je cherche le texte la tête de la gorgone

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je cherche le texte la tête de la gorgone

Message par Elly le Mer 9 Déc - 18:36

l'année dernière je l'avais étudié et j'avais bien aimé mais je ne l'ai plus !!! (j'avais un recueil où ce conte s'y trouvait mais je l'ai rendu au CDI de mon collège de l'année passée).

Elly
Niveau 9


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Re: je cherche le texte la tête de la gorgone

Message par A Tuin le Ven 17 Sep - 21:57

I la tête de la gorgone
Il était une fois une princesse nommée Danaé. De méchantes gens l’enfermèrent dans une boîte, avec son fils Persée qui était encore tout enfant. La boîte fut poussée dans la mer, et vent et vagues l’eurent bientôt emportée au large. Danaé et Persée, ainsi ballottés dans le noir, et sans vivres, crurent qu’ils allaient mourir. Mais vers la fin du jour, la boîte parvint tout près de l’île de Sériphos et se prit dans les filets d’un pêcheur qui délivra les malheureux.
Ce pêcheur était fort bon. Il recueillit les naufragés et leur donna asile pendant plus de dix ans. Persée devint un beau jeune homme plein de force et de courage et aussi habile à manier les armes qu’à lancer les filets. Car sa belle prestance l’avait fait remarquer par le roi Polydecte, qui lui fit enseigner au palais l’art de l’épée.
Mais ce Polydecte était d’un naturel chagrin et méfiant. Dès qu’il vit Persée se distinguer d’une manière extraordinaire et surpasser tous ses compagnons, il craignit que ce jeune homme si doué ne se mît en tête de le détrôner et il résolut de le perdre. Il le fit donc appeler et lui dit:
— Persée, te voilà devenu un garçon accompli, et, à ce qu’on dit, le plus fort de tout mon royaume. Il serait dommage de laisser chômer ton épée. En outre, je me permettrai de te rappeler que toi et ta mère avez quelques obligations envers les habitants de cette île et leur roi. Eh bien! je te demanderai aujourd’hui de me rendre un petit service.
— Votre Majesté n’a qu’à commander, répondit Persée. Je serai trop heureux de risquer ma vie pour elle.
— Tu sais, reprit le roi, que je suis fiancé à la princesse Hippodamie. Je désire lui offrir un cadeau rare. Et, après avoir longtemps cherché, j’ai enfin trouvé un objet digne d’elle et de moi.
— Puis-je avoir l’honneur d’aider Votre Majesté à se procurer cet objet? demanda vivement Persée.
— Précisément, dit Polydecte. Il s’agit de la tête de la Gorgone Méduse, avec sa chevelure de serpents.
Persée comprit que le roi voulait l’envoyer à la mort. Mais il répondit sans hésitation en le regardant dans les yeux:
— Je partirai demain matin.
Et, saluant le roi, il quitta le palais.
Il faut dire qu’il existait alors dans une autre île de la Grèce trois épouvantables monstres. C’étaient trois sœurs, sans doute échappées des Enfers, car si elles avaient des visages de femme, leurs corps étaient d’un dragon. Par-dessus le marché, au lieu de cheveux, elles avaient sur la tête des centaines de serpents qui se tordaient en tous sens. Couvertes d’écailles, armées d’immenses dents, de langues fourchues et de griffes d’airain, elles étaient d’autant plus redoutables que, lorsqu’elles déployaient leurs ailes d’or, on en restait ébloui.
Mais ce n’était pas là ce qui, jusqu’alors, les avait rendues invincibles. Elles avaient une arme plus terrible encore. Nul n’ignorait en effet qu’il suffisait de les regarder, fût-ce une seconde, pour être pétrifié; oui, littéralement changé en une statue de pierre, par l’horreur et l’effroi sans doute.
Voilà donc les monstres que Persée s’était engagé à combattre. Et il ne faut pas s’étonner s’il était à présent un peu songeur. Il avait eu la charité de ne point dire à sa mère ce qu’il allait entreprendre. Après s’être armé de son glaive et de son bouclier, il avait traversé à gué le détroit qui séparait l’île de la terre ferme, et là, assis sur la grève, il méditait tristement.
— Persée, pourquoi es-tu si soucieux? dit une voix.
