Les extraits littéraires ou autres qui vous transportent ...
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Re: Les extraits littéraires ou autres qui vous transportent ...
Mes diables ont lu :
pour la commémoration du 11 novembre ...
Si je mourais là-bas...
Si je mourais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleur
Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l'étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l'espace
Comme font les fruits d'or autour de Baratier
Souvenir oublié vivant dans toutes choses
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants
Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l'onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L'amant serait plus fort dans ton corps écarté
Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie
- Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur -
Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
Ô mon unique amour et ma grande folie
La nuit descend
On y pressent
Un long destin de sang
pour la commémoration du 11 novembre ...
Cava- Guide spirituel
Re: Les extraits littéraires ou autres qui vous transportent ...
Les amis inconnus
Il vous naît un poisson qui se met à tourner
Tout de suite au plus noir d'une lame profonde,
II vous naît une étoile au-dessus de la tête,
Elle voudrait chanter mais ne peut faire mieux
Que ses sœurs de la nuit les étoiles muettes.
Il vous naît un oiseau dans la force de l'âge,
En plein vol, et cachant votre histoire en son coeur
Puisqu'il n'a que son cri d'oiseau pour la montrer.
Il vole sur les bois, se choisit une branche
Et s'y pose, on dirait qu'elle est comme les autres.
Où courent-ils ainsi ces lièvres, ces belettes,
II n'est pas de chasseur encor dans la contrée,
Et quelle peur les hante et les fait se hâter,
L'écureuil qui devient feuille et bois dans sa fuite,
La biche et le chevreuil soudain déconcertés ?
II vous naît un ami, et voilà qu'il vous cherche
II ne connaîtra pas votre nom ni vos yeux
Mais il faudra qu'il soit touché comme les autres
Et loge dans son cœur d'étranges battements
Qui lui viennent de jours qu'il n'aura pas vécus.
Et vous, que faites-vous, ô visage troublé,
Par ces brusques passants, ces bêtes, ces oiseaux,
Vous qui vous demandez, vous, toujours sans nouvelles,
« Si je croise jamais un des amis lointains
Au mal que je lui fis vais-je le reconnaître ? »
Pardon pour vous, pardon pour eux, pour le silence
Et les mots inconsidérés,
Pour les phrases venant de lèvres inconnues
Qui vous touchent de loin comme balles perdues,
Et pardon pour les fronts qui semblent oublieux.
Quand le soleil…
« Quand le soleil… - Mais le soleil qu’en faites-vous ?
Du pain pour chaque jour, l’angoisse pour la nuit.
- Quand le soleil… - Mais à la fin vous tairez-vous,
C’est trop grand et trop loin pour l’homme des maisons.
- Ce bruit de voix… - Ou bien plutôt bruit de visages,
On les entend toujours et même s’ils se taisent.
- Mais le silence… - Il n’en est pas autour de vous,
Tout fait son bruit distinct pour l’oreille de l’âme.
Ne cherchez plus. - Et comment pourrais-je ne pas chercher,
Je suis tout yeux comme un renard dans le danger.
- Laissons cela, vous êtes si près de vous-même
Que désormais rien ne pourrait vous arriver,
Rassurez-vous, il fait un petit vent de songe
Et l’étrange miroir luit presque familier. »
Jules Superveille.
Il vous naît un poisson qui se met à tourner
Tout de suite au plus noir d'une lame profonde,
II vous naît une étoile au-dessus de la tête,
Elle voudrait chanter mais ne peut faire mieux
Que ses sœurs de la nuit les étoiles muettes.
Il vous naît un oiseau dans la force de l'âge,
En plein vol, et cachant votre histoire en son coeur
Puisqu'il n'a que son cri d'oiseau pour la montrer.
Il vole sur les bois, se choisit une branche
Et s'y pose, on dirait qu'elle est comme les autres.
Où courent-ils ainsi ces lièvres, ces belettes,
II n'est pas de chasseur encor dans la contrée,
Et quelle peur les hante et les fait se hâter,
L'écureuil qui devient feuille et bois dans sa fuite,
La biche et le chevreuil soudain déconcertés ?
