Enoncés et situation d'énonciation

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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par Esméralda le Dim 7 Sep 2008 - 20:00

Je veux bien aussi, merci, c'est super sympa !

Esméralda
Grand Maître


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par miss terious le Dim 7 Sep 2008 - 20:05

Moi aussi je veux bien (mail dispo sous mon avatar). J'ai moi-même préparé un cours la-dessus à partir de tx sur la WW1 ; si ça t'intéresse en échange.

_________________
"Ni ange, ni démon, juste sans nom." (Barbey d'AUREVILLY, in. Une histoire sans nom)
"Bien des choses ne sont impossibles que parce qu'on s'est accoutumé à les regarder comme telles." DUCLOS

miss terious
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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par eowyn le Lun 8 Sep 2008 - 16:10

merci!

eowyn
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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par Hervé le Lun 8 Sep 2008 - 16:33

"car ces notions de ancré ou coupé...pfffffffffffffff ! c'est débile ! mais bon il faut le faire..."

Faut-il vraiment faire ce qui est débile ?
D'ailleurs dans les nouveaux programmes si l'expression "situation d'énonciation" apparaît encore, "ancré" et "coupé" ont disparu ... Comme dit une collègue sur prof-fr : "Pourquoi ne pas rester simple ? Pourquoi ne pas poser les éternelles et vraies questions ? Qui ? Quoi ? A qui ? Quand ? Où ? Comment ? Pourquoi ? Dans quelle intention ?" ; cependant elle donne tout de même l'exemple du brillant apprenant Kévin, à méditer :-) :

"Chers Messieurs-Dames professeurs,

C'est encore moi Kévin Dugenou. Alors voilà pour les vacances on a un
travail très difficile à faire. Notre prof, qui s'est bien remis de son
attaque d'apoplexie, a dit qu'il était logique de faire des commentaires
composés au collège puisque maintenant il y a des rédactions au lycée. Il
nous a donné un texte de Jean de La Fontaine, "Les animaux malades de la
peste" (j'ai mis le texte après mon commentaire au cas où vous ne vous en
souviendriez plus). Enfin bref je bloque un peu pour l'intro et j'ai besoin
d'aide. Le reste me semble très bon car je crois avoir atteint l'objectif
fondamental de l'enseignement séquentiel du français au collège : la
maîtrise des discours.

Bonne année à tous,
Kévin Dugenou.
--------------------------------------------------------------------------------
Plan.
I) Un énoncé coupé de la situation d'énonciation et de la vraie vie.
II) Ma transition.
III) Les formes de discours rapportés dans ce conte merveilleux.
IV) Mon avis personnel sur La Fontaine.


La première strophe est un énoncé coupé de la situation d'énonciation même
s'il est possible d'interpréter l'impersonnel « il faut » comme un discret
déictique car le moment de l'énoncé coïncide avec le point d'énonciation. Au
début de ce récit, La Fontaine tourne un peu autour du pot et ce n'est qu'au
vers 4 que le propos (la Peste) est clairement identifié. Ce récit
s'organise principalement autour de verbes conjugués -et c'est tant mieux- à
l'imparfait pour les actions de second plan et le bavardage superflu. On
remarque néanmoins l'emploi d'un passé simple isolé, facilement identifiable
à sa terminaison en -a- pour toutes les personnes du singulier. Cette
utilisation du passé simple montre bien que l'énonciateur est un lettré du
Moyen Age. Le style vieux se traduit aussi par un goût pour les paradoxes et
quelques approximations : nous savons bien, de nos jours, que les maladies
ne rendent personne plus riche à part les médecins. Cependant La Fontaine
est cool d'une certaine manière : il souligne que malgré les difficultés
rencontrées et l'éloignement (« se fuyaient », « partant ») il est possible
d'aimer de manière intense. Cette idée, que l'on pourrait traduire par «
loin des yeux, près du cœur » est mise en valeur par la répétition du mot
« plus » dans le dernier vers du premier paragraphe.

Dans ce récit le narrateur est omniscient car à cette époque l'homme
(l'auteur) en savait toujours plus que les animaux (les personnages). Ces
animaux jouent d'ailleurs un rôle important dans la deuxième strophe qui est
dominée par des énoncés ancrés dans la situation d'énonciation : on pourrait
presque dire qu'il s'agit d'une pièce de théâtre mais le fait que les
bestioles communiquent de manière référentielle en utilisant un code commun
montre qu'il s'agit d'un conte merveilleux.

