[3ème] Evaluation finale : récit réaliste

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[3ème] Evaluation finale : récit réaliste

Message par Lonie le Lun 13 Sep 2010 - 14:29

Bonjour à tous,
Après ma séquence sur Zola, je cherche un texte pour bâtir mon évaluation (type brevet) : des idées de support ?
L'idéal serait un extrait de Zola dans lequel je pourrais trouver les notions de réalisme, de tragique ou de fantastique (bref, un peu comme dans la nouvelle "un mariage d'amour".
Merci pour vos idées...

_________________
"Si j'avais su, j'aurais pas venu"

Lonie
Neoprof expérimenté


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Re: [3ème] Evaluation finale : récit réaliste

Message par susannah_283 le Lun 13 Sep 2010 - 15:54

Ce n'est pas du Zola, mais j'avais posé "la folle" de Maupassant je crois. Je peux t'envoyer l'évaluation si tu veux;

susannah_283
Neoprof expérimenté


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Re: [3ème] Evaluation finale : récit réaliste

Message par Leelou le Lun 13 Sep 2010 - 17:51

je pensais aussi à Maupassant avec la nouvelle " Sur l'eau" .

Leelou
Niveau 8


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Re: [3ème] Evaluation finale : récit réaliste

Message par Esméralda le Lun 13 Sep 2010 - 19:05

Susannah, la Folle, ça m'intéresserait !

Esméralda
Grand Maître


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Re: [3ème] Evaluation finale : récit réaliste

Message par miss terious le Lun 13 Sep 2010 - 19:15

Lonie, comme support de mes évals, j'ai ces deux extraits :

