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Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Invité le Ven 5 Sep 2008 - 17:36
Même pas honte ! malmaisbien Very Happy
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Fabienne
Niveau 10

Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Fabienne le Ven 5 Sep 2008 - 18:48
Hervé: en STG: même 25 textes ça me paraît énorme.
Personne ne t'a traité de vieux schnok. Je te dis juste mon immense surprise devant le nombre de textes. Ceci s'explique lorsque tu dis que tu es un adepte des cours magistraux.

Je crois en la vertu de cette manière d'enseignement, parfois, pour gagner du temps, pour un public qui a déjà un bagage méthodologique et culturel.
Mais pour les STG, vraiment, c'est quelque chose qui me laisse dubitative.

Me revient une phrase d'Alain, qui à travers la métaphore de la manipulation du fusil, disait en substance qu'on n'apprend pas à bien parler et à bien penser en regardant quelqu'un qui parle bien et qui pense bien.
Je pense que c'est d'autant plus vrai avec des élèves de STG qui ne sont pas franchement des lumières, et apprennent plutôt "en faisant".

Ceci dit, ce n'est que mon avis. J'ai appris à enseigner comme ça, et je constate aujourd'hui les limites de ce qu'on m'a appris à moi dans ma formation d'enseignant. Pas de méthode miracle, ta façon d'enseigner a forcément ses vertus.
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Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Invité le Sam 6 Sep 2008 - 14:34
Euh j'ai des STG 3h / semaine, je suis une vieille schnok, mais cela me semble impossible d'arriver à 30 textes.
Et j'ai la série des Darcos qui, je l'avoue, ne me met pas plus en transe que ça...
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Ruthven
Monarque

Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Ruthven le Sam 6 Sep 2008 - 15:35
Cappuccinette a écrit:Et j'ai la série des Darcos qui, je l'avoue, ne me met pas plus en transe que ça...

Hérétique! Pour peine, tu auras pour le reste de ta carrière exclusivement toutes les STG de ton lycée lol! .
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Saraswati
Neoprof expérimenté

Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Saraswati le Sam 6 Sep 2008 - 16:26
les "Darcos" je crois en avoir 2 : celui sur le XIXe (je crois même que c'était mon manuel de lycée, ou de 3e je ne sais plus)
et j'en ai un autre de la collection "Faire le Point - Hachette Education" : Histoire de la littérature française, que j'avais acheté en prépa (ainsi que Guide des idées littéraires d'Henri Benac dans la même collection).
http://www.ecampus.com/bk_detail.asp?isbn=9782010165887

Merci à tous pour ces précisions, je ne pense pas réussir à faire 30 textes ! mais au moins je sais que c'est possible !
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Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Invité le Sam 6 Sep 2008 - 17:17
@Ruthven a écrit:
Cappuccinette a écrit:Et j'ai la série des Darcos qui, je l'avoue, ne me met pas plus en transe que ça...

Hérétique! Pour peine, tu auras pour le reste de ta carrière exclusivement toutes les STG de ton lycée lol! .

Euh j'ai déjà commencé... et je n'avais encore rien dit !!!!!! injuste
Fanfan
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Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Fanfan le Sam 6 Sep 2008 - 17:49
Bonjour,

