Nos dernières lectures (tome 4)
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Re: Nos dernières lectures (tome 4)
*angie* a écrit:Hermione0908 a écrit:J'ai lu pendant les vacances L'Ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafon. c'est pas une nouveauté, j'en avais entendu parler un certain nombre de fois, et je n'ai pas été déçue du voyage ! J'ai A-DO-RE ! C'est bien, simple, je n'ai pas pu le lâcher, je l'ai dévoré. l'ambiance est particulièrement prenante et les personnages sont attachants, on vit et on aime et on souffre avec eux. Je ne suis pas très douée pour parler de mes lectures, car je fonctionne beaucoup à l'affect, mais pour celles et ceux qui ne l'auraient pas encore lu, je ne saurais que trop vous le conseiller (D'ailleurs, je le conseille à tout le monde en ce moment)
Mon roman coup de coeur 2005.
Je devais préparer les cartons de mon déménagement et je ne pouvais me défaire du livre tant je le trouvais passionnant. J'avais tellement hâte de le terminer.
Il m'est arrivé une année d'inventer un sujet de rédac sur la Bibliothèque des Livres oubliés.
Le Jeu de l'Ange est également passionnant et tu y retrouveras la même atmosphère.
J'ai vraiment adoré
Quelle imagination et quel univers ! Une fois entamé je n'ai pas quitté ce livre...Heureusement que c'était les vacances
nateka- Doyen
Re: Nos dernières lectures (tome 4)
Fini depuis plusieurs jours le Houellebecq: intellectellement interessant, mais d'un point de vue romanesque, j'ai pas accroché: je trouvais que dans d'autres les deux aspects étaieny mieux articulés...là je me replonge dans Alison Lurie que j'adore

thrasybule- Esprit sacré
Re: Nos dernières lectures (tome 4)
*angie* a écrit:Hermione0908 a écrit:J'ai lu pendant les vacances L'Ombre du vent, de Carlos Ruiz Zafon. c'est pas une nouveauté, j'en avais entendu parler un certain nombre de fois, et je n'ai pas été déçue du voyage ! J'ai A-DO-RE ! C'est bien, simple, je n'ai pas pu le lâcher, je l'ai dévoré. l'ambiance est particulièrement prenante et les personnages sont attachants, on vit et on aime et on souffre avec eux. Je ne suis pas très douée pour parler de mes lectures, car je fonctionne beaucoup à l'affect, mais pour celles et ceux qui ne l'auraient pas encore lu, je ne saurais que trop vous le conseiller (D'ailleurs, je le conseille à tout le monde en ce moment)
Mon roman coup de coeur 2005.
Je devais préparer les cartons de mon déménagement et je ne pouvais me défaire du livre tant je le trouvais passionnant. J'avais tellement hâte de le terminer.
Il m'est arrivé une année d'inventer un sujet de rédac sur la Bibliothèque des Livres oubliés.
Le Jeu de l'Ange est également passionnant et tu y retrouveras la même atmosphère.
El Juego del Angel: je veux le lire mais j'espère que je mettrai moins de temps pour le lire en espganol que la sombra del viento

thrasybule- Esprit sacré
Re: Nos dernières lectures (tome 4)
Quand j'aurai le temps le dernier Virginie Despentes Apocalypse Bébé que je suis de près depuis King Kong Théorie !

nateka- Doyen
Re: Nos dernières lectures (tome 4)
Je suis en train de lire un Van Gulik sur la Chine ancienne, Assassins et poètes. Je n'ai pas réussi à trouver dans quel ordre il fallait les lire : la liste donnée en exergue n'est pas chronologique. Peut-être les n°s des volumes dans la collection ?

Passerose- Expert
Re: Nos dernières lectures (tome 4)
je suis, après le gai savoir, dans un roman de jennifer Conelly, "l'ange de whitechapel", un truc assez fleur bleue et romanesque mais qui se lit bien et avec plaisir, c'est l'histoire d'India Selwyn Jones, une jeune aristocrate ayant quitté sa famille en 1900 pour être médecin dans le quartier pauvre de Whiptechapel, où Jack L'éventreur officiait une douzaine d'années auparavant. Elle fait face à la misère mais surtout rencontre Sid malone, un chef de gang...

