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Fabienne
Niveau 10

Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Fabienne le Sam 13 Aoû 2011 - 11:29
Sur la question des horaires on est tout à fait d'accord.
Pour le reste, cela mériterait des heures de débat.

Mais je veux quand même revenir sur deux points:

- Le 1er sur l'emploi du mot "racisme". Terme un peu fort, j'en conviens, mais qui résume une tendance systématique ces dernières années ici et ailleurs: la littérature contemporaine et la littérature de jeunesse sont mises à l'index. Pour ainsi dire aucune discussion sur telle ou telle séquence sans que ne vienne à un moment une critique pour "rappeler à l'ordre" le contrevenant sur ce qu'on peut ou ne peut pas étudier en classe. Il y a encore 3 ans de cela, la littérature de jeunesse faisait partie des programmes, et maintenant, c'est une sorte de tabou qui doit rester cantonné à la maison. J'attends de voir où on en sera dans 5 ans...

- Notre rôle à nous. Nous ne sommes pas que des passeurs de patrimoine à mon sens. Cela fait partie intégrante de notre mission, certes, mais le goût de lire, la passion dévorante qui prenait la plupart d'entre nous lorsqu'on était enfants, et qu'on dévorait des livres à la lampe torche le soir dans notre lit après le couvre-feu? Est-ce que ce n'est pas aussi un peu notre rôle que de transmettre ça, que de donner envie? Si demain on me dit que je ne peux plus arriver en cours, poser mes fesses sur le bureau et regarder mes élèves en silence puis leur dire: "Bon aujourd'hui je ne peux pas commencer le cours sans vous parler de ce bouquin qui m'a empêchée de dormir la nuit dernière et qui me donne cette allure de déterrée", je ne suis pas sûre que j'aurai encore envie d'exercer. Bon sang, la littérature est vivante! Si les classiques sont des classiques, c'est bien parce qu'ils ont des résonances aujourd'hui, parce que comme vous le disiez ils transcendent les époques.

Peu m'importe que Gaudé ne soit pas un (encore) classique, que Wajdi Mouawad ou Pommerat ne soient pas encore des dramaturges au Panthéon, ou que Jaccottet, Jammes, Michaux ou Réda ne soient pas dans le Lagarde et Michard. j'en parle en cours. j'étudie des passages, voire des oeuvres d'eux, et personne ne s'en porte plus mal.
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John
Médiateur

Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par John le Sam 13 Aoû 2011 - 11:42
Je crois que Jammes et Michaux sont depuis très longtemps dans le Lagarde.

Pour "racisme", non : je n'aime pas ergoter sur les mots, mais on ne peut pas parler de "racisme" à l'égard d'un genre littéraire, d'une époque ou d'un truc abstrait. C'est de l'exclusion, du rejet a priori, du snobisme, un refus absolu, etc., mais pas du racisme.

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Celeborn
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Celeborn le Sam 13 Aoû 2011 - 12:17
@Fabienne a écrit: j'étudie des passages, voire des oeuvres d'eux, et personne ne s'en porte plus mal.

C'est justement ça qui est discutable. C'est qu'à mon sens, si, certains s'en portent plus mal. Je me souviens de ce reportage sur le système scolaire où une jeune étudiante expliquait qu'au cours de sa scolarité, des classiques, elle n'en avait pas étudié tant que ça, parce que ses profs avaient fait beaucoup de littérature jeunesse/contemporaine. Eh bien ça ne lui facilitait pas ses études, par rapport à ses petits camarades, vois-tu.

En ce qui concerne les programmes, je ne faisais déjà pas étudier de littérature jeunesse en classe il y a trois ans, et je trouve très bien qu'on ait mis fin à cette pratique. Ensuite, il paraît quand même important de rappeler aux intervenant qui s'interrogent ce qui est dans les programmes ; à chacun de prendre ses responsabilités en toute connaissance de cause (personnellement, je n'ai jamais enseigné en séquences, et je savais que j'étais dans l'illégalité ; eh bien je l'ai fait quand même).

