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Profderep78
Niveau 1

Enseigner le français en banlieue...

par Profderep78 le Mar 19 Juin 2018 - 14:21
Bonjour à tous,

Je suis nouvelle sur ce forum et je viens vers vous car j’ai grand besoin de vos lumières et de vos conseils.
J’enseigne le français en banlieue parisienne depuis maintenant deux ans. Je serai T3 l’année prochaine. J’ai été mutée dans un collège classé ZEP dans une cité pas facile où les élèves peuvent être difficiles à gérer mais surtout cumulent énormément de difficultés. (troubles de la concentration, non maîtrise du français, manque de culture « française », manque d’intérêt pour l’école…)

Il faut aussi savoir –je crois- que nous accueillons beaucoup d’élèves UPE2A ou anciens UPE2A. Ils ne maîtrisent alors le français que (très) modestement. Les inclure dans la classe est très difficile. Certains n’étaient pas scolarisés avant d’arriver en classe…ils apprennent parfois cette année à tenir un stylo ou ouvrir un cahier. Parmi mes élèves, par classe, j’ai aussi beaucoup d’élèves à profil SEGPA ou Ulyss mais les structures sont peu nombreuses ici ou les parents ne veulent pas faire de démarches. L’école inclusive nous oblige alors à les intégrer mais comment faire ? (Ex : j’ai par classe au moins 1 élève dysorthographique, 1 ou 2 élèves suivi(s) par la MDPH, plusieurs dyslexiques et autres troubles plus ou moins nommés…)

Comme une bonne élève, j’ai essayé de suivre les conseils administrés par les ESPE durant ma « formation » durant l’année de stage, cependant, je commence à douter sérieusement de ces techniques.

En effet, les cours basés sur l’oral et l’induction/déduction ne fonctionnent pas ici. Les élèves ne comprennent pas ce qu’on attend d’eux et ce jeu de piste les confronte à des difficultés qui les mettent en échec et les dévalorisent. Ils s’agacent alors, n’ont pas l’impression d’apprendre grand-chose et se démotivent. Beaucoup ont surtout peur de donner de mauvaises réponses ou bien d’autres en profitent pour digresser sur un autre sujet, s’accaparer la parole…
Concrètement, prenons l’exemple d’une étude de texte qui repose normalement (généralement) sur un jeu de questions/réponses qui amène petit à petit les élèves à comprendre le texte, à repérer les implicites, dégager les grands axes.

Et bien, voici mon problème :
1. Les élèves peinent à lire le texte car il y a beaucoup de mots qu’ils ne comprennent pas. (Ex, aujourd’hui, pour une classe de 3ème : poulain > pour eux, petit de la poule ; dommage ; contrarier ; une figure (visage) ; féminité…) Pour les réponses aux questions, cela cause bien évidemment des soucis. Ce manque de vocabulaire est couplé à un manque de références. Par exemple, si je demande le nom d'un personnage, il se peut que les élèves ne sachent pas répondre car ils ne connaissent pas tous les noms français et/ou peinent à distinguer un nom commun d'un nom propre. (et ce, même en 4ème/3ème)

2. Pour 40 % d’entre eux : J’ignore pour quelles raisons, mais ils n’arrivent pas à « imaginer », « mettre en image » ce qu’ils lisent. On dirait que les lettres sont comme des chiffres qui ne se réfèrent à aucune chose concrète. Je suis donc obligée de passer par la mise en scène des textes, les illustrations, la mise en comparaison avec des scènes extraites de films…(ça prend un temps fou !)

3. Quand les élèves répondent cela va dans tous les sens, il y a d’ailleurs beaucoup de contre-sens et j’ai peu d’élèves moteurs qui arrivent à aller où je le désire. On dirait que nous n’avons pas la même logique et très vite, certains sujets peuvent être polémiques . (voir point 4)

4. Les élèves sont parfois arrêtés sur des clichés ou des normes qui ne sont pas celles que je voudrais transmettre. Leur parole devient donc le centre des apprentissages et il est difficile de leur faire faire la part des choses entre ce que je transmets et ce qu'ils pensent. Certaines de leurs remarques sont très pertinentes, originales, mais d’autres me mettent « mal à l’aise » et je n’arrive pas à les contrecarrer car je manque sans doute d’expérience. Cela donne des débats en classe stimulants ou houleux selon les circonstances qui nous éloignent du cadre scolaire…Je m’explique !
Ex : en 6ème, étude de Blanche Neige dans le cadre d’une « AP » lecture. (Dispositif propre à l’établissement…passons.) Disons que je prends l'exemple de 6èmes pour montrer que cela pose problème même à cet âge. Imaginez donc ce que ça peut donner avec des 3èmes déjà sûrs de leurs opinions.

Après lecture et jeu de questions/réponses, je leur ai demandé à la fin ce qu’ils pensaient du conte et ce qui pouvait être selon eux « la morale du texte ». (Blanche Neige > gentille/patiente/courageuse > trouve le bonheur + (+ compliqué) Vanité/orgueil/méchanceté de belle maman > apporte le malheur/est punie pour ses défauts) Et bien, j’ai passé 20 bonnes minutes à entendre des trucs du genre :

Remarques intéressantes > Blanche Neige ne mérite pas son bonheur car elle n’a rien fait concrètement contre sa belle-mère, c’est le Prince qui a tout fait. Blanche Neige a juste des qualités de cuisinière et sait chanter, ça n’en fait pas une belle personne. (Ok, c’est un point de vue qui peut m’aller…) Au fond, Blanche Neige et le Prince c’est comme un mariage forcé car elle ne le connait pas vraiment et doit l’aimer juste parce qu’il l’a sauvée.

