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InvitéeHr
Expert

[2nde] Cherche GT sur l'utopie (argu)

par InvitéeHr le Jeu 20 Aoû 2009 - 13:15
Je pense à l'abbaye de Thélème de Rabelais, mais il m'en faudrait quelques autres, pourriez-vous m'aider ?

En lecture cursive j'avais pensé à La colonie de Marivaux.

J'avais lu aussi la préface (brillante) de M. Crouzet sur La Chartreuse de Parme qui analysait la cour de Parme comme une utopie,
mais cela me semble ardu pour de secondes.


Dernière édition par heather le Jeu 20 Aoû 2009 - 13:26, édité 2 fois
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John
Médiateur

Re: [2nde] Cherche GT sur l'utopie (argu)

par John le Jeu 20 Aoû 2009 - 13:19
Tu comptes ouvrir à la contre-utopie ?

Dans l'utopie : l'Eldorado dans Candide, l'Utopia de Thomas More, la ballade de Cyrano (le vrai) avec les arbres qui parlent, les Troglodytes de Montesquieu, la fin des Châtiments sur le progrès...

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InvitéeHr
Expert

Re: [2nde] Cherche GT sur l'utopie (argu)

par InvitéeHr le Jeu 20 Aoû 2009 - 13:23
Merci John, pour la contre-utopie, je ne sais pas, dans quelle oeuvre trouve-t-on le texte de Montesquieu ?
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Daniel
Niveau 9

Re: [2nde] Cherche GT sur l'utopie (argu)

par Daniel le Jeu 20 Aoû 2009 - 13:24
Lettres persanes, lettres XI à XIV ou quelque chose approchant...
InvitéeHr
Expert

Re: [2nde] Cherche GT sur l'utopie (argu)

par InvitéeHr le Jeu 20 Aoû 2009 - 14:06
Merci pour ces précisions. Voici un lien que je viens de trouver si cela vous intéresse aussi :

http://expositions.bnf.fr/utopie/pistes/index.htm
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gwendolyne
Niveau 8

Re: [2nde] Cherche GT sur l'utopie (argu)

par gwendolyne le Jeu 20 Aoû 2009 - 14:22
Quelques textes :

More, L’Utopie, 1516.