II vous naît un ami, et voilà qu'il vous cherche
II ne connaîtra pas votre nom ni vos yeux
Mais il faudra qu'il soit touché comme les autres
Et loge dans son cœur d'étranges battements
Qui lui viennent de jours qu'il n'aura pas vécus.
Et vous, que faites-vous, ô visage troublé,
Par ces brusques passants, ces bêtes, ces oiseaux,
Vous qui vous demandez, vous, toujours sans nouvelles,
« Si je croise jamais un des amis lointains
Au mal que je lui fis vais-je le reconnaître ? »
Pardon pour vous, pardon pour eux, pour le silence
Et les mots inconsidérés,
Pour les phrases venant de lèvres inconnues
Qui vous touchent de loin comme balles perdues,
Et pardon pour les fronts qui semblent oublieux.
Quand le soleil…
« Quand le soleil… - Mais le soleil qu’en faites-vous ?
Du pain pour chaque jour, l’angoisse pour la nuit.
- Quand le soleil… - Mais à la fin vous tairez-vous,
C’est trop grand et trop loin pour l’homme des maisons.
- Ce bruit de voix… - Ou bien plutôt bruit de visages,
On les entend toujours et même s’ils se taisent.
- Mais le silence… - Il n’en est pas autour de vous,
Tout fait son bruit distinct pour l’oreille de l’âme.
Ne cherchez plus. - Et comment pourrais-je ne pas chercher,
Je suis tout yeux comme un renard dans le danger.
- Laissons cela, vous êtes si près de vous-même
Que désormais rien ne pourrait vous arriver,
Rassurez-vous, il fait un petit vent de songe
Et l’étrange miroir luit presque familier. »
Jules Superveille.

Magpie- Expert
Re: Les extraits littéraires ou autres qui vous transportent ...
"La mémoire de nos enfants"
J'ai toujours ton coeur avec moi;
Je le garde dans mon coeur.
Sans lui, jamais je ne suis.
Là où je vais, tu vas ma chair,
Et tout ce je fais par moi-même
Est ton fait ma chérie.
Je ne crains pas le destin,
Car tu es à jamais le mien ma douce.
Je ne veux pas d'autre monde,
Car, ma magnifique, tu es mon monde, mon vrai monde.
C'est le secret profond que nul ne connait,
C'est la racine de la racine,
Le bourgeon du bourgeon,
Et le ciel du ciel de l' arbre appelé Vie,
Qui croît plus haut que l'âme ne saurait l'espérer
Et l'esprit le cacher.
C'est la merveille qui maintient les étoiles éparses.
Je garde ton coeur,
Je l'ai dans mon coeur.
Cummings
J'ai toujours ton coeur avec moi;
Je le garde dans mon coeur.
Sans lui, jamais je ne suis.
Là où je vais, tu vas ma chair,
Et tout ce je fais par moi-même
Est ton fait ma chérie.
Je ne crains pas le destin,
Car tu es à jamais le mien ma douce.
Je ne veux pas d'autre monde,
Car, ma magnifique, tu es mon monde, mon vrai monde.
C'est le secret profond que nul ne connait,
C'est la racine de la racine,
Le bourgeon du bourgeon,
Et le ciel du ciel de l' arbre appelé Vie,
Qui croît plus haut que l'âme ne saurait l'espérer
Et l'esprit le cacher.
C'est la merveille qui maintient les étoiles éparses.
Je garde ton coeur,
Je l'ai dans mon coeur.
Cummings

Nell- Bon génie
Re: Les extraits littéraires ou autres qui vous transportent ...
"Là tout n'est qu'ordre et beauté
Luxe, calme et volupté"
Baudelaire, L'Invitation au voyage
Luxe, calme et volupté"
Baudelaire, L'Invitation au voyage
cheekybho- Je viens de m'inscrire !
Re: Les extraits littéraires ou autres qui vous transportent ...
"Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil."
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil."

Carabas- Grand sage
Re: Les extraits littéraires ou autres qui vous transportent ...