Comme dans tout conte, le plus important c'est le schéma narratif. Dans la
situation initiale le lion invite ses amis à manger un berger. L'élément
modifico-perturbateur est introduit par le connecteur logique « mais » : le
lion n'a plus faim. Ensuite, dans les péripéties, tous les animaux viennent
faire leurs petits discours très variés puisqu'on remarque l'utilisation du
discours direct, du discours indirect, du discours indirect libre, du
discours narrativisé, du discours explicatif, du discours argumentatif, du
discours narratif, du discours descriptif et du discours injonctif, ce qui
est plutôt bien pour un seul texte. Dans l'élément de résolution les animaux
décident de cuisiner l'âne pour redonner son appétit au lion. Mais
finalement ils se ravisent car dans les contes tout est bien qui finit bien
et ils décident de déguiser l'âne en zèbre : « Les jugements de cour vous
rendront blanc ou noir. » Aussi pouvons-nous dégager le schéma actanciel de
ce conte merveilleux : le sujet (le roi) cherche à organiser un bon repas
(objet). Il est poussé par son instinct de carnivore dominant (destinataire)
mais ce n'est pas un désir égoïste car il n'est pas le seul destinateur (les
animaux sont tous conviés à la noce). Ses invités sont donc ses adjuvants
qui partagent les plaisirs de la table et un certain goût pour la
plaisanterie fine. Ce caractère enjoué des animaux marginalise l'unique
opposant : un âne.

Dans ce conte médiéval La Fontaine a bien montré que l'âne n'était pas très
citoyen, car il refuse de faire la fiesta avec tout le monde et ne se montre
pas enthousiaste, contrairement aux animaux représentés dans les contes de
Badoit. Pour tout dire l'âne manque vraiment de savoir-vivre et on espère
qu'il retiendra la leçon en participant spontanément la prochaine fois.
Cette idée est plutôt bien de la part de La Fontaine, dommage qu'il utilise
un langage si plein de poussière."


VII, 1 - Les Animaux malades de la peste

Un mal qui répand la terreur,
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés :
On n'en voyait point d'occupés
À chercher le soutien d'une mourante vie ;
Nul mets n'excitait leur envie ;
Ni Loups ni Renards n'épiaient
La douce et l'innocente proie.
Les Tourterelles se fuyaient :
Plus d'amour, partant plus de joie.

Le Lion tint conseil, et dit : Mes chers amis,
Je crois que le Ciel a permis
Pour nos péchés cette infortune ;
Que le plus coupable de nous
Se sacrifie aux traits du céleste courroux,
Peut-être il obtiendra la guérison commune.
L'histoire nous apprend qu'en de tels accidents
On fait de pareils dévouements :
Ne nous flattons donc point ; voyons sans indulgence
L'état de notre conscience.
Pour moi, satisfaisant mes appétits gloutons
J'ai dévoré force moutons.
Que m'avaient-ils fait ? ? Nulle offense :
Même il m'est arrivé quelquefois de manger
Le Berger.
Je me dévouerai donc, s'il le faut ; mais je pense
Qu'il est bon que chacun s'accuse ainsi que moi :
Car on doit souhaiter selon toute justice
Que le plus coupable périsse.
Sire, dit le Renard, vous êtes trop bon Roi ;
Vos scrupules font voir trop de délicatesse ;
Et bien, manger moutons, canaille, sotte espèce,
Est-ce un péché ? Non, non. Vous leur fîtes Seigneur
En les croquant beaucoup d'honneur.
Et quant au Berger l'on peut dire
Qu'il était digne de tous maux,
Étant de ces gens-là qui sur les animaux
Se font un chimérique empire.
Ainsi dit le Renard, et flatteurs d'applaudir.
On n'osa trop approfondir
Du Tigre, ni de l'Ours, ni des autres puissances,
Les moins pardonnables offenses.
Tous les gens querelleurs, jusqu'aux simples mâtins,
Au dire de chacun, étaient de petits saints.
L'Âne vint à son tour et dit : J'ai souvenance
Qu'en un pré de Moines passant,
La faim, l'occasion, l'herbe tendre, et je pense
Quelque diable aussi me poussant,
Je tondis de ce pré la largeur de ma langue.
Je n'en avais nul droit, puisqu'il faut parler net.
À ces mots on cria haro sur le baudet.
Un Loup quelque peu clerc prouva par sa harangue
Qu'il fallait dévouer ce maudit animal,
Ce pelé, ce galeux, d'où venait tout leur mal.
Sa peccadille fut jugée un cas pendable.
Manger l'herbe d'autrui ! quel crime abominable !
Rien que la mort n'était capable
D'expier son forfait : on le lui fit bien voir.