Remarques plus polémiques/houleux : Blanche Neige est embrassée par un inconnu, est ce un viol ? (Hum oui ils ont 10 ans et te disent ça en se marrant pour certains…) Blanche Neige est une michtonneuse (femme vénale) et dépravée qui réussit par son physique aux dépends de la crédulité/faiblesse des hommes ; Blanche Neige aurait dû obéir à sa belle-mère car c’est son aînée et qu’une femme belle doit se « cacher » du regard des hommes et des autres femmes pour éviter la concupiscence et la jalousie etc. Et là d'entendre un gamin dire :" elle aurait été ma soeur, coup de ceinture direct!"

Comment réagir face à ces propos ? Avec du bon sens sans doute, ne pas les prendre pour des idiots, répondre simplement. Certains sanctionnent ces propos intolérables mais qu'en pensent les élèves ? C'est que les profs "babtous" sont intolérants, ne comprennent pas "leur culture". Je vous assure que j'essaye de ne pas être caricaturale, j'essaye juste vous dépeindre la réalité que je vis...le plus modestement possible et avec des pincettes. Néanmoins, il m’arrive souvent de regretter de ne pas être plus brillante pour avoir toujours les réponses justes. Il me semble être laxiste parfois vis à vis de leurs dires car j'essaye d'avoir un lien de confiance... J’évolue sans cesse sur un terrain miné où la moindre maladresse peut être mal comprise ou déformée. Sur des sujets aussi sensibles, c’est épuisant. D’autant qu’à la fin, qui sait ce qu’ils auront retenu de cette pauvre Blanche Neige ? Parfois, une parole impertinente, drôle, familière est plus inscrite dans la mémoire qu'une parole qui nous semble éloignée de nos réalités...Vous voyez ce que je veux dire?

5. Même si j’ai grandement réduit mon nombre de questions et que j’essaye de varier les activités sur un texte, (Par exemple, je leur demande maintenant de me le résumer par une bande dessinée, des mots clefs…) mon plus gros problème est celui du manque d’intérêt. Dès qu’il s’agit d’une activité ludique, j’arrive à rassembler les élèves mais dès qu’il s’agit de travailler de façon plus scolaire….j’ai le droit à un vrai levé de bouclier. Alors oui, quand je hausse la voix et que je brandis le rapport d’incident, les élèves font le travail mais…on sent que c’est bâclé, dégagé de toute logique, automatisé. Que suis-je vraiment en train de leur apprendre ? Je les vois juste se dégoûter du truc. De plus, les activités ludiques sont censées cristalliser des savoirs acquis par le travail/la mémorisation/la concentration…ici, qu’en retiennent ils à part que nous avons passé de bons moments avec des plumes pour la calligraphie ? Des peintures ? Des films ?

Suivant les conseils d’un vieux de la vieille qui a de bons résultats avec ces élèves, je voudrais changer toute ma pédagogie et revenir à un modèle d’ancienne école. Il faut impérativement Re-scolariser ces élèves et les programmes pensés par l’éducation nationale ne conviennent pas à leurs attentes et à leur « niveau ». Nos méthodes reposent trop sur des acquis non existants ici, de part le décrochage scolaire précoce et un manque de culture scolaire à la maison. Mon collègue pense qu’il faut à réfléchir et penser à partir de ce qu'on leur donne, les amener à beaucoup écrire, à lire énormément et à les forcer à mémoriser. Il est revenu à des cours plus magistraux comme faisaient les anciens instituteurs de façon à les faire baigner pendant toute l’heure dans le savoir.

Pour les analyses de texte par exemple, tout pourrait changer pour moi si je me mets à suivre ses conseils.

Ce collègue lit le texte une première fois avec les élèves. Puis, il le fait lire aux élèves. (Les élèves doivent lire avec un crayon dans la bouche pour l'articulation, ça les éclate!) Enfin, il montre des images qui résument l’histoire aux élèves tout en racontant avec ses propres mots l’histoire qu’il vient de lire. Il fait intervenir les élèves sur des détails ou pour l’aider à « se souvenir » de certains points. Ensuite, ils reprennent le texte, il fait la liste du vocabulaire « difficile » auquel il rajoute celui proposé par les élèves. Les définitions sont inscrites au tableau, ces mots-là doivent être appris par cœur pour le prochain cours car contrôle. Ensuite, le professeur explique la vie de l’auteur/le contexte du récit (époque/Histoire) et enfin les buts et messages du texte. Il n'y a donc aucune question posée aux élèves, simplement des questions rhétoriques posées par le professeur auxquelles il répond. Pour ses cours, il s'aide de diaporamas et du tbi. C'est lui qui souligne les passages dont il parle, qui montre les mots ou expressions qu'il faut trouver. En gros, il fait une sorte d'explication de texte "simple" magistrale s'aidant de supports visuels au tableau. On doit ici se taire et écouter. Entre chaque partie, les élèves peuvent poser des questions mais on ne donne pas son avis.

