[Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

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[Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par John le Jeu 30 Déc 2010 - 21:39

Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

http://www.challenges.fr/magazine/encouverture/0222.31812/

A côté du public et du privé sous contrat, une troisième voie s'élargit, aux antipodes des méthodes centralistes de l'Education nationale.

Ses grandes parois vitrées évoquent davantage le siège d'une entreprise que celui d'une école. A l'intérieur, sur un immense plateau, les ouvriers posent des cloisons qui formeront dès la rentrée les nouvelles salles de classe. Pour la cour, un morceau de parking fera l'affaire. Quant à la cantine, il n'y en aura pas, les élèves viendront avec leur panier-repas. Victime de son succès, l'école primaire hors contrat du Blanc Mesnil de Wasquehal, dans la banlieue chic de Lille, a dû trouver de nouveaux locaux.
« Nous croulons sous les demandes », se réjouit Françoise Candelier, directrice de cet établissement non confessionnel, qui ne comptait en septembre 2009 que 28 élèves et en accueillera près de 80 cette rentrée. Après plus de trente ans de carrière comme professeure des écoles dans le public, elle a créé son propre établissement : « J'ai une dette vis-à-vis de plusieurs générations d'élèves que nous avons trompées. »

Retour aux vieilles méthodes

Dans l'école de Françoise Candelier, ce sont les vieilles méthodes qui font recette, comme Le Pensionnat de Chavagne, diffusé sur M 6 en 2004 : port de la blouse, écriture au porte-plume, apprentissage syllabique de la lecture et des huit temps de l'indicatif dès le CE 1. En maths, les quatre opérations sont abordées dès le CP. En somme, les élèves apprennent « à lire, écrire, calculer et compter, ce qui aujourd'hui n'est pas une évidence », souligne-t-elle. Statistiquement, ces établissements hors contrat ne pèsent pas lourd au regard de la masse du système scolaire. Le ministère évalue leur poids à « moins de 1 % ». La Fondation pour l'école, qui regroupe l'essentiel du réseau des « écoles indépendantes », estime qu'il existe aujourd'hui environ 460 écoles hors contrat (Montessori incluses), accueillant près de 47 000 élèves. Et cela ne cesse de croître. Une quarantaine d'écoles s'ouvriraient chaque année en marge du système classique. « C'est un phénomène plus prononcé en province qu'en Ile-de-France », nuance l'universitaire Bruno Poucet, auteur de La Liberté sous contrat (Fabert, 2010).
Débordée, désorganisée, l'Education nationale peine à remplir son rôle. Les chiffres sont connus : un enfant sur trois ne sait pas bien lire en sixième. Une réalité qui a d'abord profité aux établissements privés sous contrat. Mais limités par l'Etat dans leur capacité à ouvrir de nouvelles classes, ces établissements voient leur liste d'attente s'allonger. Les « hors contrat » bénéficient de ce trop-plein d'élèves. Ils accueillent aussi beaucoup de familles d'expatriés qui ont apprécié à l'étranger un mode de scolarisation similaire.

Forte empreinte religieuse

Mais ce ne sont pas les seules raisons. Anne Coffinier, 33 ans, directrice de la Fondation pour l'école a une autre explication. Pour elle, le privé sous contrat a perdu son âme : «Les écoles sous contrat n'ont qu'une obsession : vouloir à tout prix préserver la paix scolaire, au point de perdre toute leur spécificité », analyse-t-elle en regrettant au passage que dans certaines écoles catho l'enseignement religieux soit devenu facultatif. Dans le hors contrat, on ne badine pas avec la religion. Même s'il accueille quelques établissements laïcs, comme les écoles Montessori, le système des écoles hors contrat prône un catéchisme traditionaliste. « Nos établissements sont autonomes, c'est aussi leur force, soutient Anne Coffinier. Nous recrutons et payons nos professeurs, ce qui les responsabilise davantage. »
Un système qui n'empêche pas quelques dérapages. En avril, la caméra cachée de l'émission de France 2 Les Infiltrés surprend, entre autres, un professeur d'histoire qui déclare ne pas vouloir aborder la Shoah dans ses cours « parce qu'on en parle assez comme ça ». Depuis, le recteur d'académie a exigé des parents qu'ils choisissent un autre établissement. « Hors contrat ne signifie pas hors de contrôle. Nos établissements sont même beaucoup plus contrôlés que les autres », jure Anne Coffinier. La force des écoles hors contrat, c'est leur autonomie. Une conception aux antipodes des méthodes centralisatrices de l'Education nationale qui, signe des temps, teste pour cette rentrée, dans 106 établissements, le recrutement de professeurs sur profil. Petite révolution : le chef d'établissement pourra définir des critères pour sélectionner un enseignant.