Fort surpris, car il se croyait seul en ce lieu écarté, il leva la tête et vit devant lui un étranger au regard vif et rusé qui avait un manteau flottant, un drôle de chapeau orné de deux petites ailes et, à la main, un singulier bâton contourné 2. Rien de plus souple ni de plus dégagé que son allure. Rien de plus gai ni de plus engageant que sa physionomie, malgré la pointe de malice qui brillait dans ses yeux.
Persée se sentit tout de suite en sympathie avec l’étranger et répondit:
— Je rêve à une aventure que je veux tenter et qui n’est pas des plus faciles.
— Voyons cela, dit l’étranger. Il m’est arrivé de tirer d’embarras pas mal de jeunes gens qui s’étaient empêtrés dans des situations fort critiques. On me donne beaucoup de noms, mais celui que j’aime le mieux est Hermès. Allons, explique tes difficultés à ton ami Hermès.
Persée lui exposa la requête du roi et ne lui cacha pas sa perplexité:
— Comment combattre? conclut-il. Ou bien je ferme les yeux et je ne sais où frapper; ou bien je les ouvre et je suis à l’instant changé en pierre.
— Tu ferais, il est vrai, une belle statue de marbre, répondit Hermès en souriant, et ce serait là une façon commode de passer à la postérité. Mais il me semble qu’il vaut mieux être un jeune homme bien vivant pendant quelques années qu’un bloc de marbre inanimé qui résiste aux siècles.
— C’est tout à fait mon avis, s’écria Persée, et sans doute aussi celui de ma mère. Mais encore une fois, comment combattre les yeux fermés?
— Je crois pouvoir t’être utile, répondit Hermès. Ma sœur aussi te viendra en aide. Si tu es aussi prudent que courageux et si tu suis ponctuellement nos conseils, je ne doute pas de ta victoire. Mais… commence par rendre ton bouclier assez poli et assez brillant pour que l’on s’y voie comme dans un miroir.
Persée ne fut pas peu surpris de cette recommandation, mais quelque chose lui disait qu’Hermès en savait beaucoup plus long que lui, et il se mit à fourbir son bouclier sans élever la moindre objection.
— Parfait, dit Hermès quand le bouclier fut aussi resplendissant que la pleine lune. Et, détachant de son côté un petit glaive recourbé, il en ceignit Persée en lui disant: Laisse là ton glaive incommode. Cette courte lame coupe le fer et le bronze aussi aisément qu’un rameau. Bien. Et maintenant, en route! Il nous faut d’abord aller voir les trois vieilles femmes à cheveux gris qui savent où se trouvent les Nymphes.
— Les trois vieilles femmes à cheveux gris? Qui sont-elles, je vous prie?
— De fort étranges vieilles dames, répondit Hermès en riant. Figure-toi qu’elles n’ont qu’un œil et qu’une dent pour elles trois. Mais elles ne se montrent jamais qu’au crépuscule ou à la nuit tombée, et encore faut-il qu’il n’y ait pas clair de lune.
Persée trouva cela bien bizarre et se demanda pourquoi il importait de trouver trois vieilles femmes plutôt que de se mettre tout de suite en quête des Gorgones. Mais il ne souffla mot et suivit son guide.
Il s’aperçut que ce n’était pas chose facile, car Hermès fendait l’air comme s’il volait. À vrai dire, il volait bel et bien, car on voyait s’agiter les ailes de son chapeau et aussi deux autres petites ailes que Persée n’avait pas remarquées tout d’abord, et qui ornaient ses sandales.
— Tiens, lui dit enfin Hermès en lui tendant son étrange bâton contourné. Avec ceci, tu marcheras sans fatigue.
Et, en effet, le bâton semblait animé d’une vie singulière: dès que Persée l’eut en main, il en fut comme entraîné et se mit à courir ou à voler sans effort au côté de son compagnon.
Celui-ci l’émerveilla par le récit de mille aventures dont il s’était tiré le mieux du monde grâce à son esprit inventif, et Persée commença à le regarder comme un personnage tout à fait extraordinaire. Puis, se rappelant qu’Hermès avait fait mention d’une sœur, il l’interrogea à son sujet.
— C’est une personne grave et prudente qui ne sourit jamais, lui répondit le guide ailé, et qui n’ouvre la bouche que pour dire des paroles profondes. Comme tu le vois, son caractère est bien différent du mien. Elle connaît tous les arts et toutes les sciences et bien des gens l’appellent Athéna. Mais voici l’heure et le lieu où nous pouvons rencontrer les trois femmes aux cheveux gris. Prends garde qu’elles ne t’aperçoivent avec cet œil unique qu’elles se passent tour à tour.