Moi aussi, j'ai lu sous ma couette. Je ne crois pas que ça se "transmette" comme ça. Je ne vois pas pourquoi ça se transmettrait mieux avec de la littérature contemporaine. Je dois dire que ça m'aurait clairement lourdé que mon prof de français vienne me raconter ses lectures nocturnes : j'aurais ouvert des yeux ronds comme des billes à n'en point douter. Tu fais un très bel éloge des classiques qui ont encore des résonances aujourd'hui : c'est bien pour ça qu'il faut les étudier.

Enfin, quant au mot « racisme », il n'est pas « un peu fort » : il est inapproprié.

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John
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par John le Sam 13 Aoû 2011 - 12:27
Celeborn, il faudrait savoir : un coup tu dis qu'on peut étudier les oeuvres de littérature jeunesse et littérature contemporaine en lecture cursive ou en groupements, un coup tu dis à Fabienne que lorsqu'on étudie des oeuvres ou des passages de ces oeuvres, certains élèves sont pénalisés, alors qu'elle dit "j'en parle en cours. j'étudie des passages, voire des oeuvres d'eux".

Pour moi, tu as surinterprété la remarque de Fabienne que tu cites.

De plus, vous ne parlez pas de la même chose : je pense par exemple que Celeborn n'a rien contre l'étude de Réda et Jaccottet.

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Celeborn
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Celeborn le Sam 13 Aoû 2011 - 12:46
@John a écrit:Celeborn, il faudrait savoir : un coup tu dis qu'on peut étudier les oeuvres de littérature jeunesse et littérature contemporaine en lecture cursive ou en groupements, un coup tu dis à Fabienne que lorsqu'on étudie des oeuvres ou des passages de ces oeuvres, certains élèves sont pénalisés, alors qu'elle dit "j'en parle en cours. j'étudie des passages, voire des oeuvres d'eux".

Mais à dose homéopathique dans un GT (style montrer une "résonance"), oui, ça peut avoir un intérêt. De même que ponctuellement, en cursive, ça me semble acceptable : j'ai le racisme tempéré Razz. C'est tout à fait compatible avec le fait de dire qu'étudier un roman contemporain en OI en 1ère, c'est à mon avis une mauvaise idée. Et j'estime qu'on ne peut pas à la fois dire qu'on est d'accord sur le fait qu'on a un horaire réduit à peau de chagrin et simultanément expliquer qu'on fait de la contemporaine à côté des classiques qu'on ne manque pas de continuer à étudier. Si, forcément, mathématiquement, à un moment, on manque. C'est à cela qu'en venait mon exemple tout à fait réel.

Effectivement, rien contre Jammes ou Jaccottet, qui se situent déjà dans notre histoire littéraire (surtout que Jammes n'est pas un contemporain).


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Kelem
Niveau 8

Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Kelem le Sam 13 Aoû 2011 - 13:33
@Celeborn a écrit:
@Fabienne a écrit: j'étudie des passages, voire des oeuvres d'eux, et personne ne s'en porte plus mal.

C'est justement ça qui est discutable. C'est qu'à mon sens, si, certains s'en portent plus mal. Je me souviens de ce reportage sur le système scolaire où une jeune étudiante expliquait qu'au cours de sa scolarité, des classiques, elle n'en avait pas étudié tant que ça, parce que ses profs avaient fait beaucoup de littérature jeunesse/contemporaine. Eh bien ça ne lui facilitait pas ses études, par rapport à ses petits camarades, vois-tu.

J'avais fait un long message pour expliquer mon point de vue, mais j'ai dérapé sur le clavier, et j'ai tout effacé...

Mais je vais essayer de résumer. Je veux d'abord réagir sur ça, car je pense (presque) le contraire. En tout cas pour la littérature contemporaine (la littérature jeunesse est à part dans le contexte). A partir du moment où l'élève puis l'étudiant en littérature a le bagage classique qu'on peut raisonnablement attendre de lui, je pense qu'une bonne connaissance de la littérature contemporaine fait assez largement la différence. Une copie de concours avec un bon exemple bien choisi chez un auteur contemporain va tout de suite ressortir au milieu des 57 copies qui citent la description de la pension Vauquer. Certes, je ne suis pas correcteur, mais j'ai vu le résultat de ma dissertation au Capes.