L’île a cinquante-quatre villes grandes et belles, identiques par la langue et les mœurs, les institutions et
les lois. Elles sont toutes bâties sur le même plan et on le même aspect, dans la mesure où le site le permet. La distance de l’une à l’autre est au minimum de vingt-quatre milles ; elle n’est jamais si grande qu’elle ne puisse être franchie en une journée de marche.
Chaque ville envoie chaque année en Amaurote trois vieillards ayant l’expérience des affaires, afin de mettre les intérêts de l’île en délibération. Située comme à l’ombilic de l’île, d’un accès facile pour tous les délégués, cette ville est considérée comme une capitale.
Les champs sont si bien répartis entre les cités que chacune a au moins douze milles de terrain à cultiver tout autour d’elle et parfois davantage, si la distance est plus grande entre elle et la voisine. Aucune ne cherche à étendre son territoire, car les habitants s’en considèrent comme les fermiers plutôt que comme les propriétaires.
Ils ont à la campagne, au milieu des champs, des demeures bien situées en des lieux choisis, équipées de tous les instruments aratoires. Les citadins y viennent habiter à tour de rôle. Un ménage agricole se compose d’au
moins quarante personnes, hommes et femmes, sans compter deux serfs attachés à la glèbe. Un homme et une femme, gens sérieux et expérimentés, servent de père ou de mère à tout ce monde. Trente ménages élisent un phylarque. Dans chaque ménage, vingt personnes chaque année retournent en ville après avoir
passé deux ans à la campagne. Elles sont remplacées par autant de citadins. Ceux-ci sont instruits par les colons installés depuis un an et déjà au courant des choses de la terre. Ils serviront à leur tour d’instructeurs l’année suivante, car le ravitaillement ne doit pas souffrir de l’inexpérience des nouveaux venus. Ce roulement a été érigé en règle pour n’obliger personne à mener trop longtemps, contre son gré, une existence trop dure. Beaucoup cependant demandent à rester davantage parce qu’ils aiment la vie des champs.
Les paysans cultivent la terre, élèvent des bestiaux, procurent du bois et l’acheminent vers la ville par la voie la plus facile, par terre ou par mer. Ils élèvent des quantités incroyables de volailles, par une méthode curieuse. Les œufs ne sont pas couvés par les poules, mais tenus en grand nombre dans une chaleur égale où les poussins éclosent et grandissent. Dès qu’ils sortent de leur coquille, ils considèrent les hommes comme leur mère, courent après eux et les reconnaissent.
Ils élèvent fort peu de chevaux, et seulement d’une race très ardente, uniquement pour faire apprendre l’équitation aux jeunes gens. L’ensemble du labourage et des transports est exécuté entièrement par des bœufs. Les bœufs, pensent-ils, n’ont pas la vivacité des chevaux, mais ils sont plus patients et moins exposés aux maladies ; ils coûtent aussi moins de travail à soigner, moins d’argent à nourrir et, lorsqu’ils ont cessé de travailler, peuvent encore être utilisés comme nourriture.
La totalité du grain est utilisée pour faire du pain. Ils boivent du vin de raisin, du cidre, du poiré et de l’eau, souvent pure, parfois aussi mêlée à une décoction de miel et de réglisse qu’ils ont en abondance.
Lorsqu’ils ont évalué – et ils le font avec la plus grande exactitude – la consommation de leur ville et de la région environnante, ils font des semailles et ils élèvent du bétail en quantité très supérieure à leurs propres besoins, afin d’avoir un surplus à donner à leurs voisins.

Rabelais, l'abbaye de Thélème, chapitre 57 de Gargantua

Toute leur vie était régie non par des lois, des statuts ou des règles, mais selon leur volonté ou leur libre arbitre. Ils se levaient du lit quand bon leur semblait, buvaient, mangeaient, travaillaient, dormaient quand le désir leur en venait. Nul ne les éveillait, nul ne les obligeait à boire ni à manger, ni à faire quoi que ce
soit. Ainsi l'avait décidé Gargantua. En leur règlement il n’y avait que cette clause :
Fais ce
que voudras.
Parce que les gens libres, bien nés, bien éduqués, conversant bonne société ont par nature un instinct, un aiguillon qu’ils appellent honneur et qui les pousse toujours à agir vertueusement et les éloigne du vice. Quand ils sont affaiblis et asservis par une vile soumission ou une contrainte, ils utilisent ce noble penchant, qui les poussaient vers la vertu, pour se libérer et s’affranchir du joug de la servitude, car nous entreprenons toujours ce qui est défendu, et convoitons ce que nous est refusé.
Grâce à cette liberté, ils entrèrent en rivalité pour faire tous ce qu’ils voyaient plaire à un seul. Si l’un ou l’une d’entre eux disait, buvons, tous buvaient, s’il disait : « jouons », tous jouaient, s’il disait : « allons nous ébattre aux champs », tous y allaient. Si c'était pour la chasse au vol ou à la courre, les dames montées
sur de belles haquenées, avec leur fier palefroi, portaient chacune sur leur poing finement ganté un épervier, un lanier ou un émerillon ; les hommes portaient les autres oiseaux.
Ils étaient si bien éduqués qu’il n’y avait aucun ou aucune parmi eux qui ne sût lire, écrire, chanter jouer d’instruments harmonieux, parler cinq ou six langues, et s’en servir pour composer en vers comme en prose. Jamais on ne vit de chevalier si preux, si adroits à pied et à cheval, si vigoureux, si vifs et maniant si bien toutes les armes que ceux qui se trouvaient là. Jamais on ne vit des dames si élégantes, si mignonnes, moins désagréables, plus habiles de leurs mains à tirer l’aiguille et à toute activité digne d’une femme noble et
libre que celles qui étaient là.
Pour ces raisons, quand le temps était venu pour l’un des membres de quitter cette abbaye, soit à la demande de ses parents, soit pour d’autres causes, il emmenait avec lui une des dames, celle qui l’avait choisi pour chevalier servant et ils se marient. Et s’ils avaient bien vécu à Thélème dans le dévouement et l’amitié, ils le faisaient encore mieux dans le mariage ; ils s’aiment autant à la fin de leurs jours qu’au premier de leurs noces.