Ils étaient parvenus dans un endroit sauvage et broussailleux, d’un aspect fort désolé, du moins autant que Persée pouvait en juger, car il faisait déjà presque nuit.
— Les voici! dit Hermès à voix basse. Cache-toi là.
Persée regarda de tous ses yeux dans l’ombre et finit par distinguer trois vieilles femmes qui s’avançaient en boitillant vers le buisson où ils s’étaient blottis. Oui, trois vieilles femmes avec de longs cheveux gris. Et quand elles furent plus proches, il vit que deux d’entre elles avaient au milieu du front un trou vide, mais la troisième un œil grand ouvert qui étincelait comme un diamant. Cet œil tournait de droite et de gauche et semblait percer l’épaisseur des taillis.
Bientôt nos deux compagnons entendirent la voix des vieilles:
— Sœur Infernale, disait l’une d’elles, il y a fort longtemps que vous avez l’œil. Passez-le-moi, s’il vous plaît.
— Encore un petit moment, Satanite, répondit Infernale. J’ai cru voir remuer derrière un buisson.
— Et quand cela serait? reprit la première. Ne suis-je pas capable, aussi bien que vous, de reconnaître un danger? Donnez-moi l’œil, vous dis-je.
— Non pas! C’est à mon tour de voir, s’écria la troisième, et vous le savez aussi bien que moi.
La discussion s’envenima. Pour terminer la querelle, Satanite retira l’œil de son front et le présenta à ses sœurs.
— Allons, dit-elle, prenez-le. Après tout, je ne suis pas fâchée de me reposer un peu la vue dans le noir.
Et comme ses deux sœurs tâtonnaient en vain, elle reprit:
— Que vous êtes donc maladroites! Peu importe que ce soit vous qui ayez l’œil, Satanite, ou vous, Branlante, mais ne restons pas toutes trois aveugles! C’est on ne peut plus imprudent.
Ici, Hermès chuchota quelque chose à l’oreille de Persée. Aussitôt celui-ci bondit, prit l’œil dans la main d’Infernale et dit:
— Mesdames, ne cherchez pas plus longtemps: c’est moi qui ai l’honneur de tenir votre superbe œil.
— Notre œil! Notre œil! Notre œil! hurlèrent les trois sœurs. Qui donc êtes-vous? Rendez-nous notre œil!
Elles semblaient horrifiées, et c’était bien naturel, de savoir leur unique œil aux mains d’un inconnu.
— Mesdames, répondit Persée en suivant les conseils qu’Hermès lui avait donnés derrière le buisson, ne vous alarmez pas. Je ne suis point un méchant homme et je vous rendrai votre œil intact si vous m’apprenez où demeurent les Nymphes.
— Les Nymphes, grands dieux! dit Satanite. Nous ne sommes que trois pauvres vieilles femmes. Que saurions-nous des Nymphes?
— Les unes habitent dans les bois, les autres dans les rivières, voilà tout ce que je puis vous dire, et encore je ne fais que répéter ce qu’on m’a conté, dit Infernale.
— Jamais nous ne les avons rencontrées, dit Branlante. Je ne suis même pas sûre qu’il y en ait dans le pays.
Ce disant, elles sautaient de tous côtés en étendant les bras pour essayer de se saisir de Persée; mais celui-ci prenait bien garde de rester hors de leur atteinte.
— Mes respectables dames, dit-il, répétant ce qu’Hermès lui soufflait, c’est dommage pour vous que vous ne vouliez pas me donner des indications plus précises, car je garderai votre œil tant que vous ne m’aurez pas appris où je peux trouver les Nymphes. J’entends: les Nymphes qui ont les sandales volantes, la besace magique et le casque qui rend invisible.
— Miséricorde! Mais que voulez-vous dire? s’écrièrent les trois vieilles. Qui a jamais ouï parler de sandales volantes? Qu’est-ce que cette invention d’une besace enchantée? Et comment un casque pourrait-il vous rendre invisible, à moins qu’il ne soit assez grand pour vous cacher tout entier?
Elles feignaient si bien l’étonnement que Persée fut sur le point de les croire et de leur rendre leur œil en s’excusant de son impertinence, mais Hermès lui chuchota:
— Ne sois pas dupe. Insiste, sans quoi tu ne pourras jamais trancher la tête de Méduse.
Persée resta donc inflexible. Et bien lui en prit, car les trois vieilles, voyant que le seul moyen de recouvrer leur œil était de révéler la retraite des Nymphes, finirent par lui donner à cet égard les explications les plus détaillées. Sur quoi, l’œil leur fut rendu, avec des excuses, et nos deux compagnons se remirent en route.