Mais je dois préciser tout de suite : évidemment, pas n'importe quelle littérature contemporaine. Là est notre rôle ! Je suis assez surpris de l'argument "Ce n'est pas au prof de lettres de sélectionner la littérature contemporaine". De qui est-ce le rôle alors ? Celui du succès public ? Je n'espère pas (je n'ai pas grande envie d'étudier Nothomb, je vous rassure) ! Celui de l'"histoire littéraire" ? Dans ce cas, quelle est la limite ? Jaccottet, Bonnefoy, oui, mais Novarina, non, pas encore ? Un auteur de littérature doit-il forcément être mort (sauf les deux poètes cités) ? Ce serait triste...

Voilà les deux points sur lesquels je voulais rapidement réagir. Pour ce qui est des horaires, je rejoins tout le monde évidemment.

PS : Je n'ai jamais lu Laurent Gaudé Razz
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Provence
Bon génie

Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Provence le Sam 13 Aoû 2011 - 14:05
@Kelem a écrit:
Mais je vais essayer de résumer. Je veux d'abord réagir sur ça, car je pense (presque) le contraire. En tout cas pour la littérature contemporaine (la littérature jeunesse est à part dans le contexte). A partir du moment où l'élève puis l'étudiant en littérature a le bagage classique qu'on peut raisonnablement attendre de lui, je pense qu'une bonne connaissance de la littérature contemporaine fait assez largement la différence. Une copie de concours avec un bon exemple bien choisi chez un auteur contemporain va tout de suite ressortir au milieu des 57 copies qui citent la description de la pension Vauquer. Certes, je ne suis pas correcteur, mais j'ai vu le résultat de ma dissertation au Capes.

C'est bien le problème: l'élève puis l'étudiant ont bien rarement ce bagage classique. humhum
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Celeborn
Esprit sacré

Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Celeborn le Sam 13 Aoû 2011 - 14:35
@Kelem a écrit:
J'avais fait un long message pour expliquer mon point de vue, mais j'ai dérapé sur le clavier, et j'ai tout effacé...

C'est toujours très agaçant, ça… je compatis !

A partir du moment où l'élève puis l'étudiant en littérature a le bagage classique qu'on peut raisonnablement attendre de lui
Comme l'a signalé Provence, le nœud du problème est là. Si on ne lui remplit pas ses valises, le bagage va être assez vide.

Une copie de concours avec un bon exemple bien choisi chez un auteur contemporain va tout de suite ressortir au milieu des 57 copies qui citent la description de la pension Vauquer.

Rien n'est moins sûr. Et ne parlons pas de la copie de concours qui ne citerait pas les attendus. Annie Ernaux, c'est top, sur la question du biographique, n'est-ce pas ? Mais ça ne servira pas à grand chose si Rousseau, Montaigne et/ou Proust sont absents, par exemple.

Certes, je ne suis pas correcteur, mais j'ai vu le résultat de ma dissertation au Capes.
Le mien était bon aussi, merci, et j'étais très classique, hormis…

(je n'ai pas grande envie d'étudier Nothomb, je vous rassure)
… hormis, elle, justement ! Razz (mais bon, en évocation dans la première sous-partie de la première partie, hein !)

Et au fait, pourquoi pas Nothomb ? Pourquoi Gaudé et pas Nothomb ? Elle a un style, Nothomb, aussi, et elle n'est pas parcimonieuse question procédés littéraires. C'est une très bonne dialoguiste, une autobiographe/autofictionneuse qui en vaut sans aucun doute d'autres ; elle a un petit côté moraliste décadente, elle fait des soties pas dégueulasses. Tu vois ? Qu'est-ce qui permet de dire qu'on va étudier Gaudé, mais pas Nothomb ? Où est le critère ? Ce qui nous amène à…