Les élèves interviennent à la fin s’ils ont d'autres questions et seulement à la toute fin de la "représentation", il organise un débat en leur demandant ce qu’ils pensent de ce message et non plus ce que eux auraient compris du texte... En gros : voici ce que dit le textes point. Ex: Blanche Neige est une gentille fille > bonheur. Penses tu qu'être gentil t'apporte le bonheur ? Evidemment, les élèves ont moins tendance à chercher la polémique car la question reste globalement fermée.

A la toute fin, les élèves doivent choisir un passage de deux ou trois phrases qu’ils ont aimé et doivent la recopier. Ils doivent juste dire s’ils ont choisi ce passage car 1. Il est beau 2. Il est intelligent 3. Il est drôle 4. Il est le message du texte. Quelques élèves lisent leur passage favori, expliquent pour quelles raisons ils l'ont choisi. Enfin, il leur fait copier tout le cours en trois parties. (1page recto verso en moyenne par texte) Chaque analyse de texte dure du coup 2h30/3h en intégrant la copie.

J’ai assisté à ce cours là en partant avec je l’avoue des préjugés (trop d'écriture ? Trop long ? Pas assez d'autonomie?), mais, à vrai dire, j’ai été étonnée par le silence qui régnait dans la classe et la gratitude des élèves qui à la fin, avaient appris des choses. C'était presque exotique pour eux, et ils semblaient apaisés à l'idée qu'on ne leur demande rien, qu'on ne les prenne pas en défaut que leurs incompréhensions...On leur avait donné tout cuit le but du texte, il n’y avait pas vraiment de notion d’autonomie ou de réflexion par soi-même mais on sentait les gamins heureux de jongler avec ces nouvelles idées et concepts après. Pour le contrôle finalement, tout le monde peut avoir la moyenne car il suffit comme le bac d'apprendre le bilan du prof. Ensuite, pour ceux qui ont plus de sensibilité, les rédactions en lien direct avec le texte montrent qu'ils ont acquis des raisonnements et des références nouvelles....

De même, l’idée de « copier » est normalement prohibée par la plupart des formateurs de l’espe qui n’y voient pas d’intérêt réflexif, mais j’ai trouvé personnellement que cette méthode leur permettait de se familiariser avec le texte, de le faire « leur ». Vous voyez ce que je veux dire ?

A vrai dire, comme lui, je ne veux plus bosser par séquences mais par leçons. Je ne veux plus de grand thème, d’articulations entre les textes ou de problématiques. (Parce que les élèves se lassent trop vite d’un thème et très peu arrivent à « suivre » la logique…)

Mes leçons de grammaire s’étaleraient sur l’année, les points abordés reviendrait pour chaque niveau avec des exercices différents et je les couperais avec des leçons de lecture/orthographe/copie d’un texte (oui oui, comme dans les écoles primaires d’autrefois sauf que je prétexte un truc comme initiation à la calligraphie/art de l’enluminure…)/analyse de texte faite par moi même/vocabulaire (ces séances, je les piocherais dans les cours de FLE comme ce collègue qui leur fait faire des fiches de vocabulaire par thème. Ex: Fiche : La nourriture, les vêtements, étude d'un tableau, la Nature, les animaux de la ferme...même si cela n'a rien à voir avec les points voc. demandés par les programmes). Comme mon collègue, je voudrais alterner des textes issus du programme et des textes d’apprentissage issus de ces vieux manuels.

Ma question, bien sûr, s’adresse à tous les collègues et inspecteurs. Que pensez-vous de cette méthode à l’ancienne ? Ai-je le droit de me dégager ainsi des conseils de mes formateurs et des programmes ? Dans quelle mesure le peut on ? Tout ce que je veux c’est aider ces gamins à faire des études et à quitter cette cité pourrie. Trop d’élèves finissent dans des filières « poubelles » après la 3ème ou pire finissent dans des trafics louches. Pour moi, les programmes ne sont pas adaptés aux collèges REP mais alors comment faire ? Existe-t-il des manuels dédiés à ces établissements ? Je suis encore jeune dans le métier et j’avoue être perdue même si je demeure déterminée.
Si je me suis mal exprimée sur un point, n’hésitez pas à me poser des questions. Je peux notamment vous expliquer par exemple comment mon collègue propose les leçons de grammaire…
En vous remerciant,

Une collègue.
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Une passante
Neoprof expérimenté

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Une passante le Mar 19 Juin 2018 - 14:35
N'enseignant pas en collège, je ne peux pas t'aider, mais j'avoue qu'à la lecture de ton message, je me suis demandée s'il ne s'agissait pas d'un fake pour dénoncer les pratiques de l'ESPE, tant il montre à quel point la formation dispensée aux stagiaires est loin de la réalité de la classe et des besoins des élèves.
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Profderep78
Niveau 1

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Profderep78 le Mar 19 Juin 2018 - 14:44
Bonjour...

Non, je ne prendrais pas autant de temps, ni investirais autant d'énergie pour incriminer une institution. Je ne vois pas l'intérêt, d'autant que d'un centre à l'autre les formations ne sont pas les mêmes. Et puis, quelles finalités ? Bref, je veux simplement des conseils. Peut-être y a t-il ici des professeurs de REP en français ou des inspecteurs spécialisés?



