Un brûlot anti-fonctionnaires

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

Un brûlot anti-fonctionnaires

Message par John le Ven 4 Mar 2011 - 1:56



http://www.contrepoints.org/2011/02/28/15031-letat-des-fonctionnaires

L’État des fonctionnaires

Publié le 28/02/2011

Revue de l’ouvrage d’Agnès Verdier-Moulinié, Les Fonctionnaires contre l’État, Albin Michel, 2011.

« Au-delà de leur remarquable solidarité, les agents du service public ont d’autres qualités : leur force d’inertie, leur réactivité et leur inventivité que la majorité d’entre eux ont choisi de mettre au service d’une grande cause : leur intérêt. »

Voilà une description résumant fort bien le propos de l’ouvrage, qui est de dénoncer les travers d’une caste bien de chez nous : les fonctionnaires. L’auteur déboulonne un à un les mythes fumeux qui masquent la réalité peu reluisante de la fonction publique. Il suffit de lire les titres : « Le sabotage de l’intérêt général », « Au service de tout… sauf du public ! », « Ils vivent au-dessus de nos moyens », et j’en passe.

Quelques vérités qui fâchent

La fonction publique est parée, en France, d’une aura de sacralité : elle serait au service de l’intérêt général, d’un dévouement absolu, d’un désintérêt complet… C’est en tout cas ce que répètent à longueur de temps les syndicats. Agnès Verdier-Moulinié montre largement en quoi tout cela est faux.

Il serait fastidieux de reprendre les nombreux exemples du livre. Je signalerai uniquement le sort malheureux des contractuels, ces précaires du service public ; il faut bien compenser l’hyperrigidité du statut des uns, par l’hyperflexibilité du statut des autres. Et c’est finalement ce qui est passionnant, c’est que cette histoire de la fonction publique est l’exact reflet des tares du prétendu modèle français : tout pour les happy fews, et des miettes pour les autres.

La fonction publique telle qu’en elle-même

Finalement, le livre montre la fonction publique pour ce qu’elle est : une aristocratie nouvelle. Comme toute aristocratie, elle fait tourner l’État à son profit. Les privilèges dont elle est nantie ne sont, certes, plus héréditaires (quoique : 41% des enfants de fonctionnaires deviennent à leur tour fonctionnaires), mais ils sont tout aussi illégitimes. Effectivement, en quoi un concours, réussi même brillamment, peut-il déterminer à jamais la valeur professionnelle d’une personne ?

Sans compter que ces concours n’ont que peu à voir avec les qualifications effectivement requises pour assurer convenablement la fonction candidatée. Étant enseignant moi-même, je puis témoigner de l’inadaptation consternante des concours avec la réalité de l’enseignement…

Les responsabilités

Elles sont nombreuses. À la source, il y a le marchandage entre les gaullistes et les communistes, en 1946-1948, grâce auquel ces derniers purent imposer un statut de la fonction publique taillé sur mesure. Le début des années Mitterrand ne fut pas triste non plus…

Mais pour qu’une situation aussi dégradée perdure aussi longtemps, il faut des responsabilités plus partagés. Et nous trouvons pêle-mêle : les syndicats hypocrites, les couards politiques, les agents obnubilés par leur statut. Le livre donne cependant une image plus positive de Nicolas Sarkozy, dont certaines citations montrent qu’il a claire conscience des problèmes. Mais il me semble trop brouillon et balourd pour être efficace. Pour s’atteler avec succès à la tâche, il faudrait un mélange de dynamisme à la Sarkozy, de gravité à la Jospin et de rouerie à la Mitterrand… Et beaucoup de volonté, à la Thatcher.

Un ouvrage à lire

On peut, bien sûr faire quelques reproches au livre d’Agnès Verdier-Moulinié. Son style, un peu léger, donne l’impression d’un ouvrage vite écrit. L’inconvénient c’est ainsi de prêter le flanc au reproche de la démagogie anti-fonctionnaire primaire. La faiblesse de l’introduction et de la conclusion trahit un défaut de problématisation et de mise en perspective, lesquelles auraient pu donner davantage de corps et de poids à l’ouvrage.

Mais l’avantage de ces défauts, c’est que le livre est court et d’une lecture facile, il n’assomme pas par une avalanche de statistiques (même si elles sont inévitables) ou par un jargon technocratique. Il est donc à recommander à ceux qui aimeraient se faire une vue synthétique du désastre (mais on n’apprendra rien de spécialement nouveau). On peut aussi y renvoyer un contradicteur qui n’aurait pas, de bonne foi, conscience de ces réalités… pour l’initier en douceur.