Créon
Toi qui baisses le front, reconnais-tu les faits ?
Antigone
Oui, je les reconnais.
Créon
Connaissais-tu l’édit
Que j’avais promulgué ?
Antigone
Oui, c’était l’évidence.
Créon
Ainsi, tu as osé enfreindre l’ordonnance.
Antigone
Oui, car ce n’est point Zeus qui l’avait proclamé.
La Justice qui siège auprès des Infernaux
N’a jamais rédigé ces lois parmi les hommes.
Je ne croyais pas que l’édit eût permis
De s’en prendre si fort aux lois issues des dieux,
Ces lois non écrites, ces lois inébranlables,
Qui ne datent ni d’hier, ni d’aujourd’hui,
Et dont nul ne sait d’où même elles ont surgi.
Désobéir aux dieux par crainte d’un mortel
Ne m’eût-il pas livré à leur sainte vengeance ?
Que je dusse mourir, j’en avais conscience.
Si je meurs avant le temps qui m’est imparti,
Pour moi, c’est tout profit ! Quand on vit pour souffrir,
Le trépas m’apparaît comme une délivrance.
Par contre, elle eût été une affreuse torture
Si j’avais dû laisser un corps sans sépulture,
Oui, le corps de celui que ma mère mit au monde.
Ah ! tu dois penser que ma folie est profonde.
Mais sur la folie, tu n’as rien à m’envier.
Le Coryphée
Je reconnais en toi le caractère entier
De ton père et sa force intraitable ! Ah ! jamais
Vous ne voulez céder à la fatalité.
Créon
Sache cependant que de telles volontés
Sont celles qui rompent malgré leur âpreté,
Comme le fer massif qu’on jette dans le feu
Et qui, en durcissant, finit par éclater.
Un simple bout de frein peut de même calmer
Le cheval emporté. Non, l’orgueil est folie
Pour qui dépend d’autrui. Cette fille savait,
Ô suprême insolence, qu’elle enfreignait la loi.
Son forfait accompli, voyez son impudence :
Elle se glorifie et ricane à la fois.
À l’entendre parler, de nous deux l’homme
Ce serait elle si, en toute impunité,
Je la laissais croire en son triomphe absolu.
Non ! Bien qu’elle fût ma nièce, plus proche encore
Que tous ceux de mon sang, ni elle, ni sa sœur
N’éviteront la mort. Oui, celle-là aussi,
Je l’accuse d’avoir comploté avec toi
Cette inhumation : qu’elle vienne en ces lieux !
Je l’ai vue tout à l’heure, elle semblait hagarde,
L’œil sans expression. C’est toujours comme ça !
Ceux qui sont dans l'ombre fomentent des complots,
Et se dénoncent par leur agitation.
Mais je déteste aussi cette autre vision :
Celle du criminel surpris en plein forfait,
Et qui ose en tirer une gloire sans nom.
Antigone
Je suis entre tes mains, que te faut-il encore ?
Plus que ma mort ?
Créon
Oui, rien de plus, ton châtiment.
Antigone
Alors, pourquoi tarder ? Tes propos m’exaspèrent,
Et mon seul désir, c'est qu'aucun d'eux ne me plaise.
De même, tout en moi semble te révulser.
Ne vais-je pas gagner la gloire la plus digne
En donnant à mon frère une humble sépulture ?
Et tous ceux qui sont là approuveraient mon acte,
Si la crainte ne les réduisait au silence.
Car la tyrannie possède cet avantage,
Et elle en a beaucoup, c’est de faire et de dire
N'importe quoi...
Créon
Toi seule a de telles pensées.
Antigone
Ils pensent comme moi mais ils n’en disent rien.
Créon
Ne rougis-tu pas de t’écarter du commun.
Antigone
Non, je ne rougis pas de célébrer mon frère.
Créon
Or son adversaire n’était-il pas son frère ?
Antigone
Bien sûr, par mes parents il était bien mon frère.
Créon
C’était l’outrager que d’honorer l’autre aussi ?