Je suis assez surpris de l'argument "Ce n'est pas au prof de lettres de sélectionner la littérature contemporaine". De qui est-ce le rôle alors ? Celui du succès public ? Je n'espère pas ! Celui de l'"histoire littéraire" ?
C'est effectivement le rôle d'un processus social et collectif (qui a ses ratés aussi, d'ailleurs : l'art ne peut être restreint à une logique) qu'on pourrait appeler « histoire littéraire ». Bien entendu, aux marges, il y a des discussions possibles, comme tu le fais remarquer. Mais non, je ne pense pas que ce soit le rôle du professeur de français de s'y engager. La littérature est suffisamment vaste pour y trouver son bonheur parmi les auteurs reconnus, non ?


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Fabienne
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Fabienne le Sam 13 Aoû 2011 - 14:43
Cette année, mes élèves ont lu des classiques (je grogne, mais ça représente 75% de ce que je fais étudier en classe, bien sûr).
Mes élèves de 2nde savent qui sont Roméo et Juliette, Phèdre, le Père Goriot, Arnolphe, mais savent aussi ce qu'est un prix littéraire, ce qui fait la différence entre la littérature et les romans de gare, ce qu'est un prix littéraire.
Mes élèves de 1ère sont au point sur les auteurs des Lumières, leurs combats, sur Camus, Hugo et leurs engagements, sur Baudelaire et ses transgressions, sur Rabelais aussi. Cependant, ils savent aussi que la littérature est un miroir posé le long des routes, et pas seulement sur les chemins pierreux des siècles passés.

@Celeborn a écrit:Enfin, quant au mot « racisme », il n'est pas « un peu fort » : il est inapproprié.
Merci pour cette leçon de morale, j'en sors grandie. professeur

@Celeborn a écrit:
Moi aussi, j'ai lu sous ma couette. Je ne crois pas que ça se "transmette" comme ça. Je ne vois pas pourquoi ça se transmettrait mieux avec de la littérature contemporaine. Je dois dire que ça m'aurait clairement lourdé que mon prof de français vienne me raconter ses lectures nocturnes : j'aurais ouvert des yeux ronds comme des billes à n'en point douter.

On n'a définitivement pas la même vision de l'enseignement, c'est clair, et je crois que je vais m'arrêter sur ce constat.

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Celeborn
Esprit sacré

Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Celeborn le Sam 13 Aoû 2011 - 14:48
@Fabienne a écrit:On n'a définitivement pas la même vision de l'enseignement, c'est clair, et je crois que je vais m'arrêter sur ce constat.

On est d'accord sur le fait qu'on n'est pas d'accord : ça me va très bien ! Smile

ce qui fait la différence entre la littérature et les romans de gare

Alors ça, ça m'intéresse ! C'est quoi, la différence, pour toi (et pour tes élèves, donc) ?

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Kelem
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Kelem le Sam 13 Aoû 2011 - 14:59
@Celeborn a écrit:

A partir du moment où l'élève puis l'étudiant en littérature a le bagage classique qu'on peut raisonnablement attendre de lui
Comme l'a signalé Provence, le nœud du problème est là. Si on ne lui remplit pas ses valises, le bagage va être assez vide.

Tout à fait d'accord, mais le débat ne porte pas sur tout ou rien !

Une copie de concours avec un bon exemple bien choisi chez un auteur contemporain va tout de suite ressortir au milieu des 57 copies qui citent la description de la pension Vauquer.

Rien n'est moins sûr. Et ne parlons pas de la copie de concours qui ne citerait pas les attendus. Annie Ernaux, c'est top, sur la question du biographique, n'est-ce pas ? Mais ça ne servira pas à grand chose si Rousseau, Montaigne et/ou Proust sont absents, par exemple. [/quote]

Je persiste à croire que l'important est de se distinguer des autres et qu'une copie y parviendra mieux en traitant bien Ernaux au milieu des autres références classiques (le raisonnement est le même pour les oeuvres moins courantes des auteurs classiques - je ne fais en aucun cas de l'anti-classicisme, bien évidemment !)