On regrette aussi que le dernier chapitre, qui donne un aperçu des réformes faites à l’étranger, soit si bref. Or, pour les Français, trop habitués à se regarder le nombril, il est urgent de montrer qu’ailleurs, ça fonctionne (et ça fonctionne) autrement. On devrait, semble-t-il, méditer l’exemple de la Suède où, pourtant au départ, la situation ressemblait furieusement à la nôtre.

Pour aller plus loin, il y a une petite bibliographie à la fin. On peut aussi lire les ouvrages de Bernard Zimmern, comme La Dictature des syndicats, ou, plus technique mais totalement à l’abri du reproche de démagogie populiste, le bon Service public, sortir de l’imposture, de Michel Brulé et Michel Drancourt.

_________________
Quis adjuvat ipsos adjutores ?
"Quand on reconnaît une liberté, il faut en faire un droit." (F. de Closets)
En achetant vos livres, cd et dvd à ce lien, vous nous aidez, sans frais, à gérer le forum. Merci !

John
Admin


Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un brûlot anti-fonctionnaires

Message par stench le Ven 4 Mar 2011 - 8:32

Je vais economiser 15 euros : je le sais déjà, que je suis contre l'Etat Razz

stench
Esprit éclairé


Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un brûlot anti-fonctionnaires

Message par Edgar le Ven 4 Mar 2011 - 9:07

John a écrit:

http://www.contrepoints.org/2011/02/28/15031-letat-des-fonctionnaires

L’État des fonctionnaires

Publié le 28/02/2011

Revue de l’ouvrage d’Agnès Verdier-Moulinié, Les Fonctionnaires contre l’État, Albin Michel, 2011.

« (...) Je signalerai uniquement le sort malheureux des contractuels, ces précaires du service public ; il faut bien compenser l’hyperrigidité du statut des uns, par l’hyperflexibilité du statut des autres. Et c’est finalement ce qui est passionnant, c’est que cette histoire de la fonction publique est l’exact reflet des tares du prétendu modèle français : tout pour les happy fews, et des miettes pour les autres.

Et tout le monde sait bien que réussir les grands concours de la fonction publique se fait non avec un travail acharné mais avec de la chance.

Finalement, le livre montre la fonction publique pour ce qu’elle est : une aristocratie nouvelle. Comme toute aristocratie, elle fait tourner l’État à son profit. Les privilèges dont elle est nantie ne sont, certes, plus héréditaires (quoique : 41% des enfants de fonctionnaires deviennent à leur tour fonctionnaires), mais ils sont tout aussi illégitimes. Effectivement, en quoi un concours, réussi même brillamment, peut-il déterminer à jamais la valeur professionnelle d’une personne ?

Peut-être pas à jamais, mais qu'est ce qui garantit la valeur professionnelle de qui que ce soit "à jamais" ? Et au moins, par exemple dans notre profession, un concours réussi brillamment, ou moyennement même, c'est déjà beaucoup plus qu'un concours raté ou jamais tenté qui ne garantit pas que l'on soit réciproquement plus qualifié pour exercer qu'un titulaire. Je ne veux pas entrer dans la polémique, je précise juste que je travaille depuis des années avec des collègues vacataires ou contractuels différents dans ma discipline (anglais) et que les dégâts (désolé pour le terme) dans les classes sont quand même assez importants, même si je ne peux jamais rien dire tout haut; reprendre une classe derrière avec des élèves qui n'ont pas fait le programme, ont été évalués je ne sais sur quoi ni comment, ce n'est pas une sinécure et j'en suis las.

Sans compter que ces concours n’ont que peu à voir avec les qualifications effectivement requises pour assurer convenablement la fonction candidatée. Étant enseignant moi-même, je puis témoigner de l’inadaptation consternante des concours avec la réalité de l’enseignement…

Ils ont l'avantage de faire un certain tri, et de nos jours, vu le degré de confiance très moyen que l'on peut accorder au niveau réel des gens qui ont reçu un diplôme universitaire, cela peut être utile.