Dernière édition par Profderep78 le Mar 19 Juin 2018 - 14:58, édité 2 fois
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Flaure
Niveau 8

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Flaure le Mar 19 Juin 2018 - 14:49
Je ne saurais pas aider non plus, mais j'ai trouvé la lecture du sujet très intéressante.
Dans mes souvenirs j'étais ravie des grandes représentations de mon enseignant de français, captivée par le charisme, la contextualisation, les points d'accroche qu'il donnait à nos esprits, et perdue quand on nous faisait construire des savoirs (sauf manipulation et expérimentation en sciences de l'ingénieur, lorsqu'on arrive à dégager le fonctionnement par le lien de cause à effet).

Pour le reste, en mathématiques particulièrement, je me souviens d'un grand brouillard dès que l'enseignant n'était pas là pour structurer et clarifier des notions encore à découvrir.
Mais voilà, justement : ce sont de vieux souvenirs, assez flous.
Une chose est certaine : je me souviens encore des grandes lectures animées de cet enseignant de 4ème, faites en parcourant la classe de son pas élastique.

Bienvenue sur le forum !


Dernière édition par Flaure le Mar 19 Juin 2018 - 15:00, édité 1 fois
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Profderep78
Niveau 1

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Profderep78 le Mar 19 Juin 2018 - 15:00
Tenez, pour te donner une idée des gamins avec qui je bosse voici : (je ne peux pas inclure de liens alors vous pouvez taper LPH GVNG La Plaine ou Sirène sur ytbe.)

(Les gamins qui rappent sont d'anciens 3ème, ils sont en seconde/cap maintenant. Autour d'eux, y a des lycéens mais aussi des 5ème/4ème/3ème du collège où je bosse...) Honnêtement, je suis quand même admirative de son "rap" mais sa mentalité est courante ici. Problèmes d'argent > problèmes de gang, environnement violent, manque de repères.( on a un gamin qui est mort d'une balle perdue y a 3/4ans...je n'étais pas encore là à ce moment là mais rien que la semaine dernière un gamin est arrivé au collège défoncé par d'autres élèves à coup de taser/gaz et barres de fer à cause d'affaires louches.) Ici c'est Léo contre Camus, nous avons des heurts régulièrement. Notre collège a des guetteurs du clan Camus et le collège de l'autre côté de la cité c'est Léo, donc il y a des "embrouilles" entre eux.
Je vous le montre car quand je m'exprime j'ai l'impression d'être clichée et caricaturale, alors j'imagine que des images sont plus parlantes. De plus, comme je connais ces gamins ça me fait quelque chose de vous le montrer...

Je rajouterais aussi un autre truc, un point important qui me vient maintenant à l'esprit.
60% de mes élèves ne partent jamais en vacances et n'ont jamais quitté  la cité, même le temps d'un week end. Pour les stages en 3ème c'est coton, aller juste à la ville voisine leur semble être un tour du monde, surtout pour certaines filles.  Avec une collègue on organise des écoles ouvertes pour les mettre au vert (promenades en forêt, visite en forêt) mais ça reste insuffisant. Disons simplement...comment peut on aimer l'école ? S'investir ? Etre motivé ? quand on a l'impression de vivre dans une cage sombre.


Dernière édition par Profderep78 le Mar 19 Juin 2018 - 15:16, édité 1 fois
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alanne
Fidèle du forum

Re: Enseigner le français en banlieue...

par alanne le Mar 19 Juin 2018 - 15:16
Cela me fait penser à mes élèves de bac. pro : ils préfèrent (ils me l'ont dit et même des classes de différents établissements) avoir la leçon puis l’appliquer. et à la fin de l'heure, la recopier.

_________________
Wait and see
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sinan
Niveau 7

Re: Enseigner le français en banlieue...

par sinan le Mar 19 Juin 2018 - 15:16
Ton message est très intéressant. Je te conseille le livre de Terrail Pour une école de l'exigence : il montre bien l'impasse des pégadogies prônées par l' espe dans les milieux populaires. Quant à connaître ton espace de liberté : d'abord risques tu d'être inspectée ? Si non, ta liberté est totale. Si oui as tu des informations sur l'inspecteur ? De quel genre est-il ? Soyons honnête, il est assez facile de "trafiquer" le cahier de textes pour faire semblant d'appliquer les préconisations.

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Profderep78
Niveau 1

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Profderep78 le Mar 19 Juin 2018 - 15:20
Bonjour Sinan.

Ecoute, je connais très bien l'inspectrice du primaire qui est géniale mais ne connais pas du tout l'inspecteur ou inspectrice de lettres. A ce que me disent les collègues, les inspecteurs ne viennent pas trop en REP mais sont très compréhensifs... A vrai dire, je suppose que tout le monde est dépassé ici. Cependant, c'est là mon problème. Il me semble prendre une décision importante et j'aimerais bien avoir l'aval d'autres collègues expérimentés dans le secteur ou d'inspecteurs vétérans.

Ils pourraient en outre me conseiller des supports ou des "leçons" pour enrichir mes préparations pour l'année prochaine. Je veux être prête l'année prochaine, j'en ai marre de cette sensation d'échec dans le fond de mon ventre. Un cours qui n'est pas rodé ici c'est l'assurance d'avoir la mouise dans ta classe...je ne fais pas un dessin.  Même si je ne réussis pas, je veux avoir essayé. Tu vois ce que je veux dire ?