Il se trouve qu'Hervé qui fut mon ancien élève en école normale d'instituteurs (bonjour Hervé, cela ne me rajeunit pas) et moi avons travaillé plus ou moins ensemble l'année dernière, malgré la distance ; il travaille en région parisienne et moi en Martinique. Les merveilles de l'internet. Nous avions l'année dernière des classes de STG et nous avons construit ensemble nos progressions, travaillant sur les mêmes oeuvres au-delà des mers, échangeant nos documents autant que nos impressions et nos angoisses :-). Nous avons donc à peu près le même nombre de textes en "LA". Ma classe de STG était vraiment très faible - dans un lycée du nord de l'île, ce nord très pauvre, où les gens vivent surtout de la canne et de la banane, quand ils ne sont pas au chômage - et pourtant les élèves ont parfaitement "accroché" malgré ( ou grâce à) un enseignement "semi-magistral", comme dit Hervé, en fait, un mélange autant de cours réellement magistraux selon une pratique de l'explication de texte "classique" (Pommier, dont Hervé donne le lien avec l'excellent site, fut mon prof à la Sorbonne), d'échange et de travail individuel. Il me semble que les propos d'Alain (« Et enfin il n'y a de progrès, pour nul écolier au monde, ni en ce qu'il entend ni en ce qu'il voit, mais seulement en ce qu'il fait. ») ne sont nullement contradictoires avec ce type d'enseignement et qu'enfin les élèves ne peuvent "tourner à vide". Faire un cours magistral sur la versification à l'aide du poème de Ronsard m'a permis de remettre les pendules à l'heure (ils ne savaient pas ce qu'était un vers, une rime, un alexandrin ..., comment faire autrement ? ) Peuvent-ils "inventer" ce qu'ils ne savent pas ? Et avant de "faire" comme dit Alain, il faut bien fournir les outils. On ne laboure pas un champ à mains nues ... Et puis Alain, le dit aussi, il faut bien labourer et cela demande des efforts ... Mais c'est un autre débat, passionnant (où je pense que l'opposition entre les anciens et les modernes, entre les pédagogistes et les républicains, éternelle, - entre Brighelli et Meirieu :-)) pour faire court et actuel - est surtout un belle couillonnade, un "détour" pour reprendre le thème des BTS que je vais retrouver, qui permet de laisser le champ libre aux destructeurs de l'école publique ... Par contre le "constructivisme", cette nouvelle religion iufmesque (ou presque), me semble à prendre avec des pincettes, autant que le dévoloppement du structuralisme qui, détourné à une certaine époque, a donné des moult monstruosités pédagogiques et langagières (schéma actantiel, situation d'énonciation et j'arrête là tellement la liste de ces aberrations dont on a encombré la tête de nos écolier est énorme ...). Je crois n'avoir jamais employé l'expression de "narrateurs omniscient" de toute ma carrière ... C'est dire ! Et pourtant mes références sont autant Pommier et Clarac que Barthes ou Genette ... Mais je m'égare ...

Donc, j'ai fait à peu près le même nombre de textes qu'Hervé et comme pour lui, les élèves que je viens de voir ces jours de rentrée me disent que leurs résultats sont assez bons : sur la quinzaine d'élèves - j'en avais 28 - que j'ai pu voir, seuls deux ont dit avoir échoué, les autres ayant obtenu des moyennes (écrit et oral sur 20) allant de 10 à 17 ...

A noter que nous avons eu à peu près les mêmes ruptures de cours pour cause de tremblement de terre, de carnaval et de grève ...

Je vous fournis la fin du descriptif sur la poésie, commun en partie avec celui d'Hervé (je crois qu'il n'a pas étudié Césaire ; j'avais prévu d'étudier Césaire avant sa disparition car c'était un magnifique prolongement à Baudelaire ; relire "Orphée noir" de Sartre ... Et puis il est ici le "Grand homme", à juste titre ...

Ce n'est en rien un modèle et il est bourré de défauts (j'attends vos remarques), c'est juste un document :

La poésie
De la versification traditionnelle au poème « ouvert » en passant par le poème en prose.

Séquence 1 - La versification « classique »

■ Texte 1 - « Mignonne, allons voir si la rose .. » de Pierre de Ronsard (Odes, I, 17 - 1550-1552) - Révision des notions élémentaires de versification française.

■ Texte 2 – « Quand vous serez bien vieille … » de Pierre de Ronsard (Sonnets pour Hélène, II, XLIII - 1578) - Comment est exprimé le balancement entre un avenir désespéré et l’importance de la vie présente ?

■ Texte 3 – « Le Jeune tarentine » d’André Chénier (Les Bucoliques – 1785-1787) - Comment sont rendues l’atmosphère mélancolique et la brutalité du drame évoqué ?

Séquence 2 - «Tout enfant, j'ai senti dans mon cœur deux sentiments contradictoires : l'horreur de la vie et l'extase de la vie.» (Mon cœur mis à nu)
Lecture analytique - Les Fleurs du mal - de Charles Baudelaire - (texte intégral – 1957-1861)

Travail collectif après la lecture du recueil – La structure du recueil – Les grands thèmes – Signification du titre par rapport à « Spleen et Idéal » - Les poèmes qui ont le plus marqué chacun.

