Agression ou mauvaise expérience ? La question du consentement sexuel

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Agression ou mauvaise expérience ? La question du consentement sexuel

Message par papillonbleu le Lun 7 Fév - 15:43

Plaintes et chuchotements

La demande d'extradition de Julian Assange, accusé d'agression sexuelle et de viol, est examinée par la justice britannique les 7 et 8 février. En Suède, cette affaire provoque un grand débat sur la question du consentement sexuel


En parler " se dit " prataomdet ", en suédois. C'est le mot du moment. Il est partout, il a envahi la micromessagerie Twitter, les blogs, les colonnes des journaux, les émissions de radio et de télévision. Il résume le débat dont s'est emparée la société suédoise ces dernières semaines sur les limites de cette " zone grise " sexuelle dont les détours se perdent dans le mystère d'une chambre à coucher entre deux personnes.

Johanna Koljonen est celle par qui tout est arrivé. Le 14 décembre 2010, cette journaliste indépendante habituée des pages et des émissions culturelles en Suède discute sur Twitter du cas Julian Assange. Le fondateur de WikiLeaks fait alors les gros titres dans la presse mondiale - deux Suédoises ont porté plainte contre lui et l'accusent de viol, agression sexuelle et coercition.

Un correspondant de Johanna Koljonen lui répond que, vue de Grande-Bretagne, l'affaire Assange est considérée comme une erreur judiciaire commise aux dépens de l'Australien. A 18 h 07, Johanna Koljonen lui renvoie un message un peu plus personnel : " Le fait est que je me suis retrouvée dans une situation équivalente, mais que j'étais trop naïve pour comprendre que j'aurais pu ne serait-ce qu'imposer une limite... " La discussion se poursuit et, une demi-heure plus tard, Johanna revient sur le sujet, cette fois de manière très explicite. " Je suis en fait un peu choquée de constater que c'est seulement aujourd'hui que je comprends que j'ai moi-même vécu une expérience de "sexe par surprise". "

Et à partir de là, elle raconte, par tranches de 140 signes de texte, son expérience : un soir elle couche avec un homme, volontairement, mais le lendemain matin, il profite de son demi-sommeil pour la pénétrer " en ayant changé les règles du jeu ", c'est-à-dire sans mettre de préservatif. Quand elle s'en rend compte, elle n'ose pas l'interrompre. Exactement la situation dans laquelle s'est retrouvée l'une des deux Suédoises qui ont porté plainte contre Julian Assange. Mais Johanna explique qu'elle n'a pas porté plainte. " Parce que je n'avais pas compris que j'avais droit à des limites absolues (...), à une limite avec un homme avec qui j'avais déjà couché. "

Et Johanna continue sa confession. 18 h 55 : " Je n'ai pas osé lui dire car nous avions déjà pratiqué la sodomie. Et j'ai l'impression que j'avais renoncé... " 18 h 56 : " Au droit de dire "non, mon salaud, je ne veux pas maintenant et pas comme ça", juste parce que j'ai accepté autre chose avant. " 18 h 57 : " Merde, qu'est-ce qu'on peut être endoctrinée quand même. C'est bien le plus embarrassant sur quoi j'ai jamais twitté, pas sur le fait que j'ai parlé de sodomie... " 18 h 57 : " Mais parce que je suis une si mauvaise féministe qui n'avait pas compris ou bien n'avait pas tracé de limite. "

A partir de là, le débat s'emballe. Johanna Koljonen reçoit très vite des messages amicaux qui la félicitent pour son courage, parce qu'elle ose raconter. La machine est lancée, des témoignages similaires déferlent sur Twitter. Dans l'heure qui suit, une stratégie se dessine parmi le groupe, où l'on compte beaucoup de journalistes. Les douze premières volontaires vont faire le siège de leur rédaction pour publier le lundi suivant un témoignage personnel sur cette descente dans la zone grise.

Effet boule-de-neige garanti. " J'avais peur d'écrire. Et puis j'ai vu la vague de témoignages que les gens commençaient à publier. Et il s'est passé quelque chose en moi. Et ce quelque chose, c'est la honte qui a disparu ", raconte au Monde Sonja Schwarzenbergen, une jeune journaliste de 30 ans, ancienne rédactrice en chef d'un magazine féministe.