Antigone
Il n’a plus ces pensées maintenant qu’il est mort.
Créon
C’est le mettre pourtant sur le rang d’un impie.
Antigone
Cet homme était son frère et non pas un esclave.
Créon
L’un tuait la cité, l’autre la défendait.
Antigone
Hadès veut simplement voir accomplir ces rites.
Créon
Tu mettrais le bon au même rang qu’un méchant ?
Non, ce n’est pas cela que notre homme mérite.
Antigone
Chez les morts, ces idées ont-elles toujours cours ?
Créon
L’ennemi même mort reste un vil compagnon.
Antigone
Je ne partage pas la haine, mais l’amour.
La tragédie à l'état pur.
Cava- Guide spirituel
Re: Les extraits littéraires ou autres qui vous transportent ...
Carabas a écrit:"Elle est retrouvée.
Quoi ? - L'Eternité.
C'est la mer allée
Avec le soleil."

Magpie- Expert
Re: Les extraits littéraires ou autres qui vous transportent ...
Ce passage d'Antigone d'Anouilh
CREON __ Un matin, je me suis réveillé roi de Thèbes. Et
Dieu sait si j'aimais autre chose dans la vie que d'être
puissant...
ANTIGONE __ Il fallait dire non, alors !
CREON __ Je le pouvais. Seulement, je me suis senti tout
d'un coup comme un ouvrier qui refusait un ouvrage. Cela
ne m'a pas paru honnête. J'ai dit oui.
ANTIGONE __ Hé bien, tant pis pour vous. Moi, je n'ai
pas dit <> ! Qu'est-ce que vous voulez que cela me
fasse, à moi, votre politique, vos nécessités, vos pauvres
histoires ? Moi, je peux dire << non >> encore à tout ce
que je n'aime pas et je suis seul juge. Et vous, avec votre
couronne, avec vos gardes, avec votre attirail, vous
pouvez seulement me faire mourir parce que vous avez dit
<>.
CREON __ Ecoute-moi.
ANTIGONE __Si je veux, moi, je peux ne pas vous
écouter. Vous avez dit << oui >>. Je n'ai plus rien à
apprendre de vous. Pas vous. Vous êtes là, à boire mes
paroles. Et si vous n'appelez pas vos gardes, c'est pour
m'écouter jusqu'au bout.
CREON __ Tu m'amuses.
ANTIGONE __ Non. Je vous fais peur. C'est pour cela
que vous essayez de me sauver. Ce serait tout de même
plus commode de garder une petite Antigone vivante et
muette dans ce palais. Vous êtes trop sensible pour faire
un bon tyran, voilà tout. Mais vous allez tout de même me
faire mourir tout à l'heure, vous le savez, et c'est pour cela
que vous avez peur. C'est laid un homme qui a peur.
CREON, sourdement. __ Eh bien, oui, j'ai peur d'être
obligé de te faire tuer si tu t'obstines. Et je ne le voudrais
pas.
ANTIGONE __ Moi, je ne suis pas obligée de faire ce que
je ne voudrais pas ! Vous n'auriez pas voulu non plus,
peut- être, refuser une tombe à mon frère ? Dites-le donc,
que vous ne l'auriez pas voulu ?
CREON __ Je te l'ai dit.
ANTIGONE __ Et vous l'avez fait tout de même. Et
maintenant, vous allez me faire tuer sans le vouloir. Et
c'est cela, être roi !
CREON __ Oui, c'est cela !
ANTIGONE __ Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et
pleins de terre et les bleus que tes gardes m'ont fait aux
bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine.
Puis celui-ci de Baudelaire mais tous les autres :
L'invitation au voyage
Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas
Vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
A l'âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Un poème d'Aragon :
Strophes pour se souvenir
Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants
Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand
Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan
Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant
Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.
Et "Barbara" de Prévert
Barbara
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
É panouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.
Jacques Prévert, Paroles
CREON __ Un matin, je me suis réveillé roi de Thèbes. Et
Dieu sait si j'aimais autre chose dans la vie que d'être
puissant...