Lectures guidées de quelques poèmes des « Correspondances » : « Correspondances », « Harmonie du soir », « Parfum exotique », « La Vie antérieure »

■ Texte 1 - « L’Albatros » - Comment s’exprime le mépris de la foule pour le poète ?

■ Texte 2 – « L’Invitation au voyage » - Comment Baudelaire nous entraîne-t-il peu à peu à vivre son rêve ?

■ Texte 3 – « La Vie antérieure » - Comment la musique des vers favorise-t-elle le rêve et le voyage ?

Document annexe - Discographie : Léo Ferré - Les Fleurs du mal (1957) et Les Fleurs du mal - Suite et fin (2008)

Séquence 3 - De Baudelaire à Césaire

■ Texte 1 – « Au bout du petit matin » Début du Cahier d’un retour au pays natal (1939)
Exemple de commentaire composé - Comment par la seule description de la nature, Aimé Césaire condamne-t-il la corruption du colonisateur et exalte-t-il les rêves des Antillais ?

■ Texte 2 - « Il était comique et laid » - Extrait du Cahier d’un retour au pays natal (1939) - Comment interprétez-vous l’intervention du poète dans ce passage ?

Lectures cursives - Poésies :
- Cahier d’un retour au pays natal (1939 – Version définitive : 1956)
- Les Armes miraculeuses (1946)
- Moi, laminaire (1982)
- Essai : Discours sur le colonialisme (1951) suivi du Discours sur la Négritude (1987)

Dossier annexe (en lecture cursive)- De Baudelaire à Césaire - La gestation du concept de négritude - Un essai d’Emmanuel Richon
- Hommage à Aimé Césaire - par Evariste Zephyrin, le 17 avril 2008
- Trois écrivains antillais rendent hommage à Aimé Césaire (Patrick Chamoiseau – Raphaël Confiant –Edouard Glissant)
- « Orphée noir » - Un extrait de la préface de Jean-Paul Sartre à l’ « Anthologie de la nouvelle poésie nègre et malgache de langue française » de Léopold Sédar Senghor (PUF – 1948)
- Dossier de presse paru dans France-Antilles (numéro spécial – Avril 2008)


Document annexe - Filmographie : « Cahier d’un retour au pays natal » - Un spectacle mis en scène et interprété par Jacques Martial

Voilà, je peux fournir les autres descriptifs dans la "BDD" ... A noter qu'un petit recueil des poèmes de Césaire a été confectionné (à la demande des BTS) et diffusé aux STG ... Désolée pour les fautes : les écrans me paralysent ...

Cordialemnt et bon courage à tous,
Fanfan
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Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Fanfan le Sam 6 Sep 2008 - 18:14
"En tout cas le xx ° de lagarde et Michard s'arrête à peu prés à Malraux et Camus... Aprés c'est assez désolant."

Oui. Je confirme aussi que le Darcos est excellent, à mon humble avis et sans parti pris :-).

Pour la littérature vraiment contemporaire :
- "Le" Brighelli - Littérature - Textes et documents (Magnard), à retenir aussi l'excellent(e) "Petite Fabrique de littérature" de A. Duchesne et Th. Legay également chez Magnard (Préface de Brighelli)
- "Le" Bersani - La Littérature en France depuis 1945 - Bordas

Et pour les "voyageurs" (mais il y a pour tous d'excellents textes) :
J.-L.Joubert ... - Les littératures francophones depuis 1945 - Bordas
J.Falo ... - Littératures africaines - Textes et travaux - Les nouvelles éditions africaines/Nathan

Enfin pour la littérature très contemporaine, les pistes données par Pierre Jourde ("La littérature sans estomac" en Pocket) me suffisent ... Là, je plaisante un peu, il m'arrive de tomber, rarement, c'est vrai, sur un texte de Toussaint ou de Houellebecq que je retiens ... Mais, ici, en Martinique, j'ai un choix important avec les excellents Chamoiseau, Confiant, Condé, Zobel ... Et Césaire, bien sûr !
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Saraswati
Neoprof expérimenté

Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Saraswati le Sam 6 Sep 2008 - 18:45
Merci beaucoup Fanfan pour toutes ces précisions et les grandes lignes des séquences proposées !
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couette
Niveau 8

Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par couette le Sam 6 Sep 2008 - 18:47
@Daniel a écrit:Les manuels Darcos sont vraiment géniaux paraît-il (comme quoi...) !!