Outre mes commentaires en gras dans la citation ci-dessus, je n'ai pas lu ce bouquin donc je m'en tiens juste à ce qui était mentionné ici. Je n'ai pas envie de lire ce genre de choses, mais c'est vraiment dans l'air du temps. Il y a vraiment une sorte de pesanteur gravitationnelle qui veut ramener tout le monde vers le bas et qui suspecte quiconque a réussi à obtenir une situation par son travail de détenir des privilèges aristocratiques. C'est quand même mortifère comme forme de pensée.

J'entendais hier soir un journaliste de radio (France info) évoquer le fait que le Président de la République n'avait que peu de respect pour les grands corps constitués, et je cite, qu'il se demandait si selon lui "un jeune soldat allant se faire tuer sur je ne sais quel conflit en Afghanistan ou ailleurs n'était pas considéré exactement comme un postier". Je crois que l'on touche là de toutes façons à un état d'esprit qui est partagé par ses électeurs, et qui n'est pas nouveau, de défiance vis à vis de tout ce qui touche à l'Etat et à ceux qui le font fonctionner, et que plus vite on l'aura affaibli et soumis, plus vite ... (et bien je ne sais pas trop ce qu'il y a comme utopie derrière en fait ...)

Quant à penser que les fonctionnaires, hauts ou pas hauts, sont des gens qui n'ont pas dans leur grande majorité, chevillée au corps, une certaine idée de l'Etat et du service public, c'est vraiment n'avoir rien compris à ce que nous sommes, et c'est prendre la partie pour le tout; mais ce procédé est tellement primitif et dangereusement discriminatoire que je ne sais pas comment il n'y a pas déjà une loi contre le dénigrement de la fonction publique, car ça aussi c'est dans l'air du temps.





Dernière édition par Aliks le Ven 4 Mar 2011 - 11:30, édité 1 fois

Edgar
Niveau 8


Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un brûlot anti-fonctionnaires

Message par Jane le Ven 4 Mar 2011 - 9:14

+1
Je regardais distraitement A vous de juger hier soir, et le mot de la fin de Coppé, ce fut: diminuer les dépenses de l'état (sous entendu: diminuer le nombre de dépenses pour les fonctionnaires, pas celles prévues pour nos chers ministres, hein?).
Ces gens-là, qui briguent un 2nd mandat ont visiblement l'intention inspiré l'auteur de ce livre (ou le contraire ?). Jusqu'où iront-nous ? jusqu'à quand tiendrons-nous ? No

Jane
Doyen


Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un brûlot anti-fonctionnaires

Message par Invité le Ven 4 Mar 2011 - 9:40

j'aimerais bien lire ce livre, sans toutefois avoir à débourser un centime.
Il y a sûrement des choses à prendre là-dedans.
Mais le problème, comme d'habitude, c'est que "réforme" en ce moment signifie juste "régression". Donc vaut mieux que rien ne bouge.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Un brûlot anti-fonctionnaires

Message par Kruella le Ven 4 Mar 2011 - 12:35

Chouette ! je viens d'apprendre que je suis, depuis septembre, aristocrate-stagiaire ! yesyes

Kruella
Fidèle du forum


Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un brûlot anti-fonctionnaires

Message par Marie Laetitia le Ven 4 Mar 2011 - 12:47

Le problème est comme d'habitude dans le sujet: "les fonctionnaires". Or ça ne veut rien dire. L'affaire Zoé Sheppard a fait du mal (justifié sans doute pour la structure dont elle parlait). On a tous connu des profs qui faisaient mal leur boulot, dont les élèves apprenaient moins bien, et moins tout court, que ceux des salles à côté.

Ce qui me gêne là-dedans, c'est que l'enquêtrice soit une journaliste or ce genre d'évaluation de fonds (car c'est l'objet du livre) va susciter une polémique, alors qu'un travail sérieux, par un sociologue, serait beaucoup plus fiable. Mais on touche là au fondement du métier de journaliste, est-ce leur mission d'écrire ce genre d'ouvrage? C'est valable pour tous les écrits de journalistes, y compris celui de S. Coignard dont on parlait récemment. Ce genre d'ouvrage peut être juste, ou pas. Et quand je vois :

Son style, un peu léger, donne l’impression d’un ouvrage vite écrit. L’inconvénient c’est ainsi de prêter le flanc au reproche de la démagogie anti-fonctionnaire primaire. La faiblesse de l’introduction et de la conclusion trahit un défaut de problématisation et de mise en perspective, lesquelles auraient pu donner davantage de corps et de poids à l’ouvrage.


pour moi c'est rédhibitoire; alors que j'ai bien aimé (oui j'avoue) ses propos l'autre jour sur Inter. A ceci près que je ne suis pas toujours d'accord avec ses conclusions.