Reine Margot- Oracle
Re: Nos dernières lectures (tome 4)

Professeur dans une université du Connecticut, Jack Griffin est invité au cap Cod avec sa femme Joy, le temps d’un mariage. C’est l’occasion rêvée d’une escapade en amoureux. Mais le week-end, qui s’annonçait enchanteur, se révèle dévastateur. Il sonne le glas du couple, réveille les espoirs déçus, les conflits jamais résolus.
Joy regagne le Connecticut, tandis que Jack part pour Los Angeles. Un an plus tard, le mariage de leur propre fille scelle leurs retrouvailles. Elles sont d’autant plus mouvementées que, cette fois, Jack transporte non seulement les cendres de son père qu’il trimballait depuis un an et demi dans le coffre de sa voiture mais aussi celles de sa mère, décédée six mois plus tôt, et dont l’esprit sarcastique ne le lâche pas une seconde.
Dans Les Sortilèges du cap Cod, Richard Russo déploie subtilement ses thèmes de prédilection, tels que la famille, la transmission ou encore le couple et ses compromis, avec un humour grinçant qui sait faire place à l’émotion pure.
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Mon blog de lectures


Leil- Modérateur
Re: Nos dernières lectures (tome 4)
Relu (et fini cette nuit
) Tendre est la nuit de F.S Fitzgerald.
Lu une première fois à 15 ans, je n'y avais pas compris grand chose.
A 29 ans, la trajectoire du couple me touche plus.
Dans 10 ou 15 ans peut-être le comprendrai-je encore mieux...
Lu une première fois à 15 ans, je n'y avais pas compris grand chose.
A 29 ans, la trajectoire du couple me touche plus.
Dans 10 ou 15 ans peut-être le comprendrai-je encore mieux...

