"J'écris pour les profs qui pètent les plombs", "Tu enseigneras dans la douleur", "A Lise", "Je le fais pour vous", "in memoriam" et Hommage par le CSE.

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"J'écris pour les profs qui pètent les plombs", "Tu enseigneras dans la douleur", "A Lise", "Je le fais pour vous", "in memoriam" et Hommage par le CSE.

Message par John le Mer 19 Oct 2011 - 10:39

http://www.rue89.com/2011/10/17/jecris-pour-les-profs-qui-petent-les-plombs-225649

J'écris pour les profs qui pètent les plombs

Choquée par la mort de « la prof de maths qui s'est immolée », Prof Falbala – qui enseigne les lettres sur la Côte d'Azur – a envoyé cette tribune à Rue89.

J'écris de chez les profs qui croyaient au pouvoir de la littérature. J'écris pour celles les hystériques, celles qui pètent les plombs, qui savent pas « gérer les conflits », celles qui s'absentent parce qu'elles ne peuvent plus faire face à une situation d'hostilité larvée, celles qui restent fidèles au poste, regard éteint, rasant les murs.

J'écris d'un lieu où règne la peur

Celles qu'ont pas réussi à avoir des classes à faibles effectifs, celles qui n'ont pas le nouveau manuel adapté au nouveau programme parce qu'au lycée il n'y avait pas assez de crédits pour les acheter, celles qui officient dans des salles où ne peut pas pousser les murs, où il n'y a pas de rideaux pour faire le noir quand on passe un film, où il y a juste 35 chaises et 35 tables collées les unes contre les autres pour 35 élèves qui ont parfois la faiblesse de s'agiter et de bavarder.

J'écris d'un lieu où règne la peur, la peur de l'autre malveillant, et au lycée chacun a son autre, l'administration qui a peur de sa hiérarchie, les surveillants aux emplois précaires qui ont peur de l'administration, les profs qui ont peur des élèves, des parents, du regard des autres profs et les élèves eux, qui ont juste peur de rater leur vie.

Il ont peur de ne pas avoir accès au meilleur enseignement parce qu'ils n'ont pas eu la chance de naître dans les beaux quartiers, d'avoir des parents friqués qui pourraient les mettre dans le privé où les conditions d'enseignement sont un peu meilleures.

« Aux ouvriers de s'adapter aux boulons »

J'écris d'un lieu où se propage la rumeur malveillante contre tel prof ou tel élève, rendu responsable de toute cette pagaille – agité, dépressif, ennuyeux, paresseux, bavard, absent, « j'men-foutiste », agressif, bordélique, instable, provocateur, etc.

Un lieu où les inspecteurs, si par miracle ils viennent, regardent, avant d'inspecter, l'ancien rapport d'inspection, parce que comme ça ils ont déjà une idée et un jugement formés – c'est plus simple et puis il ne s'agit pas de contredire l'inspecteur précédent et d'ailleurs, le prof est d'abord :

une nature en général infantile (dixit les rapports, normal il n'a jamais quitté le cadre scolaire),
peu susceptible d'évoluer,
rangé dans des catégories – rayonnant ou pas, bordélisé ou pas, assidu ou pas, aux ordres ou pas.

Quand j'ai rencontré le médecin du rectorat à laquelle j'avais justifié mon désir d'obtenir un poste adapté parce que je n'en pouvais plus, elle m'avait expliqué que dans une usine, quand les boulons changeaient il fallait bien que les ouvriers s'adaptent aux nouveaux boulons et que dans l'enseignement, c'était pareil, il fallait s'adapter.

J'étais tellement sidérée que j'ai omis de lui demander qui étaient les boulons.

C'est beau un cours de littérature

Je trouve ça formidable qu'il y ait aussi des profs de lettres tranquilles, épanouis, qui savent captiver un auditoire de 35 élèves sur « Madame Bovary » en jonglant avec les consignes ministérielles :

« constitution et enrichissement d'une culture littéraire ouverte sur d'autres champs du savoir et sur la société » ;
« construction progressive de repères permettant une mise en perspective historique des œuvres littéraires » ;
« développement d'une conscience esthétique permettant d'apprécier les œuvres, d'analyser les émotions qu'elles procurent et d'en rendre compte à l'écrit comme à l'oral » ;
« étude continue de la langue comme instrument privilégié de la pensée, moyen d'exprimer ses sentiments et ses idées, lieu d'exercice de sa créativité et de son imagination ».

C'est beau un cours de littérature. Je me dis que les gens qui ont élaboré ces programmes, ça fait très longtemps qu'ils n'ont pas mis les pieds dans une classe.
« C'est une chaudasse, madame Bovary ? »

A la fin de la séquence « étude du roman réaliste », après une « lecture analytique » de « Madame Bovary » (étude des passages-clés) et visionnage du film de Claude Chabrol, j'ai obtenu des résultats assez encourageants finalement (j'ai réussi à cocher la case « culture littéraire ouverte sur d'autres champs du savoir et sur la société contemporaine ») :

« Ben m'd'am , en fait, c'est une chaudasse madame Bovary ?

– Ben oui, si vous voulez, on peut dire ça comme ça.'

Mais trêve de plaisanterie, en écrivant ces lignes, j'apprends que la prof de maths qui s'est immolée est morte.

Pourquoi l'administration s'est-elle obstinée à soutenir la thèse selon laquelle cette professeure était dépressive, contrairement aux affirmations de tous ses collègues ? Il ne s'agit plus du même registre. Silence.