Les trois utopies de Candide : chapitre 1, chapitre 18 et chapitre 30

Il y avait en Westphalie, dans le château de M. le baron de Thunder-ten-tronckh, un jeune garçon à qui la nature avait donné les moeurs les plus douces. Sa physionomie annonçait son âme. Il avait le jugement assez
droit, avec l'esprit le plus simple; c'est, je crois, pour cette raison qu'on le nommait Candide. Les anciens domestiques de la maison soupçonnaient qu'il était fils de la soeur de monsieur le baron et d'un bon et honnête gentilhomme du voisinage, que cette demoiselle ne voulut jamais épouser parce qu'il n'avait pu prouver que soixante et onze quartiers, et que le reste de son arbre généalogique avait été perdu par l'injure du temps.

Monsieur le baron était un des plus puissants seigneurs de la Westphalie, car son château avait une porte et des fenêtres. Sa grande salle même était ornée d'une tapisserie. Tous les chiens de ses basses-cours composaient une meute dans le besoin; ses palefreniers étaient ses piqueurs; le vicaire du village était son grand aumônier. Ils l'appelaient tous monseigneur, et ils riaient quand il faisait des contes.
Madame la baronne, qui pesait environ trois cent cinquante livres, s'attirait par là une très grande considération, et faisait les honneurs de la maison avec une dignité qui la rendait encore plus respectable. Sa fille Cunégonde, âgée de dix-sept ans, était haute en couleur, fraîche, grasse, appétissante. Le fils du
baron paraissait en tout digne de son père. Le précepteur Pangloss était l'oracle de la maison, et le petit Candide écoutait ses leçons avec toute la bonne foi de son âge et de son caractère.
Pangloss enseignait la métaphysico-théologo-cosmolonigologie. Il prouvait admirablement qu'il n'y a point d'effet sans cause, et que, dans ce meilleur des mondes possibles, le château de monseigneur le baron était le plus beau des châteaux et madame la meilleure des baronnes possibles.


Candide et Cacambo montent en carrosse ; les six moutons volaient, et en moins de quatre heures on arriva au palais du roi, situé à un bout de la capitale. Le portail était de deux cent vingt pieds de haut et de
cent de large ; il est impossible d’exprimer quelle en était la matière. On voit assez quelle supériorité prodigieuse elle devait avoir sur ces cailloux et sur ce sable que nous nommons or et pierreries.
Vingt belles filles de la garde reçurent Candide et Cacambo à la descente du carrosse, les conduisirent aux bains, les vêtirent de robes d’un tissu de duvet de colibri ; après quoi les grands officiers et les grandes officières de la couronne les menèrent à l’appartement de Sa Majesté, au milieu de deux files chacune de mille musiciens, selon l’usage ordinaire. Quand ils approchèrent de la salle du trône, Cacambo demanda à un grand officier comment il fallait s’y prendre pour saluer Sa Majesté ; si on se jetait à genoux ou ventre à
terre ; si on mettait les mains sur la tête ou sur le derrière ; si on léchait la poussière de la salle ; en un mot, quelle était la cérémonie. « L’usage, dit le grand officier, est d’embrasser le roi et de le baiser des deux côtés. » Candide et Cacambo sautèrent au cou de Sa Majesté, qui les reçut avec toute la grâce imaginable et qui les pria poliment à souper.
En attendant, on leur fit voir la ville, les édifices publics élevés jusqu’aux nues, les marchés ornés de mille colonnes, les fontaines d’eau pure, les fontaines d’eau rose, celles de liqueurs de canne de sucre, qui coulaient
continuellement dans de grandes places, pavées d’une espèce de pierreries qui répandaient une odeur semblable à celle du gérofle et de la cannelle. Candide demanda à voir la cour de justice, le parlement ; on lui dit qu’il n’y en avait point, et qu’on ne plaidait jamais. Il s’informa s’il y avait des prisons, et on lui dit que non. Ce qui le surprit davantage, et qui lui fit le plus de plaisir, ce fut le palais des sciences, dans lequel il vit une galerie de deux mille pas, toute pleine d’instruments de mathématique et de physique.
Après avoir parcouru, toute l’après-dînée, à peu près la millième partie de la ville, on les ramena chez le roi. […]