… hormis, elle, justement ! Razz (mais bon, en évocation dans la première sous-partie de la première partie, hein !)

Et au fait, pourquoi pas Nothomb ? Pourquoi Gaudé et pas Nothomb ? Elle a un style, Nothomb, aussi, et elle n'est pas parcimonieuse question procédés littéraires. C'est une très bonne dialoguiste, une autobiographe/autofictionneuse qui en vaut sans aucun doute d'autres ; elle a un petit côté moraliste décadente, elle fait des soties pas dégueulasses. Tu vois ? Qu'est-ce qui permet de dire qu'on va étudier Gaudé, mais pas Nothomb ? Où est le critère ? Ce qui nous amène à…

Je le concède, j'aurais pu choisir un exemple plus consensuel. J'admets les remarques. Après, c'est le goût personnel ! Et j'ai précisé aussi ne pas connaître Gaudé, je parle de la théorie.


C'est effectivement le rôle d'un processus social et collectif (qui a ses ratés aussi, d'ailleurs : l'art ne peut être restreint à une logique) qu'on pourrait appeler « histoire littéraire ». Bien entendu, aux marges, il y a des discussions possibles, comme tu le fais remarquer. Mais non, je ne pense pas que ce soit le rôle du professeur de français de s'y engager. La littérature est suffisamment vaste pour y trouver son bonheur parmi les auteurs reconnus, non ?

Pour la littérature contemporaine, je pense que le professeur peut assumer son statut et ses choix. Je ne nie pas l'histoire littéraire pour autant (je ne pense pas nécessaire d'exhumer les oubliés des siècles précédents - encore que, pour certains... !). Après, nous ne sommes pas tout à fait d'accord sur la dernière phrase, voilà tout, car je trouve aussi mon bonheur parmi les auteurs qui seront, on peut l'espérer, reconnus ! Smile
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ysabel
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par ysabel le Sam 13 Aoû 2011 - 15:06
@Kelem a écrit:

Pour la littérature contemporaine, je pense que le professeur peut assumer son statut et ses choix. Je ne nie pas l'histoire littéraire pour autant (je ne pense pas nécessaire d'exhumer les oubliés des siècles précédents - encore que, pour certains... !). Après, nous ne sommes pas tout à fait d'accord sur la dernière phrase, voilà tout, car je trouve aussi mon bonheur parmi les auteurs qui seront, on peut l'espérer, reconnus ! Smile

donc pour moi le pb est vite réglé... s'il s y a qq contemporains que je lis sans déplaisir, pour le moment aucun n'a réussi à me faire dire : celui là, j'adore ! c'est génial !
Bo, c'est vrai aussi que je lis peu de contemporains (parce que les Thrillers, policiers, historique, est-ce de la littérature ? Rolling Eyes )

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Celeborn
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Celeborn le Sam 13 Aoû 2011 - 15:14
@Kelem a écrit:
Tout à fait d'accord, mais le débat ne porte pas sur tout ou rien !
Il porte sur « suffisant » ou « insuffisant ». Et rappelons pour la n-ième fois que nos horaires sont étiques et que le traitement de la littérature classique est déjà léger de ce seul fait.

Je persiste à croire que l'important est de se distinguer des autres et qu'une copie y parviendra mieux en traitant bien Ernaux au milieu des autres références classiques
À partir du moment où les références classiques auront déjà été bien traitées. Et une fois encore, rien n'est moins sûr : moi, je corrige le CAPES et je tombe sur une copie où l'on consacre toute une sous-partie à Annie Ernaux, je peux garantir qu'il va falloir que le candidat soit sacrément bon pour me convaincre. De toute manière, on ne parle pas de la dissert' du CAPES, là, mais des cours de français au lycée. On est évidemment en droit d'espérer qu'un étudiant en lettres passant le CAPES maîtrisera les références classiques, et à ce moment une pointe d'originalité n'est peut-être pas pour déplaire. Est-ce pour autant qu'il faut étudier un roman d'Annie Ernaux en OI en 1ère ?


