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Artémis
Fidèle du forum

Textes sur le pouvoir pour ECJS

par Artémis le Jeu 10 Fév - 18:49
J'ai récupéré avec joie humhum des élèves de 1ère en ECJS, et comme je ne sais pas trop ce qu'il faut faire (et que je n'ai pas envie de le savoir), j'ai décidé de les faire travailler sur l'image du pouvoir à travers la littérature. Je me dis qu'au moins ça les aidera pour le bac.
J'ai pensé à des textes de Machiavel, des Humanistes en général, des textes des Lumières, La Fontaine, aux contre-utopies du XXe siècle. Je n'ai pas encore eu le temps de réfléchir aux textes antiques, j'irai fouiller chez Platon.
Mais s'il y a des textes ou auteurs sur ce thème auxquels vous pensez, ou que vous aimez bien, je prends note ! Merci !
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John
Médiateur

Re: Textes sur le pouvoir pour ECJS

par John le Jeu 10 Fév - 18:59
De toute façon, ce n'est pas si loin du programme d'ECJS !

http://www.education.gouv.fr/bo/2000/hs7/vol5civ.htm

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Ruthven
Monarque

Re: Textes sur le pouvoir pour ECJS

par Ruthven le Jeu 10 Fév - 18:59
Foucault, Surveiller et punir, essentiellement pour mettre en crise l'idée du pouvoir monolithique à remplacer par une analyse des micro-pouvoirs

Si tu es d'humeur philosophe, tu peux aussi travailler sur la genèse contractualiste du pouvoir chez Hobbes et Rousseau. Pour Hobbes, il est intéressant de les faire travailler sur le frontispice du Léviathan (très bonne analyse de H. Bredekamp, Stratégies visuelles de Hobbes, lisible sur Google Books).

Chez Platon, tu peux aller voir les livre VI-VII de la République pour les philosophes-rois et le livre VIII sur les régimes.

Du côté du théâtre, il y a le pouvoir glorieux de Cinna qui s'illustre par la magnanimité chez Corneille, et la folie de Richard III chez Shakespeare.

La visibilité est un enjeu de pouvoir ; le pouvoir se montre (dans la période classique) pour écraser, ou observe (au tournant du XVIIIème et du XIXème siècle). Cf. sur ce point les analyses de Foucault dans Surveiller et punir (notamment le chap. 2 sur « l’éclat des supplices »). Pour compléter, sur le spectacle de la guillotine, cf. D.Arasse, La guillotine et l’imaginaire de la Terreur.
Le spectacle du pouvoir a une valeur idéologique ; le pouvoir investit notamment les arts pour se représenter (glorification, mais aussi formation de valeurs nouvelles). C’est au cœur de l’absolutisme de Louis XIV : Cf. les analyses de J.-M.Apostolidès (Le prince sacrifié. Théâtre et politique au temps de Louis XIV et Le roi-machine. Spectacle et politique au temps de Louis XIV (texte en PJ)) ; c’est encore manifeste dans l’architecture de Versailles (cf. G.Sabatier, Versailles ou la figure du roi. Des éléments sans doute dans L.Marin, Le portrait du roi.
Plus généralement, voir G.Leclerc, Le regard et le pouvoir, PUF, 2006.

En psycho sociale, tu peux penser à l'expérience de Milgram ou à celle de Zimbardo (mise en scène dans le film L'expérience) pour montrer comment les structures d'autorité brisent les noyaux d'individualité ...
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John
Médiateur

Re: Textes sur le pouvoir pour ECJS

par John le Jeu 10 Fév - 19:04
Il y aurait aussi Tocqueville, De la démocratie en Amérique, le Contrat social de Rousseau et les essais de Benjamin Constant

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Ruthven
Monarque

Re: Textes sur le pouvoir pour ECJS

par Ruthven le Jeu 10 Fév - 19:07
A propos des p.33-37 de Surveiller et punir, j'ai ceci en stock :

« Le pouvoir, ça n’existe pas… (…) Le pouvoir, c’est en réalité des relations, un faisceau plus ou moins organisé, plus ou moins pyramidalisé, plus ou moins coordonné, de relations. » (Le jeu de Michel Foucault, in Dits et écrits II, p.302).