Budgets serrés

Le problème du hors contrat, c'est, évidemment, son financement. A 150 euros de cotisation par enfant et par mois, l'équilibre budgétaire d'une école primaire hors contrat se situe autour de 80 élèves et de 150 pour un collège. Nombre d'établissements n'y parviennent pas. Les familles seules ne peuvent les faire tourner. D'où l'idée de structurer le secteur en créant une fondation habilitée à recueillir des fonds. Le carnet d'adresses d'Anne Coffinier a fait le reste. Et près de la moitié des patrons des sociétés du CAC 40 ont sorti leur carnet de chèques. « Ils partagent le même constat avec nous : l'école publique n'assure même plus le minimum, au point qu'ils sont obligés de rajouter des cours d'orthographe dans les programmes de formation de leurs cadres », assure la jeune énarque. En 2009, le budget de la fondation s'élevait à 635 000 euros ; en 2010, il dépasse le million. De quoi financer la mise aux normes ou l'agrandissement d'une trentaine d'établissements.



Une jeune maîtresse à penser

Mère de trois enfants, Anne Coffinier veut réformer l'Education nationale. Pur produit du système, normalienne, énarque, elle en connaît tous les arcanes. De ses parents antiquaires, elle apprend « la culture de l'indépendance ». Grande gueule, catho convertie sur les bancs de l'ENA, elle a réalisé « les travers du système » en voyant une partie de sa promo d'Ulm « atterrir dans des collèges difficiles sans aucune formation ». Son premier grand combat sera la remise en cause de la lecture globale en CP. Elle inonde de notes ses copains du cabinet du ministre de l'Education nationale de l'époque, Gilles de Robien. L'entrée de ses enfants à l'école finit de la convaincre de la nécessité d'agir. Elle abandonne alors sa carrière au Quai d'Orsay pour se consacrer à son projet : faciliter la création d'écoles modèles. Son site Créer-son-école.com est une boîte à outils pour les parents ou enseignants désireux de fonder leur établissement. Combien payer les profs ? Comment rédiger un contrat de travail ? Que dire devant l'inspecteur d'académie ? Son réseau lui a permis de structurer cette troisième voie d'enseignement 100 % indépendant, à côté de l'enseignement public et du privé sous contrat. En mars 2008, le Premier ministre, François Fillon, a signé le décret reconnaissant d'utilité publique sa Fondation pour l'école. Outre le fait que la structure lui permet de recueillir des dons d'entreprises ou de particuliers, elle lui sert aussi à faire passer des messages sur l'autonomie des établissements, sur le chèque éducation ou sur la formation des enseignants. En guerre contre les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) et leur esprit « post-soixante-huitard », elle n'a pas attendu leur suppression programmée par le ministre Luc Chatel pour créer sa propre école de professeurs des écoles.

Thiébault Dromard

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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par V.Marchais le Jeu 30 Déc 2010 - 22:32

Pas étonnant, non ?
Quand l'école publique a cessé d'instruire, il faut bien chercher d'autres structure si l'on tient à ce que ses enfants soient instruits (et pas juste catéchisés d'un vernis de citoyennitude).
A la limite, je comprends le cynisme des madelinistes qui ont juré de s'emparer du marché juteux de l'éducation, mais voir des types de gauche jurer la main sur le coeur que si nos écoles vont mal, c'est parce qu'on fait encore trop de "frontal" et de "disciplinaire", ça me fait mal aux tripes. Ceux-ci font le jeu du privé (hors contrat) aussi bien que ceux-là. Les défenseurs de couillonnades et de projets fumeux en tous genres peuvent ici mesurer les effets de leur discours.
Nous n'empêcherons pas les gens sensés (et friqués) de rechercher rigueur et méthode (plutôt que récréation et pseudo-inventivité) dans l'école. Alors le seul moyen d'empêcher le développement d'un système binaire très inégalitaire, c'est de développer partout rigueur et métohde. Mais avec nos grands penseurs, on n'est pas rendus.