ANTIGONE __ Il fallait dire non, alors !
CREON __ Je le pouvais. Seulement, je me suis senti tout
d'un coup comme un ouvrier qui refusait un ouvrage. Cela
ne m'a pas paru honnête. J'ai dit oui.
ANTIGONE __ Hé bien, tant pis pour vous. Moi, je n'ai
pas dit <
fasse, à moi, votre politique, vos nécessités, vos pauvres
histoires ? Moi, je peux dire << non >> encore à tout ce
que je n'aime pas et je suis seul juge. Et vous, avec votre
couronne, avec vos gardes, avec votre attirail, vous
pouvez seulement me faire mourir parce que vous avez dit
<
CREON __ Ecoute-moi.
ANTIGONE __Si je veux, moi, je peux ne pas vous
écouter. Vous avez dit << oui >>. Je n'ai plus rien à
apprendre de vous. Pas vous. Vous êtes là, à boire mes
paroles. Et si vous n'appelez pas vos gardes, c'est pour
m'écouter jusqu'au bout.
CREON __ Tu m'amuses.
ANTIGONE __ Non. Je vous fais peur. C'est pour cela
que vous essayez de me sauver. Ce serait tout de même
plus commode de garder une petite Antigone vivante et
muette dans ce palais. Vous êtes trop sensible pour faire
un bon tyran, voilà tout. Mais vous allez tout de même me
faire mourir tout à l'heure, vous le savez, et c'est pour cela
que vous avez peur. C'est laid un homme qui a peur.
CREON, sourdement. __ Eh bien, oui, j'ai peur d'être
obligé de te faire tuer si tu t'obstines. Et je ne le voudrais
pas.
ANTIGONE __ Moi, je ne suis pas obligée de faire ce que
je ne voudrais pas ! Vous n'auriez pas voulu non plus,
peut- être, refuser une tombe à mon frère ? Dites-le donc,
que vous ne l'auriez pas voulu ?
CREON __ Je te l'ai dit.
ANTIGONE __ Et vous l'avez fait tout de même. Et
maintenant, vous allez me faire tuer sans le vouloir. Et
c'est cela, être roi !
CREON __ Oui, c'est cela !
ANTIGONE __ Pauvre Créon ! Avec mes ongles cassés et
pleins de terre et les bleus que tes gardes m'ont fait aux
bras, avec ma peur qui me tord le ventre, moi je suis reine.
Puis celui-ci de Baudelaire mais tous les autres :
L'invitation au voyage
Mon enfant, ma soeur,
Songe à la douceur
D'aller là-bas
Vivre ensemble!
Aimer à loisir,
Aimer et mourir
Au pays qui te ressemble!
Les soleils mouillés
De ces ciels brouillés
Pour mon esprit ont les charmes
Si mystérieux
De tes traîtres yeux,
Brillant à travers leurs larmes.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Des meubles luisants,
Polis par les ans,
Décoreraient notre chambre;
Les plus rares fleurs
Mêlant leurs odeurs
Aux vagues senteurs de l'ambre,
Les riches plafonds,
Les miroirs profonds,
La splendeur orientale,
Tout y parlerait
A l'âme en secret
Sa douce langue natale.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Vois sur ces canaux
Dormir ces vaisseaux
Dont l'humeur est vagabonde;
C'est pour assouvir
Ton moindre désir
Qu'ils viennent du bout du monde.
Les soleils couchants
Revêtent les champs,
Les canaux, la ville entière,
D'hyacinthe et d'or;
Le monde s'endort
Dans une chaude lumière.
Là, tout n'est qu'ordre et beauté,
Luxe, calme et volupté.