Pour revenir à l'inspectrice du primaire, je sais qu'ils fonctionnent beaucoup par "projets", projets visant souvent à s'ouvrir au monde, à bouger en dehors de la cité, à enseigner la bienveillance et les règles de vie. En français, l'accent est mis sur la lecture avec des partenariats avec le collège.
Le primaire a l'air de bien fonctionner honnêtement, mais dès qu'ils arrivent au collège, avec l'adolescence, ils changent et la rue (ainsi que d'autres...) a une terrible influence dans leur comportement et mentalité. Enfin, il faut nuancer un point. Si je veux m'investir, c'est que ces gamins ont à la base le désir de réussir leur vie, de quitter la cité et sont brillants. Quel gâchis !

Simplement, l'école telle qu'elle est pensée ne les aide pas à progresser ou trouver des méthodes d'apprentissage, surtout un avenir. (Beaucoup se sentent rejetés par la France...ont l'impression qu'avoir un travail "normal" est en dehors de leur portée, bref, qu'ils n'ont aucun avenir en perspective !)
Ce ne sont pas de gros débiles ingrats qui ne pensent qu'à fumer des bédots hein ! Au contraire ! Simplement, à force d'échecs, certains sont séduits par cette carrière ou cette mentalité pour exister. (Comme dit la chanson de Keny Arkana, je suis la rue, la mère des enfants perdus...)
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Aurevilly
Niveau 9

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Aurevilly le Mar 19 Juin 2018 - 15:30
Bonjour Profderep78, je ne vais pas t'aider car je n'enseigne pas dans le type d'établissements que tu décris et, même si j'ai des idées sur la question, je ne me sens pas légitime pour les exposer. En fait, je voulais juste te dire à quel point ton message m'a fait du bien ! Voir quelqu'un qui se pose vraiment des questions, analyse intelligemment ce qu'il vit et ce que vivent les élèves, prend des distances avec les dogmes, c'est vraiment réconfortant. Merci pour ton message.
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Profderep78
Niveau 1

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Profderep78 le Mar 19 Juin 2018 - 15:42
Bonjour Aurevilly,

Franchement, sois à l'aise et expose tes idées, c'est important d'échanger entre collègues même si nous vivons tous des situations différentes. Smile
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sinan
Niveau 7

Re: Enseigner le français en banlieue...

par sinan le Mar 19 Juin 2018 - 16:26
Je te donne mon avis de professeur de français du 9-3 : ce que fait ton collègue me semble très bien, et j'aurais bien aimé que quelqu'un m'explique cela quand j'étais au collège ( maintenant je suis au lycée)
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freakfeatherfall
Niveau 3

Re: Enseigner le français en banlieue...

par freakfeatherfall le Mar 19 Juin 2018 - 16:28
Bonjour,
Ce que ma tutrice m'a appris pour la lecture analytique, c'est de toujours partir du ressenti des élèves, donc ne jamais poser de questions au départ, sinon ils bloquent. Après une lecture professorale (donc tu lis à haute voix et ils peuvent suivre le texte écrit s'il le désire - comme ton collègue), tu les fais réagir, on note ces réactions au tableau et on essaye de trouver une angle d'étude/une question centrale à partir de leurs réactions. Ensuite seulement ils vont interroger le texte pour essayer de comprendre ce qu'ils ont ressenti, sachant qu'ils devront toujours justifier leurs réponses avec une citation (ce qui permet de refuser ce qui n'a rien à voir)
C'est super facile à dire.
Et bien sûr galère à mettre en place.
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Profderep78
Niveau 1

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Profderep78 le Mar 19 Juin 2018 - 16:34
Freakfeatherfall. Oui on m'a enseigné aussi cette technique, d'ailleurs, même si je ne l'ai pas mentionné, c'est ce que je fais comme la plupart des enseignants...cependant ici le problème c'est le manque de réaction ou plutôt de réaction constructive qui pose problème...Si les réactions sont décousues ou que les réponses sont des contre-sens ou trop éloignées du texte, tu ne peux pas dégager d'axe d'où l'idée de proposer d'abord soi même une réaction et ensuite de laisser les élèves se positionner par rapport à elle et non plus par rapport au seul texte.
pseudo-intello
Fidèle du forum

Re: Enseigner le français en banlieue...

par pseudo-intello le Mar 19 Juin 2018 - 16:46
La technique de Freakfeatherfall est également celle qui m'a été enseignée prônée. Mon expérience personnelle me fait qualifier cette méthode de bullshit de chez bullshit : ça prend trois plombes, on n'atteint jamais de point réellement intéressant (c'est normal ; si les élèves viennent à l'école, c'est bien pour qu'on leur apprenne des choes qu'ils ne connaissent pas encore). .
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Verdurette
Modérateur

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Verdurette le Mar 19 Juin 2018 - 19:02
J'ai trouvé ton analyse très pertinente, ProfdeRep78,  je connais les mêmes difficultés en amont puisque je suis PE, et j'ai bien envie de m'inspirer de la méthode de ton collègue, mutatis mutandis évidemment.
Merci !!
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ernya
Niveau 9

Re: Enseigner le français en banlieue...

par ernya le Mar 19 Juin 2018 - 20:24
Je suis d'accord avec tes analyses. Par contre, le titre me chiffonne. Tous les collèges de banlieue ne sont pas des REP.
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Profderep78
Niveau 1

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Profderep78 le Mar 19 Juin 2018 - 20:33
Bonjour Ernya,

Oui, c'est vrai. Pour moi le terme était connoté donc je n'ai pas vu plus loin. De même, les zones REP peuvent désigner des zones rurales délaissées en Aveyron. J'espère que ma maladresse ne heurte personne et que l'on s'entend sur l'essentiel.
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Rabelais
Grand Maître

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Rabelais le Mar 19 Juin 2018 - 20:50
Je suis plutôt d’accord avec le titre, je ne suis pas en REP ( mais en ex APV) et les collèges de banlieue semblent se ressembler puisqu’ils concentrent souvent les mêmes problématiques chez les élèves , rejetés juste à l’exterieur de la grande ville .
Bref, je me refuse pour l’instant à faire comme ton collègue mais je sais, au fond de moi, qu’il a raison et que c.est le seul moyen de faire progresser les élèves de banlieue ( dans un premier temps).
Je le sais.