Education : Tu enseigneras dans la douleur
Lucie Delaporte.

Jeudi 20 octobre, cela fait juste une semaine qu’au lycée Jean-Moulin de Béziers, une enseignante de mathématiques, Lise Bonnafous, 44 ans, a mis fin à ses jours en s’immolant en pleine cour de récréation. Ici, les cours n’ont pas repris et près de 2.000 personnes ont participé à la marche blanche organisée à Béziers, mardi.

Manifestation à Béziers, mardi. Manifestation à Béziers, mardi.© (F3) Ailleurs dans la communauté éducative, les actions, parfois très spontanées, se sont multipliées : débrayage d’une heure, minutes de silence, port de brassards blancs... Preuve d’une grande émotion partagée, ce jeudi, beaucoup d’enseignants vont marquer leur solidarité avec leur collègue. « Elle a quand même dit avant de mourir “Je le fais pour vous”, son acte a un sens », souligne, par exemple, un prof sur un forum de discussion. Un autre s’interroge : « Combien de drames va-t-on encore attendre avant de dire “Tiens, il y a des soucis dans le milieu enseignant ?” Tout cela me donne la chair de poule... »

Georges Fotinos, ancien inspecteur général et auteur du rapport La qualité de vie au travail dans les lycées et collèges. Le burn-out des enseignants – exclusion des élèves (lire ici), estime que « 17 % des professeurs » sont victimes de burn-out (contre 11 % dans les autres professions). Et que « près de 30 % des enseignants » interrogés pour cette enquête ont dit « songer, souvent, à quitter le métier ».

Il y a quelques mois, alors que nous enquêtions sur les démissions de professeurs, nous avions rencontré Claire-Hélène Pinon, enseignante chevronnée de français. Après plus de dix ans dans des établissements classés difficiles comme la cité scolaire Henri-Bergson du XIXe arrondissement de Paris, elle avait choisi de mettre un terme à sa carrière. La tragédie de l’enseignante de Béziers lui remémore ses souffrances : la tentative de psychiatriser le cas Lise Bonnafous, dont le ministre Luc Chatel a immédiatement fait une « personne en état de grande fragilité », lui rappelle le discours qu’on lui tenait à l’époque.

« La médecine du rectorat m’avait mise en arrêt maladie en précisant que mon état était "non-imputable” à mon service », raconte-t-elle. Difficile de politiser le débat sur l’enseignement quand l’institution n’a de cesse de vous renvoyer à vos « problèmes personnels ». « En clair, le problème, c’est moi, et pas mes conditions de travail ! » Comme pour les salariés de France Télécom. Pourtant Claire-Hélène Pinon, qui durant ces dix années a pris des antidépresseurs, constate aujourd’hui : « Depuis que j’ai quitté l’enseignement, je n’ai plus besoin d’antidépresseurs. »

Masquer à tout prix les difficultés

« Très exigeante », « à l’ancienne », le discours qui s’est peu à peu développé sur l’enseignante de Béziers, que certains parents ont aussi décrite comme « peu aimée de ces élèves », a aussi sonné familièrement chez Claire-Hélène Pinon. « Il est aujourd’hui mal vu d’être un prof exigeant, et non pas tellement par les élèves ou les familles d’ailleurs, mais par l’institution. C’est exactement ce que j’ai vécu : on me reprochait mes moyennes inférieures aux autres – je refusais de mettre la moyenne à un élève qui faisait trois fautes par phrase. On me disait que je passais trop de temps à expliquer des points de grammaire difficiles, alors que si les élèves décrochaient, il fallait passer à autre chose. »

Le plus difficile, raconte-t-elle, a été la perte progressive du sens même de sa mission d’enseignante. Les expériences pédagogiques (« 4e sport... la 6e expérimentale où il s’agissait d’apprendre à ces élèves à compter en maniant des ballons de foot... », détaille-t-elle acerbe) se résument selon elle à mettre dans ces classes les élèves en grande difficulté, « ceux qui ont besoin, encore plus que les autres de cadres bien structurants. Le pire, c’est que beaucoup n’avaient rien demandé et ont très mal vécu d’être mis dans “les classes de débiles” ».

Devant tant d’incompréhension, peu à peu, le dialogue avec sa hiérarchie s’est étiolé. « Les chefs d’établissement ont leurs contraintes. Il ne faut surtout pas faire trop de conseils de discipline parce que cela remonte au rectorat et peut nuire à l’image de l’établissement. Pareil pour le niveau des élèves, il faut à tout prix masquer les difficultés. On passe sur tout. Le moyen de tenir pour beaucoup de mes collègues, c’était de se voiler la face. Moi je n’y arrivais plus. »

Face à ces conditions de travail de plus en plus pesantes – « Il était très difficile d’obtenir le carnet de liaison de mes élèves, demander à un élève d’enlever sa casquette pouvait faire toute une histoire » –, sa hiérarchie lui demande simplement d’être indulgente. Parallèlement, les collègues, souvent jeunes dans ces établissements difficiles où ceux qui ont un peu d’ancienneté prennent leurs jambes à leur cou, n’osent pas dire les difficultés qu’ils rencontrent.

« Une réunion a par exemple été organisée pour parler d’une classe totalement ingérable. Or devant la direction, chacun a raconté comment, dans sa classe, tout se passait merveilleusement bien ! Les profs ont complètement intégré l’idée que si cela se passe mal, c’est uniquement de leur faute. » Dans ce contexte, celui qui dénonce des situations inacceptables finit bien vite par déranger.

Provoquer une prise de conscience

Alors qu’elle y pensait depuis plusieurs mois, un événement a précipité sa décision de quitter un métier qui était aussi une vocation. « Il y a eu ce conseil de discipline pour une élève qui avait griffé au visage un prof alors qu’il tentait de lui confisquer son portable. Un élève avait filmé la scène sans que cela semble poser de problèmes à personne. Tout le monde a ri quand je me suis étonnée qu’on ne cherche pas les responsables. »

Devant le manque de soutien de sa hiérarchie, elle claque donc bruyamment la porte.

Elle aussi voulait provoquer une prise de conscience. Ne pas partir sur la pointe des pieds, comme beaucoup d’enseignants écœurés. Une de ses anciennes collègues, consciente que la phrase résonne aujourd’hui étrangement, se souvient : « Elle nous avait dit : “Il faudrait faire un truc, je ne sais pas, on devrait peut-être s’immoler”... » A l’époque, fin décembre 2010, l’immolation du jeune Mohammed Bouazizi en Tunisie et l’immense révolte qu’elle suscite sont dans tous les esprits. L’idée du sacrifice qui réveille les consciences, Claire-Hélène, qui était alors au bord du gouffre, y a pensé. « Je me suis dit : qu’est-ce qu’il nous reste pour nous faire entendre ? » Elle a finalement écrit une lettre de démission à son chef d’établissement en prenant soin de la rendre la plus publique possible.

Elle, toujours très bien notée par son inspection, toujours saluée par ses collègues comme « une excellente prof », pointe le « climat délétère qui règne dans l’établissement : incivilités, refus d’obéissance, insultes, violences à l’égard des adultes se sont banalisés au point que les élèves, se sentant dans une situation de toute-puissance, n’ont même plus conscience de la gravité de leurs actes. Un tel désordre règne dans les escaliers et les couloirs, qu’il nous est impossible de circuler sans être bousculés, raillés, invectivés, les bagarres y éclatent plus que quotidiennement. Cette situation de violence tant physique que verbale ne devrait pas être ».

Et poursuit ainsi : « Je refuse de continuer à assister à la complaisance avec laquelle certains adultes confortent ces enfants dans leurs dérives au lieu de tout faire pour les aider à en sortir. Je refuse de continuer à assister, impuissante, à ce gâchis généralisé, nos élèves les plus fragiles étant les premières victimes de notre incapacité, voire notre réticence, à instaurer les conditions nécessaires à leur apprentissage. Je refuse de continuer à participer de ce spectacle affligeant que nous offrons quotidiennement à nos élèves et qui me fait honte. J’aime mon métier par-dessus tout mais il ne m’est plus possible, dans ces conditions, de continuer de l’exercer et j’ai perdu tout espoir que cela ne change. C’est pourquoi, Monsieur le Proviseur, j’ai l’immense regret de vous présenter ma démission. »

Le sentiment de gâchis était trop grand : « J’étais en train d’y laisser ma peau. » Aujourd’hui en reconversion, Claire-Hélène Pinon refait des projets. Le drame de Béziers lui a rappelé dans quelle situation vivent beaucoup de profs. En 2009, 54 suicides au sein d’un établissement scolaire ont été officiellement recensés.


In memoriam

Elle s’appelait Lise.

Lise Bonnafous.

D’elle, je ne sais rien, ou presque rien. Professeur de mathématiques. 44 ans. Béziers.

Pas même une photo pour mettre un visage sur son cri. Juste l’image d’un véhicule du SAMU et quelques ballons blancs qui s’envolent. A-t-elle laissé une lettre ?

Lise, quel joli prénom ! Un prénom fait pour le sourire, car elle était « agréable », « souriante » même au dire d’une de ses élèves.

Lise s’est levée un matin, elle est partie travailler avec son bidon d’essence, est entrée dans son lycée, a donné ses cours comme d’habitude et, à la récréation, pendant que ses collègues buvaient leur café et que ses élèves consultaient leur portable, Lise a peut-être regardé autour d’elle une dernière fois, la cour, les élèves, le bâtiment avec la salle où elle avait donné son dernier cours de mathématiques, le lycée, son lycée, et elle s’est aspergée d’essence, et elle s’est embrasée en disant aux élèves qui tentaient de lui porter secours : « Je fais ça pour vous ».

Ou peut-être n’a-t-elle rien regardé, murée dans sa solitude et sa douleur, aveugle et sourde à tout ce qui était étranger à son message. « Je fais ça pour vous ».

Elle n’a rien dit à personne.

Mais elle a dit l’essentiel.

Car cette flamme qui dévorait sa chair n’était qu’une partie de la flamme qui dévorait son âme, ou de celle qu’elle ne parvenait plus à faire surgir dans ce système destructeur des meilleures volontés.

Tu t’es trompée, Lise, tu n’as pas fait ça pour eux, pour nous.

Tu as fait ça pour rien.

Car personne ne veut t’entendre. Sous prétexte que « nous ne savons pas tout », comme dans toutes les affaires qu’on veut mettre sous le boisseau.

Car de ta chair qui se consume, et de tes doutes, et de ta révolte, de ton courage suprême à l’heure du grand sacrifice, qu’est-il resté ?

