Boulons le Ven 8 Déc 2017 - 20:33
@desnos a écrit:Bonsoir.

Au pays des « innovationistes », le nihilisme est dans le pré.

À vrai dire, " l'innovationisme " pédagogique est, à son corps défendant, une fabrique du néant. Au cours de son périple existentiel, c'est d'une âpreté stoïque qu'il a besoin pour lutter contre le vide sidéral qui menace éternellement son être. Condamné à innover, il ne peut que renier, sans cesse, les innovations antérieures. Dès qu'une innovation voit le jour, elle est immédiatement sous la menace d'un ennemi létal qui a déjà conçu le projet de l'anéantir, en la faisant tomber en désuétude au bout d'une certaine durée. Car, une fois passé l'effet de mode, une innovation qui dure n'est plus vraiment une innovation. Cet ennemi est le temps.

Saint-Augustin nous avait enseigné que parmi les trois instances du temps, seul le présent existe : le passé n'est plus et le futur n'est pas encore. Ce à quoi Bergson ajoute que le temps c'est à travers la durée qu'il se manifeste, quand nous nous contentons de le vivre sans essayer de le comprendre. Quant à G. Bachelard, pour lui, la véritable quiddité du temps réside dans l'instant immédiat qui n'est saisissable que par l'expérience intuitive. La durée n'est qu'une succession d'instants qui s'anéantissent inexorablement. S'il en est ainsi, dès son émergence, l'instant présent semble se dérober au présent et s'empresse de s'anéantir dans le passé. Il appert donc nécessaire de délimiter le cours du temps par une durée qui permet au présent d'être présent, du moins pour assurer son appréhension par la conscience. Mais, sans perdre de vue que cette construction de la durée n'est qu'arbitraire et que cette présence du présent n'est qu'illusoire. Illusion née de notre représentation du temps.

Ce qui précède nous conduit à dire que c'est ainsi que se détermine l'insoutenable condition existentielle de la nouveauté dans la sphère de " l'innovationisme ". Il en résulte qu'il assigne nécessairement à celle-ci une condition existentielle semblable à celle de l'instant présent. D'une innovation qui anéantit sa précédente, " l'innovationisme " est condamné à remplir le tonneau des Danaïdes et le néant est l'ultime récompense de cet éternel retour du même effort d'innovation. Alors, bienvenue dans le mirifique pays des illusions, où toute innovation envisagée ne peut avoir de sens que si une durée, délimitant sa temporalité et donc son caractère nouveau, lui est arbitrairement attribuée. Le statut de la nouveauté est ainsi tributaire d'une durée. Plus elle est brève, plus éclatant est le neuf. Il n'y a donc de neuf que dans l'éphémère. Et ça, les industriels et les hérauts de la logique mercantile l'ont tellement bien compris qu'ils en ont fait un principe directeur et une matrice économique de leur activité, naturellement vouée à une perpétuelle quête du lucre, sous peine de disparaître du marché. Mais, faut-il rappeler que l'apprentissage n'est pas un produit commercial et que « les innovationistes » s'honoreraient à concevoir leurs projets à l'aune d'une plus-value pédagogique et non selon l'absurde loi du neuf pour le neuf ?

Nous y voilà, « l'innovationisme » pédagogique, en succombant, nolens, volens, à une logique industrielle et mercantile, devrait, in fine, assumer son statut de " mercantilisme pédagogique ". Pourvu qu'il en soit conscient !
Innovationisment vôtre.

Formidable. Je dois le dire, je suis jaloux (et il n'y a aucune ironie, hein, c'est vrai). En Graisse-Boulon, ça ce dit "A partir du moment ou tu te présentes comme "innovateur devant l'éternel", tout ce que tu fais va être tué par ce que tu vas faire, nécessairement".
Je me permet d'ajouter (modestement) que si l'innovateur professionnel ne dit pas deux co....ries en même temps, c'est parce qu'il a peur d'être à court : il gère le temps.
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corailc
Fidèle du forum

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par corailc le Ven 8 Déc 2017 - 20:39
Isis, je parle des 4 formateurs de mon ancien espé, des profs déchargés à 100%, je n'ai strictement rien appris en un an de formation. Je me souviens d'un formateur qui était là depuis les années 80!!! et qui nous a donné pour tout conseil de ne pas parler de consigne car c'est le con qui signe. Des gens sont payés pour dire ça?! C'est une honte. [modéré]


Dernière édition par Thalia de G le Sam 9 Déc 2017 - 6:43, édité 1 fois (Raison : Charte 1.9)

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Graisse-Boulons
Niveau 7

Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par Graisse-Boulons le Ven 8 Déc 2017 - 20:58
@corailc a écrit:Isis, je parle des 4 formateurs de mon ancien espé, des profs déchargés à 100%, je n'ai strictement rien appris en un an de formation. Je me souviens d'un formateur qui était là depuis les années 80!!! et qui nous a donné pour tout conseil de ne pas parler de consigne car c'est le con qui signe. Des gens sont payés pour dire ça?! C'est une honte. Il y a aussi beaucoup d'idiots utiles à l'UNSA, le seul syndicat qui a des déchargés à 100%.


Ooulà oulà oulà, mais arrêtez hein !
Vous allez faire exploser mon petit bulbe de beauf...j'ai de la vapeur qui me sort par les oreilles : grâce à ce dernier post je viens seulement de me rendre compte qu'il ne vaudrait mieux pas pour eux qu'ils nous apprennent des trucs qui marchent qui serraient destinés à rester ! Déchargés à 100%, oui, mais tant qu' "on" attends que paraissent leurs dernières "innovations"...c'est un abonnement, en fait.
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scot69
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Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

par scot69 le Ven 8 Déc 2017 - 22:10
Je suis du genre à piocher les idées à droite et à gauche, que ce soit dans des méthodes classiques ou des innovations. Je marche un peu au feeling, comme je "sens" le truc. Si ça fonctionne, j'exploite, sinon, je tente autre chose. Je ne vais pas rejeter un truc parce que c'est une nouveauté, ni considérer que la vieille méthode (l'approche grammaticale pour nous) est exceptionnelle. Mais une chose est indispensable: je dois absolument être à l'aise avec mon approche, sinon ça ne fonctionne pas. Et c'est pour ça que je tiens vraiment à ma liberté pédagogique. Une de mes collègues d'une matière pro est à fond dans les sciences de l'éduc et ça marche très bien, mon autre collègue de la même matière n'en retient que l'aspect baratin et semble avoir bien plus de mal. J'ai aussi une collègue qui enseigne le français comme dans les années 70 et elle obtient d'excellents résultats aussi.

Non vraiment, je pense que c'est à chacun de voir quelle approche est le plus en adéquation avec sa personnalité. S'il le maîtrise, les gamins le ressentent et ça fonctionne quand même mieux.

Concrètement, en LV, je n'ai jamais vraiment adhéré à leurs histoires de CECRL, d'approche socio-constructiviste, de tâche finale, d'anti-grammaire... et pourtant je trouve dans tout cela quelques idées de temps en temps. J'arrive à obtenir des résultats potables (pour un LP difficile) et ça m'agace qu'on vienne m'imposer ma façon de faire de façon aussi dictatoriale alors que certaines méthodes se sont avérées très efficaces.
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Re: Les "pédagos" ont-ils peur ?

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