Je le concède, j'aurais pu choisir un exemple plus consensuel. J'admets les remarques. Après, c'est le goût personnel ! Et j'ai précisé aussi ne pas connaître Gaudé, je parle de la théorie.
Mais justement, la théorie, sur la littérature contemporaine, elle manque, car le processus d'appropriation par la société n'est pas achevé (voire pas commencé). On est dans le temps de l'actualité et non dans celui de l'histoire, pour aller vite. Et que répondrais-tu à quelqu'un qui te soutiendrait mordicus qu'Alexandre Jardin ou Barbara Cartland, c'est formidable, et que ça deviendra un classique dans 50 ans, et donc qu'il va le faire en première ? Eh bien je me permets de poser le même problème avec Gaudé, Ernaux, Grimbert et tutti quanti.

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John
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par John le Sam 13 Aoû 2011 - 15:25
Pour une sous-partie sur Rousseau aussi, le candidat a intérêt à être bon pour me convaincre... Razz

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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par User5899 le Sam 13 Aoû 2011 - 16:06
@Fabienne a écrit:la littérature est un miroir posé le long des routes, et pas seulement sur les chemins pierreux des siècles passés.
Les routes se définissent-elles par le bitume ? Smile
Blague à part, la formule, c'est "le roman", pas "la littérature". Et je ne pense pas que vous l'employiez ici à raison.
Cath
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Cath le Sam 13 Aoû 2011 - 16:35
Et en LP, c'est Annie Ernaux qui est citée et décortiquée en long, en large et en travers dans les documents d'accompagnement...
Je ne parle même pas de la littérature sur la décolonisation/décolonisation...
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ysabel
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par ysabel le Sam 13 Aoû 2011 - 19:43
cath5660 a écrit:Et en LP, c'est Annie Ernaux qui est citée et décortiquée en long, en large et en travers dans les documents d'accompagnement...
Je ne parle même pas de la littérature sur la colonisation/décolonisation...

j'imagine que c'est parce que les pondeurs de programme et accompagnement considèrent que la majorité des élèves qui s'y trouvent proviennent de nos anciennes colonies... repentance quand tu nous tiens...

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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Cath le Dim 14 Aoû 2011 - 11:14
Oui, j'ai craint un moment de devoir demander pardon, comme Ségo!

En plus, il faut choisir uniquement des auteurs du XX° et pas de chance pour moi, j'ai essayé Glissant, Chamoiseau, Césaire...Et je n'accroche pas du tout.
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ysabel
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par ysabel le Dim 14 Aoû 2011 - 11:30
cath5660 a écrit:Oui, j'ai craint un moment de devoir demander pardon, comme Ségo!

En plus, il faut choisir uniquement des auteurs du XX° et pas de chance pour moi, j'ai essayé Glissant, Chamoiseau, Césaire...Et je n'accroche pas du tout.

Beaux textes mais pas évidents du tout...
Glissant, connais pas...


Dernière édition par ysabel le Dim 14 Aoû 2011 - 11:30, édité 1 fois

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V.Marchais
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par V.Marchais le Dim 14 Aoû 2011 - 11:30
@Celeborn a écrit:
Je le concède, j'aurais pu choisir un exemple plus consensuel. J'admets les remarques. Après, c'est le goût personnel ! Et j'ai précisé aussi ne pas connaître Gaudé, je parle de la théorie.
Mais justement, la théorie, sur la littérature contemporaine, elle manque, car le processus d'appropriation par la société n'est pas achevé (voire pas commencé). On est dans le temps de l'actualité et non dans celui de l'histoire, pour aller vite. Et que répondrais-tu à quelqu'un qui te soutiendrait mordicus qu'Alexandre Jardin ou Barbara Cartland, c'est formidable, et que ça deviendra un classique dans 50 ans, et donc qu'il va le faire en première ? Eh bien je me permets de poser le même problème avec Gaudé, Ernaux, Grimbert et tutti quanti.