V.Marchais
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par jehanne le Jeu 30 Déc 2010 - 22:38

@V.Marchais a écrit:
Nous n'empêcherons pas les gens sensés (et friqués) de rechercher rigueur et méthode (plutôt que récréation et pseudo-inventivité) dans l'école. Alors le seul moyen d'empêcher le développement d'un système binaire très inégalitaire, c'est de développer partout rigueur et métohde. Mais avec nos grands penseurs, on n'est pas rendus.

Puisses-tu être entendue!
Et à quelque chose malheur étant bon, peut-être que cette concurrence remettra le public à l'endroit! Il me semble qu'il y a quand même pas mal de collègues rigoureux (la preuve ici...)

jehanne
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par Daphné le Jeu 30 Déc 2010 - 22:46

@jehanne a écrit:
@V.Marchais a écrit:
Nous n'empêcherons pas les gens sensés (et friqués) de rechercher rigueur et méthode (plutôt que récréation et pseudo-inventivité) dans l'école. Alors le seul moyen d'empêcher le développement d'un système binaire très inégalitaire, c'est de développer partout rigueur et métohde. Mais avec nos grands penseurs, on n'est pas rendus.

Puisses-tu être entendue!
Et à quelque chose malheur étant bon, peut-être que cette concurrence remettra le public à l'endroit! Il me semble qu'il y a quand même pas mal de collègues rigoureux (la preuve ici...)

Oui bien sûr qu'il y en a, heureusement.
Mais enfin à quel prix ? C'est pénible de devoir se battre pour pouvoir faire correctement son travail.

Daphné
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par jehanne le Jeu 30 Déc 2010 - 22:56

Il faudrait en effet que tous les parents d'élèves soient conscients des enjeux, et que l'institution change. Il n'est pas interdit de faire des voeux en ce sens (c'est de saison!)

jehanne
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par frankenstein le Ven 31 Déc 2010 - 0:08

Perso, ce constat ne m'étonne pas du tout...ça ne vous agace pas vous, alors que c'était prévisible ? furieux Et dire que le PS et la "gauche" continuent à se voiler la face... No

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Mettez des pouces verts sur : http://www.youtube.com/user/Choristenimes/videos

Si les élections pouvaient changer la société, elles seraient interdites.

frankenstein
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par Invité31 le Ven 31 Déc 2010 - 3:29

C'est marrant parce qu'il y a quelques années, quand quelques Cassandre (dont j'étai) parlaient de ce risque-là, personne n'y croyait. Malheureusement le naufrage organisé, la casse programmée ont bien eu pour conséquence (planifiée je pense, comme le préconisait dès 2000 l'OCDE) d'ouvrir un nouveau marché: celui de l'éducation.

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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par Abraxas le Ven 31 Déc 2010 - 5:03

John, Françoise Candelier (que je connais) est une institutrice remarquable, SLECC et tout, qui a passé des années à enseigner à Roncq, et que Véronique M*** connaît bien, puisque nous nous y retrouvâmes il y a… quelques années. À ceci près qu'elle s'est fait phagocyter par Coffinier, qui a trouvé les financements de son rêve — et évidemment, qui présente ensuite l'addition, catéchisme compris. Du coup, le GRIP est en conflit ouvert avec elle — ce qui se comprend, surtout quand on connaît notre ami qui le dirige… C'est comme Marc Le Bris en Bretagne : à force de crier dans le désert, ils ont fini par rejoindre la structure qui avait les sous de leurs ambitions pédagogiques, sans trop y regarder malheureusement. Et je connais (il y en a certainement ici) une foule de profs qui se lanceraient dans l'entreprise s'ils savaient comment faire : voilà comment le privé très privé va envahir l'Ecole de la république : à force de dégoûter tout ce qu'il peut y avoir d'enseignants capables et responsables. C'est ça, le coup fourré des libéraux pur jus et des pédagos : ils parviennent (ils sont parvenus) à instaurer les conditions psychologiques d'un démantèlement de l'EN.