Depuis, ça n'arrête pas. Un exemple parmi des milliers d'autres : le 3 janvier, " EmmaEll " raconte son histoire, un lendemain de fête où elle avait beaucoup trop bu. Elle réalise que le copain de la veille, qui s'était allongé près d'elle dans la chambre, a éjaculé en elle. Elle se lave désespérément, part se recoucher, essaye de dormir, pleure. Elle raconte ensuite cette soirée à son petit ami, celui pour lequel elle se réservait. " Il est hors de lui. Je lui dis que je ne voulais pas. Il dit qu'il va porter plainte contre l'autre pour viol. Non, ne fais pas ça ! Pourquoi ? Parce que j'aurais pu dire non. "

Agression ou pas ? Existe-t-il une " zone grise " où il est difficile de savoir s'il s'agit d'une agression ou simplement d'une mauvaise expérience sexuelle ?

Le débat a pris d'autant plus d'ampleur en Suède qu'il est intervenu après un fait-divers qui a bouleversé la Suède. Un fait divers où, comme dans l'affaire Assange, le soupçon se porte contre la victime tandis que l'auteur supposé du délit - un homme populaire dans les deux cas - bénéficie d'un soutien aveugle.

En mars 2009, Linnea, 14 ans, a été violée dans les toilettes de l'école de Bjästa, un village du nord de la Suède. Elle dénonce Oskar, un garçon de son école. Interrogé par la police, le garçon nie tout en bloc. Mais la rumeur s'insinue. Elle dit que Linnea a porté plainte pour viol pour se venger d'Oskar, qui ne voulait pas sortir avec elle. Les écoliers, mais aussi les adultes du village prennent le parti d'Oskar. La justice, elle, enquête. Elle s'appuie notamment sur des aveux qu'il a effectués lors d'un interrogatoire - il reviendra plus tard dessus. Le tribunal, puis la cour d'appel, donnent du crédit à la version de l'adolescente. Mais le village prend fait et cause pour le garçon : 2 000 personnes signent une pétition demandant sa libération ; un groupe Facebook rassemble 4 000 partisans. Sur Internet, la jeune fille est traînée dans la boue.

Lors de la cérémonie de fin d'année scolaire, Oskar est accueilli par des applaudissements, dans l'église résonnent des cris de soutien. Le soir même, Oskar va violer une jeune fille de 17 ans. Il sera condamné pour les deux viols. Ce harcèlement collectif, révélé par un blog puis par un documentaire, a jeté l'opprobre sur le village, dont le curé a présenté des excuses publiques.

C'est dans ce contexte qu'il faut placer le débat actuel, qui n'a rien de juridique. " Un non est un non partout, mais ce qui est intéressant, ce sont les situations où nous aurions voulu dire non mais où nous avons laissé faire, parce qu'on est amoureux, timide, reconnaissant, impressionné, bourré, ou trop fatigué pour discuter ", explique Johanna Koljonen au Monde.

Göran Rudling, un blogueur très actif, milite pour l'instauration d'une loi sur le consentement, où les partenaires devront exprimer clairement leurs intentions. " Cette histoire de préservatif est un rideau de fumée, dit-il. Un homme ne peut pas comprendre un non qui n'a jamais été dit. Moi je dis qu'il n'y a pas de zone grise. Un non doit être exprimé en mots, ou en gestes. Aujourd'hui, la loi suédoise s'applique s'il y a viol, violence, menace. En caricaturant, la loi dit que les femmes veulent faire l'amour tout le temps, jusqu'à ce qu'elles disent non, ce qui est absurde, car elles doivent prouver qu'elles ont dit non. "

Cela explique selon lui qu'en dépit des apparences, les tribunaux suédois ont souvent du mal à juger des viols. Le problème, pour Göran Rudling, est que les gens ne connaissent pas la différence entre vouloir et consentir. " On peut consentir à quelque chose que l'on ne veut pas, dit-il pour justifier son militantisme. Quelle que soit la raison, si une femme n'oppose pas de résistance ou ne dit pas non, elle consent. Aujourd'hui, les hommes s'efforcent de ne pas entendre non. Avec une telle loi sur le consentement, ils devront s'efforcer d'avoir un oui. "

Sage-femme et chercheuse sur la sexualité des jeunes, Eva Wendt en appelle à une amélioration de l'éducation sexuelle. " Les jeunes sont désemparés, car ils voient la sexualité comme quelque chose d'extrêmement exigeant. Nous avons tous une responsabilité pour améliorer leur confiance en eux. "

D'entrée, Johanna Koljonen a mis le doigt sur un paradoxe : dans ce pays si égalitaire qu'est la Suède, où le féminisme est largement répandu, où les femmes plus qu'ailleurs ont gagné de haute lutte le droit au respect, comment peut-il y avoir autant de malentendus ? Sa réponse : " Il faut en parler. "