Jean, ce matin-là, un semoir de toile bleue noué sur le ventre, en tenait la poche ouverte de la main gauche, et de la droite, tous les trois pas, il y prenait une poignée de blé, que d’un geste, à la volée, il jetait. Ses gros souliers trouaient et emportaient la terre grasse, dans le balancement cadencé de son corps ; tandis que, à chaque jet au milieu de la semence blonde toujours volante, on voyait luire les deux galons rouges d’une veste d’ordonnance, qu’il achevait d’user. Seul, en avant, il marchait, l’air grandi ; et, derrière, pour enfouir le grain, une herse roulait lentement, attelée de deux chevaux, qu’un charretier poussait à longs coups de fouet réguliers, claquant au-dessus de leurs oreilles. [...]
[Jean descendait pour la dernière fois, lorsqu’il aperçut, venant de Rognes, une grande vache rousse et blanche], qu’une jeune fille, presque une enfant, conduisait à la corde. La petite paysanne et la bête suivaient le sentier qui longeait le vallon, au bord du plateau ; et, le dos tourné, il avait achevé l’emblave en remontant, lorsqu’un bruit de course, au milieu de cris étranglés, lui fit de nouveau lever la tête, comme il dénouait son semoir pour partir. C’était la vache emportée. Elle galopait dans une luzernière. La fille la suivait, s’épuisait à la retenir.
Il craignit un malheur, il cria :
— Lâche-la donc !
Elle n’en faisait rien, elle haletait, injuriait sa vache, d’une voix de colère et d’épouvante.
— La Coliche ! veux-tu bien, la Coliche !… Ah ! sale bête !!… Ah ! sacrée rosse !
Jusque-là, courant et sautant de toute la longueur de ses petites jambes, elle avait pu la suivre. Mais elle buta, tomba une première fois, se releva pour retomber plus loin ; et, dès lors, la bête s’affolant, elle fut traînée. Maintenant, elle hurlait. Son corps, dans la luzerne, laissait un sillage.
— Lâche-la donc, nom de Dieu ! continuait à crier Jean. Lâche-la donc !
Et il criait cela machinalement, par terreur ; car il courait lui aussi, en comprenant enfin : la corde devait s’être nouée autour du poignet, serrée davantage à chaque nouvel effort. Heureusement, il coupa au travers d’un labour, arriva d’un tel galop devant la vache, que celle-ci, effrayée, stupide, s’arrêta net. Déjà, il dénouait la corde, il asseyait la fille dans l’herbe.
— Tu n’as rien de cassé ?
Mais elle ne s’était pas même évanouie. Elle se mit debout, se tâta, releva ses jupes jusqu’aux cuisses, tranquillement, pour voir ses genoux qui la brûlaient, si essoufflée encore, qu’elle ne pouvait parler.
— Vous voyez, c’est là, ça me pince… Tout de même, je remue, il n’y a rien… Oh ! j’ai eu peur ! Sur le chemin, j’étais en bouillie !
Et, examinant son poignet forcé, cerclé de rouge, elle le mouilla de salive, y colla ses lèvres, en ajoutant avec un grand soupir, soulagée, remise :
— Elle n’est pas méchante, la Coliche. Seulement, depuis ce matin, elle nous fait rager, parce qu’elle est en chaleur… Je la mène au taureau, à la Borderie.
— À la Borderie, répéta Jean. Ça se trouve bien, j’y retourne, je t’accompagne.
Il continuait à la tutoyer, la traitant en gamine, tellement elle était fine encore pour ses quatorze ans. Elle, le menton levé, regardait d’un air sérieux ce gros garçon châtain, aux cheveux ras, à la face pleine et régulière, dont les vingt-neuf ans faisaient pour elle un vieil homme.
— Oh ! je vous connais, vous êtes Caporal, le menuisier qui est resté comme valet chez M. Hourdequin.
À ce surnom, que les paysans lui avaient donné, le jeune homme eut un sourire ; et il la contemplait à son tour, surpris de la trouver presque femme déjà, avec sa petite gorge dure qui se formait, sa face allongée aux yeux noirs très profonds, aux lèvres épaisses, d’une chair fraîche et rose de fruit mûrissant. Vêtue d’une jupe grise et d’un caraco de laine noire, la tête coiffée d’un bonnet rond, elle avait la peau très brune, hâlée et dorée de soleil.
— Mais tu es la cadette au père Mouche ! s’écria-t-il. Je ne t’avais pas reconnue… N’est-ce pas ? ta sœur était la bonne amie de Buteau, le printemps dernier, quand il travaillait avec moi à la Borderie ?
Elle répondit simplement :
— Oui, moi, je suis Françoise… C’est ma sœur Lise qui est allée avec le cousin Buteau, et qui est grosse de six mois, à cette heure… Il a filé, il est du côté d’Orgères, à la ferme de la Chamade.
Jean conclut que c’était bien ça, qu’il les avait vus ensemble.
Et ils restèrent un instant muets, face à face, lui riant de ce qu’il avait surpris un soir les deux amoureux derrière une meule, elle mouillant toujours son poignet meurtri, comme si l’humidité de ses lèvres en eût calmé la cuisson ; pendant que, dans un champ voisin, la vache, tranquille, arrachait des touffes de luzerne. Le charretier et la herse s’en étaient allés, faisant un détour pour gagner la route. On entendait le croassement de deux corbeaux, qui tournoyaient d’un vol continu autour du clocher. Les trois coups de l’angelus tintèrent dans l’air mort.
— Comment ! déjà midi ! s’écria Jean. Dépêchons-nous.
D’ap. Émile ZOLA, La Terre (1887).

et celui-ci :


Au milieu du grand silence, et dans le désert de l’avenue, les voitures de maraîchers montaient vers Paris, avec les cahots rythmés de leurs roues, dont les échos battaient les façades des maisons, endormies aux deux bords, derrière les lignes confuses des ormes. Un tombereau de choux et un tombereau de pois, au pont de Neuilly, s’étaient joints aux huit voitures de navets et de carottes qui descendaient de Nanterre ; et les chevaux allaient tous seuls, la tête basse, de leur allure continue et paresseuse, que la montée ralentissait encore. En haut, sur la charge des légumes, allongés à plat ventre, couverts de leur limousine à petites raies noires et grises, les charretiers sommeillaient, les guides aux poignets. Un bec de gaz, au sortir d’une nappe d’ombre, éclairait les clous d’un soulier, la manche bleue d’une blouse, le bout d’une casquette, entrevus dans cette floraison énorme des bouquets rouges des carottes, des bouquets blancs des navets, des verdures débordantes des pois et des choux. Et, sur la route, sur les routes voisines, en avant et en arrière, des ronflements lointains de charrois annonçaient des convois pareils, tout un arrivage traversant les ténèbres et le gros sommeil de deux heures du matin, berçant la ville noire du bruit de cette nourriture qui passait.