Frisouille- Empereur
Re: Nos dernières lectures (tome 4)
ça se lit, mais j'ai été globalement déçue, j'ai trouvé ça un peu plat...
Adri- Modérateur
Re: Nos dernières lectures (tome 4)
Trouvé sur Bonnetdane cette apologie de Bélard et Loïse, de Jean Guerreschi - un livre fort bien écrit et même fascinant, pour des enseignants...
Note de lecture Jean Guerreschi
Dans le fatras de la rentrée, il est un roman dont on parle peu (j’ai dû lire une bonne critique, dans le Nouvel Obs ou dans Marianne — c’est à peu près tout), sinon pour en dire qu’il narre une histoire scandaleuse, et que l’on peine à trouver chez les libraires. Jean Guerreschi, dans Bélard et Loïse, raconte les amours violentes d’un vieux prof de fac et d’une jeune étudiante. Quasi vieillard, vraiment jeunette. Le genre de situation présumée scabreuse dont on sait pertinemment qu’elles arrivent tous les jours, mais dont il est paraît-il décent de ne rien dire, sinon en faisant les gros yeux — et le héros se fait d’ailleurs admonester sévèrement par son président d’université. Quoi ! Humbert Humbert et Lolita, le retour ?! Mais peu lui chaut : l’amour est aveugle et sourd.
Quant à savoir pourquoi un tel récit, qui aurait paru à l’étiage, si je puis dire, durant les swinging seventies, est aujourd’hui inconcevable, c’est une autre histoire. En pleine épidémie de jeunisme, quand la télévision confronte à fil d’antenne des imbéciles immatures, immaculés et bronzés, dans de quelconques îles de la tentation, le corps à corps heureux d’un épiderme qui a beaucoup vécu et d’une peau de pêche a sans doute quelque chose de scandaleux pour les hypocrites qui sévissent dans les étranges lucarnes. Et, subséquemment, sur la morale publique. Tout juste de quoi alimenter une émission de Jean-Luc Delarue, quand il sera revenu du purgatoire auquel la même hypocrisie le condamne aujourd’hui. Parce qu’enfin, si l’on suspendait d’antenne — ou de politique, ou… — tous les camés plus ou moins notoires, on en reviendrait à l’âge de pierre — quand on se contentait de lire au coin du feu.
Lire donc, par exemple, Bélard et Loïse…
Mauvais titre. Bien sûr, Héloïse et Abélard. Mais le bandeau rouge apposé par Gallimard dit bien mieux les choses : « Eloge de la foudre » ! C’est cela, le vrai titre.
Du coup, que l’un ait un peu plus de soixante ans, et l’autre pas tout à fait vingt devient très secondaire : Eros est aveugle et tire au petit bonheur, au petit malheur. D’autant que Bélard n’est peut-être pas, dans les faits, si âgé que cela : « Son charme était celui de l’enfant, étonné toujours d’être aimé pour ce qu’il sait bien qu’il n’est pas, et malgré les méchancetés qu’il se connaît. » Allez savoir pourquoi une telle phrase me parle.
Sombre histoire, d’ailleurs, que cette liaison tout à fait fatale — c’est le seul reproche réel que je ferais à l’auteur : il leur concocte une fin d’apocalypse, victime, pour l’une, des circonstances du 11 septembre 2001, pour l’autre d’une intempérie magistrale. On s’en fiche : quand ils disparaissent, cela faisait beau temps qu’ils étaient passés dans le mythe originel de leurs patronymes tronqués — légende oblige. Dans la vie réelle, on meurt moins facilement que dans les romans. On dure. On perdure. Heureusement. Malheureusement.
Encore un livre ostensiblement tissé de livres — et de textes. Très finement, Guerreschi combine à peu près tous les types d’écrits — récit omniscient, journal, mails, textos, messages codés et décodés, répertoire complet des modes d’écrire et de déchiffrer — fine suggestion de lire l’histoire autrement qu’elle ne se présente, autrement que la relation croustillante d’un pygmalionisme un peu plus poussé que d’habitude — ce à quoi se sont arrêtés les critiques. D’autant qu’il n’y a rien de Pygmalion dans Bélard, grand universitaire cloué par la flèche du dieu — et rien de Galatée dans Loïse, belle et grande enfant, heureuse en ménage, soudain rivée à cet être un peu bedonnant, qu’elle rêve de déplier, comme elle se rêve défaite, écartelée. Pour ne pas parler de Pièra, l’autre des deux autres, si je puis dire, plus jolie peut-être, plus chargée de ces seins dont, dans un livre précédent, Guerreschi s’était fait le chantre (1), plus intelligente sûrement — aimée aussi, mais différemment : aimer intelligemment est peut-être un oxymore, même si c’est parfois une réalité.
« Le bruit courait toutefois que certains, certaines — il courait plus souvent à propos de certains que de certaines —, n’hésitaient pas à puiser chaque année dans ce cheptel de poulains et de pouliches à l’âge maintenu constamment vert du fait du renouvellement par le bas et de la fuite des plus âgés par le haut. Les séminaires bruissaient des colportages de la vie tribale endogamique réelle ou supposée des maîtres de conférences et des professeurs. »