_________________
Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est c., on est c.
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Profderep78
Niveau 1

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Profderep78 le Mar 19 Juin 2018 - 20:53
Rabelais, pourquoi tu t'y refuses ? Quelles motivations t’enchaînent à ces modèles actuels ? (si ce n'est pas trop indiscret bien-sûr)
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abricotedapi
Expert spécialisé

Re: Enseigner le français en banlieue...

par abricotedapi le Mar 19 Juin 2018 - 21:03
Le titre est mal choisi mais le message est vraiment bienvenu et bien expliqué. Je suis tout à fait d'accord avec la méthode de ce "vieux" collègue. C'est à l'école de transmettre du savoir aux élèves. C'est à nous de leur dire, de leur montrer.

_________________
Have a heart.
Hélas les hommes ont pris l'habitude de nous manger, au lieu de converser avec nous. Les barbares !
Ne devraient-ils pas être convaincus qu'ayant les mêmes organes qu'eux, les mêmes sentiments, besoins, désirs,
nous avons une âme tout comme eux ; que nous sommes leurs frères ? (Voltaire, La Princesse de Babylone)
Spoiler:
2018-2019 : 4 classes de 6e + AP
2017-2018 : 2 classes et demi de 4e, 2 classes de 6e + co-animation + PP 6e
2016-2017 : 1 classe de 4e, 1 classe de 5e, 2 classes de 6e + PP 6e
2015-2016 : 1 classe de 3e, 1 classe de 5e, 2 classes de 6e + PP 6e
2014-2015 : 1 classe de 3e, 1 classe de 5e, 2 classes de 6e + PP 6e
2013-2014 (stagiaire) : 2 classes de 5e, 1 classe de 6e + AP
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Rabelais
Grand Maître

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Rabelais le Mar 19 Juin 2018 - 21:10
@Profderep78 a écrit:Rabelais, pourquoi tu t'y refuses ? Quelles motivations t’enchaînent à ces modèles actuels ? (si ce n'est pas trop indiscret bien-sûr)
Je te réponds demain, je suis trop fatiguée ce soir.
Un peu trop de lavage de cerveau, sans doute, mais j’y croyais moi, à l’eleve Acteur de son propre savoir.
Il peut l’être , mais il part de trop loin, ou alors différemment de ce qu’on nous a vendu.

_________________
Le temps ne fait rien à l'affaire, quand on est c., on est c.
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Txia
Niveau 5

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Txia le Mer 20 Juin 2018 - 3:08
@Profderep78 a écrit:
2. Pour 40 % d’entre eux : J’ignore pour quelles raisons, mais ils n’arrivent pas à « imaginer », « mettre en image » ce qu’ils lisent. On dirait que les lettres sont comme des chiffres qui ne se réfèrent à aucune chose concrète. Je suis donc obligée de passer par la mise en scène des textes, les illustrations, la mise en comparaison avec des scènes extraites de films…(ça prend un temps fou !)
Bonjour,

ça m'a bien fait rire (plutôt sourire) ce passage... surtout ce que j'ai mis en gras... car dans ma matière, je me dis exactement la même chose...
Malheureusement, ceux qui ont du mal à "imaginer" comme tu le dis se retrouveront plus tard dans mes classes.. pale

Cependant l'abstraction est souvent pris pour acquis alors c'est une notion complexe à mettre en oeuvre pour tout un chacun... Si tu fais ben attention à toutes les phrases que tu diras à tes élèves tu verras qu'il y a beaucoup d'entre elles qui font appel à quelques abstractions. A ce moment là tu as déjà perdu tes élèves... moi je le sais à chaque fois que je leur dis.."imaginez..", à ce moment j'en ai perdu la moitié..

Pour ce qui est de ton interrogation, je pense que tu dois faire comme tu le sens... Les méthodes qu'on nous bassine à longueur de "formation" sont toujours très bien pensées mais reposent toujours sur des prérequis que nos élèves ne possèdent malheureusement jamais... A nous de nous adapter..

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Verdurette
Modérateur

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Verdurette le Mer 20 Juin 2018 - 5:44
Si je me suis permis d'intervenir, toute PE que je sois, c'est précisément parce que c'est dès notre niveau, lorsque les textes sont plus courts (et même beaucoup beaucoup plus courts, en CP) et contiennent donc beaucoup moins de mots, qu'on peut démarrer cet entraînement de mise en images mentales. Or que proposent les méthodes du primaire, homologues de celles citées ici : là encore, faire des supputations sur le texte qu'on va lire deviner, c'est à dire "imaginer les mots à partir des images", soit exactement l'inverse ... mots qu'ils vont assembler au moyen d'une syntaxe hasardeuse, ou faire des propositions sur la suite (ce que seuls les "bons élèves" à l'aise verbalement parviennent à faire).

