P. Meirieu, J.B. Pontalis : L'école et son miroir

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P. Meirieu, J.B. Pontalis : L'école et son miroir

Message par John le Ven 29 Avr 2011 - 14:01

L'école et son miroir

Dans L'école et son miroir — Regards croi­sés sur l'école d'hier et d'aujourd'hui paru le 3 mars der­nier aux Editions Jacob Duvernet, Philippe Meirieu, cher­cheur, pro­fes­seur, spé­cia­liste en sciences de l'éducation et en péda­go­gie, échange sur l'École, son passé, son pré­sent et ses carences avec Jean-Bertrand Pontalis, phi­lo­sophe, écri­vain et psychanalyste.

Cliquez ici pour accé­der à la fiche du livre : http://www.editionsjacob-duvernet.com/catalogue.php?id_book=318

Philippe Meirieu : « Le consumérisme scolaire entraîne la suspicion »

« L'école fran­çaise est en panne », « les parents comme les élèves ont perdu confiance en l'institution... » Dans l'ouvrage "L'école et son miroir — http://www.vousnousils.fr/regards-sur-l-education

"Regards croi­sés sur l'école d'hier et d'aujourd'hui" : le péda­gogue Philippe Meirieu échange avec le psy­cha­na­lyste Jean-Bertrand Pontalis sur sa vision de l'école, et ses espoirs pour l'avenir de l'institution.

Interview de Philippe Meirieu, pédagogue.

Quelles sont les dif­fé­rences majeures entre « l'école d'hier » et « l'école d'aujourd'hui » ?

Tout dépend ce qu'on nomme « école d'hier » et « école d'aujourd'hui ». Pour cer­tains, « l'école d'hier » – qu'ils lient à leur propre jeu­nesse et à leur propre réus­site – était néces­sai­re­ment meilleure, car plus sélec­tive. Et, effec­ti­ve­ment, plus une école est sélec­tive, plus elle obtient de meilleurs résul­tats... Disons donc que « l'école d'aujourd'hui », en com­pa­rai­son à celle d'hier, démocratise l'accès à l'Éducation, sans pour autant garan­tir de bons résultats. A cet égard, « l'école d'aujourd'hui » n'a pas encore com­plè­te­ment émergé, car nous avons trop cru qu'il suf­fi­sait d'en démo­cra­ti­ser l'accès pour démo­cra­ti­ser la réus­site. A ce jour, nous n'avons pas encore construit des modes de fonc­tion­ne­ment, des péda­go­gies, capables de prendre en charge et d'accompagner, de manière à la fois per­son­na­li­sée et col­lec­tive, tous les élèves. Ajoutons à cela des évolu­tions socio­lo­giques majeures qui imposent de repen­ser des ques­tions fon­da­men­tales, comme la lutte contre le zap­ping men­tal ou la construc­tion d'un cadre struc­tu­rant... et vous aurez une idée de l'importance des défis que nous avons à relever !

Dans L'École et son miroir, vous écri­vez : « Les parents comme les élèves ne sont plus dans la confiance aveugle à l'égard de l'institution sco­laire et des ses maîtres » : com­ment expliquez-vous ce changement ?

C'est une évolu­tion qui touche tous les domaines. Elle com­porte un volet inquié­tant : la méfiance sys­té­ma­tique à l'égard de maîtres et de l'institution sco­laire ; une forme de « consu­mé­risme » sco­laire qui amène les élèves et leurs familles à recher­cher le meilleur rap­port qualité/prix. Cela entraîne la sus­pi­cion, la peur d'être lésé, la judi­cia­ri­sa­tion des rela­tions entre les acteurs de l'École... Je crains qu'on ne puisse reve­nir en arrière, même de manière autoritaire, car ceux-là même qui dénoncent ce phé­no­mène au plan socio­lo­gique et poli­tique adoptent ces com­por­te­ments quand il s'agit de leurs propres enfants. La véri­table ques­tion est : com­ment prendre en compte ces demandes indi­vi­duelles pour les trans­for­mer en exi­gence col­lec­tive ? Comment renouer le dia­logue entre les acteurs sur des bases construc­tives, autour de la recherche du bien com­mun et non au tra­vers de reven­di­ca­tions indi­vi­duelles ? Il s'agit bien de construire les condi­tions d'un nou­veau pacte sco­laire entre l'École et la Nation. Un pacte où la pro­messe sco­laire soit suf­fi­sante pour que cha­cun en accepte les règles.

Vous écri­vez égale­ment que « l'école fran­çaise est en panne » : à quel(s) niveau(x) et pour­quoi ce constat ?

Notre école n'est plus un outil de pro­mo­tion sociale. Elle décou­rage les plus modestes et ne leur assure même pas le niveau mini­mum de réus­site qui leur per­met­trait de ne pas se sen­tir exclus. Et, sur­tout, notre école s'est « dés ins­ti­tu­tion­na­li­sée » : elle n'est plus une ins­ti­tu­tion, mais un ser­vice, un vaste ensemble de ser­vices de tous ordres où les indi­vi­dus cherchent la satis­fac­tion de leurs inté­rêts. Les établis­se­ments sont deve­nus des lieux de pas­sage peu ou mal struc­tu­rés, sans véri­table col­lec­tif, sans rituels forts, sans pro­jets clairs.

Que faudrait-il faire pour que ça change ? Quelles nou­velles mis­sions doit se fixer l'École ?

Je crois qu'il faut « ré ins­ti­tu­tion­na­li­ser » l'école : défi­nir un cahier des charges natio­nal rigou­reux sur les obli­ga­tions des établis­se­ments. Favoriser, dans cha­cun d'entre eux, un vrai tra­vail d'équipe et une prise en charge conti­nue appro­fon­die des élèves. Améliorer la péda­go­gie en la cen­trant sur le tra­vail effec­tif en classe...

Propos recueillis par Gérald Dudouet

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Re: P. Meirieu, J.B. Pontalis : L'école et son miroir

Message par Igniatius le Ven 29 Avr 2011 - 17:22

IL manque pas d'air quand même !
Il vient déplorer ce qu'il a patiemment mis en place, à savoir la désinstitutionnalisation de l'école.
Et maintenant, il explique qu'on aura du mal à revenir en arrière car tout le monde possède ce comportement consumériste : le pire c'est qu'il a raison !

Et la promotion sociale : il commente tranquillement alors qu'il a passé des années à expliquer qu'il fallait détruire l'école "à l'ancienne", trop reproductrice des inégalités.

C'est Tartuffe, non, qui vient à l'esprit ?

C'est à hurler !!!!!!!!!!

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