Un poème d'Aragon :
Strophes pour se souvenir
Vous n'avez réclamé la gloire ni les larmes
Ni l'orgue ni la prière aux agonisants
Onze ans déjà que cela passe vite onze ans
Vous vous étiez servi simplement de vos armes
La mort n'éblouit pas les yeux des Partisans
Vous aviez vos portraits sur les murs de nos villes
Noirs de barbe et de nuit hirsutes menaçants
L'affiche qui semblait une tache de sang
Parce qu'à prononcer vos noms sont difficiles
Y cherchait un effet de peur sur les passants
Nul ne semblait vous voir français de préférence
Les gens allaient sans yeux pour vous le jour durant
Mais à l'heure du couvre-feu des doigts errants
Avaient écrit sous vos photos MORTS POUR LA FRANCE
Et les mornes matins en étaient différents
Tout avait la couleur uniforme du givre
À la fin février pour vos derniers moments
Et c'est alors que l'un de vous dit calmement
Bonheur à tous Bonheur à ceux qui vont survivre
Je meurs sans haine en moi pour le peuple allemand
Adieu la peine et le plaisir Adieu les roses
Adieu la vie adieu la lumière et le vent
Marie-toi sois heureuse et pense à moi souvent
Toi qui vas demeurer dans la beauté des choses
Quand tout sera fini plus tard en Erivan
Un grand soleil d'hiver éclaire la colline
Que la nature est belle et que le coeur me fend
La justice viendra sur nos pas triomphants
Ma Mélinée ô mon amour mon orpheline
Et je te dis de vivre et d'avoir un enfant
Ils étaient vingt et trois quand les fusils fleurirent
Vingt et trois qui donnaient leur coeur avant le temps
Vingt et trois étrangers et nos frères pourtant
Vingt et trois amoureux de vivre à en mourir
Vingt et trois qui criaient la France en s'abattant.
Et "Barbara" de Prévert
Barbara
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest ce jour-là
Et tu marchais souriante
É panouie ravie ruisselante
Sous la pluie
Rappelle-toi Barbara
Il pleuvait sans cesse sur Brest
Et je t'ai croisée rue de Siam
Tu souriais
Et moi je souriais de même
Rappelle-toi Barbara
Toi que je ne connaissais pas
Toi qui ne me connaissais pas
Rappelle-toi
Rappelle-toi quand même ce jour-là
N'oublie pas
Un homme sous un porche s'abritait
Et il a crié ton nom
Barbara
Et tu as couru vers lui sous la pluie
Ruisselante ravie épanouie
Et tu t'es jetée dans ses bras
Rappelle-toi cela Barbara
Et ne m'en veux pas si je te tutoie
Je dis tu à tous ceux que j'aime
Même si je ne les ai vus qu'une seule fois
Je dis tu à tous ceux qui s'aiment
Même si je ne les connais pas
Rappelle-toi Barbara
N'oublie pas
Cette pluie sage et heureuse
Sur ton visage heureux
Sur cette ville heureuse
Cette pluie sur la mer
Sur l'arsenal
Sur le bateau d'Ouessant
Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu'es-tu devenue maintenant
Sous cette pluie de fer
De feu d'acier de sang
Et celui qui te serrait dans ses bras
Amoureusement
Est-il mort disparu ou bien encore vivant
Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n'est plus pareil et tout est abimé
C'est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n'est même plus l'orage
De fer d'acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l'eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.
Jacques Prévert, Paroles

Venise- Niveau 10
Re: Les extraits littéraires ou autres qui vous transportent ...
@ Venise
Il manquait évidemment la version d'Anouilh.
Il manquait évidemment la version d'Anouilh.
- La plus haute de toutes les folies, disait-elle, est de rougir des penchants que nous avons reçus de la nature; et se moquer d'un individu quelconque qui a des goûts singuliers, est absolument aussi barbare qu'il le serait de persifler un homme ou une femme sorti borgne ou boiteux du sein de sa mère, mais persuader ces principes raisonnables à des sots, c'est entreprendre d'arrêter le cours des astres. Il y a une sorte de plaisir pour l'orgueil, à se moquer des défauts qu'on n'a point, et ces jouissances-là sont si douces à l'homme et particulièrement aux imbéciles, qu'il est très rare de les y voir renoncer... Ça établit des méchancetés d'ailleurs, de froids bons mots, de plats calembours, et pour la société, c'est-à-dire pour une collection d'êtres que l'ennui rassemble et que la stupidité modifie, il est si doux de parler deux ou trois heures sans avoir rien dit, si délicieux de briller aux dépens des autres et d'annoncer en blâmant un vice qu'on est bien éloigné de l'avoir... c'est une espèce d'éloge qu'on prononce tacitement sur soi-même; à ce prix-là on consent même à s'unir aux autres, à faire cabale pour écraser l'individu dont le grand tort est de ne pas penser comme le commun des mortels, et l'on se retire chez soi tout gonflé de l'esprit qu'on a eu, quand on n'a foncièrement prouvé par une telle conduite que du pédantisme et de la bêtise.
