Réussite scolaire : la méthode chinoise

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Réussite scolaire : la méthode chinoise

Message par Abraxas le Ven 18 Nov 2011 - 17:47

J'avais lu le compte-rendu du livre l'année dernière dans le Herald Tribune. Gallimard vient de le traduire en français :

Et Laurence Debril en rend compte sur son blog :
http://blogs.lexpress.fr/mammouth-mon-amour/2011/11/14/les-meres-chinoises-les-meilleures-du-monde-la-methode-amy-chua/
Je sens que les mères fusionnelles du blog vont aimer — mais ne venez pas dire après qu'on ne vous a pas informé(es) des bonne sméthodes d'éducation pour faire des enfants heureux et, surtout, des élèves exemplaires…
Alors, voilà :

"LE 14 NOVEMBRE 2011 7H23 | PAR MAMMOUTH-MON-AMOUR
C’est le genre de femme qu’on aime détester. Le style tiré à quatre épingles qui réussit tout, tout le temps, du macaron de pain d’épices au foie gras à un créneau en Hummer dans une rue de San Francisco (en montée). Evidemment, pour l’éducation de ses enfants, elle se surpasse. Amy Chua, 49 ans, auto-proclamée « Tiger mom », diplômée de Harvard et professeur de droit à Yale, est de celles-là. L’an dernier, elle a sorti un livre qui a fait du bruit aux Etats-Unis, Battle Hymn of the Tiger Mother. Il vient juste de sortir en France, chez Gallimard (qui l’a traduit littéralement, alors que les Espagnols par exemple ont choisi Tiger mother, Lions daughters). Je ne lis évidemment jamais ce genre de genre d’ouvrage, mais quelques phrases dans l’argumentaire m’ont intriguée – vive les pros du marketing.

Amy Chua, mariée à un certain Jed Rubenfeld, également professeur de droit à Yale, a deux filles, Sophia et Louisa. Elle les a élevée à « la manière chinoise ». Comprenez qu’elle ne les a jamais autorisées à dormir ou aller jouer chez une amie. Ni à participer aux pièces et spectacles de l’école. Ni à regarder la télé, jouer sur l’ordinateur, ni de jouer d’un autre instrument que le violon ou le piano. Surtout, Sophia et Louisa ont toujours été « condamnées » à obtenir des 20/20 dans toutes les matières (sauf en éducation physique et en théâtre), sous peine de se faire traiter de « gros lards », de « déchets » ou de « boudins ». J’ai trouvé ça marrant. J’ai eu envie de lire. Pour voir ce qu’il en était vraiment. Sur Facebook, Amy pose volontiers avec ses deux filles, mignonnes et souriantes, l’une d’elle vient visiblement d’être diplômée d’une grande école, on la voit lors de son discours de remise des prix et Amy a commenté « Sophia’s valedictory speech was SO funny and so powerful. Jed, Lulu, and I couldn’t have been more proud! But wow, she’s all grown up. ». J’adore ce genre de truc kitsch et américain… Je voulais en avoir le coeur net et aller au-delà des clichés. Pouvoir me moquer en connaissance de cause, quoi.

Le livre, donc. 288 pages. Dès la page 17, on apprend que son aînée, Sophia, était exceptionnelle dès la naissance. « A l’époque, je me démenais pour écrire un article de droit, et Sophia comprit cela dès l’âge de deux mois. calme et contemplative, elle se contenta de dormir, de manger et d’observer chez moi le syndrome de la page blanche, jusqu’à ce qu’elle ait un an ». Je trouve ça chouette que cette enfant se soit abstenue de faire ses besoins durant tout ce temps pour permettre à sa mère de cartonner et d’obtenir un poste d’enseignante. Premier bon point…

A 3 ans, la petite lisait Sartre.

Sa petite soeur, Louisa, arrivée au moment de La Nausée, avait l’air moins cool. Elle n’aimait pas le lait de soja, avait des coliques et « hurlait et griffait violemment ». Mince. Ce deuxième modèle était casse pied. « L’ironie veut que Lulu et moi nous ressemblions beaucoup: colérique, langue de vipère, mais pas rancunière ». Avec Lulu, Amy va en baver. A 3 ans, elle refuse de se mettre au piano et préfère taper des deux mains violemment sur le clavier. Dehors, en plein hiver, le vent souffle et le thermomètre affiche moins 6 degrés. Elle la colle dehors, en jupe. La gamine serre les dents mais ne cède pas. « Elle préférait mourir de froid que de capituler ». Amy doit trouver une solution. « Je pouvais être envoyée en prison par les services de protection de l’enfance ». Elle la fait rentrer, la dorlote, la réchauffe. « Mais Lulu m’avait sous-estimée. Chacune avait choisi son camp et elle ne s’en doutait même pas ». A 3 ans, on est naïf aussi parfois.