La question du pouvoir est centrale dans Surveiller et punir ; mais le pouvoir que révèle l’enquête foucaldienne n’est pas le pouvoir centralisé du politique, ce n’est pas le pouvoir juridique qui naît du contrat. Le pouvoir foucaldien est réticulaire, réseau dispersé qui traverse une multiplicité. C’est à travers une histoire des châtiments que l’auteur va repérer l’exercice de ce pouvoir. Le corps apparaît comme la cible privilégiée du pouvoir, quelle que soit la nature du châtiment. Cela ne va pas, cependant sans poser de problème : en effet, si la pénalité moderne vise à redresser l’âme du criminel, dans quelle mesure est-il légitime de penser l’exercice du pouvoir sur le corps ? En quoi une histoire des corps punis permet-elle de comprendre la pénalité moderne si justement celle-ci évite de punir le corps ? La thèse de Foucault est de poser que l’âme moderne est le corrélat de l’exercice du pouvoir sur le corps.

Le corps comme entité biologique a déjà fait l’objet d’une histoire ; la revue des Annales par exemple en 1969 consacre un numéro à « Histoire biologique et société ». Ce n’est pas sur ce plan que se situe Foucault, mais sur un plan politique ; le corps est « plongé dans un champ politique » où il devient la cible du pouvoir, quels qu’en soient les modes d’application (supplice, dressage…), c’est-à-dire aussi bien dans la société d’Ancien Régime que dans la société disciplinaire.
La question du pouvoir exercé sur le corps a un rôle majeur dans l’économie. En effet, l’enjeu premier est la force de travail du corps (corps productif), qui suppose son assujettissement, c’est-à-dire sa soumission (corps assujetti). L’assujettissement est la condition de l’utilisation de la force de travail ; la maîtrise apparaît comme ce qui rend la production possible. La question centrale demeure alors celle de l’assujettissement.
Foucault se démarque tant d’une conception du pouvoir souverain, en particulier de sa forme contractualiste, que d’une vulgate marxiste qui ferait dépendre le pouvoir de l’Etat, lui-même expression et défense des intérêts de la classe dominante. Si la question économique, dans l’utilisation du corps comme force productrice, est essentielle, elle ne suffit pas à elle seule à penser le pouvoir : « cet investissement politique du corps est lié, selon des relations complexes et réciproques, à son utilisation économique ». A travers la notion de technologie politique, Foucault théorise d’une manière nouvelle la notion de pouvoir.
Qu’est-ce qui fait qu’on se soumet à un pouvoir ? On peut distinguer d’après Foucault, trois éléments :
- par la violence : dans cette configuration, il s’agit d’un rapport de forces non seulement direct mais qui suppose une atteinte à l’intégrité corporelle ou une menace à son égard (la violence semble faire usage, d’après Foucault, de la terreur ou des armes). Comme il le remarque dans « Le sujet et le pouvoir », « ce qui définit une relation de pouvoir, c’est un mode d’action qui n’agit pas directement et immédiatement sur les autres, mais qui agit sur leur action propre. Une action sur l’action, sur des actions éventuelles, ou actuelles, futures ou présentes. Une relation de violence agit sur un corps, sur des choses : elle force, elle plie, elle brise, elle détruit : elle referme toutes les possibilités ; elle n’a donc auprès d’elle d’autre pôle que celui de la passivité ; et si elle rencontre une résistance, elle n’a d’autre choix que d’entreprendre de la réduire. »
- par l’idéologie : il s’agit ici d’un assujettissement qui passe par le discours ou la croyance.
- par les technologies politiques qui s’exercent de manière diffuse, non centralisée. L’analyse foucaldienne du pouvoir ne porte pas sur la genèse de l’Etat, sur sa légitimité, mais sur un niveau beaucoup plus fin ou restreint, celui qui s’exerce localement sur les corps, pas seulement sous la forme d’interdiction mais encore sous celle de discipline, ce qui le conduit à parler de « microphysique du pouvoir ».
G .Deleuze, dans son ouvrage consacré à Foucault, a souligné comment Foucault rompait avec la conception traditionnelle du pouvoir, notamment avec six postulats :