Abraxas
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par Mr le Ven 31 Déc 2010 - 7:07

150 euros par mois pour bénéficier d'un enseignement de qualité... Pourquoi ne suis-je pas né de parents antiquaires ?

Bah, on pourra y inscrire les petits...

Mr
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par V.Marchais le Ven 31 Déc 2010 - 8:30

Lynette a écrit:C'est marrant parce qu'il y a quelques années, quand quelques Cassandre (dont j'étai) parlaient de ce risque-là, personne n'y croyait. Malheureusement le naufrage organisé, la casse programmée ont bien eu pour conséquence (planifiée je pense, comme le préconisait dès 2000 l'OCDE) d'ouvrir un nouveau marché: celui de l'éducation.

Oui, c'était plié en 2003 quand la France a signé l'AGCS : l'ouverture à la concurrence du marché de l'éducation y figure noir sur blanc, aboutissement de plusieurs années de travail de l'OMC sur le sujet (voir le célèbre article "la faisabilité de l'ajustement" qui doit dater de 98, à peu près). Dès lors, faut pas être naïf, la ruine de l'école publique ne relève plus du dégât collatéral mais d'une politique pensée. Encore une fois, la droite libérale est là dans son rôle : difficile de lui en vouloir - elle a au moins le mérite de la cohérence. Mais que des Mérieu, des IPR et des IEN soi-disant de gauche, le PS et le SNES enfoncent le clou avec leurs propositions toutes plus cons les unes que les autres, franchement, c'est à se pendre.

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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par V.Marchais le Ven 31 Déc 2010 - 8:42

@jehanne a écrit:
@V.Marchais a écrit:
Nous n'empêcherons pas les gens sensés (et friqués) de rechercher rigueur et méthode (plutôt que récréation et pseudo-inventivité) dans l'école. Alors le seul moyen d'empêcher le développement d'un système binaire très inégalitaire, c'est de développer partout rigueur et métohde. Mais avec nos grands penseurs, on n'est pas rendus.

Puisses-tu être entendue!
Et à quelque chose malheur étant bon, peut-être que cette concurrence remettra le public à l'endroit! Il me semble qu'il y a quand même pas mal de collègues rigoureux (la preuve ici...)

Je ne suis pas si optimiste.
Les collègues sont-ils vraiment massivement prêts à remettre en cause l'éducation version assistante sociale, favorisons l'imagination et la créativité et ne traumatisons pas le povtitinenfans avec des mauvaises notes et de la vraie littérature ? J'en doute.
Quelques uns s'expriment ici - quelques uns sur trois ou quatre mille. Qui ne dit rien consent... à quoi exactement ?
Je me suis fait traiter de facho quand j'ai déclaré mes classes SLECC. Nombre de collègues témoignent ici être stigmatisés à cause de leurs exigences. Le syndicat majoritaire - Marquise peut vous en dire quelque chose - continue de promouvoir le misérabilisme et les révisions des exigences à la baisse, le ludique et les usines à gaz. Il s'agit pourtant de nos collègues, non ?
Enfin, l'évolution du métier ne laisse rien augurer de bon. La crise du recrutement ne favorise pas l'excellence ; les stagiaires à 18 heures et les profs surchargés de travaux annexes ont bien trop la tête dans le guidon pour exercer un regard critique sur ce qu'on leur demande, a fortiori pour s'opposer activement et créer leurs propres supports pour proposer des pédagogies différentes ; le système anglo-saxon, avec head-teatcher (enfin, ici, on dira censeur des études), qui pointe le bout de son nez, va rendre la dissidence plus improbable encore. Tous en choeur : "Bèèèèèèèèèè ! Bèèèèèèèèèèèèèèèèèèè ! Quatre pattes, oui ! Deux pattes, non !"

Il y a des jours où je rêve d'insurrection même pas pacifique mais franchement, je ne vois pas qui, à cette heure, nous suivrait.

V.Marchais
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par V.Marchais le Ven 31 Déc 2010 - 8:45

@Abraxas a écrit:John, Françoise Candelier (que je connais) est une institutrice remarquable, SLECC et tout, qui a passé des années à enseigner à Roncq, et que Véronique M*** connaît bien, puisque nous nous y retrouvâmes il y a… quelques années. À ceci près qu'elle s'est fait phagocyter par Coffinier, qui a trouvé les financements de son rêve — et évidemment, qui présente ensuite l'addition, catéchisme compris. Du coup, le GRIP est en conflit ouvert avec elle — ce qui se comprend, surtout quand on connaît notre ami qui le dirige… C'est comme Marc Le Bris en Bretagne : à force de crier dans le désert, ils ont fini par rejoindre la structure qui avait les sous de leurs ambitions pédagogiques, sans trop y regarder malheureusement. Et je connais (il y en a certainement ici) une foule de profs qui se lanceraient dans l'entreprise s'ils savaient comment faire : voilà comment le privé très privé va envahir l'Ecole de la république : à force de dégoûter tout ce qu'il peut y avoir d'enseignants capables et responsables. C'est ça, le coup fourré des libéraux pur jus et des pédagos : ils parviennent (ils sont parvenus) à instaurer les conditions psychologiques d'un démantèlement de l'EN.

Ah ! Roncq ! C'était beau comme du Pierre Jourde...

voilà comment le privé très privé va envahir l'Ecole de la république :
à force de dégoûter tout ce qu'il peut y avoir d'enseignants capables
et responsables.
Entièrement d'accord. L'ironie du sort, c'est que, dans cette histoire, les libéraux n'ont rien à faire que laisser faire la gauche la plus conne du monde.

V.Marchais
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par Aredius le Ven 31 Déc 2010 - 8:59

J'ai reçu l'info par un courriel ce matin.
Voici ce que j'ai répondu à mon correspondant :

"tu vas me faire rendre mon petit déj.

Je l'ai assez répété... Ben voila, rien que de très normal :

" Et près de la moitié des patrons des sociétés du CAC 40 ont sorti leur
carnet de chèques. « Ils partagent le même constat avec nous : l'école
publique n'assure même plus le minimum, au point qu'ils sont obligés de
rajouter des cours d'orthographe dans les programmes de formation de leurs cadres "
C'est peut-être une fanfaronnade mais pas sûr

Ben oui parce que (mais ça va évoluer) il est arrivé que le petit
personnel en ait ras le bol de lire des conneries illisibles envoyées par les cadres super diplômés bidons. Je vous rappelle qu'une grande banque a payé des sociétés comme Arthur Young (je ne suis plus sûr de quelle société il s'agit) pour faire "rivrailleter" ses textes. Laquelle société a payé des instits pour faire le boulot tout en récupérant un bon paquet de bénéf. Rien ne se perd !

En passant, remarquons qu'il NE s'agit pas de boites à la "Info cons ".

Et l'Ecole Alsacienne, etc ce n'est pas nouveau. Nos ministres connaissent ! moi je ne connaissais pas. J'en étais toujours à mon école des casernes (ben oui, l'école était et est tj dans les anciennes casernes. Je n'ai pas fait le service mil mais j'ai fait les casernes) et à mon collège Darnet d'une petite ville du Limousin.

Je me demande ce qu'en penseraient mes parents qui avaient l'école en
grande estime.

J'ai lu aussi que les expat envoyaient leurs enfants dans ces écoles. Je
les comprends même si ça m'attriste. J'ai déjà raconté ce qui était arrivé
à des enseignants français qui ont exercé à l'étranger quand ils sont
revenus en France : écœurés par le merdier dans les classes en France, ils
ont démissionné. Quel gâchis mais nous sommes un pays riche ! Ils ne m'ont pas dit où ils ont mis leurs enfants. "

Tiens, le journal s'appelle Challenges.

_________________
Aredius, Nantes,http://lefenetrou.blogspot.com
"Homo sum et nihil humani a me alienum puto" (Terence)
"Quis custodiet ipsos custodes? " (Juvenal)

Aredius
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par Aurore le Ven 31 Déc 2010 - 9:12

@V.Marchais a écrit:
Je ne suis pas si optimiste.
Les collègues sont-ils vraiment massivement prêts à remettre en cause l'éducation version assistante sociale, favorisons l'imagination et la créativité et ne traumatisons pas le povtitinenfans avec des mauvaises notes et de la vraie littérature ? J'en doute. Ils sont surtout prêts à s'écraser et la fermer, pensant ainsi acheter leur petite tranquillité.
Quelques uns s'expriment ici - quelques uns sur trois ou quatre mille. Qui ne dit rien consent... à quoi exactement ?
Je me suis fait traiter de facho quand j'ai déclaré mes classes SLECC. Nombre de collègues témoignent ici être stigmatisés à cause de leurs exigences. Le syndicat majoritaire - Marquise peut vous en dire quelque chose - continue de promouvoir le misérabilisme et les révisions des exigences à la baisse, le ludique et les usines à gaz. Et les "Appels de Bobigny". Il s'agit pourtant de nos collègues, non ?
Enfin, l'évolution du métier ne laisse rien augurer de bon. La crise du recrutement ne favorise pas l'excellence sans parler de la baisse du niveau des épreuves elles-mêmes (nombreux CAPES touchés) ; les stagiaires à 18 heures et les profs surchargés de travaux annexes ont bien trop la tête dans le guidon pour exercer un regard critique sur ce qu'on leur demande, a fortiori pour s'opposer activement et créer leurs propres supports pour proposer des pédagogies différentes ; le système anglo-saxon, avec head-teatcher (enfin, ici, on dira censeur des études) et le Chef d'Etablissement-manager tout-puissant, qui pointe le bout de son nez, va rendre la dissidence plus improbable encore. Tous en choeur : "Bèèèèèèèèèè ! Bèèèèèèèèèèèèèèèèèèè ! Quatre pattes, oui ! Deux pattes, non !"

Il y a des jours où je rêve d'insurrection même pas pacifique mais franchement, je ne vois pas qui, à cette heure, nous suivrait.
cheers veneration

Aurore
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par doctor who le Ven 31 Déc 2010 - 9:43

Le maximum qu'on puisse obtenir d'un nouveau gouvernement, c'est de laisser en paix ceux qui bossent bien. On ne transformera pas les établissements en un jour.

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Mon blog sur Tintin (entre autres) : http://popanalyse.over-blog.com/
Blog pédagogique : http://pedagoj.eklablog.com

doctor who
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par doublecasquette le Ven 31 Déc 2010 - 9:45

Eh oui, nous étions plusieurs à le dire dès 2003. Nous pourrions être ravis de voir qu'en 2011 ou presque, nombreux sont ceux qui le croient enfin.
Sauf que... depuis 2003, les autres ont FAIT.

Petit lien vers les termes de l'expérimentation SLECC, déclarée auprès du Ministère de l'Éducation Nationale (ce qui tend à interdire à toute personne travaillant dans le hors-contrat de se réclamer de SLECC) :

http://www.slecc.fr/

Ce n'est pas à des professeurs de lettres que j'apprendrai à lire, ce qui me permet d'être sûre que tout le monde a bien noté la phrase suivante, nouvel empêchement de SLECC pour toutes les écoles et collèges hors-contrat :
Le GRIP fait sienne une idée généreuse et de justice, celle de la démocratisation de l'enseignement, c'est-à-dire l'extension à tous de programmes de haut niveau garantissant l'accès à la connaissance.


doublecasquette
Prophète


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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par Invité le Ven 31 Déc 2010 - 9:52

@frankenstein a écrit:Perso, ce constat ne m'étonne pas du tout...ça ne vous agace pas vous, alors que c'était prévisible ? Et dire que le PS et la "gauche" continuent à se voiler la face... No

+1

@Abraxas a écrit:C'est comme Marc Le Bris en Bretagne : à force de crier dans le désert, ils ont fini par rejoindre la structure qui avait les sous de leurs ambitions pédagogiques, sans trop y regarder malheureusement. Et je connais (il y en a certainement ici) une foule de profs qui se lanceraient dans l'entreprise s'ils savaient comment faire : voilà comment le privé très privé va envahir l'Ecole de la république : à force de dégoûter tout ce qu'il peut y avoir d'enseignants capables et responsables. C'est ça, le coup fourré des libéraux pur jus et des pédagos : ils parviennent (ils sont parvenus) à instaurer les conditions psychologiques d'un démantèlement de l'EN.

exactement.
Si j'avais encore un minimum de courage, si j'avais encore un tout petit peu d'amour pour mon métier, j'y songerais sérieusement aussi. Il y a quelques annonces d'écoles -très- libres pour des profs bilingues par chez-moi; je m'étais renseignée l'an dernier.

