Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

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Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par bebe le Lun 12 Déc 2011 - 18:48

Auriez-vous dans vos tablettes une nouvelle courte (moins d'une page) pouvant servir de support à mes 4e très faibles? De type "Lucien"...
Merci d'avance!

bebe
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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par cannelle21 le Lun 12 Déc 2011 - 18:50

N'importe quel thème?

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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par cannelle21 le Lun 12 Déc 2011 - 18:51

Dans le fantastique:
La photographie.




Il y avait quelques mois que j'avais acquis cette photographie. Collée sur un morceau de contre-plaquée, elle envahissait presque tout un mur et, bien souvent, je me demandais pourquoi je ne la remplaçais pas ; je ne lui trouvais rien de bien remarquable et en général je n'appréciais guère la photo.

A la rigueur, on pouvait lui trouver quelque chose d'insolite, une impression diffuse qui me dérangeait parce que, justement, je ne voyais pas exactement pourquoi je jugeais cette image insolite. Elle représentait un grand lac, vraiment très banal, avec en arrière-plan une colline déserte pas moins banale. La photo était en noir et blanc, le ciel uniformément gris sale. Sur le lac, on voyait une barque, perdue au loin, minuscule.

Je mis un certain temps à me rendre à l'évidence, même si elle me paraissait difficile à accepter : la barque, de semaine en semaine, avançait. C'est ainsi. Inexorablement, se déplaçant dans un espace temps impossible à définir, la barque grandissait parce qu'elle avançait sur le lac, venue de quelque lointain rivage pour se diriger vers le bord extérieur du cliché. Autant dire vers moi.

Un jour, je pus distinguer deux personnages dans la barque. L'un ramait, l'autre assis plus en avant semblait ne rien faire. Quelque temps plus tard, d'autres détails me rentrèrent dans le regard. C'était un homme aux bras nus qui ramait et le personnage placé à la proue ne pouvait être qu'une femme.

Comme la barque se dirigeait vers moi, chaque jour qui passait donnait du poids, de la présence aux deux personnages. Mais seule la femme m'intéressait. Jusqu'au moment où l'inquiétude, puis l'effroi s'en mêlèrent parce que je la reconnaissais.

Impossible de la confondre avec une autre : ses longs cheveux raides et blonds, ses yeux si froids qu'ils paraissaient éteints, son corps trop massif et menaçant dans son immobilité, tout en elle me donnait froid dans le dos. Surtout qu'elle me dévisageait les yeux dans les yeux, sans aucune trace de sentiment, et sur ses genoux il y avait un fusil dont le canon également me lorgnait de son œil de cyclope meurtrier. Une de ses mains semblait caresser tendrement la gâchette.

Comment ne pas la reconnaître et me souvenir de tout sans trembler ? J'avais eu une brève liaison avec elle, l'hiver dernier ; au printemps, excédé, je rompais, emporté par une brutalité qui ne me ressemblait pas et, dès cet instant, avec une froideur sauvage, elle s'était juré d'avoir un jour ma peau.

Jacques Sternberg, Histoires à mourir de vous (1991).





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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par bebe le Lun 12 Déc 2011 - 18:52

Elle est bien...mais comme on n'a pas encore étudié le fantastique, ça risque d'être dur pour eux...

bebe
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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par Pluiedetoiles le Lun 12 Déc 2011 - 18:54

Le reflet ?

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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par Pluiedetoiles le Lun 12 Déc 2011 - 18:55

