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Honchamp
Expert

Re: À quand un minimum de clarté dans le positionnement institutionnel par rapport à la question de la grammaire scolaire ?

par Honchamp le Mer 10 Oct 2018 - 23:15
Quand les programmes du collège ont changé en HG (pas ceux de NVB/Lussault, ceux d'avant . 2009 ? ) on (les IPR) nous a clairement expliqué qu'il fallait que nous prenions notre part dans l'acquisition du français chez les élèves.

"Parce que, vous comprenez, le niveau en français diminue, toutes les études sérieuses le montrent, il faut donc que toutes les disciplines prennent leur part pour enrayer l'évolution".
D'où , le mantra "faire écrire les élèves", "faire faire la trace écrite aux élèves".

Bref, tout ça pour dire que la hiérarchie, ou une partie d'entre elle, connaît les effets délétères des choix faits depuis des années .

Soit ceux qui savent en prennent leur parti.
Soit ils n'ont pas les moyens de s'opposer  aux lobbys pédagos et à la technostructure infusée par eux.
Enfin, il y a ceux qui reconnaissent la baisse du niveau en français, mais qui disent "Les élèves savent faire tellement d'autres choses par ailleurs". "Ils sont tellement plus vifs que les élèves des années 60". Bref, l'idée que cela compenserait... Cette soi-disant "néo-habileté", je demande encore à voir d'ailleurs.

Il y a aussi ceux qui acceptent...
L'IPR, ex-prof de prépa, qui me dit lors d'une inspection (vers 2010) que j'emploie des mots trop compliqués en 5ème. Pour des élèves qui s'appellent "John, Kimberley, Cheyenne". Je devais m'adapter !
Le même m'avait inspectée en 2004, en 4ème. Là, tout allait bien.
Et 6 ans après, douche froide. J'en ai pleuré dans ma voiture après l'entretien...

Bref, les vers sont dans le fruit depuis un bout de temps.
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e-Wanderer
Expert spécialisé

Re: À quand un minimum de clarté dans le positionnement institutionnel par rapport à la question de la grammaire scolaire ?

par e-Wanderer le Jeu 11 Oct 2018 - 8:29
L'exemple que prenait plus haut Laepixia me semble très révélateur. Certains enseignants (de leur propre chef ? suite au formatage des ESPE ? suite à des injonctions des inspecteurs ?) s'efforcent de faire passer des notions beaucoup trop complexes, notamment de narratologie, alors que les bases ne sont pas acquises. Personnellement, j'ai du mal à comprendre comment on peut travailler sérieusement sur récit/discours, les récits enchâssés, les discours rapportés etc. quand on ne connaît pas ses conjugaisons…

Du coup, moi qui enseigne la grammaire à l'université, je suis obligé de reprendre les bases de primaire ou de collège avec mes étudiants. Au contrôle continu de la semaine prochaine, ils auront des exercices de conjugaison, type Bled. Une de mes collègues avait trouvé dans une de ses copies de prépa CAPES l'étrange forme "qu'il partissasse". Ne rigolez pas, l'étudiante en question est aujourd'hui certifiée et enseigne à des gamins… furieux L'urgence, c'est celle-là : réparer une génération qui a été complètement massacrée. Et c'est plus difficile à 22 ans, quand on a développé des blocages psychologiques ("la grammaire, ce n'est pas mon truc…") qu'à 10 ans…

Pour mon boulot, puisque les universitaires ont été cités plus haut parmi les responsables possibles de la catastrophe actuelle, il faut préciser les choses. Je considère, je le répète, que la priorité des priorités est de reprendre les bases de façon solide. Ne plus confondre un adjectif avec un adverbe, ne plus confondre un COD avec un attribut, connaître ses conjugaisons, etc. On ne devrait pas avoir à faire ça dans des études post-bac, mais on est bien obligé.

Ensuite, (car nous avons aussi des étudiants qui, miraculeusement, ont un niveau tout à fait solide), je trouve que c'est aussi mon rôle de leur faire comprendre que la grammaire n'est pas quelque chose de complètement figé et que la langue française est un joli terrain de réflexion, autorisant des points de vue parfois divergents. Par exemple, on va comparer différents systèmes d'interprétation (pourquoi une "relative sans antécédent" ou "relative substantive", du type Qui veut voyager loin ménage sa monture s'appelle "intégrative pronominale" chez Le Goffic), on va questionner la frontière, assez poreuse, entre conjonctions de coordination et adverbes, etc. On a besoin, pour travailler sérieusement en stylistique, que les étudiants aient réfléchi à la complexité du fonctionnement de la langue et aient développé dans ce domaine une réelle sensibilité. Mais il est pour moi ÉVIDENT (et je considère ceux qui disent le contraire comme des criminels) que les notions de linguistique avancée n'ont RIEN À FAIRE dans les petites classes. Il FAUT continuer à enseigner aux gamins mais ou et donc or ni car : pour les questionnements linguistiques, ils verront plus tard s'ils ont envie.

Dit autrement : la grammaire que j'enseigne à mes étudiants n'est pas celle que doivent enseigner des PE ou des professeurs de collège à leurs élèves. J'ai bien sûr des idées personnelles sur ce que devraient faire les PE, mais ce n'est pas la question : ce n'est tout simplement pas mon boulot. C'est celui des formateurs de l'ESPE, qui faut-il le rappeler pilotent désormais la formation CAPES et sont, paraît-il, des spécialistes de la pédagogie. Moi, je ne suis absolument pas spécialiste de pédagogie : j'essaie juste de faire le grand écart entre ce que je suis obligé de faire (de la remédiation express en langue française) et ce qui devrait être normalement mon métier (utiliser les outils fournis par la linguistique spécialisée pour analyser des textes littéraires).

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Iphigénie
Enchanteur

Re: À quand un minimum de clarté dans le positionnement institutionnel par rapport à la question de la grammaire scolaire ?

par Iphigénie le Jeu 11 Oct 2018 - 8:55
Merci pour ce développement, e-Wanderer: si jamais c’est de mon intervention que tu parles à propos de la mise en cause des universitaires, ce n’est en rien pour critiquer le fait que l’université travaille sur les subtilités et les zones de flottement d’une grammaire en rien figée et dans une langue en évolution permanente: au contraire, c’est passionnant mais pas au cp, comme tu l’exprimes très bien. Je ne visais que l’aberration de vouloir depuis quarante ans introduire les subtilités des recherches universitaires dans la grammaire scolaire, bien sûr .
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Re: À quand un minimum de clarté dans le positionnement institutionnel par rapport à la question de la grammaire scolaire ?

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