_________________
Il y a un temps pour tout, un temps pour les larmes, un temps pour les rires, un temps pour se lamenter et un temps pour danser.
__________________________________________________________

Si tu crois encore qu'il nous faut descendre / Dans le creux des rues pour monter au pouvoir / Si tu crois encore au rêve du grand soir / Et que nos ennemis, il faut aller les pendre
Dis-le-toi désormais / Même s'il est sincère / Aucun rêve jamais / Ne mérite une guerre / On a détruit la Bastille / Et ça n'a rien arrangé / On a détruit la Bastille / Quand il fallait nous aimer
Mon ami, je crois que tout peut s'arranger / Sans cris sans effroi même sans insulter les bourgeois / L'avenir dépend des révolutionnaires / Mais se moque bien des petits révoltés / L'avenir ne veut ni feu ni sang ni guerre / Ne sois pas de ceux-là qui vont nous les donner (J. Brel, La Bastille)

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un brûlot anti-fonctionnaires

Message par Invité le Ven 4 Mar 2011 - 13:10

je ne sais pas si elle est/ a été journaliste, j'ai compris qu'elle dirigeait un institut de recherche sur la Fonction Publique (pour trouver quoi? je me le demande!)

Si les gens ont des choses à dire, je ne vois pas où est le problème à ce qu'ils publient. Même si ce sont des conneries, même si c'est outrancier, même si c'est mal écrit. Chacun est libre de les écouter ou de les lire.

Je suis en train de lire le bouquin de Coignard qui me plonge dans une déprime sans nom. On est vraiment mal barrés à l'EN, tiens ben justement à cause des "aristocrates" de la technostructure...

De toute manière TOUT livre ou article (surtout critique) traitant de la fonction publique déchaîne les passions anti-fonctionnaire primaires. Ce n'est pas une raison pour ne pas critiquer la FP.

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Un brûlot anti-fonctionnaires

Message par scoeurs le Ven 4 Mar 2011 - 13:21

La fonction publique n'est pas parfaite mais pour les fourmis laborieuses que sommes pour un certain nombre, ça passe mal, franchement mal...

scoeurs
Niveau 8


Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un brûlot anti-fonctionnaires

Message par Invité le Ven 4 Mar 2011 - 15:22

scoeurs a écrit:La fonction publique n'est pas parfaite mais pour les fourmis laborieuses que sommes pour un certain nombre, ça passe mal, franchement mal...


faut apprendre à se détacher des critiques générales et exagérées, hein!

Invité
Invité


Revenir en haut Aller en bas

Re: Un brûlot anti-fonctionnaires

Message par Dani le Ven 4 Mar 2011 - 16:37

Jane a écrit:+1
Je regardais distraitement A vous de juger hier soir, et le mot de la fin de Coppé, ce fut: diminuer les dépenses de l'état (sous entendu: diminuer le nombre de dépenses pour les fonctionnaires, pas celles prévues pour nos chers ministres, hein?).
Ces gens-là, qui briguent un 2nd mandat ont visiblement l'intention inspiré l'auteur de ce livre (ou le contraire ?). Jusqu'où iront-nous ? jusqu'à quand tiendrons-nous ? No


jusqu'où ?

jusqu'à ce que nous cessions de voter pour eux, "gauche "et droite confondues

Dani
Niveau 8


Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Re: Un brûlot anti-fonctionnaires

Message par Jane le Ven 4 Mar 2011 - 19:35

en lisant ce message je viens de voir une énooooooooooorme erreur dans mon message ! lire "iront-ils" bien sûr !!!!!!!!
La réponse passera peut-être par le vote, bien que je ne sois pas convaincue que l'on atteigne un jour l'abstention généralisée. Y a qu'à voir combien les gens sont oublieux... et prompts à pardonner ! Quand je vois que l'on se félicite du retour de Juppé (qui a trempé dans des magouilles grossières), l'enthousiasme à l'idée de la candidature de Strauss-Kahn (affaire de la MNEF)... Tout ce beau monde-là est un panier à crabes repaire de repris de justice ! Twisted Evil

Jane
Doyen


Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum