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John
Médiateur

Informatique : Dennis Ritchie, John McCarthy et Bob Galvin disparaissent après Steve Jobs.

par John le Sam 29 Oct 2011 - 19:15
Cet Américain mort il y a quelques jours n’est autre que le père de l’informatique moderne. Réflexion l’inventeur et l’innovateur.

Je souhaite évoquer aujourd’hui la disparition d’un génial inventeur, mort la même semaine que Steve Jobs mais, lui, dans l’indifférence quasi-générale. C’est en partie injuste et cela invite à réfléchir sur la reconnaissance publique, la notoriété médiatique.

Cet inventeur s’appelle Dennis Ritchie, il, est un Américain mort il y a quelques jours et qui n’est autre, selon les spécialistes, que le père de l’informatique moderne. Dans le détail - et les experts comprendront -, il a imaginé le langage informatique C, et - avec un autre chercheur - le système d’exploitation Unix.

Le langage C et ses dérivés, ce sont les langages dans lesquels sont écrits la plupart des systèmes d’exploitation des ordinateurs, des tablettes, des téléphones, des GPS, des modems, etc. Il a été le premier, c’est le second le plus utilisé au monde.

Unix, lui, est un système d’exploitation, le logiciel qui fait tourner les ordinateurs, comme MacOS, Windows ou GNU/Linux, qui s’en sont inspirés. Unix a été la référence dans les entreprises. Pourtant, avec tout ça, la mort de Dennis Ritchie a fait un flop absolu dans la presse. En revanche, sur Google, on trouve 3.400.000 références à son nom.

Pourquoi ce silence ? Cette disparition est tombée en même temps que celle de Steve Jobs ! Mais l’essentiel n’est pas là. Dennis Ritchie était un inventeur, un génie de la technique ; Steve Jobs, l’ex-patron d’Apple, était, lui, un innovateur, qui a su voir ce à quoi une nouvelle technologie pourrait servir. Or, c’est de ceux-là que l’on parle, qui sont connus.

Autrement dit, il y a ceux qui créent de la valeur, qui inventent, et ceux qui la valorisent. Autrement dit, encore plus simplement, Dennis Ritchie est à Steve Jobs ce que l’ampoule est à la lampe ou au lampadaire : le point de départ, la révolution, mais à l’état encore brut. Mais l’un ne va pas sans l’autre. Des génies méconnus, l’histoire technique et industrielle en regorgent !

C’est injuste, oui et non. Oui, parce qu’on peut citer d’autres exemples d’ingénieurs, de chercheurs tombés aux oubliettes. On peut penser à Thomas Newcomen, véritable inventeur de la machine à vapeur, que s’est appropriée et qu’a développée James Watt au XVIIIe siècle.

Mais, non, ce n’est pas injuste parce que l’on peut considérer que le plus important est l’entrepreneur qui va utiliser les découvertes d’inventeurs : Thomas Edison qui diffuse les ampoules électriques et crée General Electric ; Henry Ford qui, dans l’automobile, lance la production de masse, le fordisme ; Steve Jobs et Bill Gates, plus récemment. En fait, les deux sont indispensables : l’inventeur et l’entrepreneur.

Quelle est la leçon ? Que nos sociétés, qui privilégient les marques, les personnalités, valorisent mal les inventeurs, les chercheurs – pour les salaires et le statut social. Il y a donc un message à envoyer aux lycées professionnels, aux universités et aux écoles d’ingénieurs dont les élèves vont souvent dans la finance : l’économie, plus que jamais, a besoin de vous !

Après Steve Jobs et Dennis Ritchie, une autre légende de l’informatique nous quitte. John McCarthy, l'un des pères de l’intelligence artificielle (IA), vient de décéder à l’âge de 84 ans. A la retraite depuis 2001, John McCarthy a notamment inventé LISP, en 1958, le deuxième plus vieux langage informatique au monde après le Fortran, selon sa biographie sur le site de l’université de Stanford. Toujours utilisé, LISP est rapidement devenu le langage préféré des chercheurs en IA.
Le chercheur a également fondé, avec Marvin Minsky, le laboratoire d’intelligence artificielle du prestigieux MIT, avant de partir à Stanford pour créer aussi un labo spécialisé. Ce serait d’ailleurs McCarthy qui aurait inventé l’expression « intelligence artificielle ». Comme bien d’autres pionniers de l’IA, il pensait que les ordinateurs égaleraient bientôt l’intelligence humaine.
Dans un article de 1960 intitulé « Des programmes dotés de sens commun », l'informaticien détaille ses principes de programmation, il explique que son objectif est de « créer des programmes qui apprendront de leur expérience aussi efficacement que les humains ». Il créa aussi le tout premier ordinateur capable de « voir » en trois dimensions et de contrôler un bras robotisé, qui repère des blocs et les empile.
L’ère des machines intelligentes dotées d’une « IA forte » est loin d’être arrivée. Mais les travaux de McCarty ont servi (servent encore) à l’ensemble des chercheurs dans le domaine. Toujours tourné vers le futur, il s’était penché à la fin de sa vie sur les voyages interstellaires, qu'il pensait : « entièrement possibles avec de petites améliorations des technologies actuelles, si l’on accepte des voyages d’une durée de plusieurs centaines ou de plusieurs milliers d’années », relève-t-on dans sa bio.

Il ne fait pas bon mourir juste après Steve Jobs

En regardant certains parcours, on se dit que parfois, qu'on aimerait bien choisir la date de sa mort. Si on lui avait fait cette proposition digne de Méphistophélès dans "La beauté du diable" de René Clair, Bob Galvin, l’ancien patron de Motorola, décédé mardi 11 octobre à l’âge de 89 ans, aurait certainement signé le pacte avec le diable. Car mourir cinq jours après Steve Jobs se révèle assez cruel pour celui qui a « fait » la marque de téléphones mobiles.

Alors que Steve Jobs s’affiche à tous les âges, dans toutes les poses possibles et imaginables dans les magazines jusqu’à l’overdose, la disparition de Bob Galvin est passée quasi-inaperçue. Tout juste un communiqué d’à peine deux feuillets sur le site officiel de Motorola.

Bien sûr, l’homme n’a pas été le magicien qu’a pu être le patron d’Apple, mais sa mémoire méritait mieux que d’être enseveli sous les louanges de celui qui finalement a gagné la bataille de la téléphonie mobile.

C’est lui qui a transformé la Galvin Manufacturing Corporation, qu’il avait hérité de son père, en Motorola, géant des télécommunications. Lorsqu’il passe le témoin à son fils en 1990 pour devenir président non exécutif du groupe, Motorola réalise déjà 11 milliards de dollars de chiffre d’affaires. On lui doit notamment le premier prototype de téléphone mobile, le DynaTAC et le premier modèle à clapet, le StarTac, en 1996.

Les choses ont commencé à se gater à la troisième génération. Son fils Christopher, n’eut pas les mêmes qualités de visionnaire que lui et fut obligé de démissionner de la direction de Motorola en 2003. La suite, on l’a connaît : elle s’est - mal - terminée cet été avec le rachat de Motorola par Google pour 12,5 milliards de dollars. Finalement, ce n’est pas inventer, qui est le plus dur, c’est que sa mémoire survive à son invention.

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Marie Laetitia
Bon génie

Re: Informatique : Dennis Ritchie, John McCarthy et Bob Galvin disparaissent après Steve Jobs.

par Marie Laetitia le Sam 29 Oct 2011 - 21:16
Quelles sont les sources de ces textes, john? Il me semble reconnaître dans le premier une chronique de la matinale de France Inter, non?

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Si tu crois encore qu'il nous faut descendre dans le creux des rues pour monter au pouvoir, si tu crois encore au rêve du grand soir, et que nos ennemis, il faut aller les pendre... Aucun rêve, jamais, ne mérite une guerre. L'avenir dépend des révolutionnaires, mais se moque bien des petits révoltés. L'avenir ne veut ni feu ni sang ni guerre. Ne sois pas de ceux-là qui vont nous les donner (J. Brel, La Bastille)


Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. (...) Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n'y a rien à faire. elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout...


Et on ne dit pas "voir(e) même" mais "voire" ou "même".
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John
Médiateur

Re: Informatique : Dennis Ritchie, John McCarthy et Bob Galvin disparaissent après Steve Jobs.

par John le Sam 29 Oct 2011 - 21:17
Ah zut, j'ai oublié les liens !

Ils sont disponibles sur internet, il suffit de taper la première phrase pour retrouver la source exacte Wink

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Le grincheux
Sage

Re: Informatique : Dennis Ritchie, John McCarthy et Bob Galvin disparaissent après Steve Jobs.

par Le grincheux le Sam 29 Oct 2011 - 21:29
[quote="John"]
Cet Américain mort il y a quelques jours n’est autre que le père de l’informatique moderne. Réflexion l’inventeur et l’innovateur.

Je souhaite évoquer aujourd’hui la disparition d’un génial inventeur, mort la même semaine que Steve Jobs mais, lui, dans l’indifférence quasi-générale. C’est en partie injuste et cela invite à réfléchir sur la reconnaissance publique, la notoriété médiatique.

Cet inventeur s’appelle Dennis Ritchie, il, est un Américain mort il y a quelques jours et qui n’est autre, selon les spécialistes, que le père de l’informatique moderne. Dans le détail - et les experts comprendront -, il a imaginé le langage informatique C, et - avec un autre chercheur - le système d’exploitation Unix.

Le langage C et ses dérivés, ce sont les langages dans lesquels sont écrits la plupart des systèmes d’exploitation des ordinateurs, des tablettes, des téléphones, des GPS, des modems, etc. Il a été le premier, c’est le second le plus utilisé au monde.

Unix, lui, est un système d’exploitation, le logiciel qui fait tourner les ordinateurs, comme MacOS, Windows ou GNU/Linux, qui s’en sont inspirés. Unix a été la référence dans les entreprises. Pourtant, avec tout ça, la mort de Dennis Ritchie a fait un flop absolu dans la presse. En revanche, sur Google, on trouve 3.400.000 références à son nom.

C'est du Dominique-Seux-des-Échos dans le texte. Sur Inter, il est toujours présenté comme cela à tel point que je me demande si le "des-Échos" n'est pas un titre nobiliaire... Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre comme bêtises à une heure de grande écoute. Déjà, il a conçu (et non inventé) UNICS en réactionà MULTICS. Le nom Unix n'est venu que bien plus tard. Admettons qu'à la radio, la différence ne s'entende pas.

Mais alors dire que MacOS (même si on rajoute le X), Linux et Windows se sont inspirés de l'UNICS originel, c'est un peu fort. À la limite, MacOS X est un Unix-based puisqu'il a des vrais bouts de code certifié Unix-BSD (donc ATT à l'origine), mais tourne sur un noyau XNU qui n'est qu'une évolution d'un noyau hybride de type Mach, qui lui, n'a rien à voir avec le monde Unix. Linux est un Unix-like qui est parti d'un code neuf (et pas forcément très propre, mais c'est un autre débat). Mais alors Windows qui s'est inspiré d'Unix, c'est the cherry on the cake. Windows a effectivement pillé un certain nombre d'utilitaire à BSD (puisque même le ftp.exe embarque dans son code exécutable la licence BSD que les types de Microsoft n'ont même pas pensé à enlever !) mais ne repose en rien sur du code Unix. Même ses appels systèmes sont orthogonaux aux appels Unix ou plus généralement POSIX.