Le plus étrange, c’est qu’un tel roman fasse aujourd’hui scandale — au point qu’une œuvre constamment maîtrisée, souvent admirablement écrite, soit boycottée par des journalistes plus pressés de rendre compte des pauvretés nothombiennes ou houelbecquiennes. « Elle se donnait pourtant. Mais c’était à défaut de s’immoler. Hommes la prenaient. Mais nul, la prenant, n’avait su encore la retourner comme peau de lapin ni, une fois écorchée vive, la fendre de la base au sommet, et qu’elle se vît ouverte dans l’ahurissement de ses yeux. » Il y a souvent du Cohen chez Guerreschi — les mots du sexe en plus. On est très précis dans ce livre — autre difficulté pour la critique : doit-on la ranger dans la catégorie « érotique », dans le roman de mœurs, ou dans le témoignage indirect auquel il faudrait chercher des clefs ? Auquel cas nous serions dans le même embarras qu’en 1782, quand a paru le roman de Laclos, tant les modèles abondent. Dans l’université, il s’en passe peut-être moins que ce que l’on raconte, mais sans doute davantage que ce que l’on en dit.
Et alors ? David Lodge a bâti sa fortune littéraire sur les histoires de fesses d’universitaires quinquagénaires encombrés d’étudiantes et de collègues complaisantes. Sans doute est-il normal d’être séduit par des gens que l’on admire — ou séduit par des intelligences encore jeunes, pas encore matoises. Après, bien sûr, peut survenir le corps à corps, sans que pour autant s’abolisse la politesse, ni la distance. « Même après qu’ils se furent touchés, léchés, compénétrés, le vouvoiement était encore là, entre eux, à des moments inattendus. Alors que plus rien ou presque de leur intimité corporelle ne demeurait caché ni interdit aux fantaisies invasives de l’autre, quelque chose encore résistait dans le langage. Ils en souriaient sans bien comprendre. Pourquoi cette feuille de cigarette de politesse glissée entre elle et lui ? Et, quand un « vous » leur échappait, pourquoi avec un tel bonheur ? »
Ma foi, je me souviens d’une vieille, très vieille chanson de Catherine Leforestier — la sœur de l’autre : « Les mots d’amour, quand on quitte le vous / N’ont plus rien dans la tête… » Le « tu » prétend ne plus rien cacher — le « vous » donne incessamment l’espoir qu’il reste des îles à découvrir.
Bref, un très beau livre, constamment « tenu », d’une plume parfois presque précieuse — ce qui me rend le livre délicat, et rare. Non que j’y voie un plaidoyer pour les amours pédagogiques — Guerreschi dit fort bien qu’il ne s’agit plus, très vite, d’un prof de fac et d’une étudiante, mais de deux êtres abîmés dans une passion commune, deux improbabilités qui se sont rencontrées — puis séparées au gré d’une improbabilité encore plus grande : ni morale, ni déterminisme. Les choses se passent — puis trépassent. Les livres se lisent — et durent, dans la mémoire. Celui-là, au moins.
(1) Seins, Gallimard, 2006. Voir http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=52822
Note de lecture Jean Guerreschi
Dans le fatras de la rentrée, il est un roman dont on parle peu (j’ai dû lire une bonne critique, dans le Nouvel Obs ou dans Marianne — c’est à peu près tout), sinon pour en dire qu’il narre une histoire scandaleuse, et que l’on peine à trouver chez les libraires. Jean Guerreschi, dans Bélard et Loïse, raconte les amours violentes d’un vieux prof de fac et d’une jeune étudiante. Quasi vieillard, vraiment jeunette. Le genre de situation présumée scabreuse dont on sait pertinemment qu’elles arrivent tous les jours, mais dont il est paraît-il décent de ne rien dire, sinon en faisant les gros yeux — et le héros se fait d’ailleurs admonester sévèrement par son président d’université. Quoi ! Humbert Humbert et Lolita, le retour ?! Mais peu lui chaut : l’amour est aveugle et sourd.
Quant à savoir pourquoi un tel récit, qui aurait paru à l’étiage, si je puis dire, durant les swinging seventies, est aujourd’hui inconcevable, c’est une autre histoire. En pleine épidémie de jeunisme, quand la télévision confronte à fil d’antenne des imbéciles immatures, immaculés et bronzés, dans de quelconques îles de la tentation, le corps à corps heureux d’un épiderme qui a beaucoup vécu et d’une peau de pêche a sans doute quelque chose de scandaleux pour les hypocrites qui sévissent dans les étranges lucarnes. Et, subséquemment, sur la morale publique. Tout juste de quoi alimenter une émission de Jean-Luc Delarue, quand il sera revenu du purgatoire auquel la même hypocrisie le condamne aujourd’hui. Parce qu’enfin, si l’on suspendait d’antenne — ou de politique, ou… — tous les camés plus ou moins notoires, on en reviendrait à l’âge de pierre — quand on se contentait de lire au coin du feu.
Lire donc, par exemple, Bélard et Loïse…
Mauvais titre. Bien sûr, Héloïse et Abélard. Mais le bandeau rouge apposé par Gallimard dit bien mieux les choses : « Eloge de la foudre » ! C’est cela, le vrai titre.
Du coup, que l’un ait un peu plus de soixante ans, et l’autre pas tout à fait vingt devient très secondaire : Eros est aveugle et tire au petit bonheur, au petit malheur. D’autant que Bélard n’est peut-être pas, dans les faits, si âgé que cela : « Son charme était celui de l’enfant, étonné toujours d’être aimé pour ce qu’il sait bien qu’il n’est pas, et malgré les méchancetés qu’il se connaît. » Allez savoir pourquoi une telle phrase me parle.
