Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
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Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
haegel a écrit:Je me lance!
Ce qu'apportent les TICE? (ce que j'ai apprécié)
Un logiciel de géométrie permet d'avoir rapidement de nombreuses figures avec une même contrainte (itou pour le tableur) cela permet donc de conjecturer d'abord avec des mots, puis de mathématiser cette conjecture (avec papier et stylo ou tableau etc.) et de démontrer (avec papier , stylo, tableau etc.) " et lors des démonstrations on voit l'utilité de savoir calculer.
Les sujets de TP publiés par les IG illustrent vraiment bien ce que je viens de dire.
Aïe ! Un converti.
J'estime que l'apport essentiel de ces logiciels en géométrie est la visualisation assez rapide de lieux géométriques. Malheureusement, il n'y en a plus dans aucun programme, et il n'y a plus de géométrie en lycée.
Cherchez l'erreur.
Pour que ces logiciels soient vraiment utiles en seconde, on crée des situations artificielles de recherche d'extrema par exemple : ces situations sont en effet résolubles grâce aux logiciels, mais leur modélisation (fonctions du 3è degré ou autres en seconde par exemple) est bien trop complexe pour que l'on apporte une VRAIE preuve mathématique des variations observées par exemple.
Pour les situations mathématiquement abordables à un niveau donné, le papier et le crayon suffisent largement (voire sont plus rapides que l'utilisation de logiciels qui nécessitent des connaissances que les élèves ne possèdent plus pour créer certaines figures "liées", comme un carré sous Geogebra, qui utilisera la rotation, désormais inconnue au bataillon).
J'en déduis que l'on ne met pas les TICE au service des mathématiques, mais que l'on appauvrit toute rigueur mathématique pour faire des TICE.
C'est un choix, mais il se trouve que je suis prof de maths, pas de machines.
Tu dis que l'on s'aperçoit qu'il est nécessaire de savoir calculer : certes, mais on ne le sait plus, tout court ! Les élèves sortent du collège en n'ayant plus appris grand-chose, et on continue désormais à ne rien apprendre au lycée.
Un bon outil d'évaluation pour moi est le degré de différence entre un énoncé de devoir et le cours et les exos vus en classe : il est aujourd'hui quasi-impossible de ne pas donner une sorte de copier-coller de ce qui a été fait en classe. Nous avions une bien plus grande latitude il y a 10-15 ans, alors que les TICE n'avaient pas envahi notre espace.
J'estime que nous n'apprenons plus à raisonner aux élèves, et que ce sont là les instructions officielles : j'en veux pour preuve que les programmes de seconde se sont sentis obligés de mentionner des points de logique et de raisonnement. J'en aurais pleuré de rire si ce n'était pas tragique : alors qu'on nous demande de quitter toute rigueur (mon IPR m'a affirmé l'an dernier qu'il fallait donner tous les points à des élèves qui trouvaient les solutions d'une équation juste en effectuant des tests hasardeux), l'inspection croit sauver son image en feignant un retour aux ensembles. Rien dans le programme ne permet de manipuler la logique (les lieux géométriques, ça ça faisait cogiter).
C'est exactement ce que dit JEan Moussa dans son post précédent : plus ces programmes se vident, plus ils sont prétentieux dans leurs attentes.
Dans les faits, ils produisent l'inverse de ce qu'ils prétendent.
J'en suis tellement énervé que je suis navré que certains collègues puissent y voir un progrès, alors qu'on nous enlève des heures et qu'on nous enjoint fermement de passer au tout-TICE.
Je répondrai plus après à Jean Moussa, à l'analyse duquel j'adhère entièrement : force est de constater qu'aucun IPR ne tiendra jamais ce discours quasi-hérétique aujourd'hui.
Igniatius- Vénérable
Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
C'est exactement ce que dit JEan Moussa dans son post précédent : plus ces programmes se vident, plus ils sont prétentieux dans leurs attentes.
(Il suffit de lire les objectifs de la classe de seconde : "modéliser et s'engager dans une activité de recherche, conduire un raisonnement, une démonstration...")

Patissot- Niveau 10
Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
Igniatius a écrit:
J'estime que l'apport essentiel de ces logiciels en géométrie est la visualisation assez rapide de lieux géométriques. Malheureusement, il n'y en a plus dans aucun programme, et il n'y a plus de géométrie en lycée.
Cherchez l'erreur.
Même ceci pourrait faire aussi question, non ? La capacité à élaborer des représentations mentales et à en proposer des variations par l'imagination ne fait-il pas aussi partie des compétences que doit développer le mathématicien ? Donner à voir sur un écran, n'est-ce pas déjà court-circuiter le processus mental de construction de la figure ? (Je pense notamment au rôle important qu'a l'imagination - comme faculté à produire des images - quand on doit travailler la géométrie dans l'espace). Je dis peut-être des bêtises, je parle en néophyte.