Toutes les "nouvelles méthodes", que ce soit en lecture ou en "découverte du monde" où on doit avoir des "démarches" d'historien, de scientifique etc ... et "construire son savoir" ne sont en réalité accessibles qu'aux meilleurs élèves, ceux que la maison a déjà outillés verbalement.  Pour les autres, c'est comme leur donner un meuble IKea en kit, sans les outils, sans la notice, et même parfois les mains attachées dans le dos. Vous pouvez leur offrir le plus beau meuble du monde, numérique, artistique, etc...il restera en pièces détachées sur le parquet du salon. Donc peu fonctionnel.

Avec une collègue de CP, nous avions développé l'habitude de faire dessiner ce qui avait été compris, avant de faire répondre à des questions de lecture. Certains élèves arrivent à retrouver les mots à peu près dans l'ordre et donnent l'illusion d'avoir compris, si on leur fait dessiner, on se rend compte que ... ben pas vraiment. (Cela n'empêche pas évidemment pas de faire répondre par écrit pour développer l'aptitude à rédiger, par ailleurs).
J'ai un exemple très significatif qui me revient.
C'était en CE2, l'histoire d'une certaine famille Lechat, le fils Lechat en avait assez que sa mère Madame Lechat  l'appelle "mon chou", donc un matin, il pose un chou à sa place sur sa chaise, sa mère pense qu'il s'est transformé en chou .. je vous passe les détails, ce n'est pas le chou le plus important dans cette histoire (encore que beaucoup de mes élèves n'eussent jamais vu un chou de leur vie, ils mangent plus souvent des nuggets que de la potée).
Bon, une fois le chou présenté, les "storyboards" montraient plutôt une bonne compréhension, sauf pour un qui avait remplacé tous les personnages par des chats, et pas des "chats personnifiés" comme on en voit souvent dans les histoires enfantines, mais bien des chats qui avaient beaucoup de mal à gérer ce chou.
Il était resté bloqué sur le terme "la famille Lechat".  

D'où l'importance des imagiers, l'importance de nommer ... et répéter, inlassablement, dès le plus jeune âge. Parfois certaines choses très simples qu'on faisait à la maternelle et en élémentaire ont été écartées, méprisées, voie vilipendées, comme simplettes, simplistes, désuètes ... et pourtant ! Et qu'y a t-il de mieux pour refléter la pensée d'un enfant que le dessin ?  Même s'il est maladroit, il y a beaucoup à y voir.
D'ailleurs, je demande de dessiner aux petits, mais surtout mimer (pour aller plus vite) , ou de "se faire un film" aux plus grands ... en résolution de problèmes ! Car les difficultés en mathématiques qu'on dénonce actuellement ont certes leur origine  dans l'absence de manipulation qui leur fait confondre  cardinal et ordinal, mais aussi dans l'incapacité à comprendre et évoquer les situations des problèmes de mathématiques.

Le plus difficile pour nous, ProfdeREP, c'est de lister TOUS les mots qui leur sont hermétiques; souvent, on part de tellement, tellement loin.... déjà, en CE2 , je    alors pour vous, chers collègues de collège et de lycée ... je n'ose imaginer le hiatus, que dis-je, le gouffre  entre vos attentes et la réalité.

Et on sort du sujet, mais c'est aussi une des raisons pour lesquelles je pense que l'anglais, surtout tel qu'il est pratiqué en élémentaire, je précise, n'a rien de bon pour nos élèves en difficulté. En élémentaire, c'est trop tôt (parce que ça gêne le français) ou trop tard (pour exercer l'oreille, l'aptitude à la reconnaissance/reproduction de nouveaux phonèmes n'est déjà plus possible). D'autant plus qu'il consiste le plus souvent à faire ingurgiter des listes de mots, on fait déborder les bâts de mules déjà surchargées.

Tu vois que ton message est utile et  fait bien réfléchir ...
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V.Marchais
Bon génie

Re: Enseigner le français en banlieue...

par V.Marchais le Mer 20 Juin 2018 - 7:11
Bonjour, Profderep,

Tout d'abord, je me permets de te dire que je suis admirative de la clarté et de la justesse de tes analyses au bout de seulement deux années de pratique, dans un environnement difficile qui plus est. Tu fais montre de beaucoup de sensibilité et d'une grande intelligence du métier : bravo à toi.

Sur le fond, le travail de ton collègue me paraît excellent. Les élèves, tous, mais en particulier ceux de REP (j'ai 20 ans de REP derrière moi), ont un besoin cru d'être nourris en vocabulaire, en écriture, en compréhension, et le travail de la représentation mentale, par les images, le jeu (comme ce que tu fais parfois) ou l'investissement affectif du vocabulaire est essentiel. Je travaille moi-même beaucoup ainsi, avec une progression grammaticale complètement décrochée.
Pour la forme, je pense que tout est question de personnalité. Je ne saurais pas faire que du magistral. J'aime varier les plaisirs et m'adapter à mon objet. Mais quand les élèves ont le sentiment d'apprendre réellement quelque chose, je ne prétendrai pas qu'ils deviennent parfaits ni qu'il n'y a jamais d'incident, mais globalement, ils jouent le jeu - même si c'est un peu bruyant.