Les paroles lénifiantes de tes supérieurs soucieux d’étouffer l’affaire comme tant d’autres avant la tienne, l’aller-retour de ton ministre au masque d’affliction qui continuera imperturbablement à faire naître d’autres victimes et d’autres affaires classées, un échange furtif de professeurs entre deux portes, des syndicats qui attendent d’en savoir plus...

Ta mort nous met mal à l’aise. On la fuit comme on fuit la maladie, comme on essaie de se protéger de la foudre en se cachant derrière son bras. On aimerait penser que ce qui t’est arrivé ne pouvait arriver qu’à toi. J’aimerais penser que cela ne pourrait pas m’arriver à moi.

On se réfugie derrière la moindre circonstance atténuante du crime que tu as commis sur toi, on gratte jusqu’à ce qu’on ait trouvé : « fragilité », « dépression », « mort d’un neveu »...

On se précipite sur tout ce qui peut nous éviter de regarder en face nos propres angoisses, nos propres lâchetés, oubliant que nous aurions tous des « raisons » d’en arriver là en cherchant bien : une séparation, un décès, une maladie, une lassitude...

Bien sûr, il y a eu d’autres suicides dans d’autres professions. Et l’on doit s’en indigner aussi.

Mais l’école, en principe, c’est le don de l’homme à l’homme, il y a quelque chose de gratuit, de passionnel, d’un autre ordre. Presque du sacrifice : « Je fais ça pour vous ». Des hommes à construire, une société à instituer. Pas une entreprise à faire tourner, malgré les petits chefs, les kapos, les dégraissages, les « compétences », les « évaluations », les « outils » et autres jolis termes adoptés par la nouvelle terminologie...

Peut-être n’étais-tu pas fragile, mais fragilisée. C’est très différent.

Et si ce n’était pas ta vie personnelle qui avait fragilisé ta vie professionnelle mais ta vie professionnelle qui t’avait rendue plus vulnérable, cela étonnerait-il un seul de tes collègues ? Qui n’est pas rentré un jour chez lui morose ou à fleur de peau avec une vague envie d’en finir avec ce métier ?

Vox clamantis in deserto.

Ils ne disent pas grand-chose, tes collègues, nous, épuisés que nous sommes par la pression constante du système et la vanité de nos efforts dans cette spirale descendante, détachés par force comme le chirurgien qui échange une blague salace avec les internes au chevet d’un mourant.

Ce sont des doux, les profs, des pacifiques, des idéalistes, un peu veules parfois, passionnément courageux aussi parfois. Ils ne vont pas brûler des bâtiments, prendre des otages. Ils se brûlent eux-mêmes.

Alors, Lise, je vais essayer de continuer aussi ma lutte, ta lutte, histoire que justement, tu ne sois pas morte pour rien. J’ai fait ma minute de parole pour que tu nous pardonnes la minute de silence à laquelle tu n’as pas eu droit, toi qui as offert ta vie dans un sacrifice spectaculaire, dérisoire offrande pour une cause que tu croyais juste. Pour une juste cause. Même si je ne sais pas tout.

Pauvre Lise, ma sœur, de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée...

Corinne

21/10/2011


CSE DU 4 NOVEMBRE 2011 – DECLARATION LIMINAIRE DU SNALC-CSEN
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Directeur,
Ma déclaration ne s’adressera pas ce jour uniquement à l’Institution que vous représentez, mais à l’ensemble des représentants de la communauté éducative réunis dans l’enceinte de ce CSE : représentants des personnels, des parents d’élèves, des collectivités locales et des associations complémentaires de l’Education nationale ; organisations lycéennes et étudiantes.
Au-delà du ronron habituel de nos travaux et de nos joutes verbales traditionnelles, il est des faits qui, par leur caractère à la fois exceptionnel et significatif, méritent une attention particulière et une interrogation collective.
Le 14 octobre dernier, Lise Bonnafous, professeur de mathématiques au lycée Jean Moulin de Béziers, décédait des suites de ses brûlures après s’être immolée par le feu dans la cour de son établissement. Lise aurait pu être ma collègue, ou la vôtre. L’enseignante de vos enfants. Votre professeur.
Il y a dix mois, le même acte, perpétué par un jeune vendeur de fruits de Sidi Bouzid, enflammait la Tunisie et amorçait les printemps arabes. Mais aucune révolution n’a suivi le geste à la fois désespéré et pleinement assumé de Lise Bonnafous. Je ne parlerai pas de la réaction désespérément prévisible de l’Institution scolaire présentant Lise Bonnafous comme un professeur en difficulté professionnelle et personnelle. Les professeurs ne le savent que trop bien : pour l’Institution, ils sont toujours seuls responsables des problèmes qu’ils rencontrent. Je ne parlerai pas non plus de la curée lancée par certains médias, déversant sur la place publique rumeurs infondées et fausses informations sur les raisons intimes de son geste. J’essaierai enfin d’oublier ces parents d’élèves interrogés au journal de 20 heures qui se sont offusqués du spectacle offert à leurs enfants, les mêmes peut-être qui soutenaient leur progéniture face à ce professeur jugé trop « exigeant » : cachez ce malaise enseignant que la société ne saurait voir ! Je préfère aussi penser que les rumeurs faisant état de lycéens filmant la scène ou chantant « allumer le feu » ne sont que légendes urbaines. Nous serions sinon en droit de nous demander quel genre de monstres nous produisons, au sein d’une Ecole qui se gargarise pourtant de respect et de citoyenneté.
On ne se suicide pas sur son lieu de travail sans avoir de vraies raisons professionnelles de le faire. Fille de l’Education nationale, Lise Bonnafous défendait une école républicaine de la transmission. Une école où les savoirs seraient au centre, afin d’assurer la promotion de tous. Une école où le professeur pourrait enseigner sans avoir à débattre de ses choix pédagogiques avec des adolescents tout juste sortis de l’enfance. Ce n’est pas le SNALC qui le dit. Ce sont les propos simples et dignes de son père, tenus au lendemain de son décès. J’aurais personnellement préféré ne jamais les entendre. Aucune cause – même pas celle des élèves – ne mérite que l’on mette fin à ses jours. Le cas de Lise n’est pourtant pas isolé – malheureusement. Autant, voire plus de suicides dans l’Education nationale qu’à France Telecom. Les mêmes causes produiraient-elles les mêmes effets ? Introduction de méthodes « managériales », suppressions massives de postes, politique des résultats sans souci de la qualité réelle du service assuré aux usagers, standardisation des procédures à suivre au détriment de l’autonomie et de la qualification des personnels : autant d’évolutions subies par cette entreprise privatisée qui ressemblent étrangement à celles que l’on nous impose aujourd’hui. Avec les mêmes conséquences.
Lise n’était pas « dépressive » - comme l’ont écrit trop rapidement quelques médias mal intentionnés. Lise voulait simplement enseigner. Mais peut-on encore enseigner, dans une société qui ne sait plus vraiment ce qu’elle attend de ses professeurs, et une école qui n’a plus les moyens d’aller où que ce soit ? Dégradation constante des conditions matérielles de travail ; Dénaturation de la mission de transmission des savoirs au profit d’une multitude d’activités prétextes ; Attentes paradoxales des familles ; Complicité ou indifférence des autorités hiérarchiques face au travail de sape de l'autorité des professeurs : toutes causes de la souffrance de trop nombreux professeurs ; toutes raisons qui font fuir les candidats à l'enseignement ; tous éléments qui, cumulés, peuvent conduire à des actes désespérés qui, s'ils restent individuels, expriment l'immense malaise de toute une profession.
Trois semaines après le drame, la vie a repris son cours au lycée Jean Moulin. Comme dans tous les établissements de France. The show must go on. Combien faudra-t-il de Lise Bonnafous pour faire enfin réveiller la communauté éducative, à défaut d’interpeler la société française ? L’indifférence, le repli sur soi, la crainte de la « récupération » ont tué Lise une seconde fois. Parce que nous, enseignants, ne sommes même plus capables de nous indigner, nous sommes nos premiers ennemis.
Le SNALC ne demandera pas la mise en place d’une énième commission sur les conditions de travail : il ne sait que trop bien ce qu’il advint du Grand débat sur l’Ecole ou des Etats généraux de la sécurité. Mais au-delà des clivages idéologiques ou partisans, le SNALC invite ce jour les membres du CSE réunis à observer une minute de silence à la mémoire de Lise Bonnafous.
Pour le SNALC-CSEN
Claire MAZERON


Dernière édition par John le Mar 8 Nov 2011 - 22:36, édité 8 fois

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Re: "J'écris pour les profs qui pètent les plombs", "Tu enseigneras dans la douleur", "A Lise", "Je le fais pour vous", "in memoriam" et Hommage par le CSE.

Message par John le Mer 19 Oct 2011 - 10:49

Je suis enseignant dans le Morbihan, en lycée. Le drame de jeudi, qui m'a profondement touché, et le black-out dans les médias depuis vendredi pose question. Après avoir regardé les infos tout le week-end, j'ai pris la plume et j'ai écrit ce texte. J'espère qu'il ne choquera personne car ce n'est pas le but. Toute ma sympathie va aux collègues de Lise. Une de mes collègues s'est aussi suicidée dans mon lycée en mars dernier.

A Lise.

Une collègue s’est suicidée.
Par le feu elle s’est immolée.
Mais à la tête de l’Etat
On pense seulement –« Elysée ? moi !

Une collègue s’est suicidée
Au milieu d’sa cour de récré.
Les politiques pensent pas à ça,
‘Y pensent seulement –« Elisez-moi ! »

Une collègue s’est suicidée.
Et des élèves l’auraient filmée.
Mais dans leurs pub’, les syndicats,
Nous disent seulement –« Eh ! lisez-moi ! »

Une collègue s’est suicidée,
Jeudi dernier dans son lycée,
Elle s’ra oubliée dans un mois,
Dans les médias ? Et Lise ? émoi ?

Dans le maghreb en Tunisie
Un jour un p’tit marchand de fruits
S’était immolé lui aussi.
Une révolution a suivi.
Et Lise, et toi ! Hé Lise ! et toi ?


Bonjour,
permettez -moi de vous soumettre ce texte que je fais circuler très largement . Je le colle dans le message ; c'est un peu long, mais je ne vois pas comment faire autrement.
Marie-claude Faivre, professeur de Lettres Nancy

Le 19/10/2011
Aux journalistes, politiques, syndicalistes qui voudront bien se faire l’écho de la détresse, de la colère et non du “malaise” de notre profession.
Par avance merci.
___________________
“Je le fais pour vous…”
… a dit notre collègue, Lise B. professeur de Béziers, qui, en proie à un désespoir absolu, s’est immolée dans la cour de son lycée.
Qui, “vous” ?
vous, chers élèves, dont je ne cherche pas à me faire aimer avant toute chose, car je veux rester sourde à la cote d’amour censée mesurer ma valeur au sein de la “communauté éducative”. Vous ne serez jamais, pour moi, “les gamins” dont il est question dans les salles des “profs”, car je ne serai jamais ni votre mère, ni votre copine. Mais savez-vous encore la différence entre un professeur, une mère et une copine ? Ce n’est pas un père trop souvent absent, irresponsable ou immature lui-même, très souvent votre meilleur copain, qui vous l’apprendra!
Oui, je continuerai à réclamer le silence en début de cours et à vous laisser debout tant qu’il ne sera pas de qualité. Ce n’est pas là volonté militariste de vous humilier, mais condition nécessaire à mon enseignement
: délimitation d’un espace, la classe, où l’on doit entendre la parole d’autrui : celle des grands auteurs dont les textes que nous lisons font entendre la voix, respect de la mienne, simple passeuse de savoir, chargée de structurer votre… parole, afin que vous puissiez, à votre tour, vous faire entendre et être pris au sérieux, respect de la voix de vos camarades qui s’exercent à formuler leur pensée.
Mais veut-on encore vous apprendre à penser ?
Oui, je continuerai à faire la chasse aux portables et aux I-Pods en cours pour les mêmes raisons.
Oui, je sanctionnerai, autant que mes forces me le permettront – mais il ne faut préjuger de rien, l’usure gagne – vos retards systématiques,
votre désinvolture, vos comportements égocentriques, insolents, agressifs et insultants, car je suis un être humain, nanti d’un système nerveux qui n’est pas à toute épreuve, mais conserve le sens de la dignité,
de la mienne comme de la vôtre.
Non, je ne ferai pas de stage pour apprendre à “gérer les conflits” et mon propre stress, comme si des ficelles psycho-techniques pouvaient se substituer à la loi qui doit être appliquée, à l’ordre que l’institution doit avant tout garantir, afin de nous protéger vous et moi contre tout acte de violence verbale ou physique, condition sine qua non pour commencer à pouvoir travailler. Non, le “prof” n’est pas un outil qu’on doit rendre plus performant pour vous mater, vous manipuler ou vous séduire.
Non, je ne négocierai pas mes notes, malgré les pressions : celles de l’administration qui sait si bien faire porter la responsabilité
d’une moyenne de classe trop basse au professeur, toujours trop exigeant et trop sévère ; celle de nos inspecteurs qui nous “invitent à l’indulgence” dans les commissions d’harmonisation du Brevet et du Bac et nous enjoignent de revenir sur les copies aux notes trop basses ; celles de vos parents qui, dans leur grande majorité, s’alarment à la première
de vos faiblesses et me font savoir que “l’année dernière, ça marchait
pourtant si bien avec M. Machin” (lequel n’hésitait pas, pour avoir la paix, à surnoter de la manière la plus démagogique qui soit) ; et celles que vous-mêmes savez si bien exercer sur les “adultes” d’aujourd’hui, plus prompts à laisser faire, à négocier des contrats, qu’à faire respecter
des règles, sans faiblir – sachant qu’ils n’en tireront jamais aucune gratification immédiate – et qui semblent devenus incapables de supporter
cette frustration inhérente à leur fonction d’enseignant et maintenant d’éducateur.
Non, je ne me transformerai pas en animatrice de MJC , pour ne pas “vous prendre la tête”, ou parce que apprendre et travailler vous “gave”.
Vous ?
Vous, chers collègues, broyés un peu plus chaque jour par une institution qui ne vous protège plus, en dépit de l’article 11 du code de la Fonction Publique qui est encore censé protéger le fonctionnaire contre les outrages ou délits exercés à son encontre dans l’exercice de ses fonctions.
Vous qui jonglez désespérément avec les impératifs de vos programmes qu’il vous faut boucler impérativement dans l’année, mais que l’on vous enjoint d’adapter à chacun de vos élèves dont les niveaux sont, d’une année sur l’autre, plus disparates au sein d’une même classe (puisque les plus perdus passent dans la classe supérieure “au bénéfice de l’âge” ou malgré l’avis des professeurs).