Du train où ils allaient, il ne leur fallut pas longtemps pour atteindre la clairière retirée où habitaient les Nymphes. Comme elles étaient différentes des trois vieilles! Aussi jeunes que belles, aussi fraîches que rieuses, elles accueillirent de très bonne grâce Hermès et son protégé. Sans faire aucune difficulté, elles apportèrent les objets précieux dont elles avaient la garde. D’abord un petit sac de daim orné de broderies bizarres et qui n’était autre que la besace magique; puis une paire de sandales ailées pareilles à celles d’Hermès.
— Mets-les, dit celui-ci à Persée. Tu vas voir comme tu te sentiras léger.
Persée chaussa l’une des sandales; mais pendant ce temps-là, voilà l’autre qui s’envole comme un oiseau! Heureusement Hermès, plus prompt que l’éclair, la rattrapa d’un bond et la rendit à Persée qui la noua à son pied en s’excusant de son étourderie. Les Nymphes riaient gentiment.
Dès qu’il eut chaussé les deux sandales, il se sentit presque trop léger pour marcher sur la terre. Au premier pas, il s’élança malgré lui dans les airs et il eut toutes les peines du monde à redescendre, car il n’avait pas l’habitude de manœuvrer avec des ailes. Mais après quelques essais, il se montra plus adroit.
— Très bien! dit Hermès. Le casque à présent.
Aussitôt les Nymphes apportèrent un casque brillant surmonté d’un panache de plumes noires et en coiffèrent le jeune homme. Mais à l’instant même, plus de Persée, plus de casque, plus rien! Il était devenu invisible.
— Persée! Où es-tu! demanda Hermès.
— Mais ici, devant vous, répondit une voix toute proche. Ne me voyez-vous pas?
— C’est-à-dire que nous ne te soupçonnons pas, répondit Hermès. Et les Gorgones ne te soupçonneront pas davantage. Tu es prêt à les affronter.
Il prit congé des Nymphes en les remerciant chaleureusement. Sur quoi son chapeau ouvrit ses ailes et l’enleva légèrement dans l’espace. Persée, toujours invisible, le suivit et ils se mirent à voler délicieusement, ainsi que deux oiseaux, sous le disque d’argent de la lune.
Comme la terre baignée de clarté était belle avec ses mers et ses îles, ses plaines cultivées coupées de fleuves, ses noires forêts et ses villes de marbre blanc! Parfois ils s’enfonçaient dans la ouate humide d’un nuage et ne voyaient plus rien, mais bientôt ils débouchaient à nouveau dans le ciel pur d’été où éclataient des météores.
Il sembla soudain à Persée qu’on volait à sa droite bien qu’il ne vît rien, là, que la nuit.
— N’y a-t-il pas quelqu’un près de moi? demanda-t-il à Hermès. J’entends comme un frôlement d’étoffe dans la brise.
— C’est ma sœur, répondit Hermès. Elle nous accompagne pour nous aider. Tu ne peux savoir combien elle est sage et pénétrante: elle te voit aussi clairement que si tu n’avais pas le casque d’invisibilité, tu peux en être sûr.
Ils planaient alors au-dessus d’une mer immense dont les vagues bouillonnaient contre les rocs des falaises ou venaient se briser, avec un rouleau d’écume, sur une longue grève de sable blanc. Et une voix mélodieuse, une voix de femme pleine de gravité et de douceur, retentit dans les airs non loin de Persée.
— Persée, dit la voix mystérieuse, voilà les Gorgones.
— Où donc? s’écria-t-il. Je ne les vois pas.
— Sur le rivage de cette île. Si un caillou s’échappait de ta main, il tomberait parmi elles.
— Je savais bien que ma sœur serait la première à nous avertir! s’écria Hermès.
Et il piqua vers la grève.
Les trois Gorgones étaient couchées sur le sable, leurs ailes d’or nonchalamment étalées. Bercées par le grondement des vagues, elles dormaient d’un profond sommeil. Même les serpents qui couronnaient leur tête semblaient engourdis, bien que l’un ou l’autre d’entre eux déroulât de temps en temps ses anneaux.
La lune tombait sur les grands corps aux écailles métalliques, et l’on distinguait jusqu’aux griffes de bronze agrippées aux rochers. On eût dit de gigantesques scarabées grossis un million de fois sous la loupe. Heureusement elles dormaient la tête sous l’aile, car si seulement Persée avait aperçu leur visage, il serait tombé du ciel comme une masse, changé en bloc de pierre.
— Laquelle faut-il frapper? demanda-t-il en tirant son glaive tout en volant. Laquelle des trois est Méduse?