C'est tout à fait le problème avec la littérature contemporaine.
Je peux vous dire qu'avec les nouveaux programmes de 3e, qui demandent d'étudier les oeuvres patrimoniales du XXIe siècle (oxymore, quand tu nous tiens...), les concepteurs de manuels s'arrachent les cheveux.
Enfin, les copines et moi.
En 5e, en 4e, c'était facile. On se disait : il est impensable que les élèves sortent du collège sans avoir lu Chrétien de Troyes, Robert de Boron, Scapin, Le Cid, Flaubert, Balzac, Zola... Nous avons toutes nos goûts, nos préférences et nos aversions, mais nous savons aussi toutes reconnaître ce qui nous dépasse et relève d'une culture commune que nous avons à transmettre.
Mais pour le XXIe siècle...
Il y a bien des choses sur lesquelles nous sommes d'accord : Grimbert, c'est même pas un écrivain, c'est un psy qui règle des comptes avec son passé et qui n'a manifestement rien compris au sublime médéen : ouste !
Laurent Gaudé, moi j'aime bien, mais mes collègues trouvent qu'il donne dans les effets faciles. Au nom de quoi le leur imposer ?
Elles citent Daeninckx, en passe de devenir un classique, et pour le coup, c'est moi qui me demande ce qu'on lui trouve, à celui-là, tellement c'est plat, comme style. À part les bons sentiments (cf. de que dit Ysabel : le racisme, c'est pas bien, la colonisation, c'est mal), y a quoi de substantiel, dans son oeuvre ?
Celeborn, dont l'esprit critique n'est plus à démontrer, dit que Nothomb a du style. Perso, ses livres me tombent des mains (à part les premiers, que j'aimais bien) : sujet, verbe, cod, sujet, verbe, cod... ça lasse, surtout quand on est toujours dans le même registre provoc en train de tourner au fonds de commerce.
Qui de nous a raison ?
Comment objectiver ses choix ?

Une dame de valeur de l'enseignement disait : "Il faut aimer ce que l'on enseigne et non enseigner ce que l'on aime."
Là est bien tout le problème avec le contemporain : on ne peut enseigner que ce que l'on aime.
Pour une école qui a à charge de transmettre une culture commune, terreau des valeurs de la République, je trouve la restriction pour le moins problématique.
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ysabel
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par ysabel le Dim 14 Aoû 2011 - 11:33
@V.Marchais a écrit:
@Celeborn a écrit:
Je le concède, j'aurais pu choisir un exemple plus consensuel. J'admets les remarques. Après, c'est le goût personnel ! Et j'ai précisé aussi ne pas connaître Gaudé, je parle de la théorie.
Mais justement, la théorie, sur la littérature contemporaine, elle manque, car le processus d'appropriation par la société n'est pas achevé (voire pas commencé). On est dans le temps de l'actualité et non dans celui de l'histoire, pour aller vite. Et que répondrais-tu à quelqu'un qui te soutiendrait mordicus qu'Alexandre Jardin ou Barbara Cartland, c'est formidable, et que ça deviendra un classique dans 50 ans, et donc qu'il va le faire en première ? Eh bien je me permets de poser le même problème avec Gaudé, Ernaux, Grimbert et tutti quanti.

C'est tout à fait le problème avec la littérature contemporaine.
Je peux vous dire qu'avec les nouveaux programmes de 3e, qui demandent d'étudier les oeuvres patrimoniales du XXIe siècle (oxymore, quand tu nous tiens...), les concepteurs de manuels s'arrachent les cheveux.
Enfin, les copines et moi.
En 5e, en 4e, c'était facile. On se disait : il est impensable que les élèves sortent du collège sans avoir lu Chrétien de Troyes, Robert de Boron, Scapin, Le Cid, Flaubert, Balzac, Zola... Nous avons toutes nos goûts, nos préférences et nos aversions, mais nous savons aussi toutes reconnaître ce qui nous dépasse et relève d'une culture commune que nous avons à transmettre.
Mais pour le XXIe siècle...
Il y a bien des choses sur lesquelles nous sommes d'accord : Grimbert, c'est même pas un écrivain, c'est un psy qui règle des comptes avec son passé et qui n'a manifestement rien compris au sublime médéen : ouste !
Laurent Gaudé, moi j'aime bien, mais mes collègues trouvent qu'il donne dans les effets faciles. Au nom de quoi le leur imposer ?
Elles citent Daeninckx, en passe de devenir un classique, et pour le coup, c'est moi qui me demande ce qu'on lui trouve, à celui-là, tellement c'est plat, comme style. À part les bons sentiments (cf. de que dit Ysabel : le racisme, c'est pas bien, la colonisation, c'est mal), y a quoi de substantiel, dans son oeuvre ?
Celeborn, dont l'esprit critique n'est plus à démontrer, dit que Nothomb a du style. Perso, ses livres me tombent des mains (à part les premiers, que j'aimais bien) : sujet, verbe, cod, sujet, verbe, cod... ça lasse, surtout quand on est toujours dans le même registre provoc en train de tourner au fonds de commerce.
Qui de nous a raison ?
Comment objectiver ses choix ?