:
Je bossais dessus quand j'étais moi-même en seconde , et malgré leur coté un peu austère, je les utilise toujours ... Comme quoi ( bis !)
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Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Invité le Sam 6 Sep 2008 - 19:19
@couette a écrit:
@Daniel a écrit:Les manuels Darcos sont vraiment géniaux paraît-il (comme quoi...) !!

:
Je bossais dessus quand j'étais moi-même en seconde , et malgré leur coté un peu austère, je les utilise toujours ... Comme quoi ( bis !)

Cela ne m'étonne pas : on bosse mieux sur ce que l'on a soi-même pratiqué !
Cela dit, je vais me pencher à nouveau sur ces manuels...
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Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Invité le Sam 6 Sep 2008 - 19:22
Merci à Fanfan pour le descriptif envoyé. J'avoue me demander comment faire avec mes 35 STG très faibles...
Pour la petite histoire, j'ai aussi eu Pommier à la Sorbonne !
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Ruthven
Monarque

Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Ruthven le Sam 6 Sep 2008 - 19:37
Cappuccinette a écrit:
Euh j'ai déjà commencé... et je n'avais encore rien dit !!!!!! injuste

Qu'est-ce que tu as fait? Tu as dit à ton proviseur qu'il était boudiné dans son costume???
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Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Invité le Sam 6 Sep 2008 - 20:14
@Ruthven a écrit:
Cappuccinette a écrit:
Euh j'ai déjà commencé... et je n'avais encore rien dit !!!!!! injuste

Qu'est-ce que tu as fait? Tu as dit à ton proviseur qu'il était boudiné dans son costume???

Moi ? Je n'oserais pas...
Hervé
Niveau 6

Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Hervé le Sam 6 Sep 2008 - 21:02
Bonjour Françoise ! Le coup de l'analyse logique d'une page de proust, tu le fais toujours ? Euh, tant qu'à faire tu pourrais donner les trois autres descriptifs si les collègues sont d'accord ... Etant entendu qu'on ne fait bien que ce qu'on fait soi-même ...

Hervé

Bon courage aux antillais en cette période mouventée ! Que de cyclones dans la région ! Ah, justement, cela me rappelle un joli texte de Chamoiseau , c'est complètement hors sujet (le détour:-)) mais c'est (surtout) cela la littérature et cela me permet d'envoyer une pensée aux haïtiens si tragiquement meurtris pour la troisième fois en quelques semaines :

"La radio annonçait le cyclone. Mais Man Ninotte en était par avance informée. Elle savait raccorder les nuages à l'inquiétude des rats. Elle savait décoder la transhumance de petits insectes précipités au jour par la menace du ciel. Cela semblait une journée de pluie, mais qui serait d'un sombre millénaire, confusément perçu. Personne n'expliquait rien au négrillon. On s'activait autour de lui, sans plus répondre à ses questions. Man Ninotte partait à la recherche de récipients pour l'eau. Elle les stoc­kait un peu partout, remplis à mort. S'achetait des bougies, des allumettes. Renforçait sa réserve de pétrole, de mèches à lampes. S'approvisionnait en pain, sel, huile, morue séchée, pois secs. Ramenait une viande salée. Vérifiait sa teinture d'arnica, son éther, la hau­teur de son rhum camphré ou de ses feuilles pour blesse. De la cour, elle enlevait ses objets les plus précieux et les montait dans le couloir. Dans la maison, les plans de sauvegarde destinés aux infiltrations se voyaient renforcés, et elle vérifiait la fermeture des fenêtres dont le bois travaillant nécessitait toujours une rognure à la lime. Les persiennes étaient maintenues closes avec de petits clous. Entre-temps, le jour était tombé. Le négrillon ne vit jamais de cyclone diurne. Toujours la nuit, comme pour laisser au monde le temps de s'y soumettre, aux Syriens de fermer boutique, aux rues de se vider, aux possédants d'automobiles de les serrer sur les hauts mornes. Puis, dans un silence malsain, dessous la pluie, et sous les premiers vents, on se mettait à attendre, à attendre, à attendre, à prendre de l'attendre et à en faire des lots.