— De la prudence! dit la voix mélodieuse. Méduse est celle qui s’agite dans son sommeil. Ne la regarde pas, elle va se retourner. Ou plutôt ne regarde que son reflet dans ton bouclier poli.
Persée comprit alors pourquoi Hermès lui avait recommandé de fourbir son bouclier. Il y voyait nettement Méduse qui, troublée sans doute d’un mauvais rêve, s’agitait convulsivement en labourant le sable de ses griffes. Elle avait découvert son immense visage de femme empreint d’une sorte de beauté sauvage, les yeux clos parmi les serpents.
— Vite! Vite! murmura Hermès à Persée. Fonds sur le monstre!
— Mais reste calme, dit la voix mélodieuse à l’oreille du héros. Ne quitte pas ton bouclier des yeux quand tu prendras ton élan pour frapper.
Persée descend avec précaution sans cesser de fixer l’image dans l’acier poli. À mesure qu’il s’approche de cette face hérissée de serpents, son horreur et son dégoût augmentent. Il lève enfin le bras… les serpents se redressent… les paupières de Méduse s’agitent… mais le glaive retombe et la tête de la Gorgone roule sur le sable.
— Bravo! crie Hermès. Et maintenant, la tête dans la besace!
À la grande surprise du vainqueur, la petite besace magique qu’il portait au cou s’élargit le plus naturellement du monde quand il en approcha le trophée sanglant. Tête et serpents, tout disparut dans le sac.
— Tu as accompli ta mission, dit la voix mélodieuse. À présent, envole-toi sans perdre un instant.
Persée s’élança dans les airs. Bientôt il entendit au-dessous de lui des rugissements effroyables: les deux autres Gorgones s’étaient éveillées et poussaient sur le cadavre de leur sœur des cris de lamentation et de colère.
Elles déployèrent leurs ailes d’or et se mirent à voler de tous côtés pour chercher le meurtrier. Mais en vain: Persée leur était invisible. Ah! s’il les avait regardées, c’en eût été fait de lui, mais la voix mélodieuse lui conseilla à temps:
— Surtout, ne tourne pas la tête!
Quelques instants plus tard, il était hors d’atteinte dans les hauteurs du ciel, où les hurlements des Gorgones lui parvenaient encore, affaiblis.
Le voyage de retour ne fut pas sans aventures. Car Persée, qui s’amusait parfois à voler à faible hauteur, voyait se passer à terre toutes sortes de choses qui le décidaient de temps en temps à intervenir. C’est ainsi qu’il pourfendit un monstre marin au moment où celui-ci allait dévorer une belle jeune fille enchaînée à une falaise . Il changea encore un énorme géant en une montagne de pierre en lui présentant la tête de la Gorgone qu’il avait tirée de son sac; et, bien qu’on ne m’ait pas dit le nom de ce géant, je ne serais pas étonné que ce fût Atlas .
Toutefois, ces exploits se déroulèrent très rapidement, et en trois jours il eut regagné l’île de Sériphos. Sa première visite fut pour sa mère, mais elle n’était pas chez elle, et il se rendit tout droit au palais.
Le roi Polydecte fut bien étonné de le voir, car il le croyait dévoré par les Gorgones. Cachant son désappointement, il lui dit:
— Tu es déjà de retour? J’espère que tu as accompli ta mission, sans quoi ce n’est pas la peine de reparaître devant moi.
— Oui, Sire, répondit calmement Persée, je vous rapporte la tête de la Gorgone.
— Vraiment, Persée? Montre-la-moi, je te prie, dit le roi. Ce doit être un objet bien curieux.
— Je n’oserais, Sire. C’est un spectacle trop hideux pour Votre Majesté.
— Tu te joues de moi! dit le roi avec colère. La poltronnerie t’a empêché d’obéir à mon ordre. Ne crois pas te tirer d’affaire en présentant un sac fermé dans lequel tu auras glissé quelque tête d’âne.
Ici les conseillers du roi, qui étaient aussi de fort méchants hommes, se rapprochèrent de lui et lui parlèrent à voix basse.
— Vous avez raison! s’écria-t-il. S’il s’est moqué de moi, il mérite la mort. Et s’adressant à Persée: Montre-nous la tête de Méduse, ou demain, à l’aube, tu seras tiré à quatre chevaux .
— Puisque vous le voulez, qu’il en soit ainsi! dit Persée.
Et, tirant la tête du sac, il la présenta au roi et aux conseillers qui furent à l’instant changés en pierre.
Est-il besoin de vous dire qui monta sur le trône?

Nathaniel Hawthorne

A Tuin
Sage


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