Sombre histoire, d’ailleurs, que cette liaison tout à fait fatale — c’est le seul reproche réel que je ferais à l’auteur : il leur concocte une fin d’apocalypse, victime, pour l’une, des circonstances du 11 septembre 2001, pour l’autre d’une intempérie magistrale. On s’en fiche : quand ils disparaissent, cela faisait beau temps qu’ils étaient passés dans le mythe originel de leurs patronymes tronqués — légende oblige. Dans la vie réelle, on meurt moins facilement que dans les romans. On dure. On perdure. Heureusement. Malheureusement.
Encore un livre ostensiblement tissé de livres — et de textes. Très finement, Guerreschi combine à peu près tous les types d’écrits — récit omniscient, journal, mails, textos, messages codés et décodés, répertoire complet des modes d’écrire et de déchiffrer — fine suggestion de lire l’histoire autrement qu’elle ne se présente, autrement que la relation croustillante d’un pygmalionisme un peu plus poussé que d’habitude — ce à quoi se sont arrêtés les critiques. D’autant qu’il n’y a rien de Pygmalion dans Bélard, grand universitaire cloué par la flèche du dieu — et rien de Galatée dans Loïse, belle et grande enfant, heureuse en ménage, soudain rivée à cet être un peu bedonnant, qu’elle rêve de déplier, comme elle se rêve défaite, écartelée. Pour ne pas parler de Pièra, l’autre des deux autres, si je puis dire, plus jolie peut-être, plus chargée de ces seins dont, dans un livre précédent, Guerreschi s’était fait le chantre (1), plus intelligente sûrement — aimée aussi, mais différemment : aimer intelligemment est peut-être un oxymore, même si c’est parfois une réalité.
« Le bruit courait toutefois que certains, certaines — il courait plus souvent à propos de certains que de certaines —, n’hésitaient pas à puiser chaque année dans ce cheptel de poulains et de pouliches à l’âge maintenu constamment vert du fait du renouvellement par le bas et de la fuite des plus âgés par le haut. Les séminaires bruissaient des colportages de la vie tribale endogamique réelle ou supposée des maîtres de conférences et des professeurs. »
Le plus étrange, c’est qu’un tel roman fasse aujourd’hui scandale — au point qu’une œuvre constamment maîtrisée, souvent admirablement écrite, soit boycottée par des journalistes plus pressés de rendre compte des pauvretés nothombiennes ou houelbecquiennes. « Elle se donnait pourtant. Mais c’était à défaut de s’immoler. Hommes la prenaient. Mais nul, la prenant, n’avait su encore la retourner comme peau de lapin ni, une fois écorchée vive, la fendre de la base au sommet, et qu’elle se vît ouverte dans l’ahurissement de ses yeux. » Il y a souvent du Cohen chez Guerreschi — les mots du sexe en plus. On est très précis dans ce livre — autre difficulté pour la critique : doit-on la ranger dans la catégorie « érotique », dans le roman de mœurs, ou dans le témoignage indirect auquel il faudrait chercher des clefs ? Auquel cas nous serions dans le même embarras qu’en 1782, quand a paru le roman de Laclos, tant les modèles abondent. Dans l’université, il s’en passe peut-être moins que ce que l’on raconte, mais sans doute davantage que ce que l’on en dit.
Et alors ? David Lodge a bâti sa fortune littéraire sur les histoires de fesses d’universitaires quinquagénaires encombrés d’étudiantes et de collègues complaisantes. Sans doute est-il normal d’être séduit par des gens que l’on admire — ou séduit par des intelligences encore jeunes, pas encore matoises. Après, bien sûr, peut survenir le corps à corps, sans que pour autant s’abolisse la politesse, ni la distance. « Même après qu’ils se furent touchés, léchés, compénétrés, le vouvoiement était encore là, entre eux, à des moments inattendus. Alors que plus rien ou presque de leur intimité corporelle ne demeurait caché ni interdit aux fantaisies invasives de l’autre, quelque chose encore résistait dans le langage. Ils en souriaient sans bien comprendre. Pourquoi cette feuille de cigarette de politesse glissée entre elle et lui ? Et, quand un « vous » leur échappait, pourquoi avec un tel bonheur ? »
Ma foi, je me souviens d’une vieille, très vieille chanson de Catherine Leforestier — la sœur de l’autre : « Les mots d’amour, quand on quitte le vous / N’ont plus rien dans la tête… » Le « tu » prétend ne plus rien cacher — le « vous » donne incessamment l’espoir qu’il reste des îles à découvrir.
Bref, un très beau livre, constamment « tenu », d’une plume parfois presque précieuse — ce qui me rend le livre délicat, et rare. Non que j’y voie un plaidoyer pour les amours pédagogiques — Guerreschi dit fort bien qu’il ne s’agit plus, très vite, d’un prof de fac et d’une étudiante, mais de deux êtres abîmés dans une passion commune, deux improbabilités qui se sont rencontrées — puis séparées au gré d’une improbabilité encore plus grande : ni morale, ni déterminisme. Les choses se passent — puis trépassent. Les livres se lisent — et durent, dans la mémoire. Celui-là, au moins.
(1) Seins, Gallimard, 2006. Voir http://www.lmda.net/din/tit_lmda.php?Id=52822

