Hervé Mariton (droite extrême), "chroniqueur" dans Les Echos, lance les thèmes de la campagne 2012.

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Hervé Mariton (droite extrême), "chroniqueur" dans Les Echos, lance les thèmes de la campagne 2012.

Message par John le Mer 27 Avr - 9:01

Nous voulons gagner l'élection présidentielle. Mais nous sommes dans une double erreur stratégique : le refus de prendre au sérieux la vision portée par le projet socialiste et le refus d'affirmer notre propre vision de l'avenir. Il ne suffit pas de dire que le projet socialiste est archaïque pour convaincre ; il ne suffit pas de dire que nous voulons protéger les Français pour gagner. Il y a dans le projet socialiste des propositions archaïques, ainsi du retour des emplois jeunes ou de l'encadrement des loyers, mais cet argument d'autorité ne suffit pas à tout décrire.

Les Français attachent de l'importance à l'élection présidentielle et voudront qu'on prenne au sérieux les propositions développées. L'argument de l'archaïsme ne suffit pas à qualifier la totalité du projet socialiste. La suppression du quotient familial pèsera sur les familles et leur budget, l'homoparentalité casse une certaine vision de la société, le renversement du « mix » énergétique clôt trop vite le débat : ce sont autant de mauvaises propositions, qui n'ont rien d'archaïque.

La majorité affirme depuis 2007 qu'elle est le mouvement et la gauche le conservatisme. A s'enfermer dans cette dialectique, on renonce à appliquer au projet de gauche les critiques les plus dures. La gauche n'est pas condamnable parce qu'elle serait archaïque, mais parce qu'elle porte un projet de société différent du nôtre. C'est vrai sur la bioéthique ou la famille, l'identité nationale, dont elle récuse le débat, ou la défense, qui lui paraît accessoire. Nous serions plus à l'aise à le revendiquer si nous assumions nos valeurs.

Que propose l'UMP ? La stratégie est fondée sur la protection des Français. C'est nécessaire, et parfaitement insuffisant. La protection est une priorité dans une époque secouée par la mondialisation, les flux migratoires, la crainte environnementale, le vieillissement de la population et l'affaiblissement des repères. Si nous étions incapables de répondre à ces défis, nous serions hors sujet. Cependant, au seul critère de la protection, il est à craindre que ceux qui veulent surtout une protection économique et sociale ne votent socialiste, et ceux qui la revendiquent sur l'immigration et la sécurité ne votent Front national.

Notre stratégie doit être plus audacieuse : nous faisons face à la crise, nous inscrivons notre action dans le réel, nous voulons écrire le réel de demain, pour nos enfants. Notre majorité a démontré sa crédibilité dans la réponse à la crise : nous avons fait face, protégé les Français avec le plan de relance, mobilisé le monde autour du G20. La crise n'est pas effacée, le chômage reste élevé, les déséquilibres des finances publiques sont graves, l'action doit être poursuivie. Nous avons inscrit notre action dans le réel avec la loi sur le service minimum, la réforme de l'université, la réforme des retraites, l'exonération des charges sociales et fiscales sur les heures supplémentaires, l'allégement des droits de succession... Reste à s'assurer que nous n'annonçons pas davantage que nous ne pourrions tenir. A éviter aussi, les aller-retours. La réforme de la taxe professionnelle est bienvenue, certains avaient entendu « suppression »... L'allégement des droits de succession est bien abîmé dans le projet de réforme de l'ISF. L'année qui vient doit permettre de rapprocher les annonces et les actes. Ce que nous annonçons, nous devons le faire vraiment. Quitte, avec pédagogie, à assumer que tout n'est pas réalisable tout de suite. Et puisque le réel d'aujourd'hui doit tenir compte des contraintes du monde, portons notre regard plus haut, plus loin. Proposons une vision du monde pour notre avenir, celui de nos enfants, engageons la politique adaptée à muscler la France, à développer nos talents.

Nous avons le crédit pour parler de l'avenir. Sur une vision radicalement différente de celle des socialistes. Quelle vision de l'Europe ? Refermée, comme le proposent nos adversaires, ou plus affirmée avec le sentiment fort d'une identité commune. Quelle vision de la famille ? Fragmentée, précaire, ou lieu de transmission et de durée. Quelle vision de l'éducation ? Enfermée dans des débats d'effectifs sans cesse réclamés ou tournée vers la responsabilisation des enseignants et des parents, l'apprentissage de connaissances fondamentales et de compétences professionnelles. Quelle vision de l'économie ? Contrainte et malthusienne ou libre et créative, porteuse des emplois de demain. Quelle vision de l'énergie ? Calée sur la décroissance, ou combinant efficacité de l'offre et impératif de sûreté. Le monde est plus individualiste et matérialiste que jamais. Que peut apporter un projet politique ? Seule la projection vers les générations futures, la transmission, permet de donner de l'épaisseur au projet, passer de l'individu, sans l'accuser, à la société, sans la contraindre. Pour passer de la critique à l'adhésion, osons l'avenir !

Hervé Mariton est député de la Drôme, ancien ministre

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