Invité
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par Reine Margot le Ven 31 Déc 2010 - 9:56

je ne suis absolument pas étonnée...et j'espère ne pas avoir à mettre un jour mes enfants dans ces étb pour qu'ils apprennent à lire...

_________________
1 enseignant molesté, c’est un fait divers, pas un phénomène de société.
2 enseignants molestés, c’est un fait divers, pas un phénomène de société.
150 enseignants molestés, ce sont des faits divers, pas des phénomènes de société.
151 enseignants molestés, ce sont des faits divers, pas des phénomènes de société.
………………………………
[la progression arithmétique se poursuit en série]
…………………………………..
156 879 enseignants molestés, ce sont des faits divers, pas des phénomènes de société.
156 880 enseignants molestés, ce sont des faits divers, pas des phénomènes de société. »

Reine Margot
Demi-dieu


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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par Invité31 le Ven 31 Déc 2010 - 9:57

@V.Marchais a écrit:
Lynette a écrit:C'est marrant parce qu'il y a quelques années, quand quelques Cassandre (dont j'étai) parlaient de ce risque-là, personne n'y croyait. Malheureusement le naufrage organisé, la casse programmée ont bien eu pour conséquence (planifiée je pense, comme le préconisait dès 2000 l'OCDE) d'ouvrir un nouveau marché: celui de l'éducation.

Oui, c'était plié en 2003 quand la France a signé l'AGCS : l'ouverture à la concurrence du marché de l'éducation y figure noir sur blanc, aboutissement de plusieurs années de travail de l'OMC sur le sujet (voir le célèbre article "la faisabilité de l'ajustement" qui doit dater de 98, à peu près). Dès lors, faut pas être naïf, la ruine de l'école publique ne relève plus du dégât collatéral mais d'une politique pensée. Encore une fois, la droite libérale est là dans son rôle : difficile de lui en vouloir - elle a au moins le mérite de la cohérence. Mais que des Mérieu, des IPR et des IEN soi-disant de gauche, le PS et le SNES enfoncent le clou avec leurs propositions toutes plus cons les unes que les autres, franchement, c'est à se pendre.

C'est à cet article que je pensais justement Wink. Je suis là aussi tout à fait d'accord avec toi.

Invité31
Grand sage


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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par V.Marchais le Ven 31 Déc 2010 - 10:01

Certes.
Mais laisser en paix ceux qui bossent ne figure ni au programme du PS ni à celui de l'UMP.
Va encore falloir voter pour un franc-tireur qu'a aucune chance... No

V.Marchais
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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par doublecasquette le Ven 31 Déc 2010 - 10:06

@V.Marchais a écrit:Certes.
Mais laisser en paix ceux qui bossent ne figure ni au programme du PS ni à celui de l'UMP.
Va encore falloir voter pour un franc-tireur qu'a aucune chance... No

Comme en 2007 où le seul qui défendait l'idée d'une Education Nationale forte et instructrice était Schivardi... Pas facile, comme vote utile Sad .

doublecasquette
Prophète


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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par Reine Margot le Ven 31 Déc 2010 - 12:59

sans vouloir faire de pub, le parti de gauche propose justement une opposition à cette politique favorisant la casse du service public, notamment suite aux directives européennes:

Principes :
Instrument de l’égalité des citoyens, l’école doit combattre les inégalités de naissance par tous les moyens dont elle dispose. Cette ambition s’oppose à la logique marchande qui réserve les meilleurs services à ceux qui ont le plus.

Constat :

Parallèlement à l’affaiblissement de ses moyens (voir fiche 24), le gouvernement veut introduire la concurrence au sein même du service public d’éducation. Il prépare en cela l’instauration d’un marché de l’éducation qui étendrait cette mise en concurrence à des établissements privés toujours plus nombreux. C’est le sens de la remise en cause de la carte scolaire, de la place fait aux intérêts marchands, de l’introduction d’une gestion managériale des établissements, de la généralisation des principes de concurrence et d’autonomie, de la destruction des statuts collectifs… Le financement à la "performance" conduit à une autonomisation technocratique des établissements qui loin de fédérer des équipes sur des projets locaux organise la guerre entre établissements, soumet les équipes et les élèves à une pression néfaste pour le bon déroulement des scolarités. Cette logique est portée par les recommandations de l’Union européenne (agenda de Bologne, stratégie de Lisbonne). Elle percute de plein fouet les principes républicains fondateurs de l'école : laïcité, mixité sociale, égalité devant le service public, cadre national des diplômes et des formations.