Lorsque j'entends ce genre d'inexactitudes sur des sujets que je connais bien, j'imagine le nombre de nouvelles erronées que je peux entendre par ailleurs sur des sujets que je ne connais pas...
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John
Médiateur

Re: Informatique : Dennis Ritchie, John McCarthy et Bob Galvin disparaissent après Steve Jobs.

par John le Sam 29 Oct 2011 - 21:38
Mais pour le langage C, le reste est vrai, non ?

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JPhMM
Demi-dieu

Re: Informatique : Dennis Ritchie, John McCarthy et Bob Galvin disparaissent après Steve Jobs.

par JPhMM le Sam 29 Oct 2011 - 21:45
@Le grincheux a écrit:Lorsque j'entends ce genre d'inexactitudes sur des sujets que je connais bien, j'imagine le nombre de nouvelles erronées que je peux entendre par ailleurs sur des sujets que je ne connais pas...
Il y a des choses qu'il vaut mieux se dispenser d'imaginer, à moins de vouloir en arriver à l'extrémité de vivre coupé de la société des médias. Razz
Mais pourquoi pas, au fond...

diable

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Labyrinthe où l'admiration des ignorants et des idiots qui prennent pour savoir profond tout ce qu'ils n'entendent pas, les a retenus, bon gré malgré qu'ils en eussent. D'ailleurs, il n'y a point de meilleur moyen pour mettre en vogue ou pour défendre des doctrines étranges et absurdes, que de les munir d'une légion de mots obscurs, douteux , et indéterminés. Ce qui pourtant rend ces retraites bien plus semblables à des cavernes de brigands ou à des tanières de renards qu'à des forteresses de généreux guerriers. Que s'il est malaisé d'en chasser ceux qui s'y réfugient, ce n'est pas à cause de la force de ces lieux-là, mais à cause des ronces, des épines et de l'obscurité des buissons dont ils sont environnés. Car la fausseté étant par elle-même incompatible avec l'esprit de l'homme, il n'y a que l'obscurité qui puisse servir de défense à ce qui est absurde. — John Locke

Je crois que je ne crois en rien. Mais j'ai des doutes. — Jacques Goimard
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Le grincheux
Sage

Re: Informatique : Dennis Ritchie, John McCarthy et Bob Galvin disparaissent après Steve Jobs.

par Le grincheux le Sam 29 Oct 2011 - 21:55
Dennis MacAlistair Ritchie a effectivement conçu le langage C qui a permis avec Thomson et Kernighan de coder le premier UNICS.

Contrairement à ce qui était dit un peu partout, ils ont écrit le C et UNICS dans le dos de leurs employeurs de l'époque, uniquement pour utiliser sur un PDP (PDP-8 de mémoire) un système à temps partagé. Ce n'est que bien après que l'on a trouvé que le système à temps partagé, donc multiutilisateur et multitâche (contrairement aux Windows même modernes puisque plusieurs tâches tournent en même temps avec des utilisateurs différents) était intéressant sur des miniordinateurs et que les sources du système ont été fournies à l'université de Berkeley (BSD = Berkeley Software Distribution). À l'époque, cela ne posait aucun problème puisque la notion de logiciel libre ou non n'existait pas. Lorsqu'on achetait un ordinateur, le constructeur trouvait normal de livrer les sources.

Contrairement aux ordinateurs de cette époque qui utilisaient des systèmes orientés ressources (MULTICS, puis VMS), UNICS était orienté service, donc simple. Pensez qu'un noyau Unix SysV complet (sauf la gestion des groupe) tournait sur un 6809 en 22 Ko de code. C'est cette simplicité, donc sa robustesse puisque plus le code est court moins il comporte d'erreur, qui a fait la réputation de ce système.

A posteriori, ce qui est amusant, c'est que si on avait donné les moyens aux trois larrons de concevoir un système d'exploitation, ils auraient certainement fait beaucoup plus compliqué et on ne s'en souviendrait plus.

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Re: Informatique : Dennis Ritchie, John McCarthy et Bob Galvin disparaissent après Steve Jobs.

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