D’autres passages sont plus poignants, notamment ceux qui concernent la propre enfance d’Amy, élevée de la même manière, dans le culte de l’excellence. Elle se raconte à la chinoise, sans pathos, froidement, avec des remarques pas toujours politiquement correctes. Sa description d’un prof de piano un peu baba sur les bords, qui estimait que le « monde du piano avait été détruit par le commerce et la concurrence acharnée » m’a amusée. Elle le tue d’un : « le pauvre, je suppose qu’il n’était pas très doué ». Tout comme son évocation du test passé par sa fille pour entrer en maternelle, au cours duquel l’enfant rechigne à montrer qu’elle sait compter : « Dieu merci nous vivons en Amérique, où l’esprit de rébellion est apprécié. En Chine, elle aurait été envoyée dans un camp de travail ».

J’ai aussi souri à son évocation des « parents occidentaux » – américains dans son cas – dont les enfants ne craignent pas le jugement, et même, se moquent volontiers. Elle les trouve « velléitaires et indulgents » – rappelons qu’Amy, elle, menaçait de brûler toutes les peluches de sa fille si elle ne jouait pas correctement du piano. Elle condamne aussi leurs compliments permanents qui ne font que ramollir leur progéniture, et leur lâcheté qui leur fait « acheter leur obéissance à coups de cadeaux ». Amy raconte innocemment une scène dans un dîner : elle confie qu’elle traite sa fille de « minable » quand elle n’obtient pas le résultat voulu. Une convive, nommée Marcy, « fut tellement bouleversée qu’elle éclata en sanglots et dut partir plus tôt »…

Son regard d’entomologiste sur ses congénères américains, qu’elle juge de toute évidence gentiment à la ramasse, m’a étonnée et amusée à la fois. Et si elle n’avait pas totalement tort? : « Les parents chinois peuvent ordonner à leurs enfants de n’avoir que les meilleures notes, tandis que les occidentaux doivent se contenter de demander aux leurs de faire de leur mieux. (…) les parents occidentaux luttent contre leurs sentiments contradictoires vis à vis de la réussite et essaient de se convaincre qu’ils ne sont pas déçus par ce que sont devenus leurs enfants ». Et aussi : « Les parents occidentaux se font énormément de souci pour l’amour propre de leur enfant, s’inquiètent de ses sentiments s’il subit un échec. (…). Ils sont inquiets pour leur psychisme. Pas les parents chinois, qui présument la force, non la fragilité, et par conséquent, se comportent très différemment ». Elle décrit deux modèles d’éducation et deux rapports à l’excellence qui n’ont rien à voir.

L’hymne de bataille d’une mère tigre se poursuit, avec des épisodes plus ou moins glaçants ou drôles, selon la manière dont on veut les voir. Amy Chua aborde aussi d’autres thèmes, comme le sentiment d’être immigré, le désir d’appartenance à la culture américaine, la peur du déclin né de la prospérité économique (son père était un brillant chercheur spécialiste de la théorie du chaos). Elle livre aussi en creux une description du monde universitaire anglo-saxon, beaucoup plus dur que chez David Lodge, où tout n’est compétition et cirage de pompes. J’avoue avoir décroché quand elle aborde l’existence de son chien Coco, son premier animal de compagnie, qu’elle décide d’éduquer « à la manière chinoise » : « J’avais entendu parler de chiens qui savent compter et exécuter la manoeuvre de Heimlich [je vous laisse m'expliquer de quoi il s'agit]. Coco était incroyablement rapide et agile et je voyais bien qu’elle avait un vrai potentiel ».

J’avais eu ma dose.

Je ne vous inciterai pas à acheter ce livre, mais il a tout de même le mérite de faire réfléchir à la place des parents dans la réussite de leurs enfants, justement au moment où PISA sort son étude issue des tests 2009: « Réussite scolaire, comment les parents peuvent-ils aider leurs enfants ? ». Lorsque je lis les conclusions principales qui en ressortent (Privilégier la qualité du temps passé avec l’enfant plutôt que la quantité; Lire des histoires et parler avec son enfant ; Discuter et partager avec les ados; Aider les parents à jouer leur rôle…), je ne peux m’empêcher d’imaginer le sourire crispé (botoxé? oui sans doute) d’Amy et me marrer. Pour elle, une seule règle : travailler, travailler, travailler."




Abraxas
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Re: Réussite scolaire : la méthode chinoise

Message par Ronin le Ven 18 Nov 2011 - 17:54

Moi je vais prendre des notes. Comme les chinois sont en train de nous racheter, on fera pareil dans trente ans. Very Happy

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Re: Réussite scolaire : la méthode chinoise

Message par Palou le Ven 18 Nov 2011 - 18:05

Je suis bien heureuse que mes parents n'appliquent pas la méthode chinoise pale
J'ai lu le livre - en anglais niveau lycée, donc plus ou moins mal -, et j'en ai tiré deux conclusions : les mères chinoises n'ont pas intérêts à vouloir travailler, et les enfants chinois ont sûrement une enfance heureuse malgré tout ce qu'on dit.
Par contre, en tant que musicienne quasi professionnelle (plus qu'un diplôme et c'est bon), j'ai de sérieux doute sur la réussite que donne sa "méthode" de travail de musique. Aprés, la trompette et la flûte sont beaucoup plus simples que le piano ou le violon, alors peut être suis je mauvaise juge.