Sade, Augustine de Villeblanche ou le Stratagème de l'amour.
Cava- Guide spirituel
Re: Les extraits littéraires ou autres qui vous transportent ...
Voici un poème que j'ai lu pour la première fois à la fin d'une légère dépression. Je viens de le retrouver, et la force de ces mots épars mais si justes par leur agencement et leur force évocatrice me stupéfie...
XVII – Journal:
Christ
Voici plus d’un an que je n’ai plus pensé à Vous
Depuis que j’ai écrit mon avant-dernier poème Pâques
Ma vie a bien changé depuis
Mais je suis toujours le même
J’ai même voulu devenir peintre
Voici les tableaux que j’ai faits et qui ce soir pendent aux murs
Ils m’ouvrent d’étranges vues sur moi-même qui me font penser à Vous
Christ
La vie
Voilà ce que j’ai fouillé
Mes peintures me font mal
Je suis trop passionné
Tout est orange
J’ai passé une triste journée à penser à mes amis
Et à lire le journal
Christ
Vie crucifiée dans le journal grand ouvert que je tiens les bras tendus
Envergures
Fusées
Ebullition
Cris
On dirait un aéroplane qui tombe
C’est moi
Passion
Feu
Roman feuilleton
Journal
On a beau ne pas vouloir parler de soi-même
Il faut parfois crier
Je suis l’autre
Trop sensible
Blaise Cendrars
XVII – Journal:
Christ
Voici plus d’un an que je n’ai plus pensé à Vous
Depuis que j’ai écrit mon avant-dernier poème Pâques
Ma vie a bien changé depuis
Mais je suis toujours le même
J’ai même voulu devenir peintre
Voici les tableaux que j’ai faits et qui ce soir pendent aux murs
Ils m’ouvrent d’étranges vues sur moi-même qui me font penser à Vous
Christ
La vie
Voilà ce que j’ai fouillé
Mes peintures me font mal
Je suis trop passionné
Tout est orange
J’ai passé une triste journée à penser à mes amis
Et à lire le journal
Christ
Vie crucifiée dans le journal grand ouvert que je tiens les bras tendus
Envergures
Fusées
Ebullition
Cris
On dirait un aéroplane qui tombe
C’est moi
Passion
Feu
Roman feuilleton
Journal
On a beau ne pas vouloir parler de soi-même
Il faut parfois crier
Je suis l’autre
Trop sensible
Blaise Cendrars

Magpie- Expert
Re: Les extraits littéraires ou autres qui vous transportent ...
Pendant le repas, la télévision leur montra un astronaute qui quittait sa capsule et flottait à côté d'elle.
"- Qu'est ce que tu en penses? demanda Zacharie
- Rien, répondit Stephen. Je cherche un truc pour vivre sur terre, alors vous comprenez, les astres..."
Jean Giono, Dragoon, IIème version (inachevé)
Franz est fort, mais sa force est uniquement tournée vers l'extérieur. Avec les gens avec lesquels il vit, avec ceux qu'il aime, il est faible. La faiblesse de Franz s'appelle la bonté.
- Pourquoi n'utilises tu pas ta force contre moi de temps en temps?
- Parce qu'aimer, c'est renoncer à la force.
Milan Kundera, L'insoutenable légèreté de l'être

Magpie- Expert
Re: Les extraits littéraires ou autres qui vous transportent ...
J'aime surtout la dernière citation
Cava- Guide spirituel
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