Candide, en retournant dans sa métairie, fit de profondes réflexions sur le discours du Turc. Il dit à Pangloss et à Martin: "Ce bon vieillard me paraît s'être fait un sort bien préférable à celui des six rois avec qui nous avons eu l'honneur de souper. - Les grandeurs, dit Pangloss, sont fort dangereuses, selon le rapport de tous les philosophes: car enfin Eglon, roi des Moabites, fut assassiné par Aod; Absalon fut pendu par les cheveux et percé de trois dards; le roi Nadab, fils de Jéroboam, fut tué par Baza, le roi Ela, par Zambri, Ochosias, par Jéhu, Athalia, par Joïada; les rois Joachim, Jéchonias, Sédécias, furent esclaves. Vous savez comment périrent Crésus, Astyage, Darius, Denys de Syracuse, Pyrrhus, Persée, Annibal, Jugurtha, Arioviste, César, Pompée, Néron, Othon, Vitellius, Domitien, Richard second d'Angleterre, Edouard second, Henri VI, Richard III, Marie Stuart, Charles Ier, les trois Henri de France, l'empereur Henri IV? Vous savez... - Je sais aussi, dit Candide, qu'il faut cultiver notre jardin. - Vous avez raison, dit Pangloss; car quand l'homme fut mis dans le jardin d'Eden, il y fut mis ut operaretur eum, pour qu'il travaillât: ce qui prouve que l'homme n'est pas né pour le repos. - Travaillons sans raisonner, dit Martin; c'est le seul moyen de rendre la vie supportable."

Toute la petite société entra dans ce louable dessein; chacun se mit à exercer ses talents. La petite terre rapporta beaucoup. Cunégonde était, à la vérité, bien laide; mais elle devint une excellente pâtissière; Paquette broda; la vieille eut soin du linge. Il n'y eut pas jusqu'à frère Giroflée qui ne rendît service; il fut un très bon menuisier, et même devint honnête homme; et Pangloss disait quelquefois à Candide: "Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles: car enfin si vous n'aviez pas été chassé
d'un beau château à grands coups de pied dans le derrière pour l'amour de mademoiselle Cunégonde, si vous n'aviez pas été mis à l'Inquisition, si vous n'aviez pas couru l'Amérique à pied, si vous n'aviez pas donné un bon coup d'épée au baron, si vous n'aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d'Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. - Cela est bien dit, répondit Candide, mais il faut cultiver notre jardin."

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"Un rêveur est celui qui ne trouve son chemin qu'au clair de lune et qui, comme punition, aperçoit l'aurore avant les autres hommes." Oscar Wilde
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varia
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Re: [2nde] Cherche GT sur l'utopie (argu)

par varia le Sam 6 Nov 2010 - 12:50
Je fais remonter ce topic car je vais travailler sur l'utopie en Littérature et société dans qq semaines.
J'ai pris bonne note des texes proposés et de l'expo de la BNF (l'une des raisons pour lesquelles j'ai choisi ce sujet), mais qu'en est-il de cette ballade de Cyrano dont parle John (si tu passes par là, ça pourrait m'intéresser, ou si qqn d'autre connaît...) ?
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Re: [2nde] Cherche GT sur l'utopie (argu)

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