Ruthven- Doyen
Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
Ruthven a écrit:Igniatius a écrit:
J'estime que l'apport essentiel de ces logiciels en géométrie est la visualisation assez rapide de lieux géométriques. Malheureusement, il n'y en a plus dans aucun programme, et il n'y a plus de géométrie en lycée.
Cherchez l'erreur.
Même ceci pourrait faire aussi question, non ? La capacité à élaborer des représentations mentales et à en proposer des variations par l'imagination ne fait-il pas aussi partie des compétences que doit développer le mathématicien ? Donner à voir sur un écran, n'est-ce pas déjà court-circuiter le processus mental de construction de la figure ? (Je pense notamment au rôle important qu'a l'imagination - comme faculté à produire des images - quand on doit travailler la géométrie dans l'espace). Je dis peut-être des bêtises, je parle en néophyte.
Non non, ce ne sont pas des bêtises, je pense aussi comme toi.
Ceci dit, pour créer une figure sous un logiciel donné, il faut aussi maîtriser certaines notions complexes, donc l'apport n'est vraiment pas nul.
Mais, comme il n'y a plus de géométrie enseignée, les figures pour lesquelles un logiciel apporte un gain de temps sont tellement basiques qu'il n'y a plus aucune utilité : on utilise les TICE uniquement dans le but de les utiliser. Il n'y a pas d'apport significatif.
Encore une fois, c'est ce que dit Jean Moussa plus haut : qu'on nous montre l'apport REEL de ces logiciels sur le développement d'un esprit mathématique.

Igniatius- Vénérable
Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
moussa inspecteur a écrit: Quant aux techniques de base, elles resteront les parents pauvres tant que régnera l'idée qu'on apprend en s'amusant, et surtout pas en travaillant aussi chez soi hors de la classe.
La véritable duperie est là...

sand- Empereur
encore sur les tice
Il ne faut pas lire mon post d'hier sur les tice comme une charge brutale ou simpliste contre leur développement.
Grâce aux logiciels de visualisation de figures, éventuellement animées, notre discipline prend une dimension qui la rapproche un tout petit peu des sciences expérimentales et c'est tout à fait bien venu à mon sens. Même le calcul formel peut être utilisé avec profit. Ce qui ne va pas, c'est le décalage entre la réalité du terrain et les descriptions officielles, théoriques et idylliques. Ce qui me gêne, c'est le manque d'efficacité de certaines pratiques des tice voire la véritable perte de temps engendrée dans certains cas. Ce qui me gêne, c'est l'absence de vision critique de certains thuriféraires, et l'espèce de religion consistant à dire que, du moment que c'est des tice, alors c'est forcément bien.
Prenons par exemple la notion de tangente à une courbe, notion qui a occupé les plus grands esprits du XVIIe et du XVIIIe. Une droite pivotante sur un écran, autour d'un point d'une courbe, est un moyen moderne et attractif pour des élèves ordinaires d'aujourd'hui, qui ont ainsi la facilité de découvrir et d'observer ce phénomène. Facilité que n'avaient pas leurs géniaux ancêtres. Mais croire que cette simple présentation suffit à faire aimer notre discipline, ou à élever substantiellement leur capacité à "faire des mathématiques", c'est à dire raisonner, démontrer, calculer, relève d'une croyance magique.
Ce qui a été relevé, c'est que la modernité de l'outil exerce une influence positive sur le comportement: faire tenir une classe actuelle avec les recettes et les techniques d'antan devient impossible ou très difficile. Mais cela ne résout en rien les questions les plus profondes de l'apprentissage et de l'assimilation de connaissances.
Grâce aux logiciels de visualisation de figures, éventuellement animées, notre discipline prend une dimension qui la rapproche un tout petit peu des sciences expérimentales et c'est tout à fait bien venu à mon sens. Même le calcul formel peut être utilisé avec profit. Ce qui ne va pas, c'est le décalage entre la réalité du terrain et les descriptions officielles, théoriques et idylliques. Ce qui me gêne, c'est le manque d'efficacité de certaines pratiques des tice voire la véritable perte de temps engendrée dans certains cas. Ce qui me gêne, c'est l'absence de vision critique de certains thuriféraires, et l'espèce de religion consistant à dire que, du moment que c'est des tice, alors c'est forcément bien.
Prenons par exemple la notion de tangente à une courbe, notion qui a occupé les plus grands esprits du XVIIe et du XVIIIe. Une droite pivotante sur un écran, autour d'un point d'une courbe, est un moyen moderne et attractif pour des élèves ordinaires d'aujourd'hui, qui ont ainsi la facilité de découvrir et d'observer ce phénomène. Facilité que n'avaient pas leurs géniaux ancêtres. Mais croire que cette simple présentation suffit à faire aimer notre discipline, ou à élever substantiellement leur capacité à "faire des mathématiques", c'est à dire raisonner, démontrer, calculer, relève d'une croyance magique.
Ce qui a été relevé, c'est que la modernité de l'outil exerce une influence positive sur le comportement: faire tenir une classe actuelle avec les recettes et les techniques d'antan devient impossible ou très difficile. Mais cela ne résout en rien les questions les plus profondes de l'apprentissage et de l'assimilation de connaissances.
moussa inspecteur- Niveau 1
Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
D'accord a 100%.
si je déplore les tice c'est justement pour cette ferveur que vous décrivez.
si je déplore les tice c'est justement pour cette ferveur que vous décrivez.