Selon que vous serez puissant ou misérable,
Les jugements de cour vous rendront blanc ou noir.

Jean de La Fontaine, Fables.

03/2002

http://www.sauv.net/kevlafontaine.php

Hervé
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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par Invité le Lun 8 Sep 2008 - 19:11

@Hervé a écrit: "car ces notions de ancré ou coupé...pfffffffffffffff ! c'est débile ! mais bon il faut le faire..."

Faut-il vraiment faire ce qui est débile ?
D'ailleurs dans les nouveaux programmes si l'expression "situation d'énonciation" apparaît encore, "ancré" et "coupé" ont disparu ... Comme dit une collègue sur prof-fr : "Pourquoi ne pas rester simple ? Pourquoi ne pas poser les éternelles et vraies questions ? Qui ? Quoi ? A qui ? Quand ? Où ? Comment ? Pourquoi ? Dans quelle intention ?"

pfff ! même pas envie de répondre...

Invité
Invité


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par Hervé le Lun 8 Sep 2008 - 21:07

"pfff ! même pas envie de répondre..."

Voui ... Mais encore ?

Hervé
Niveau 6


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par marlene le Lun 8 Sep 2008 - 21:46

moi aussi ça m'intéresse même si je le vois en 4°
merci encore
marleneissagarre@wanadoo.fr

marlene
Niveau 9


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par Tatalily le Ven 10 Oct 2008 - 18:37

Suis intéressée également...tu connais mon adresse...Merci !

_________________
Une stagaire de l'académie de Versailles...

Tatalily
Niveau 6


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par Violet le Ven 10 Oct 2008 - 18:47

C'est encore possible ? car j'avoue, je m'arrache les cheveux sur cette leçon sans parvenir à être claire...Suspect

penelope-solete@wanadoo.fr

Violet
Bon génie


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par Lonie le Ven 10 Oct 2008 - 19:32

Euh... Si c'est possible, je serai également intéressée !!!
Embarassed

Merci d'avance...

_________________
"Si j'avais su, j'aurais pas venu"

Lonie
Neoprof expérimenté


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par Peter Pan le Sam 11 Oct 2008 - 18:19

moi aussi stp!! je l'ai fait en 4°, mais ne suis pas tjrs content de la façon dont je l'aborde... Merci!
flodetarle@gmail.com

Peter Pan
Niveau 5


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par lily230285 le Mer 27 Oct 2010 - 17:20

Houla, je débarque un peu après la bataille, mais après avoir passé l'après midi à m'arracher les cheveux là dessus, je serais aussi TRÈS TRÈS TRÈS intéressée! Est ce que c'est encore possible?
Merci!

lily230285
Niveau 1


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par Iphigénie le Mer 27 Oct 2010 - 17:26

Je ne voudrais pas décourager les profs de collège,(ou peut-être que mon lycée est totalement coupé de l'énoncé des programmes),mais personne en seconde n'utilise cette notion,alors,elle est peut-être pas fondamentale en collège?D'autant qu'une fois qu'on a dit ça,est-on bien avancé?

Iphigénie
Esprit sacré


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par lily230285 le Mer 27 Oct 2010 - 17:29

En réalité, je trouve cette histoire d'énoncés ancrés/coupés complètement DÉBILE. Beaucoup plus intéressant d'aborder la différence entre récit et discours. MAIS, c'est juste que ca m'énerve de ne pas comprendre... Alors j'avoue que je voudrais bien savoir comment on peut faire pour expliquer clairement cette chose étrange...

lily230285
Niveau 1


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par Celeborn le Mer 27 Oct 2010 - 17:31

@lily230285 a écrit:En réalité, je trouve cette histoire d'énoncés ancrés/coupés complètement DÉBILE. Beaucoup plus intéressant d'aborder la différence entre récit et discours. MAIS, c'est juste que ca m'énerve de ne pas comprendre...

énoncé ancré = discours
énoncé coupé = récit.

Voilà, ça y est, c'est expliqué. yesyes

Bon, maintenant, reprenons l'étude du texte, la vraie…

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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par Iphigénie le Mer 27 Oct 2010 - 17:32

super,le devoir de Kevin Dugenou yesyes

Iphigénie
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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par Audrey le Mer 27 Oct 2010 - 17:32

Je te rejoins Iphigénie: je me cantonne à situer le cadre du récit, identifier qui parle, à qui, de quoi...

Finalement, cette notion de discours ancré/ coupé par rapport à la situation d'énonciation ne servait à mon humble avis que pour expliquer (de façon méga compliquée et savante) l'emploi des temps et leur concordance...Mais pour expliquer simplement la chose, il suffit de présenter des axes chronologiques: un pour le système du présent, un autre pour le système du passé, et hop! Le tour est joué.

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Irae Laudatrix pour les cérémonies en son honneur,
Divinité Tarpéienne dont le culte subsiste en Bresse.
Elle protège les orateurs et les sophistes pro-Bayrou.
On peut invoquer sa fureur en lui sacrifiant des laitues vierges.
Identifiée à Boudicca, elle est représentée sur un char Clio orné de noeuds rouges en tulle.

Signez la pétition pour sauver les langues anciennes! Clic!

Audrey
Oracle


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par miss terious le Mer 27 Oct 2010 - 17:36

C'est comme ça que je le fais.

_________________
"Ni ange, ni démon, juste sans nom." (Barbey d'AUREVILLY, in. Une histoire sans nom)
"Bien des choses ne sont impossibles que parce qu'on s'est accoutumé à les regarder comme telles." DUCLOS

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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par Sooophie le Mar 25 Sep 2012 - 19:33

Je serai intéressée moi aussi Smile
s.magreault@yahoo.fr

Sooophie
Je viens de m'inscrire !


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par invitéW le Mar 25 Sep 2012 - 19:39

@Sooophie a écrit:Je serai intéressée moi aussi Smile
s.magreault@yahoo.fr

C'est un vieux sujet dont l'initiateur n'est plus sur néo.
Tu auras difficilement une réponse.

invitéW
Prophète


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Re: Enoncés et situation d'énonciation

Message par adelaideaugusta le Mar 25 Sep 2012 - 20:42

@Celeborn a écrit:
@lily230285 a écrit:En réalité, je trouve cette histoire d'énoncés ancrés/coupés complètement DÉBILE. Beaucoup plus intéressant d'aborder la différence entre récit et discours. MAIS, c'est juste que ca m'énerve de ne pas comprendre...

énoncé ancré = discours
énoncé coupé = récit.

Voilà, ça y est, c'est expliqué. yesyes

Bon, maintenant, reprenons l'étude du texte, la vraie…

Vous avez dit discours et récit?
Ce n'est pas si simple scratch


Lullaby, de Le Clézio
Chronique d’un cours ordinaire.