Vous qui vous efforcez de maintenir encore les apparences, alors que tout le système est fissuré ; vous qui direz au conseil de classe : “ Tout va très bien Madame la Marquise” ou “ Avec moi ça se passe bien”, alors que vous pouvez, sans guère vous tromper, annoncer en début d’année, qui sera reçu ou non au Brevet, car les jeux sont faits en septembre et que, pour l’essentiel, vos cours sont devenus très souvent une garderie culturelle où vous tentez de maintenir laborieusement une relative paix sociale, en limitant vos exigences, en surnotant, en renonçant
un peu plus chaque jour à transmettre ce que vous avez reçu, car “l’enfant, au centre du système, doit construire lui-même son savoir”, choisir ses matières, ses options, pour un projet devenu essentiellement professionnel. Les valeurs humanistes qui vous ont structurés sont chaque
jour un peu plus bafouées au sommet de l’Etat. Il s’agit maintenant d’évaluer des compétences à travers des grilles d’évaluation fabriquées par et pour l’entreprise, au niveau européen, compétences dites souvent transversales qui n’ont plus rien à voir avec l’acquisition de savoirs exigeants
dans des disciplines bien précises. Le livret de compétences doit garantir “l’employabilité future” de ceux qui sortiront du système sans diplôme national reconnu et sans qualifications.
Vous, les professeurs d’Humanités (latin et grec) dont il est de bon ton de ridiculiser vos enseignements, que l’on s’est employé à reléguer très tôt ou très tard dans la journée du collégien ou du lycéen, de manière à faire chuter inexorablement les effectifs ; vous qui transmettez
les fondements de notre culture et qu’on met en concurrence en 3ème avec l’option DP3, découverte de l’entreprise…
Vous qui enseignez une option que nos élèves-consommateurs peuvent essayer au gré de leur fantaisie et abandonner sur une simple lettre de parents qui obtiendra l’arrêt souhaité, pour peu que les notes de latin du chérubin ne lui fassent baisser sa moyenne.
Vous qui vous sentez responsables, voire coupables, du désintérêt
que ces matières suscitent, vous à qui vos inspecteurs-formateurs suggèrent de rendre vos cours plus attractifs (sorties, jeux, Olympiades…)
tout en vous sommant de vous conformer aux Instructions Officielles qui ne transigent pas avec les connaissances grammaticales à acquérir .Vous dont les classes ne doivent jamais s’ennuyer ! Vous qui êtes, même aux yeux de vos collègues, le prof ringard qui persiste à enseigner
des savoirs désuets et inutiles et qui ne devrait pas se plaindre…vu ses effectifs réduits.
Vous qui vieillissez, vous qui vous fatiguez plus vite, vous qui êtes maintenant une loque en fin de journée, lasse du bruit et des tensions
incessantes, à qui le système demande désormais de rendre compte
chaque jour, sur un cahier de textes numérique, de ce que vous avez fait en classe, heure par heure ; vous que Big Brother place ainsi sous le contrôle permanent de vos supérieurs et des parents d’élèves ; vous qui pourrez dorénavant recevoir chaque soir, chez vous, des mails d’élèves,
ou de leurs parents, jugeant normal de vous interpeller par écrit et attendant bien sûr de vous la réponse rapide qui leur est due. Vous qu’on flique honteusement comme on ne le fait pour aucune profession. Vous
à qui la société entière peut ainsi demander des comptes à tout moment ; vous qu’on livre à toutes les pressions aisément imaginables et qu’on place dans la situation de devoir vous justifier, de vous défendre sans cesse, car vous êtes devenu le fonctionnaire, bouc-émissaire par excellence,
livré régulièrement en pâture à l’opinion publique.
Vous qui ne comprenez pas l’engouement aveugle, incompréhensible
de vos jeunes collègues pour l’informatique, le numérique, censés séduire “nos nouveaux publics” et stimuler leur envie d’apprendre,
alors qu’ils se lassent du gadget pédagogique comme ils se lassent si vite de tout dans un monde consumériste où le seul principe qui vaille est le “tout, tout de suite”, dans un tourbillon de désirs sans cesse renouvelés
et toujours insatisfaits.
Vous qui en perdez le sommeil ; vous qui ne pouvez travailler avec ce couteau sous la gorge, vous qui tentez de reconstruire chaque soir une image acceptable de vous-même au travail avant de vous en remettre au somnifère ou à l’anxiolytique qui vous permettra, enfin, de dormir, car vous ne pouvez imaginer tenir vos classes demain sans ces heures de sommeil.
Vous qui travaillez en apnée entre ces périodes de vacances que tous vous envient et vous reprochent, ultimes bouées qui vous permettent
de vous reconstituer avant de découvrir, à chaque rentrée, que la situation
se détériore irrémédiablement et que vous êtes, vous, professeur, jeune ou vieux, en première ligne chaque jour, de moins en moins sûr de tenir, si une volonté politique ne rappelle pas, très vite à chacun (parent, élève, professeur) la place qui devrait être la sienne dans une institution laïque et républicaine, si elle ne vous rend pas de toute urgence votre dignité, votre autorité, et des conditions de travail et de salaire décentes.
Vous, parents, élèves, professeurs, qui espérez qu’on tirera une leçon du sacrifice de notre collègue…
Quelle leçon ? Telle est la question !
M.C. Perrin-Faivre, professeur de Lettres à Nancy.