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Re: Réussite scolaire : la méthode chinoise

Message par doublecasquette le Ven 18 Nov 2011 - 18:31

Sa description d’un prof de piano un peu baba sur les bords, qui estimait que le « monde du piano avait été détruit par le commerce et la concurrence acharnée » m’a amusée. Elle le tue d’un : « le pauvre, je suppose qu’il n’était pas très doué ».

DC Véto, ça te rappelle personne ? lol! sorciere2 lol!


Dernière édition par doublecasquette le Sam 19 Nov 2011 - 9:35, édité 1 fois

_________________
Pardon pour vous, pardon pour eux, pour le silence
Et les mots inconsidérés,
Pour les phrases venant de lèvres inconnues
Qui vous touchent de loin comme balles perdues,
Et pardon pour les fronts qui semblent oublieux.



Papote aussi par là : http://salledesmaitres.forumactif.org/
et là : http://www.slecc.fr/forum_0910/index.php

Et puis par là : http://doublecasquette3.eklablog.com/

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Re: Réussite scolaire : la méthode chinoise

Message par JPhMM le Ven 18 Nov 2011 - 18:35

Dès la page 17, on apprend que son aînée, Sophia, était exceptionnelle dès la naissance. « A l’époque, je me démenais pour écrire un article de droit, et Sophia comprit cela dès l’âge de deux mois. calme et contemplative, elle se contenta de dormir, de manger et d’observer chez moi le syndrome de la page blanche, jusqu’à ce qu’elle ait un an ». Je trouve ça chouette que cette enfant se soit abstenue de faire ses besoins durant tout ce temps pour permettre à sa mère de cartonner et d’obtenir un poste d’enseignante. Premier bon point…

A 3 ans, la petite lisait Sartre.
Dans le genre, "sont trop forts ces asiatiques !"
:colere:
Bref...

_________________
Labyrinthe où l'admiration des ignorants et des idiots qui prennent pour savoir profond tout ce qu'ils n'entendent pas, les a retenus, bon gré malgré qu'ils en eussent. D'ailleurs, il n'y a point de meilleur moyen pour mettre en vogue ou pour défendre des doctrines étranges et absurdes, que de les munir d'une légion de mots obscurs, douteux , et indéterminés. Ce qui pourtant rend ces retraites bien plus semblables à des cavernes de brigands ou à des tanières de renards qu'à des forteresses de généreux guerriers. Que s'il est malaisé d'en chasser ceux qui s'y réfugient, ce n'est pas à cause de la force de ces lieux-là, mais à cause des ronces, des épines et de l'obscurité des buissons dont ils sont environnés. Car la fausseté étant par elle-même incompatible avec l'esprit de l'homme, il n'y a que l'obscurité qui puisse servir de défense à ce qui est absurde. — John Locke

JPhMM
Demi-dieu


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Re: Réussite scolaire : la méthode chinoise

Message par Condorcet le Ven 18 Nov 2011 - 18:46

@Ronin a écrit:Moi je vais prendre des notes. Comme les chinois sont en train de nous racheter, on fera pareil dans trente ans. Very Happy

Il y a vingt ans, on encensait l'éducation des Japonais. Quand cessera-t-on de confondre réussite économique et éducation idéale ?

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Re: Réussite scolaire : la méthode chinoise

Message par Thalia de G le Sam 19 Nov 2011 - 8:05

« A l’époque, je me démenais pour écrire un article de droit, et Sophia comprit cela dès l’âge de deux mois. calme et contemplative, elle se contenta de dormir, de manger et d’observer chez moi le syndrome de la page blanche, jusqu’à ce qu’elle ait un an »
Tiens, cela me rappelle la Plante d'A Nothomb...

Thalia de G
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Re: Réussite scolaire : la méthode chinoise

Message par Chocolat le Sam 19 Nov 2011 - 8:43

Suspect Au secours !

Quant à l'efficacité de la "méthode chinoise", comment dire, en restant politiquement correcte... ah merde, c'est vrai que je ne suis pas très douée pour être politiquement correcte, tant pis: les étudiants chinois sont ceux avec lesquels j'ai eu le plus de mal à bosser. Et dans les boîtes privées, c'est un peu pareil, dixit les membres de mon entourage plus ou moins proche - ils ont un fonctionnement incompréhensible, qui ne peut en aucun cas être "expliqué" à travers le fameux "choc des cultures".

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La réforme du collège décryptée sur un site indépendant et apolitique :
http://www.reformeducollege.fr/

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Re: Réussite scolaire : la méthode chinoise

Message par ysabel le Sam 19 Nov 2011 - 9:34

J'avais vu un reportage sur les pb des ado chinois qui ressemblait fort aux nôtres, voire pire à cause de l'enfant unique, enfant roi...

Et puis il serait bien de trouver un équilibre quand même.

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« vous qui entrez, laissez toute espérance ». Dante

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