Abraxas- Grand sage
Re: Nos dernières lectures (tome 4)

En un mot : Indispensable.
Extrait :
"Ce que Galilée se propose en effet ce n'est pas de vulgariser la science, c'est-à-dire d'en abaisser le niveau et d'en compromettre la rigueur rationnelle, mais c'est de diffuser la science en donnant à ses arguments "une clarté perceptible à un grand nombre là où, jusqu'ici, leur présentation en rendait la compréhension très difficile". Clarté ne signifie pas, pour lui, manque de précision et de cohérence : ce mot signifie, au contraire, précision des concepts, détermination des rapports et, par conséquent, véritable compréhension. En d'autres termes, rigueur et obscurité n'ont pour Galilée aucune équivalence. La pensée obscure ne peut être vraiment scientifique ; le savoir rigoureux est, par sa rigueur même, tellement clair que chacun peut aisément en suivre tous les raisonnements et tours les principes les plus profonds."
(Page 96)

JPhMM- Empereur
Re: Nos dernières lectures (tome 4)
Cela fait des années que j'ai envie de le lire. Pas encore terminé, donc avis plus tard.

Monsieur, le Prince des Ténèbres, c'est Ophis, le serpent qui se mord la queue, l'anti-divinité gnostique, et l'enfer évoqué par Durrell est, comme celui de La Divine Comédie, concentrique. Six personnages y évoluent, trois par trois, reflets oniriques les uns des autres : Bruce aime sa femme Sophie, mais elle aime son frère Piers, d'un amour partagé. Et les deux hommes sont liés par un sentiment profond et ambigu. Leur tragédie se dénoue dans la région d'Avignon, mais le destin de Piers s'était noué bien avant, au cours d'un voyage en Égypte, sous l'emprise du sage Akkad et de la fascination pour la mort consentie.
Un avatar du premier triangle apparaît à Venise : Sutcliffe, le grand romancier, qui aime Pia. Mais Pia aime Trash, superbe Noire américaine. La tragédie des femmes a lieu en Extrême-Orient, celle de l'homme en Italie où, resté seul, il découvre sa veine littéraire tarie.