Dans l'affaire Assange, deux jeunes femmes reprochent au fondateur de WikiLeaks de leur avoir fait l'amour sans préservatif. Dans les deux cas, Julian Assange nie la moindre agression, disant que la relation était consentie au départ. C'est sur la base de ce malentendu, et parce que les deux Suédoises ont été traînées dans la boue, notamment sur Internet - sur le thème " elles ont eu ce qu'elles méritaient " -, que le débat s'est enflammé en Suède. Julian Assange lui-même a mis de l'huile sur le feu en accusant la Suède d'être " l'Arabie saoudite du féminisme ". Les Suédois sont-ils victimes d'un certain mythe suédois ? Dans Un été avec Monika (1953), Ingmar Bergman a filmé la jeune Harriet Andersson, à la sexualité très libre, en train de se baigner nue : la scène avait accrédité l'idée d'un " péché suédois ", qui voudrait qu'une femme libre soit une femme facile.

Pour voir l'autre face du mythe suédois et mieux comprendre le débat actuel, il convient toutefois de revoir Un été avec Monika et de réinterpréter le long regard face caméra d'Harriet Andersson, alors qu'elle s'apprête à recoucher avec un homme qu'elle vient de plaquer. Ce regard, Jean-Luc Godard, l'avait qualifié de " plan le plus triste de l'histoire du cinéma ".

Olivier Truc

© Le Monde

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Re: Agression ou mauvaise expérience ? La question du consentement sexuel

Message par Abraxas le Lun 7 Fév - 15:55

Retour du politiquement correct des années 80-90.
Demandons l'autorisation systématiquement. Par écrit, si possible, comme ça, pas de contestation.
C'est pour le coup que les plans vont être tristes…
Et si je rajoute à tout ça la réécriture de l'histoire par ceux / celles qui ne sont plus amoureux…
Il va y en avoir, des dérives…

Abraxas
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Re: Agression ou mauvaise expérience ? La question du consentement sexuel

Message par Marie Laetitia le Lun 7 Fév - 16:23

Je trouve votre réaction, Abraxas, un peu catégorique. Car cela pose la question du viol (indépendamment du genre/sexe du responsable) dans le couple, au moins pour *certains* récits rapportés ici. Ce n'est pas anodin, pas seulement une question de politiquement correct.

La question est d'autant plus intéressante que cette zone grise est particulièrement étendue chez nombre de collégiens aujourd'hui, du fait de l'absence d'éducation au respect dans beaucoup de familles (par incapacité à aborder "ces choses-là", par incapacité des parents à agir comme parents, contre modèle parental, bref toutes sortes de raisons).

Cela me fait penser (même si cet exemple va au de-là) de cette 4e à qui il a fallu expliquer que non, se faire battre jusqu'à ce qu'elle accepte des relations sexuelles avec son copain de 3e n'était pas normal pour une femme...

La question de la "zone grise" entre adultes n'est pas la même qu'entre mineurs ou dans des affaires impliquant des mineurs, il est vrai. Mais l'un influence l'autre.

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Il y a un temps pour tout, un temps pour les larmes, un temps pour les rires, un temps pour se lamenter et un temps pour danser.
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Si tu crois encore qu'il nous faut descendre / Dans le creux des rues pour monter au pouvoir / Si tu crois encore au rêve du grand soir / Et que nos ennemis, il faut aller les pendre
Dis-le-toi désormais / Même s'il est sincère / Aucun rêve jamais / Ne mérite une guerre / On a détruit la Bastille / Et ça n'a rien arrangé / On a détruit la Bastille / Quand il fallait nous aimer
Mon ami, je crois que tout peut s'arranger / Sans cris sans effroi même sans insulter les bourgeois / L'avenir dépend des révolutionnaires / Mais se moque bien des petits révoltés / L'avenir ne veut ni feu ni sang ni guerre / Ne sois pas de ceux-là qui vont nous les donner (J. Brel, La Bastille)

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Re: Agression ou mauvaise expérience ? La question du consentement sexuel

Message par Abraxas le Mar 8 Fév - 6:03

Il y a chez les gosses (jusqu'à 18-20 ans…) une influence que l'on sous-estime de la pornographie. Ils finissent par se représenter eux-mêmes comme de la viande.
C'est d'érotisme qu'ils auraient besoin. Et tout ce qu'on leur propose, sur le Net et ailleurs, ce sont des représentations extérieures (dans la pornographie, tout est fait pour le spectateur, à commencer par les positions) qui à force amènent à s'objectiver complètement (d'où la vogue des représentations SM, au passage — alors que les vrais pratiquants restent une minorité). Une bonne partie du problème est là : il ne s'agit pas du tout de machisme à l'ancienne, mais de quelque chose de tout à fait nouveau.

Abraxas
Grand sage


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