Le négrillon ne savait pas très bien ce que l'on attendait. Cyclone pour lui ne voulait dire hak. Il ne comprenait pas ce tant d'immobilités sur les visages, ce si peu des guerres habituelles, cette économie de cancans dans le repas du soir, ce sommeil impossible à venir. Ses moindres mots étaient accueillis par des Dors et Paix-là. Man Ninotte allait-virait, vérifiait ce qu'elle avait déjà vérifié, s'arrêtait au bord de la radio pour s'informer des choses et des saki­pasé. Le Papa, lui, campait devant, l'oreille à la musique, et donnait l'alerte quand la voix du paroleur suspendait l'émission. On attendait. Le négrillon, pour son premier cyclone, prit sommeil avant l'heure et, bien entendu, nul ne le réveilla.

A son réveil, il comprit ce que l'on avait attendu. La ville gisait défaite, frappée de boues, d'inondations et d'étrangetés. Des tôles jon­chaient les rues, des arbres tombés levaient de cauchemardesques racines dans une dérive d'eau noire, des cochons blancs et des poules sans plumes et des bœufs sans cornes cher­chaient sous l'hébétude un ordre posé du monde. Les devantures défoncées libéraient un vomi de naufrages. De gros fils électriques tres­sautaient sous les décharges de leurs propres étincelles. Posés partout: des armoires orphe­lines, de hauts miroirs brisés, un coffre-fort flot­teur, mille tiroirs sans passés, d'énormes livres étouffés d'eau, bric-à-brac d'un panier caraïbe insensé, l'absolue mise à sac, au rapt, au vrac des poches du ciel, des cœurs et des greniers. Par-­dessus, la consternation criarde des premiers arrivés découvrait ce que les vieux-nègres appellent (ou plus exactement crient) : an tÿou­manman, et Césaire: un désastre.

Cyclone c'est vent aveugle. Il bouleverse les affaires des békés et mulâtres, il écorce la vie, et durant quelques jours redistribue les parts. En ville, le monde recommençait sous une mer de boue élevée haut comme ça. Les gens des sept mornes, généralement épargnés, couraient-­venir trouver une chance dans les magasins éventrés. Les Syriens se mettaient à brader sans réfléchir des briques de terre provenant de leurs rouleaux de toile. Police, pompiers, gens de la politique, bougres en folie solennelle, négresses porteuses de sacs, djobeurs éperdus, chabins à quatre pattes: véritable niche de four­mis folles affairée aux survies mais demeurant attentive aux clins d'œil de l'aubaine.

Le négrillon passait les journées à la fenêtre, sui­vant des yeux Man Ninotte à travers le quartier. Elle n'était jamais plus à l'aise que dans l'apoca­lypse. S'il n'y avait plus d'eau, elle ramenait de l'eau. S'il n'y avait plus de poissons, elle brassait du poisson. Elle trouvait du pain chaud. Elle trouvait des bougies. Elle trouvait des paquets de rêves et les charriait en équilibre dessus son grand chapeau. Et surtout, elle ramenait par poignées des vêtements d'argile, des souvenirs de toiles pris dans un ciment noir, des objets perdus sous une gangue sans prénom. Cela s'empilait dans la cour dans l'attente du net­toyage. Il la voyait disparaître au bout de la rue, réapparaître à l'autre, massive et puissante sous les ailes de son chapeau, parlant fort, saluant tous, distribuant des conseils que nul ne deman­dait. Pour cette adversaire des déveines, le désastre était un vieil ami. Elle s'y démenait à peine plus que d'habitude, et nous en extrayait le meilleur. Pourtant, à l'annonce d'un cyclone, elle n'ouvrait jamais l'œil clair du malade au­devant d'un bouillon. Elle les aurait volontiers écartés. Mais, une fois cyclone passé, elle s'élan­çait dans la bataille comme si elle en avait été le stratège, et, soulevant chaque malheur, elle dénichait chaque chance. En ce temps-là, la nature bouleversée versait du côté de qui n'en avait pas.