Monsieur, le Prince des Ténèbres, c'est Ophis, le serpent qui se mord la queue, l'anti-divinité gnostique, et l'enfer évoqué par Durrell est, comme celui de La Divine Comédie, concentrique. Six personnages y évoluent, trois par trois, reflets oniriques les uns des autres : Bruce aime sa femme Sophie, mais elle aime son frère Piers, d'un amour partagé. Et les deux hommes sont liés par un sentiment profond et ambigu. Leur tragédie se dénoue dans la région d'Avignon, mais le destin de Piers s'était noué bien avant, au cours d'un voyage en Égypte, sous l'emprise du sage Akkad et de la fascination pour la mort consentie.
Un avatar du premier triangle apparaît à Venise : Sutcliffe, le grand romancier, qui aime Pia. Mais Pia aime Trash, superbe Noire américaine. La tragédie des femmes a lieu en Extrême-Orient, celle de l'homme en Italie où, resté seul, il découvre sa veine littéraire tarie.

heather- Expert
Re: Nos dernières lectures (tome 4)
Je viens de finir La main gauche de David Lynch de Pacôme Thiellement. Des hypothèses intéressantes malgré des références un peu fouillis : il réinscrit (à juste titre) les films de Lynch dans une herméneutique spirituelle (mise en scène au début de FWWM), mais les parallèles avec la chevalerie spirituelle persane de Sorhavardi ou les textes de Guénon sont un peu forcés. Hypothèse intéressante sur une cassure entre Twin Peaks où il y a une transfiguration possible et le versant noir du reste de l'oeuvre (à partir de Lost Highway) attribué à un Lynch possédé par Bob (Thiellement s'appuie notamment sur la disparition de la nourriture des films alors que sa présence est obsessionnelle et paradisiaque dans Twin Peaks).
Et je suis bien avance dans Une étude en rouge de A. C. Doyle, sur la rencontre entre Sherlock et Watson.
Et je suis bien avance dans Une étude en rouge de A. C. Doyle, sur la rencontre entre Sherlock et Watson.

Ruthven- Doyen
Re: Nos dernières lectures (tome 4)
clochette a écrit:
Elle aime la photo, il est passionné par les mathématiques. Elle sesent exclue du monde, il refuse d'en faire partie. Chacun se reconnaîtdans la solitude de l'autre. Ils se croisent, se rapprochent puiss'éloignent, avant de se frôler à nouveau. Leurs camarades de lycéesont les premiers à voir ce qu'Alice et Mattia ne comprendront que biendes années plus tard: le lien qui les unit est indestructible.
Beau portrait de deux ado très mal dans leur peau.
Je viens de le finir et j'ai beaucoup aimé.

alinette- Erudit
Re: Nos dernières lectures (tome 4)
Lu ( entre autres) l'Ecole du Sud de Fernandez: magnifique