Balthazar, le cheval de madame François, une bête trop grasse, tenait la tête de la file. Il marchait, dormant à demi, dodelinant des oreilles, lorsque, à la hauteur de la rue de Longchamp, un sursaut de peur le planta net sur ses quatre pieds. Les autres bêtes vinrent donner de la tête contre le cul des voitures, et la file s’arrêta, avec la secousse des ferrailles, au milieu des jurements des charretiers réveillés. Madame François, adossée à une planchette contre ses légumes, regardait, ne voyait rien, dans la maigre lueur jetée à gauche par la petite lanterne carrée, qui n’éclairait guère qu’un des flancs luisants de Balthazar.

— Eh ! la mère, avançons ! cria un des hommes, qui s’était mis à genoux sur ses navets… C’est quelque cochon d’ivrogne.

Elle s’était penchée, elle avait aperçu, à droite, presque sous les pieds du cheval, une masse noire qui barrait la route.

— On n’écrase pas le monde, dit-elle, en sautant à terre.

C’était un homme vautré tout de son long, les bras étendus, tombé la face dans la poussière. Il paraissait d’une longueur extraordinaire, maigre comme une branche sèche ; le miracle était que Balthazar ne l’eût pas cassé en deux d’un coup de sabot. Était-il mort ? Madame François s’accroupit devant lui, lui prit une main, et sentit qu’elle était chaude.

— Eh ! l’homme ! dit-elle doucement.

Mais les charretiers s’impatientaient. Celui qui était agenouillé dans ses légumes reprit de sa voix enrouée :

— Fouettez donc, la mère !… Il en a plein son sac, le sacré porc ! Poussez-moi ça dans le ruisseau !

Cependant, l’homme avait ouvert les yeux. Il regardait madame François d’un air effaré, sans bouger. Elle pensa qu’il devait être ivre, en effet. Elle expliqua :

Il ne faut pas rester là, vous allez vous faire écraser… Où alliez-vous ?

— Je sais pas…, répondit-il d’une voix très basse. Puis, avec effort, et le regard inquiet : j’allais à Paris, je suis tombé, je sais pas…
Elle le voyait mieux, et il était lamentable, avec son pantalon noir, sa redingote noire, tout effiloqués, montrant les sécheresses des os. Sa casquette, de gros drap noir, rabattue peureusement sur les sourcils, découvrait deux grands yeux bruns, d’une singulière douceur, dans un visage dur et tourmenté. Madame François pensa qu’il était vraiment trop maigre pour avoir bu. […] Il s’était mis debout, avec des peines infinies, et il faisait mine de vouloir continuer son chemin. La maraîchère le vit qui s’appuyait en chancelant sur le brancard de la voiture.
D’ap. Émile Zola, Le Ventre de Paris (1873).


Je travaille aussi sur cet extrait (pour la aprole rapportée) ; tu pourras peut-être t'en servir :


Un matin, la bonne de madame Taboureau, la boulangère, cherchait une barbue1 à la poissonnerie. La belle Normande, qui la voyait tourner autour d’elle depuis quelques minutes, lui-fit des avances, des cajoleries.

Et, comme elle s’approchait enfin, et qu’elle flairait une barbue, avec la moue rechignée que prennent les clientes pour payer moins cher :

— Pesez-moi ça, continua la belle Normande, en lui posant sur la main ouverte la barbue enveloppée d’une feuille de gros papier jaune.

La bonne, une petite Auvergnate toute dolente, soupesait la barbue, lui ouvrait les ouïes, toujours avec sa grimace, sans rien dire. Puis, comme à regret, elle demanda combien ça coûtait.

— Quinze francs, répondit la poissonnière.

Alors l’autre remit vite le poisson sur le marbre. Elle parut se sauver. Mais la belle Normande la retint :

— Voyons, dites votre prix.

— Non, non, c’est trop cher.

— Dites toujours.

— Si vous voulez huit francs ?