Propositions :

- instauration d'un véritable ordre public éducatif garantissant les mêmes droits aux jeunes sur tout le territoire et dans tous les établissements

- non transposition dans le droit français de la directive européenne «Services» d’ouverture à la concurrence

- fin des privilèges accordés à l’enseignement privé et espace scolaire préservé des marques (voir fiche 26)

- casser les ghettos scolaires :

abrogation des mesures ayant conduit à la suppression de la carte scolaire, comme celles concernant les dispositifs Z.E.P.

reconstruction de la carte scolaire pour garantir une véritable mixité sociale, en complétant le critère de la seule proximité géographique de l'habitation (c’est-à-dire en scolarisant des jeunes dans d’autres quartiers que le leur pour casser les ghettos scolaires), en lien avec l’organisation urbaine et une relance de la politique publique de transport scolaire

les conditions d'éventuelles dérogations à la carte scolaire seront publiques et réglementées, pour mettre fin à l'opacité qui pouvait exister antérieurement

la logique de fuite des collèges et lycées difficiles sera combattue par une offre plus large de formations dans les établissements signalés en difficulté, notamment par le nombre de langues vivantes, d'options à caractère scientifique et culturel et par les moyens supplémentaires accordés aux enseignants volontaires pour y travailler

mise en place d’un service public d’aide scolaire assuré dans le cadre de l’Education nationale par des fonctionnaires qualifiés afin d’empêcher l’établissement d’une éducation à deux vitesses via la prolifération d’entreprises privées de soutien scolaire. Suppression des aides fiscales dont bénéficient ces dernières.

_________________
1 enseignant molesté, c’est un fait divers, pas un phénomène de société.
2 enseignants molestés, c’est un fait divers, pas un phénomène de société.
150 enseignants molestés, ce sont des faits divers, pas des phénomènes de société.
151 enseignants molestés, ce sont des faits divers, pas des phénomènes de société.
………………………………
[la progression arithmétique se poursuit en série]
…………………………………..
156 879 enseignants molestés, ce sont des faits divers, pas des phénomènes de société.
156 880 enseignants molestés, ce sont des faits divers, pas des phénomènes de société. »

Reine Margot
Demi-dieu


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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par V.Marchais le Ven 31 Déc 2010 - 13:33

Mais ce sont des mesures purement "administratives". Sur le plan pédagogique, la gauche en est encore à penser qu'il faut toujours plus d'interdisciplinaire et de social dans les établissements et est incapable de comprendre que c'est justement ce discours qui fait le lit du privé.
Tant que je n'aurai pas lu noir sur blanc qu'ils veulent en finir avec ces conneries suicidaires, ils n'auront pas ma voix.
Il y a d'autres formations qui s'opposent à la casse des services publics (non, je ne parle pas du PS).

V.Marchais
Bon génie


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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par jehanne le Ven 31 Déc 2010 - 13:56

@V.Marchais a écrit:Certes.
Mais laisser en paix ceux qui bossent ne figure ni au programme du PS ni à celui de l'UMP.
Va encore falloir voter pour un franc-tireur qu'a aucune chance... No

Avec le risque d'avoir le choix entre Sarkozy et M. Le Pen au second tour... Je ne le prendrai pas...

jehanne
Niveau 9


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Re: [Challenges] Le hors contrat n'en fait qu'à sa tête

Message par V.Marchais le Ven 31 Déc 2010 - 14:20

Et moi je ne prendrai pas le risque de porter au pouvoir des individus qui, d'une manière ou d'une autre, massacrent l'école publique, fondement de la société.
L'argument du vote utile est insuffisant.
Si nous ne sommes toujours pas assez déterminés pour faire émerger une autre voix/e, c'est probablement que nous méritons d'avoir Sarko/Le Pen au deuxième tour. Quand on en aura assez soupé, des conneries de droite comme de gauche, on commencera peut-être à chercher ailleurs ?

V.Marchais
Bon génie


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