thrasybule- Esprit sacré
Re: Nos dernières lectures (tome 4)
J'ai lu en 2 jours L'insomnie des étoiles de Marc Dugain. J'ai beaucoup aimé même si la fin m'a un peu déçue. J'apprécie la prose de Dugain déjà et puis comme j'aime aussi les polars, je n'ai pas eu de mal à me plonger dans cet univers.
Il y a assurément chez le capitaine Louyre, protagoniste essentiel du nouveau roman de Marc Dugain, L'insomnie des étoiles, un petit quelque chose du commissaire Adamsberg, le héros récurrent des polars de Fred Vargas : même nonchalance apparente, même désabusement, même singularité de comportement, même mélange d'intuition et de raisonnement, de sensibilité et de lucidité... Rien de très étonnant à cela quand on sait que les deux auteurs se connaissent depuis l'enfance et qu'ils se conseillent mutuellement au sujet de leurs écrits. C'est d'ailleurs sur le terrain policier de sa grande amie, qu'il considère comme sa soeur, que Marc Dugain s'aventure cette fois, tout en restant dans les travées de l'histoire contemporaine, son thème de prédilection - la Première Guerre mondiale dans La chambre des officiers, son premier roman paru en 1999, le FBI pour La malédiction d'Edgar en 2005, ou encore la Russie de Staline avec Une exécution ordinaire, en 2007.
L'écrivain s'intéresse aujourd'hui à la Seconde Guerre mondiale et charge son capitaine, haut gradé français dépourvu de tout esprit belliqueux, d'enquêter sur le passé de Maria Richter, 15 ans. Louyre et ses hommes l'ont découverte, décharnée, affamée, à l'automne 1945, dans une ferme abandonnée, au sud de l'Allemagne. Ils y ont également trouvé un corps calciné. Et Louyre apprendra dans la foulée qu'une maison de convalescence des environs a été vidée de ses occupants pendant la guerre... Voilà autant de "secrets palpitants pour un homme menacé d'ennui", confiera-t-il au maire de la ville où il a installé ses quartiers, comme convenu entre les Alliés. Aux petits soins pour l'adolescente, qui lui oppose d'abord un certain mutisme, le militaire veut en savoir plus sur cette étrange maison de convalescence et soumet son ancien directeur, le docteur Halfinger, à un interrogatoire serré. Ce face-à-face sans concession est d'ailleurs la partie la plus intéressante du roman, dont le reste pèche parfois par son côté décousu, qui aborde ainsi de front l'eugénisme et l'euthanasie pratiqués par les nazis pour se débarrasser des malades, des handicapés, et bien sûr des "fous". Et Louyre de commenter sobrement : "Il ne me reste qu'à me persuader de la réalité de ce que je découvre." Seule Maria pourra peut-être lui faire oublier pareille abomination...
Il y a assurément chez le capitaine Louyre, protagoniste essentiel du nouveau roman de Marc Dugain, L'insomnie des étoiles, un petit quelque chose du commissaire Adamsberg, le héros récurrent des polars de Fred Vargas : même nonchalance apparente, même désabusement, même singularité de comportement, même mélange d'intuition et de raisonnement, de sensibilité et de lucidité... Rien de très étonnant à cela quand on sait que les deux auteurs se connaissent depuis l'enfance et qu'ils se conseillent mutuellement au sujet de leurs écrits. C'est d'ailleurs sur le terrain policier de sa grande amie, qu'il considère comme sa soeur, que Marc Dugain s'aventure cette fois, tout en restant dans les travées de l'histoire contemporaine, son thème de prédilection - la Première Guerre mondiale dans La chambre des officiers, son premier roman paru en 1999, le FBI pour La malédiction d'Edgar en 2005, ou encore la Russie de Staline avec Une exécution ordinaire, en 2007.
L'écrivain s'intéresse aujourd'hui à la Seconde Guerre mondiale et charge son capitaine, haut gradé français dépourvu de tout esprit belliqueux, d'enquêter sur le passé de Maria Richter, 15 ans. Louyre et ses hommes l'ont découverte, décharnée, affamée, à l'automne 1945, dans une ferme abandonnée, au sud de l'Allemagne. Ils y ont également trouvé un corps calciné. Et Louyre apprendra dans la foulée qu'une maison de convalescence des environs a été vidée de ses occupants pendant la guerre... Voilà autant de "secrets palpitants pour un homme menacé d'ennui", confiera-t-il au maire de la ville où il a installé ses quartiers, comme convenu entre les Alliés. Aux petits soins pour l'adolescente, qui lui oppose d'abord un certain mutisme, le militaire veut en savoir plus sur cette étrange maison de convalescence et soumet son ancien directeur, le docteur Halfinger, à un interrogatoire serré. Ce face-à-face sans concession est d'ailleurs la partie la plus intéressante du roman, dont le reste pèche parfois par son côté décousu, qui aborde ainsi de front l'eugénisme et l'euthanasie pratiqués par les nazis pour se débarrasser des malades, des handicapés, et bien sûr des "fous". Et Louyre de commenter sobrement : "Il ne me reste qu'à me persuader de la réalité de ce que je découvre." Seule Maria pourra peut-être lui faire oublier pareille abomination...

lamelimelo- Neoprof expérimenté
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