Dernière édition par John le Jeu 20 Oct 2011 - 1:49, édité 1 fois

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Re: "J'écris pour les profs qui pètent les plombs", "Tu enseigneras dans la douleur", "A Lise", "Je le fais pour vous", "in memoriam" et Hommage par le CSE.

Message par gelsomina31 le Mer 19 Oct 2011 - 11:46

John a écrit:
Je suis enseignant dans le Morbihan, en lycée. Le drame de jeudi, qui m'a profondement touché, et le black-out dans les médias depuis vendredi pose question. Après avoir regardé les infos tout le week-end, j'ai pris la plume et j'ai écrit ce texte. J'espère qu'il ne choquera personne car ce n'est pas le but. Toute ma sympathie va aux collègues de Lise. Une de mes collègues s'est aussi suicidée dans mon lycée en mars dernier.

A Lise.

Une collègue s’est suicidée.
Par le feu elle s’est immolée.
Mais à la tête de l’Etat
On pense seulement –« Elysée ? moi !

Une collègue s’est suicidée
Au milieu d’sa cour de récré.
Les politiques pensent pas à ça,
‘Y pensent seulement –« Elisez-moi ! »

Une collègue s’est suicidée.
Et des élèves l’auraient filmée.
Mais dans leurs pub’, les syndicats,
Nous disent seulement –« Eh ! lisez-moi ! »

Une collègue s’est suicidée,
Jeudi dernier dans son lycée,
Elle s’ra oubliée dans un mois,
Dans les médias ? Et Lise ? émoi ?

Dans le maghreb en Tunisie
Un jour un p’tit marchand de fruits
S’était immolé lui aussi.
Une révolution a suivi.
Et Lise, et toi ! Hé Lise ! et toi ?


très joli poème

gelsomina31
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Re: "J'écris pour les profs qui pètent les plombs", "Tu enseigneras dans la douleur", "A Lise", "Je le fais pour vous", "in memoriam" et Hommage par le CSE.

Message par Sessi le Mer 19 Oct 2011 - 11:47

Tout à fait d'acc. Je suis assez exaspérée qu'on n'en entende déjà plus parler, que les problèmes de crise et la campagne de 2012 aient à nouveau pris le dessus sur cette tragédie. C'est bien la preuve qu'on fait bien peu de cas de l'éducation dans notre pays.


Dernière édition par Sessi le Mer 19 Oct 2011 - 11:48, édité 1 fois

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Re: "J'écris pour les profs qui pètent les plombs", "Tu enseigneras dans la douleur", "A Lise", "Je le fais pour vous", "in memoriam" et Hommage par le CSE.

Message par DH le Mer 19 Oct 2011 - 11:51

Les larmes aux yeux. Très beaux textes. Merci John. Je les mettrai demain au lycée

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Re: "J'écris pour les profs qui pètent les plombs", "Tu enseigneras dans la douleur", "A Lise", "Je le fais pour vous", "in memoriam" et Hommage par le CSE.

Message par Loise le Mer 19 Oct 2011 - 13:41

John a écrit:
Je suis enseignant dans le Morbihan, en lycée. Le drame de jeudi, qui m'a profondement touché, et le black-out dans les médias depuis vendredi pose question. Après avoir regardé les infos tout le week-end, j'ai pris la plume et j'ai écrit ce texte. J'espère qu'il ne choquera personne car ce n'est pas le but. Toute ma sympathie va aux collègues de Lise. Une de mes collègues s'est aussi suicidée dans mon lycée en mars dernier.

A Lise.

Une collègue s’est suicidée.
Par le feu elle s’est immolée.
Mais à la tête de l’Etat
On pense seulement –« Elysée ? moi !

Une collègue s’est suicidée
Au milieu d’sa cour de récré.
Les politiques pensent pas à ça,
‘Y pensent seulement –« Elisez-moi ! »

Une collègue s’est suicidée.
Et des élèves l’auraient filmée.
Mais dans leurs pub’, les syndicats,
Nous disent seulement –« Eh ! lisez-moi ! »

Une collègue s’est suicidée,
Jeudi dernier dans son lycée,
Elle s’ra oubliée dans un mois,
Dans les médias ? Et Lise ? émoi ?

Dans le maghreb en Tunisie
Un jour un p’tit marchand de fruits
S’était immolé lui aussi.
Une révolution a suivi.
Et Lise, et toi ! Hé Lise ! et toi ?


Troublant de vérité...
Neutral

Loise
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Re: "J'écris pour les profs qui pètent les plombs", "Tu enseigneras dans la douleur", "A Lise", "Je le fais pour vous", "in memoriam" et Hommage par le CSE.

Message par sand le Mer 19 Oct 2011 - 13:43

Une collègue expérimentée a craqué ce matin. On essaie d'être présent. C'est très dur.

sand
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Re: "J'écris pour les profs qui pètent les plombs", "Tu enseigneras dans la douleur", "A Lise", "Je le fais pour vous", "in memoriam" et Hommage par le CSE.

Message par LM le Mer 19 Oct 2011 - 13:46

J'ai parlé de Lise et du drame à mes collègues> le néant absolu.
pale
Je ne savais plus si je devais hurler de colère, me mettre à pleurer ou m'enfuir en courant pour me cacher dans un trou durant des années...

LM
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Re: "J'écris pour les profs qui pètent les plombs", "Tu enseigneras dans la douleur", "A Lise", "Je le fais pour vous", "in memoriam" et Hommage par le CSE.

Message par Mésange le Mer 19 Oct 2011 - 13:55

Très beau poème, très juste, y compris en ce qui concerne les syndicats. Bel hommage à Lise. Je trouve que personne ne se fait l'écho du "malaise enseignants". A quand une manif ou une grève pour dénoncer ce malaise plutôt que pour demander davantage de crédits? Il faut des profs comme Lise qui hurlent au prix de leur vie, parce qu'on ne les entends pas.

Mésange
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Re: "J'écris pour les profs qui pètent les plombs", "Tu enseigneras dans la douleur", "A Lise", "Je le fais pour vous", "in memoriam" et Hommage par le CSE.

Message par Pryneia le Mer 19 Oct 2011 - 14:09

Joli poème. Je suis vraiment touchée par cette histoire... Quel immense gâchis... Une femme jeune, intelligente (agrégée de maths, quel niveau d'abstraction !), qui avait la vie devant elle... Et qui met fin à ses jours de manière aussi terrible !

Je pense tous les jours à Lise.

Pryneia
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