La mère Méhudin, qui sembla s’éveiller, eut un rire inquiétant. On croyait donc qu’elles volaient la marchandise !

— Huit francs, une barbue de cette grosseur ? on t’en donnera, ma petite, pour te tenir la peau fraîche, la nuit.

La belle Normande, d’un air offensé, tournait la tête. Mais la bonne revint deux fois, offrit neuf francs, alla jusqu’à dix francs. Puis, comme elle partait pour de bon, la poissonnière lui cria de venir et de lui donner de l’argent.

La bonne se planta devant le banc, causant amicalement avec la mère Méhudin. Madame Taboureau se montrait si exigeante ! Elle avait du monde à dîner, le soir ; des cousins de Blois, un notaire avec sa dame. La famille de madame Taboureau était très comme il faut ! Elle-même, bien que boulangère, avait reçu une belle éducation.

— Videz-la moi bien, n’est-ce pas ? dit-elle en s’interrompant.

La belle Normande, d’un coup de doigt, avait vidé la barbue et jeté la vidure2 dans le seau. Elle glissa un coin de son tablier sous les ouïes, pour enlever quelques grains de sable. Puis, mettant elle-même le poisson dans le panier de l’Auvergnate :

— Là, ma belle, vous m’en ferez des compliments.
Mais, au bout d’un quart d’heure, la bonne accourut toute rouge ; elle avait pleuré, sa petite personne tremblait de colère. Elle jeta la barbue sur le marbre, montrant, du côté du ventre, une large déchirure qui entamait la chair jusqu’à l’arête. Un flot de paroles entrecoupées sortit de sa gorge serrée encore par les larmes.

— Madame Taboureau n’en veut pas. Elle dit qu’elle ne peut pas la servir. Et elle m’a dit encore que j’étais une imbécile, que je me laissais voler par tout le monde… Vous voyez bien qu’elle est abîmée. Moi, je ne l’ai pas retournée, j’ai eu confiance... Rendez-moi mes dix francs.

— On regarde la marchandise, répondit tranquillement la belle Normande.

Et, comme l’autre haussait la voix, la mère Méhudin se leva.

— Vous allez nous ficher la paix, n’est-ce pas ? On ne reprend pas un poisson qui a traîné chez les gens. Est-ce qu’on sait où vous l’avez laissé tomber, pour le mettre dans cet état ?

— Moi, moi !

Elle suffoquait. Puis, éclatant en sanglots :

— Vous êtes deux voleuses, oui, deux voleuses ! Madame Taboureau me l’a bien dit.

Alors, ce fut formidable. La mère et la fille, furibondes, les poings en avant, se soulagèrent. La petite bonne, ahurie, prise entre cette voix rauque et cette voix flûtée, qui se la renvoyaient comme une balle, sanglotait plus fort.

— Va donc ! ta madame Taboureau est moins fraîche que ça ; faudrait la raccommoder pour la servir. […]
Et, à toute volée, elle lança la barbue à la tête de l’Auvergnate, qui la reçut en pleine face. Le sang partit du nez, la barbue se décolla, tomba à terre, où elle s’écrasa avec un bruit de torchon mouillé.
Émile Zola, Le Ventre de Paris (1873).

J'espère qu'ils te seront utiles.

_________________
"Ni ange, ni démon, juste sans nom." (Barbey d'AUREVILLY, in. Une histoire sans nom)
"Bien des choses ne sont impossibles que parce qu'on s'est accoutumé à les regarder comme telles." DUCLOS

miss terious
Modérateur


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Re: [3ème] Evaluation finale : récit réaliste

Message par susannah_283 le Lun 13 Sep 2010 - 19:17

@Esméralda a écrit:Susannah, la Folle, ça m'intéresserait !

Envoyée!

susannah_283
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Re: [3ème] Evaluation finale : récit réaliste

Message par Esméralda le Lun 13 Sep 2010 - 20:30

Youpi, merci

Esméralda
Grand Maître


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Re: [3ème] Evaluation finale : récit réaliste

Message par Lonie le Lun 13 Sep 2010 - 21:19

Merci pour vos références...
je lirai demain de plus près tes extraits Miss térious (car là, après deux heures de réunion parents-profs.... )

_________________
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