Pour le vocabulaire, il faut le faire apprendre, bien sûr, mais surtout penser à le mobiliser et tout de suite. Demander en devoir écrit de faire des phrases avec ce vocabulaire est tout simple, mais cela permet de vérifier comment se construit un verbe, préciser dans quel contexte on peu employer tel ou tel mot (ex récent : oui, défunt, expliqué rapidement, signifie mort, mais on ne peut pas dire "Il est défunt hier", ce n'est pas un verbe), apporter en corrigeant des nuances de sens... Et c'est surtout l'emploi qui permet de fixer le vocabulaire. Tu peux même créer des contraintes pour stimuler l'emploi e ce lexique à l'oral.

En tout cas, on lit dans tes messages ta volonté de progresser et de faire progresser tes élèves, et je ne doute pas un seul instant que tu y arriveras. Bon travail.

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visitez le site http://www.reformeducollege.fr/
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Anarore
Niveau 9

Re: Enseigner le français en banlieue...

par Anarore le Mer 20 Juin 2018 - 19:03
Bonsoir Profderep,

Je n'ai pas tout à fait le même public. Mon établissement est un collège rural qui devrait être classé Rep et qui ne l'est pas pour de sombres raisons politiques...
Je retrouve une grande partie de mes élèves dans ton explication car, si je ne suis pas en banlieue parisienne, la ruralité a aussi ses clichés, son jargon, et son lot d'élèves "dys", à profil segpa/ulyss et j'en passe. Comme toi, j'ai parfois eu le sentiment d'être trop souple en début d'année, notamment par rapport à des propos tenus par les élèves.

Le déclic est venu du fait que rien ne marche dans ce collège, et que j'étais totalement isolée et seule. Soit j'arrêtais, soit je prenais le taureau par les cornes. Que ce soit clair, je n'ai pas révolutionné le monde, mais j'ai pris la décision de faire au mieux avec les moyens du bord et pour dire clairement les choses : au diable la bonne parole de l'ESPE qui n'a jamais mis un pied là-dedans. Mon humble avis est que, parfois, nos classes deviennent des champs de bataille, et pas seulement culturels. Il est impératif que ces gamins aient entendu au moins une fois dans leur vie autre chose que tous ces clichés. Je prends le pari de semer des graines qui, je l'espère, germerons dans quelques années. Quant aux inspecteurs : tout se justifie ! Du moment que c'est adapté aux élèves, que tu respectes la loi et ton statut d'enseignante, que tu es animée de cette volonté de les faire avancer, tu n'as rien à te reprocher.

Quand un propos "malheureux" venait dans la conversation (exemple sur La Parure : moi si ma femme ou ma sœur avait perdu ce collier, je lui aurait mis un coup de pied au cul et au boulot la mémère ! Je trinque pas pour elle, c'est bien fait pour sa gueule / De toute façon qu'est-ce qu'elle cherche à se faire belle, elle ne peut pas juste s'occuper de son mari ? etc etc...) je recadrais en rappelant en l'occurrence les droits de la femme et les valeurs de la République. Quelques fois, je suis allée jusqu'à faire un crochet par la loi et le hasard a voulu qu'en plus cette année ces élèves aient une intervention sur l'égalité homme/femme, le harcèlement et les crimes sexuels. Ils m'ont regardée autrement en faisant le lien !

Quant aux cours, j'alterne. Parfois on fait des jeux (les mots croisés, les charades marchent toujours très bien pour le vocabulaire). Si possible, je leur faisais réaliser dans le chapitre un projet un peu rigolo, ou moderne en bonus. Mes élèves ont des difficultés comme les tiens à lire, écrire et imaginer. Mais j'ai conservé volontairement beaucoup de classiques. Je lis le texte avec eux, on fait le point sur les mots, je "traduis" y compris parfois en langage familier (les registres de langue sont bien acquis du coup lol), et puis je leur pose des questions basiques (l'énonciation en gros et une question d'interprétation pour mettre en avant leur avis). Je fais des vrais leçons de langue, quitte à reprendre un niveau basique (en 4eme toujours, comment on reconnait un adjectif / en 3eme comment on sait si on met "é" ou "er"). Et on écrit tout : les définitions, les leçons, les corrections.

J'alterne donc entre une exigence pour le travail et une certaine compréhension de leurs soucis. Cela ne sert malheureusement pas à palier le manque de travail à la maison, car sorti du collège il ne font rien du tout. Mais comme ça, j'arrive au moins à faire en sorte que les plus défavorisés tournent entre 7 et 10 au lieu du 4/5 du début d'année.

Si tu sens que ta méthode bloque, n'hésite donc pas à en changer. Il n'y a pas de vérité sur l'enseignement gravée dans le marbre, et si on a des "trucs" il n'y a pas de baguette magique. Teste. Tant que tu reste dans le cadre professionnel (pas de mise en danger d'élève etc...) on ne peut rien te reprocher sinon d'être farfelue. Qu'importe, si les élèves apprennent et viennent en cours sans peur !

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"En dépit de tout ce qu'on peut vous raconter, les mots et les idées peuvent changer le monde." - Le Cercle des Poètes Disparus

"Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce? Un serment fait d'un peu plus près, une promesse plus précise, un aveu qui se veut confirmer, un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer;
C'est un secret qui prend la bouche pour oreille, un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille, une communion ayant un goût de fleur, une façon d'un peu se respirer le coeur, et d'un peu se goûter, au bord des lèvres, l'âme!" - Cyrano de Bergerac
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Re: Enseigner le français en banlieue...

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