Il fallait s'inquiéter des communes. Les informa­tions arrivaient par bribes: tel endroit coupé de Dieu, telle croix sous la rivière, tel coin basculé à l'en-bas d'une falaise. Sitôt les routes rétablies, Man Ninotte s'en allait elle-même aux nouvelles de la famille. Sinon, elle restait à l'écoute des avis d'obsèques, et se rendait aux enterrements de ceux dont le cœur avait mal pris d'être ven­tilé, qui s'étaient noyés pour sauver leur cochon, qui s'étaient vus cisaillés par une tôle volante ou charroyés dans le suicide d'une eau folle vers la mer.

Nous perdîmes un Tonton. Il s'était envolé au-­delà du ciel avec son cabri préféré. Sa concu­bine le vit monter avec le vent, le cabri sous le bras, l'air à peine surpris de se retrouver dans une mer qui déroulait ses vagues au-dessus des grands arbres. On ne le revit plus, sauf durant certaines pluies, quand des marchandes de charbon envahissaient le ciel et qu'il se mettait à pleuvoir non seulement de l'eau mais des nuits très anciennes. Sa concubine et ses enfants l'entendaient annoncer des destins à venir, s'inquiéter de leur santé et du reste des cabris. Il évoquait aussi souvent son coq de combat, que personne n'osait plus faire combattre et qui dépérissait comme une vieille poule dans une racine de fromager. Man Ninotte quand elle monta, essaya de lui parler, mais elle n'eut en réponse qu'un béguètement sur des glouglous de vent. Dès lors, nul ne le comprit plus.

On fit venir un parleur-à-zombis, un de ces nègres à cheval sur un jour et une nuit. Le bougre vint en dormant aux abords de la case, lors d'une de ces pluies dont on a dit les titres. Dans son sommeil, il se mit à parler au Tonton. Il lui parla dans un lointain créole, et dans un vieux français, et dans un lot de langues qui traî­naient dans la Caraïbe depuis un temps où le monde était simple. Et le Tonton lui répondait avec son béguètement de cabri et de vent sou­terrain. A son réveil, le parleur-à-zombis révéla qu'il n'avait rien compris à ce charabia céleste et qu'il n'y avait rien à en tirer, car il est vrai madame qu'emporté par un cyclone on se re­trouvait tourbillonnant du cerveau dans un quelque part pour le moins jamais clair. Le Tonton allait errer comme ça durant trois quarts d'éternité plus un nombre d'heures égal à celui des poils du cabri auquel son âme était désor­mais liée - leur confia-t-il en s'enfuyant.

La boue s'incrustait dans la ville durant une charge de mois. Les éboueurs en avaient emporté le plus gros, les pompiers avaient chassé le reste sous les jets de leurs eaux. Subsis­tait une pellicule invincible: seule la vie quoti­dienne pourrait espérer la dissoudre. Pour le négrillon, il y avait là un phénomène étrange: un vent vient et inonde, un souffle passe et crève en boue noire. Une ville meurt pour émerger neuve d'une momification sale. L'abondance germe du malheur: on trouvait dans la colle des rues, soixante-douze illusions et les autres rêves qui ne s'envolaient plus.