1) Postulat de la propriété : « le pouvoir serait la « propriété » d’une classe qui l’aurait conquis » ; or pour Foucault, le pouvoir s’exerce plus qu’il ne se possède.
2) Postulat de la localisation : « le pouvoir serait pouvoir d’Etait, il serait lui-même localisé dans un appareil d’Etat » ; or pour Foucault, le pouvoir est réticulaire, disséminé, il n’est pas dans une institution particulière.
3) Postulat de la subordination : « le pouvoir incarné dans l’appareil d’Etat serait subordonné à un mode de production comme à une infrastructure » ; or pour Foucault, la détermination économique du pouvoir n’est pas la dernière instance, car le champ économique lui-même est déjà traversé par les rapports de force du pouvoir (par exemple dans l’atelier ou dans l’usine).
4) Postulat de l’essence ou de l’attribut : « le pouvoir aurait une essence et serait un attribut, qui qualifierait ceux qui le possèdent (dominants) en les distinguant de ceux sur lesquels il s’exerce (dominés) » ; or pour Foucault, le pouvoir n’est pas un attribut, mais un « ensemble de rapports de forces, qui ne passe pas moins par les forces dominées que par les dominantes ».
5) Postulat de la modalité : « le pouvoir agirait par violence ou par idéologie » ; or pour Foucault, le pouvoir ne se réduit ni à l’une ni à l’autre, la violence et l’idéologie présupposant un agencement dans lequel elles s’exercent.
6) Postulat de la légalité : « le pouvoir d’Etat s’exprimerait dans la loi, celle-ci étant conçue tant comme un état de paix imposé aux forces brutes, tantôt comme le résultat d’une guerre ou d’une lutte gagnée par les plus forts (mais dans les deux cas la loi est définie par la cessation contrainte ou volontaire d’une guerre et s’oppose à l’illégalité qu’elle définit par exclusion) ». Foucault remplace l’opposition illégalité-loi par une corrélation illégalismes-lois ; la loi apparaît comme une gestion des illégalismes.
Cette nouvelle conception du pouvoir va de pair avec la reconnaissance de sa solidarité avec le savoir.
C’est un lieu commun de dire que le pouvoir est du domaine de l’action alors que le savoir serait purement théorique : pour s’émerveiller devant le monde, et l’observer dans son détail, il faudrait mettre entre parenthèses la volonté d’appropriation, de domination, de modification. Le savoir, dans ce cas, n’existerait qu’en échappant à toute forme d’instrumentalisation et de tout dévoiement idéologique ; il se caractériserait par sa neutralité et son objectivité. Cette dissociation mythique entre le savoir et le pouvoir a pris son essor en Grèce : « L’Occident va être dominé par le grand mythe selon lequel la vérité n’appartient jamais au pouvoir politique, le pouvoir politique est aveugle, le véritable savoir est celui qu’on possède quand on est en contact avec les dieux ou quand on se souvient des choses, quand on regarde le grand soleil éternel ou que l’on ouvre les yeux à ce qui s’est passé. Avec Platon commence un grand mythe occidental : qu’il y a antinomie entre savoir et pouvoir. » (M.Foucault, « La vérité et les formes juridiques » in Dits et écrits II, p.1438).
Or il s’avère qu’il y a implication réciproque entre le pouvoir et le savoir ; il ne s’agit pas de deux domaines autonomes, dont l’un serait mis au service de l’autre, mais il faut comprendre que le pouvoir génère du savoir. La neutralité du sujet connaissant est un leurre ; en effet, le sujet connaissant est partie prenante d’un système qui n’est pas hors du pouvoir. Le champ du savoir se comprend alors comme l’expression de forces : « derrière tout savoir, derrière toute connaissance, ce qui est en jeu, c’est une lutte de pouvoir. Le pouvoir politique n’est pas absent du savoir, il est tramé avec le savoir. » (M.Foucault, « La vérité et les formes juridiques » in Dits et écrits II, p.1438). L’examen médical, psychiatrique, par exemple, fait de l’individu un cas et un objet de savoir qui devient contrôlable.
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Artémis
Fidèle du forum

Re: Textes sur le pouvoir pour ECJS

par Artémis le Jeu 10 Fév - 19:22
C'est génial, merci ! yesyes Je vais regarder tout cela !
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Re: Textes sur le pouvoir pour ECJS

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