Une dame de valeur de l'enseignement disait : "Il faut aimer ce que l'on enseigne et non enseigner ce que l'on aime."
Là est bien tout le problème avec le contemporain : on ne peut enseigner que ce que l'on aime.
Pour une école qui a à charge de transmettre une culture commune, terreau des valeurs de la République, je trouve la restriction pour le moins problématique.

C'est vraiment n'importe quoi... notre siècle a 10 ans... on serait en 2080 ok...
Ils n'ont vraiment pas de cerveau ceux qui conçoivent les programmes...

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Celeborn
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Celeborn le Dim 14 Aoû 2011 - 11:34
@V.Marchais a écrit:
Celeborn, dont l'esprit critique n'est plus à démontrer, dit que Nothomb a du style. Perso, ses livres me tombent des mains (à part les premiers, que j'aimais bien)

Je finis l'excursus nothombien : je parlais des premiers, effectivement.

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V.Marchais
Bon génie

Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par V.Marchais le Dim 14 Aoû 2011 - 11:36
Bon, ben finalement, Celeborn... Wink
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V.Marchais
Bon génie

Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par V.Marchais le Dim 14 Aoû 2011 - 11:37
Je ne te le fais pas dire, Ysabel, et surtout, ces concepteurs n'en sont pas à une contradiction près. Qu'on m'en cite, du patrimonial du XXIe siècle, ça m'aidera...
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Provence
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par Provence le Dim 14 Aoû 2011 - 12:35
J'ai reçu un recueil de nouvelles du XXIe siècle. Je l'ai feuilleté avant de l'expédier dans la pile pour Emmaüs. Des textes mal écrits, dénonçant tout plein de vilaines choses: bof. Déjà que c'est pénible à lire, alors à étudier...



Huit nouvelles très contemporaines qui nous rappellent, de manière grave ou ironique, les défis auxquels le XXIe siècle nous confronte : la pollution, les inégalités, les discriminations...
http://livre.fnac.com/a2801458/Collectif-Nouvelles-du-XXIeme-siecle
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V.Marchais
Bon génie

Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

par V.Marchais le Dim 14 Aoû 2011 - 12:42
Ah ! oui, Provence ! Je me suis farci ce recueil et bien d'autres encore du même acabit pour tenter de dénicher la perle rare, LA pépite au milieu du fumier.

Tu me plains, j'espère, parce qu'à part le fumier... Remarque, c'est bon pour la planète, hein ? Et à part "la pollution, c'est pas bien", ça ne nous dit pas grand chose, ces historiettes niaiseuses et mal écrites...

Remarque, moi qui aime bien Gaudé, j'ai aussi été très déçue par Sang Négrier et l'autre, pourtant vendues ensemble avec le sous-titre alléchant "deux nouvelles sidérantes". Ce type, il est bon dans l'épique. Le genre court ne lui sied guère. (À sa décharge, notons que je dis la même chose d'un Zola, qui n'est pourtant pas un mauvais écrivain. Mais chacun son style ! Razz )
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Re: Laurent Gaudé : quel roman en oeuvre intégrale ?

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