L'après-cyclone rassemblait les enfants. L'école était noyée. On pouvait prendre sommeil tard. Les grandes personnes, affairées aux nettoyages, leur accordaient un petit brin d'oubli. La bande de la maison remplissait le couloir de ses jeux. Alors, intervenait parfois Jeanne-Yvette. Elle venait d'on ne sait où, et logeait parfois dans la famille de Man Sirène. Une jeune fille maigre oui, rieuse, féroce, aimable et douce en mon­tant. Elle nous ramenait de la campagne des contes créoles inconnus dans les nuits de Fort-de-France. Les conteurs de ville étaient rares. En tout cas, le négrillon n'en avait jamais vu. Il rencontra le conte créole avec Jeanne-Yvette, une vraie conteuse, c'est-à-dire une mémoire impossible et une cruauté sans égale. Elle vous épouvantait à l'extrême avec deux mots, une suggestion, une chanson sans grand sens. Elle maniait des silences, des langages. Elle éclabous­sait la mort avec du rire, cueillait ce rire d'un seul effroi. Elle nous menait au rythme des rafales de sa langue, nous faisant accroire n'importe quoi. Nous guettions Manman Dlo dans l'ombre de l'escalier. Nous prenions-­courir à l'odeur d'un zombi qu'elle reniflait. Elle nous forçait à nous déshabiller au moment d'évoquer quelque diablesse détestant les vête­ments. Elle apprit au négrillon l'étonnante richesse de l'oralité créole. Un univers de résis­tances débrouillardes, de méchancetés salva­trices, riche de plusieurs génies. Jeanne-Yvette nous venait des mémoires caraïbes, du grouille­ment de l'Afrique, des diversités d'Europe, du foisonnement de l'Inde, des tremblements d'Asie ... , du vaste toucher des peuples dans le prisme des îles ouvertes, lieux-dits de la Créo­lité. "

Patrick Chamoiseau (Une enfance créole I – Antan d’enfance) - Gallimard (folio)- 1996

Au fait, à propos de littérature contemporaire, le Mitterand va assez loin ; derniers textes présentés : Copi (1988), Koltés (1983) et Peter Handke (1974). Le XXème siècle de Darcos termine avec Annie Ernaux (un extrait de "La Place")
Hervé
Niveau 6

Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Hervé le Sam 6 Sep 2008 - 21:06
Arrrggghhh !

Proust, contemporaine ... et j'en passe !
Pour Moi aussi le travail sur écran est pénible ...

Et je voulais ajouter : Chamoiseau qu'on ne trouve pas assez dans les manuels scolaires ... Confiant, Zobel et les autres non plus d'ailleurs ...
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Fabienne
Niveau 10

Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Fabienne le Dim 7 Sep 2008 - 21:32
@Fanfan a écrit: Il me semble que les propos d'Alain (« Et enfin il n'y a de progrès, pour nul écolier au monde, ni en ce qu'il entend ni en ce qu'il voit, mais seulement en ce qu'il fait. ») ne sont nullement contradictoires avec ce type d'enseignement et qu'enfin les élèves ne peuvent "tourner à vide". Faire un cours magistral sur la versification à l'aide du poème de Ronsard m'a permis de remettre les pendules à l'heure (ils ne savaient pas ce qu'était un vers, une rime, un alexandrin ..., comment faire autrement ? ) Peuvent-ils "inventer" ce qu'ils ne savent pas ? Et avant de "faire" comme dit Alain, il faut bien fournir les outils. On ne laboure pas un champ à mains nues ...

Oui, c'est sûr, il faut donner des outils, c'est bien pour ça que je pense que parfois, les cours magistraux sont utiles (et je suis la première à en faire, et à trouver parfois la phase de "repérage" qu'on nous a enseignée à l'IOUFME complètement artificielle et inutile). La versification en est un parfait exemple (ou les figures de style), il est évident qu'ils ne vont pas inventer des termes techniques.

Mais je n'arrive pas à me mettre dans la tête qu'on apprend à faire une lecture analytique en copiant sur sa feuille ce que quelqu'un dicte de ce qu'il a compris sur le texte.
Quand ils sont face à leur feuille le jour du bac, ou lors de la préparation de l'oral, c'est à eux d'arriver à faire les choses eux-mêmes.
En bref, je crois qu'on doit à la fois transmettre un savoir et un savoir-faire, et si les cours magistraux permettent certainement de donner un savoir, mais le reste, je ne pense pas...
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Fabienne
Niveau 10

Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

par Fabienne le Dim 7 Sep 2008 - 21:34
@Fanfan a écrit: à retenir aussi l'excellent(e) "Petite Fabrique de littérature" de A. Duchesne et Th. Legay également chez Magnard (Préface de Brighelli)

Je me suis beaucoup servi de ce livre il y a quelques années, j'y ai pioché des idées vraiment originales.
Merci pour la bibliographie! Smile
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Re: Programmes 2nde et 1ère STG ?

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