Toujours en train de gueuler, d’éructer, d’agonir ! Derrière son dos, ça fusait, les insultes. Le porc, l’ordure, le Führer... Impossible de tenir autrement. Les courbettes par-devant, les salamalecs, le miel, le cirage. Et l’antidote dès la porte franchie. Apprendre à sourire dans le vide en serrant les dents. Le pire c’était les premiers temps, quand on arrivait à son service, alléché par le salaire de mille dollars nourri-logé... Il vous laissait approcher en vous regardant de ses yeux morts et vous plaquait les mains sur le visage, vérifiant l’ourlé des lèvres, l’épatement du nez, le grain de la peau, le crépu des cheveux. Au moindre doute, le vieux se mettait à hurler de dégoût.
— Enfants de pute, virez-moi ça, c’est un Noir !
Le type y allait de sa protestation.
— Non monsieur, je vous jure...
Mais ça ne servait à rien. Il repartait plein d’amertume un billet de cent dollars scotché sur la bouche, incapable de comprendre qu’il était tombé du bon côté et que l’horreur attendait les rescapés surpayés de la sélection.
L’aveugle habitait un château construit à flanc de colline, à quelques kilomètres de Westwood et toute la communauté vivait en complète autarcie sur les terres environnantes, cultivant le blé, cuisant le pain, élevant le bétail. Le vieux ne s’autorisait qu’un luxe : l’opéra et les cantatrices blanches qu’il faisait venir chaque fin de semaine et qui braillaient toutes fenêtres ouvertes, affolant la basse-cour.
Il ne dormait pratiquement pas, comme si l’obscurité qui l’accompagnait depuis sa naissance lui épargnait la fatigue. Ses gens lui devaient vingt-quatre heures quotidiennes d’allégeance. Le toubib vivait en état d’urgence permanent et tenait grâce aux cocktails de valium et de témesta qu’il s’ingurgitait matin, midi et soir. Le vieux prenait un malin plaisir à l’asticoter, contestant ses diagnostics, refusant ses potions. Ces persécutions n’empêchèrent pas le docteur d’avertir son patient de la découverte d’un nouveau traitement qui parvenait à rendre la vue à certaines catégories d’aveugles. Le vieux embaucha une douzaine d’enquêteurs aryens et leurs investigations établirent que le procédé en question ne devait rien aux Noirs.
On fit venir à grands frais la sommité et son bloc opératoire. Le vieux se coucha de bonne grâce sur le billard et s’endormit sous l’effet du penthotal. Il se réveilla dans le noir absolu et demeura trois longs jours la tête bandée, ignorant si ses yeux voyaient ou non ses paupières.
Le chirurgien retira enfin les pansements. Le vieux ouvrit prudemment les yeux et poussa un cri terrible. Un Noir à l’air terrible lui faisait face. Il se tourna vers le chirurgien, terrorisé.

— Qu’est-ce que ça veut dire ! Foutez-le dehors...
Le toubib qui nettoyait les instruments s’approcha doucement de lui, posa la main sur son épaule et l’obligea à regarder droit devant lui.
— Alors il faut que vous sortiez... Ce que vous avez devant vous s’appelle une glace, monsieur : ceci est votre reflet.

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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par cannelle21 le Lun 12 Déc 2011 - 18:56

La folle, de Maupassant...
Courte mais pas facile.

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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par cannelle21 le Lun 12 Déc 2011 - 18:57

@Pluiedetoiles a écrit:Le reflet ?

Oui, de Daeninckx: ça fonctionne plutôt bien. Mais le début n'est pas simple.

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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par bebe le Lun 12 Déc 2011 - 19:00

Vocabulaire trop complexe pour les miens...
Je viens de trouver un questionnaire sur Le Poisson de Sternberg...Je vais voir ça!

bebe
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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par Pluiedetoiles le Lun 12 Déc 2011 - 19:03

Ce ne fut que vers huit heures du soir, quand la nuit allait lui sauter à la gorge, comme un chat sauvage, que le pêcheur sentit soudain le froid.
Il était arrivé devant ce plan d'eau à l'aube, il n'avait pas pris le moindre poisson. Cela lui
parut inquiétant. Comme tous les pêcheurs, il n'avait que peu de cervelle et peu de facultés de

