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teo
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Critique élogieuse d'une oeuvre contemporaine ?

par teo le Lun 1 Déc 2008 - 21:23
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Dernière édition par teo le Sam 12 Sep 2009 - 20:24, édité 1 fois
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John
Médiateur

Re: Critique élogieuse d'une oeuvre contemporaine ?

par John le Lun 1 Déc 2008 - 22:00
J'en ai une sur mon pc, mais elle est un peu ardue (c'est sur le dernier roman d'Hédi Kaddour).

C'est pour une classe d'un niveau correct ?

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teo
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Re: Critique élogieuse d'une oeuvre contemporaine ?

par teo le Lun 1 Déc 2008 - 22:14
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teo
Niveau 3

Re: Critique élogieuse d'une oeuvre contemporaine ?

par teo le Lun 1 Déc 2008 - 22:15
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Dernière édition par teo le Sam 12 Sep 2009 - 20:24, édité 1 fois
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John
Médiateur

Re: Critique élogieuse d'une oeuvre contemporaine ?

par John le Lun 1 Déc 2008 - 22:25
Pierre Assouline, "Un grand premier roman", décembre 2005 (à propos du roman Waltenberg de Hédi Kaddour)

Je sais, je sais, il est en librairie depuis la fin août, il a déjà été porté aux nues par la critique, plébiscité par plus de 30 000 lecteurs , distingué par maints jurys et couronné par celui du "Prix du premier roman". Et alors ? 711 pages bien tassées sans faux-col, cela ne se lit pas en deux soirées, surtout lorsqu’on y prend un plaisir tel qu’on prend le temps de savourer. Il faut bien sept jours pour lire ce qui a demandé sept ans de travail à l’auteur. De tous les premiers romans que j’ai pu lire depuis la rentrée, celui-ci est certainement ce qui m’a le plus impressionné. Parce qu’il place la barre très haut, parce qu’il garde le lecteur à cette hauteur dès les premières pages et ne redescend pas, parce qu’il fait preuve d’une ambition intellectuelle, d’une exigence romanesque et d’une qualité d’écriture devenues plutôt rares.

C’est un "grand roman" au sens où on l’emploierait pour ces grandes machines romanesques dotées d’un souffle puissant, et dont La Montagne magique de Thomas Mann est le plus beau specimen. A propos, Waltenberg (710 pages, 22,90 euros, Gallimard ) en est le titre et Hédi Kaddour l’auteur. C’est son premier roman mais pas son premier livre puisque ce chroniqueur régulier de la Nouvelle Revue Française, dans le civil professeur de Lettres à Normale sup/Lyon, a déjà publié plusieurs recueils de poésie. Il y a deux manières de donner à entendre le son de ce roman d’une abondante sobriété. D’abord dans la sobriété, par la manière dont l’auteur le présente en quatrième de couverture :

"Un homme rêve de retrouver une femme qu’il a aimée. Un maître espion cherche à recruter une taupe. Leurs chemins se croisent. Cela s’est passé au XXème siècle."

Voilà, c’est écrit sur le ton de celui qui n’en dira pas davantage et dont on sent qu’il a pesé chaque signe avant de le poser sur la feuille. Mais à l’intérieur, on est dans l’abondance. La phrase démarre et s’épanouit avec délices dans des envolées, des entrelacs et des pirouettes, jonglant avec brio sur les temps et la chronologie, les clins d’oeil et les récurrences, les fausses fins et les relances, dans une parfaite maîtrise de la langue et du rythme. Un exemple ? Il suffit de piocher dans une page au hasard, on est assuré d’avoir la main heureuse :

"Le Prätschli est un hôtel familial, le Waldhaus est beaucoup plus grand, un immense double chalet de huit étages, surdimensionné, faux chalet aux allures de château, dissimulant une armature de métal et de ciment derrière des jeux de boiserie, poutres, pannes, chevrons, solives, écrasant la vallée de sa masse, plus de quatre cent chambres, un coup de force Belle Epoque, un hôtel qui tient sa vie d’ailleurs, de gens qui font des centaines ou des milliers de kilomètres pour venir s’emmitoufler une semaine ou deux dans un pays de chocolat, de remonte-pentes, de bonheur simple et de secret bancaire, on l’a construit au tout début du siècle, c’était d’abord un sanatorium de luxe, avec une piste de bobsleigh, on n’y accédait que par un téléphérique, en 1910 on en a fait un hôtel et après 1918 on a construit une route, ajouté un grand garage chauffé dans le sous-sol de l’hôtel et une annexe d’une centaine de chambres très modernes. Le téléphérique est encore là, Lilstein a lu qu’au temps du sanatorium on évacuait parfois les cercueils par la piste de bobsleigh, c’est sans doute une blague".

Foule de personnages, multitude de lieux, prolifération de situations historiques, insurrection d’informations de toutes sortes, émeute de détails. Impeccable, Hedi Kaddour. Il ne manque pas un bouton de guêtre à cette histoire d’amitié, d’amour et d’espionnage. Pourtant, ca ne sent jamais l’effort, ça coule naturellement, et l’on est à mille lieux de songer à un roman documenté ou pire, à un roman cultivé. Il y a dans cette fresque européenne sur fond de Grisons un vrai travail sur la forme, premier défi d’une épopée qui embrasse le siècle dans la moindre de ses convulsions. Le roman s’ouvre sur la charge de la cavalerie française à l’assaut des Allemands à Monfautbert le 4 septembre 1914, des pages époustouflantes d’intelligence, de précision, de légèreté qui sont le chevau-léger de tout ce qui suivra. Si vous ne les aimez pas, refermez le livre. Sinon, en selle ! Cette chronique romancée, dont la musique de fond est une réflexion sur la trahison, vous changera du tout à l’ego vain et anorexique, formaté qualité française, qui constitue le fond de commerce de la librairie.


Seul bémol à mon enthousiasme : cela pourrait tout aussi bien faire cent pages de plus ou cent pages de moins. En général, ce n’est pas de bon augure, c’est signe que le récit dans sa totalité ne répond peut-être pas à une nécessité, contrairement à ces textes où l’on ne peut retirer une page, un paragraphe parfois une phrase au risque tout c’est s’écroule. Disons que Waltenberg est l’exception qui confirme la règle : c’est de la dentelle en dépit de son ampleur.

http://passouline.blog.lemonde.fr/2005/12/26/2005_12_un_grand_premie/

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Re: Critique élogieuse d'une oeuvre contemporaine ?

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