Igniatius- Vénérable
Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
Moi aussi! (je suis tout à fait d'accord avec Jean Moussa).
Je 'ai jamais été "tout TICE" mais je ne comprends pas les "anti TICE" (Je ne dis pas les "anti-tout-TICE" )
Je 'ai jamais été "tout TICE" mais je ne comprends pas les "anti TICE" (Je ne dis pas les "anti-tout-TICE" )
haegel- Niveau 1
Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
haegel a écrit:Moi aussi! (je suis tout à fait d'accord avec Jean Moussa).
Je 'ai jamais été "tout TICE" mais je ne comprends pas les "anti TICE" (Je ne dis pas les "anti-tout-TICE" )
Si je suis anti-tice, c'est bien parce que, dans le contexte actuel de réduction d'horaires drastique, il faut faire des choix, et je trouve absurde et contre-productif pour l'enseignement des maths, d'accentuer l'effort sur les TICE alors que les fondamentaux ne sont plus maîtrisés.
Je reprends l'exemple de la dérivation : je suis bien d'accord que ces logiciels permettent une visualisation très claire de l'existence de la tangente (encore que j'ai pu constater que prendre une courbe tracée sur une feuille et tracer des sécantes se rapprochant de la position limite est bien plus source de sens et de prise de conscience du pb pour de nombreux élèves : le caractère "facile" de Geogebra par exemple, ôte l'envie de réel questionnement) et je pratique sur ordi en Première depuis de nombreuses années (je suis anti-tice mais je suis les programmes quand même).
Je constate depuis 3 ou 4 ans une baisse significative du niveau de compréhension du phénomène par les élèves. Mon analyse : quand ils doivent passer au calcul, et envisager la notion de limite, la plupart rencontrent de réelles difficultés (pour ne pas dire impossibilité) à écrire le coefficient directeur d'une droite. Alors le taux de variation...
Cette année encore, en 1STI, environ 80% de mes élèves ne savaient pas déterminer une fonction affine définie par deux images : c'est de pire en pire.
Par suite, la notion mathématique de dérivée leur passera au-dessus, malgré tous mes efforts avec mes logiciels : je me demande si je ne vais pas retenter le papier pour cette année, afin de tester leur compréhension.

Igniatius- Vénérable
Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
Mais cette tentative risque de rester vaine si le cadre n'évolue pas, si tout reste gouverné par l'examen final et par la volonté d'afficher des taux de réussite dignes de ceux des plans quinquennaux des anciens pays du socialisme "réel".
Et si c'était cette phrase de Jean Moussa qui apportait l'éclairage sur nos maux? Sans doute faut-il attendre que nous soyons tout au fond des résultats de Pisa pour que des solutions au niveau des horaires et des contenus soient mises en place comme cela a été fait il y a quelques années en Allemagne.
Et si c'était cette phrase de Jean Moussa qui apportait l'éclairage sur nos maux? Sans doute faut-il attendre que nous soyons tout au fond des résultats de Pisa pour que des solutions au niveau des horaires et des contenus soient mises en place comme cela a été fait il y a quelques années en Allemagne.
haegel- Niveau 1
Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
J'ai acheté le livre et je viens de le commencer.
Igniatius, l'as-tu lu ?
Igniatius, l'as-tu lu ?

Tinkerbell- Esprit éclairé
Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
Non, je ne l'ai pas lu.
Mais ça m'intéresse de poser quelques questions en effet à quelqu'un qui a été dans les arcanes du ministère.
Mais ça m'intéresse de poser quelques questions en effet à quelqu'un qui a été dans les arcanes du ministère.

Igniatius- Vénérable
Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
Bonjour,
j'ai moi aussi été inspectée par Mr Moussa et j'en garde un excellent souvenir. J'avais en particulier apprécié son attachement à l'école républicaine et la confiance qu'il semblait encore lui faire à l'époque.
j'ai moi aussi été inspectée par Mr Moussa et j'en garde un excellent souvenir. J'avais en particulier apprécié son attachement à l'école républicaine et la confiance qu'il semblait encore lui faire à l'époque.

marco- Niveau 1
Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
Pour info, et s'il y a des visiteurs de ce forum qui en auraient la curiosité: je serai présent en tant qu'exposant aux journées de l'APMEP, dimanche prochain 23 octobre et lundi matin 24 octobre.
moussa inspecteur- Niveau 1
Re: Jean Moussa, Du fond de la classe, mars 2011.
Plus moyen de remettre la main sur ce livre. Je l'ai oublié en salle des profs 1h et il a disparu...
Bon au moins il a du succès
Bon au moins il a du succès

Tinkerbell- Esprit éclairé
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