5 raisonner, mais il pensa quand même qu'il prenait toujours au moins un poisson, même dans les étangs morts que l'on prétendait peu poissonneux.
De là à penser à la poisse, il n'y avait qu'un pas, il le franchit et s'obstina. Il ne voulait pas rentrer bredouille. Il accrocha un nouvel hameçon à sa ligne, la lança et se mit à penser. Il se demanda pourquoi il était venu là, qui lui avait indiqué cet endroit, comment il était
10 arrivé jusque-là, pourquoi il s'obstinait, et il ne trouva pas de réponse à ces questions relativement complexes.
Il en était là quand soudain son bouchon plongea sous l'eau. Il avait enfin accroché un
poisson. Un gros poisson sans doute parce qu'il n'arrivait pas à l'arracher de l'eau. Cela dura longtemps, cette lutte. Mais le poisson résistait. et le pêcheur résistait aussi. Comme s'il avait été pris 15 dans un bloc de glaise ou de glace, relié par sa ligne à un autre bloc de glaise, l'homme se paralysait dans un autre geste de tirer à lui quelque chose qui ne voulait pas venir à lui et puisque le poisson ne cédait pas, il ne cédait pas non plus. Un seul fait lui importait : il avait enfin pris quelque chose alors que, depuis ce matin, il n'avait rien pris. Quelque chose d'énorme puis- que ça lui résistait alors qu'il tirait de toutes ses forces.
20 A minuit, il tirait toujours. Épuisé, glacé, es- soufflé.
A l'aube du lendemain, alors qu'il respirait à peine, il vit enfin le poisson qu'il avait harponné. Il sortait en effet des eaux. C'était une chose translucide, apparemment molle, qui ne semblait pas avoir de contours, mais qui pesait de tout son poids alors qu'elle ne semblait pas avoir de réalité. et l'homme tirait toujours, alors qu'il n'avait plus de forces en lui.

25 Et il ne voyait jamais qu'une chose qui sortait peu à peu de l'eau, de plus en plus irréelle, de plus en plus lourde comme sans cesse gorgée de plus en plus d'eau ou d'algues invisibles.

Jusqu'au moment où, soudain, il bascula en avant, vers l'eau.
On ne retrouva le pêcheur que quelques jours plus tard, noyé, boursouflé entre deux gerbes d'algues, toujours accroché à sa ligne.
30 Ce qu'il avait cru retirer des eaux, c'était la mort.
Pas un simple poisson.

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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par Pluiedetoiles le Lun 12 Déc 2011 - 19:03

C'est ça ?

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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par bebe le Lun 12 Déc 2011 - 19:05

Yep, c'est ça! Ça m'a l'air pas mal...
Merci de votre aide les filles!

bebe
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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par Pluiedetoiles le Lun 12 Déc 2011 - 19:09

Wink

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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par Mama le Lun 12 Déc 2011 - 19:45

Les miens sont faibles aussi et ont assez bien compris celle-ci, mais ce n'était pas si facile non plus ! Et il y a de quoi travailler en compréhension et langue bien que ce soit court ...

Tragédie

Ils n'étaient plus que deux dans cet antre obscur : les autres avaient été victimes de la malédiction qui frappait cette malheureuse race. Parfois, les dieux se fâchaient et, alors, c'était terrible. Les ténèbres laissaient la place à une lumière surgie de l'au-delà. Les êtres supérieurs choisissaient leurs victimes, les emportaient vers l'enfer et, quelquefois même, rejetaient des corps déchiquetés et disloqués. Après, les ténèbres surgissaient à nouveau, et la paix revenait enfin, pendant quelque temps.
Cette nuit là, les deux amoureux regardaient le ciel, en l'implorant de périr ensemble dans les flammes de l'enfer.
Une nouvelle fois, la voûte céleste s'ouvrit et la lumière frappa le couple de survivants. A leur grand bonheur, ils furent tous deux soulevés de terre. Ils n'éprouvaient plus la moindre peur désormais, puisqu’ils allaient mourir en même temps, être unis durant l’éternité.
Tout se passa très vite : ils furent précipités dans le cratère fumant et la lave brûlante ne tarda pas à dissoudre leurs pauvres corps. Les deux corps et les deux âmes s'étaient confondus, à tout jamais.
Il ne restait plus, au fond de la tasse vide, que quelques infimes morceaux de sucre. Une voix s'éleva : "Il faudra penser à acheter une nouvelle boite de sucres, je viens de finir les deux morceaux qui restaient."

De Jean Audoin, Tragédie

Mama
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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par Alabama le Lun 12 Déc 2011 - 20:17

La nouvelle "Cauchemar en gris" est plutôt courte aussi.

Alabama
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Re: Urgent: une nouvelle simple, comme support d'évaluation?

Message par Derborence le Lun 12 Déc 2011 - 20:18

Cauchemar en jaune ?

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"La volonté permet de grimper sur les cimes ; sans volonté on reste au pied de la montagne."
Proverbe chinois

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Charles-Ferdinand Ramuz, Derborence

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