Un mercredi matin dans un collège rural, au mois de février.
Le professeur de français, après avoir demandé le silence, distribue un polycopié à ses élèves de cinquième : il s’agit de Lullaby, nouvelle de J.M-G. Le Clézio. Dans un premier temps, le texte est lu à voix haute par quatre volontaires, avant d’être rangé dans le classeur.
Le professeur annonce : « Ce texte servira de support à la distinction entre discours et récit, que nous allons désormais aborder. »
Pour les élèves, une nouvelle « séquence » commence, que rythment les questions du maître. A partir d’une réflexion sur la mise en page, ceux-ci en viennent à conclure que le texte est un récit, dont le narrateur reproduit la lettre d’une jeune fille à son père.
C’est à cette lettre que le professeur leur demande d’abord de s’intéresser. Naturellement, leurs remarques se portent sur la situation elle-même. L’un d’eux observe ainsi : « La petite fille écrit à son papa parce qu’ils sont séparés. » A quoi une camarade ajoute : « Elle vit avec sa sœur et sa maman, mais son papa semble lui manquer. »
De telles observations ne sont pourtant pas du goût du maître. Trop simples, elles l’éloignent de l’objet qui constitue le centre de la séance. Aussi reprend-il la parole : « Nous avons travaillé ensemble sur la situation d’énonciation. Qui peut définir la notion ? » Jean, pour une fois éveillé, lève la main :
C’est quand quelqu’un parle à quelqu’un.
Le professeur - Ce n’est pas mal, mais il faudrait aller plus loin. Pauline ?
Pauline - C’est quand le destinateur parle au destinataire.
Le professeur – C’est déjà mieux, mais vous oubliez quelque chose d’important.
Comme les élèves restent muets, le professeur ajoute : «Vous oubliez que le message du destinateur est adressé au destinataire en un temps et un lieu précis. » Après ce rappel, le maître demande aux élèves d’identifier les marques de l’énonciation dans le texte.
Ce qui, noté dans leur classeur, devient : « Dans cette lettre, un « je » s’adresse à un « tu ». La date n’est pas précisée, mais les adverbes « aujourd’hui » et « maintenant » renvoient au moment de l’énonciation. On parle alors de « déictiques ». On peut donc conclure que, formellement, cette lettre se caractérise par la fréquence des déictiques et par la relation étroite avec la situation d’énonciation. »
Ce qui, on l’admettra, est un constat d’une grande richesse…
A ce moment, une élève interroge : « Mais le message, Monsieur, comment le comprendre ? »
Le professeur.- Que veux-tu dire ?
L’élève.- Pourquoi Lullaby écrit-elle à son père ?
Alors, les observations du début d’heure refont surface. De toute évidence, si la petite fille écrit à son père, c’est parce qu’il est absent. Mais certains élèves vont plus loin : derrière ses propos anodins, c’est un message d’amour qu’elle lui adresse. Peut-être sa lettre recèle-t-elle une part non avouée de souffrance ?
Doucement, le professeur explique à ses élèves qu’ils font fausse route. Avant de se poser de telles questions, il importe de revenir à l’essentiel : la présence du destinateur et du destinataire dans la lettre ! Et d’ajouter, magistral : « Le « je » affirme nettement sa présence (vingt formes pronominales ou adjectivales de la première personne). Il affirme également la présence de son destinataire (douze formes pronominales de la deuxième personne). Ainsi, une forte relation « je/tu » s’établit dans ce texte. » A ce stade de la séance, les élèves ne s’intéressent plus aux sentiments de l’héroïne, dont ils ont compris qu’ils ne parleraient pas. S’intéressent-ils encore au cours ? Leur attitude laisse croire le contraire. Qu’importe cependant, puisque le maître peut conclure : « La lettre de Lullaby est un énoncé ancré dans la situation d’énonciation : il se caractérise par la présence des marques de l’énonciation dans le texte lui-même. »
La première heure achevée, le cours se poursuivra, qui portera sur le récit lui-même. De quoi s’agira-t-il ? De montrer que cette fois, l’énoncé est coupé de la situation d’énonciation. Alors viendra le temps de la conclusion générale, proche de celle-ci : « Nous avons étudié ces deux systèmes d’énonciation séparément, mais dans la réalité des textes, ils se combinent. Dans l’extrait étudié, le récit vient fournir le référent du « je », le « tu », et le déictique « Papa »trouvant leur référent dans l’adresse indiquée par Lullaby sur l’enveloppe. Les déictiques temporels, de la même façon, se chargent d’information dans le récit : « aujourd’hui », un jour, « vers le milieu du mois d’octobre », « ce matin, quand je me suis réveillée » 7 heures 10 puisqu’à « 8 heures 10 » (récit), Lullaby est réveillée « depuis une heure » (discours) ; « là » une ville au bord de la mer (un port ?) sur laquelle le récit ne donnera pas d’autre information. C’est donc progressivement tout le contexte de l’énonciation épistolaire qui se constitue ainsi, dans un dialogue discours/récit. »
Chronique d’un cours ordinaire, reconstitué à partir de L’Enseignement du français au collège…Où l’on découvre que les Sorbonagres de Rabelais ont une postérité inattendue.
De nos jours, l’enseignement du français est devenu le lieu de considérations creuses, dont les victimes sont au nombre de deux : les élèves d’une part, les textes d’autre part. Aux premiers, l’accès au sens est refusé, quand les seconds se voient réduits à une approche formaliste.
Paul-Marie Conti « L’enseignement du français aujourd’hui, enquête sur une discipline malmenée. »
Professeur agrégé de lettres classiques .

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