Le PS et la loi LRU

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Le PS et la loi LRU

Message par Aurore le Lun 2 Jan 2012 - 16:22

Voilà qui est clair : si Hollande est élu, on n'abrogera pas LRU...

http://www.liberation.fr/societe/01012380896-il-faut-revoir-le-mode-de-gouvernance-des-universites


Isabelle This Saint-Jean, ancienne présidente
de Sauvons La Recherche (SLR), est conseillère auprès de Vincent
Peillon pour le supérieur dans l’équipe de campagne de François
Hollande. Elle répond aux question de Libération sur l'autonomie des
universités quatre ans après le vote de la loi LRU, ou «loi Pécresse»,
et alors que pratiquement toutes sont devenues autonomes le 1er janvier
dernier.


Quel bilan faites-vous de la LRU ?


Je vais avoir du mal à trouver des points positifs. Toute la
politique menée depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy au pouvoir est une
grande occasion manquée. La communauté universitaire était prête à des
réformes. Mais celles menées n’ont pas du tout été celles attendues.
Entre la LRU et une loi d’autonomie des universités, il y a toute la
distance que l’idéologie a introduite dans la réforme.
En fait, la
LRU n’est pas une loi d’autonomie des universités. C’est une loi qui met
en place un mode de gouvernance des universités hyper-centralisé,
extrêmement autoritaire, avec une vision de l’université qui doit être
dirigée par un homme et par une équipe. Or c'est une institution qui
doit fonctionner sur les principes de la collégialité et de la
démocratie.
Le deuxième problème majeur est celui des moyens: la LRU
a donné des compétences nouvelles aux universités sans que les moyens
aient jamais suivi. Résultat: les universités ont du mal à voter leur
budget et certaines ont été mises sous tutelle. En dépit des annonces
officielles mirobolantes, il y a donc un gros problème de financement.
Le
troisième problème majeur est la mise en concurrence des universités
entre elles. C’est absurde. Chaque université appartient au service
public. C’est l’ensemble du service public qu’il faut renforcer. La mise
en concurrence systématique comme principe d’efficacité, ça ne marche
pas. Au lieu d’avoir des cartes de formations équilibrées sur tout le
territoire et des chercheurs pouvant travailler ensemble, on fractionne,
on déchire le tissu. Et l'on se retrouve avec un «truc» inefficace, un
paysage institutionnel totalement illisible où l'on a superposé des
institutions telles un millefeuille – l’ANR (agence nationale de la
recherche), l’AERES (agence d’évaluation de la recherche et de
l’enseignement supérieur), des PRES (pôles de recherche et
d’enseignement supérieur), des alliances, des pôles de compétitivité,
des fondations… Avec le grand emprunt, on a encore rajouté des Labex
(laboratoires d’excellence), des Idex (initiatives d’excellence), des
Equipex (équipements d’excellence), etc. Alors que le mot d'ordre était
la simplification et la modernisation, il y a aujourd'hui une nécessité
de clarification majeure.


Pour vous, il s’agit donc d’une fausse autonomie ?

Tout à fait, c’est une fausse autonomie. Les établissements ne se
sentent pas libres. Ils sont tenus par des moyens financiers qui sont
insuffisants. En leur sein, les libertés académiques sont en régression à
cause de cette nouvelle gouvernance. En outre, lorsqu’ils n’arrivent
pas à présenter leurs budgets en équilibre, ils sont alors mis sous
tutelle (de l'Etat, ndlr).


Le gouvernement se vante de ne pas avoir appliqué la
«règle du 1 sur 2 » (un départ à la retraite non remplacé sur deux,
ndlr) dans le supérieur, et d’avoir ainsi privilégié l’université: vous
êtes d’accord ?



Non, je ne suis pas d’accord. En 2009, face à la mobilisation, il
avait promis de ne pas procéder à des suppressions d’emplois. Sur le
papier, il n’y en a pas. Mais dans la réalité, avec la LRU, le
gouvernement le fait faire par les établissements eux-mêmes. Etant donné
les budgets qu’il leur alloue, les universités, qui gèrent désormais
leur ressources humaines, sont contraintes de recourir à des
suppressions. Le chiffre d’un millier circule actuellement mais il est
encore trop tôt pour faire le bilan université par université. Or ce
n’est pas la faute des présidents: ils font ce qu’ils peuvent avec le
budget qu’ils ont.
Il faudra en plus résoudre le problème du manque
d’attractivité des carrières scientifiques où les jeunes ne veulent plus
aller, et la non reconnaissance du doctorat dans le secteur privé. Si
l'on veut dynamiser la recherche et revaloriser le premier cycle, il n’y
a pas d’autre solution: on a besoin d'hommes et de femmes. L’emploi
scientifique est une priorité.

Nicolas Sarkozy a promis 9 milliards d’euros pour
l’enseignement supérieur et la recherche pendant son quinquennat:
promesse tenue selon vous ?


C’est incroyablement compliqué d'avoir une vision claire des
chiffres. Si je me réfère à un récent rapport parlementaire (1),
certaines annonces n’ont pas été suivies d'effet. Sur ces 9 milliards, 4
milliards sont réellement arrivés. Et encore, il faut enlever
l’inflation et certaines modifications de calculs – on a inclu les
retraites par exemple. De plus, il s'agit pour l'essentiel de
l’explosion du crédit impôt-recherche, une forme de subvention du
secteur privé. Peut-être cela aide-t-il les entreprises à ne pas
délocaliser, mais en réalité cela ne bénéficie pas à la recherche …
Quant
aux 5 milliards annoncés de l’opération Campus, seuls 56 millions
d‘euros ont été versés au bout de quatre ans. Le grand emprunt, lui, a
réservé 18,9 milliards d’euros à l’enseignement supérieur et à la
recherche. Mais pour l'instant, quasiment rien n'est arrivé dans les
labos et dans les universités. En plus, il y a un vrai risque de
déséquilibre régional. En particulier, le nord et l’ouest de la France
ont été oubliés du grand emprunt. On crée ainsi des universités à deux
vitesses.

Les étudiants n’auraient-ils pas été les oubliés de l’autonomie ?


Si l’on tient compte des annonces ministérielles mirobolantes, tout a
été traité durant ce quinquennat: les conditions de vie et d’études, la
santé étudiante, les bourses, la vie culturelle, etc. Il y a bien eu un
dixième mois de bourse mais il faut se battre pour qu’il soit versé à
temps. En réalité, de plus en plus d’étudiants ne sont pas en condition
d’étudier. Ils sont souvent obligés de travailler. Beaucoup, en
situation de précarité, ne se soignent pas. On observe un tassement du
nombre de jeunes allant dans le supérieur et plus encore, un tassement
de ceux qui y réussissent. Et l'on assiste à un recul de la
démocratisation du supérieur. La vie étudiante devra être l’une des
grandes priorités de la prochaine mandature, ainsi que le premier cycle
universitaire. Si l’on veut faire réussir un grand nombre de jeunes – et
on a un réel besoin de jeunes bien formés et qualifié -, il y aura des
efforts importants à faire. De plus, si aujourd’hui la mobilisation de
2009 est retombée, la communauté de la recherche et de l’enseignement
supérieur est très mécontente et très fatiguée. Elle a envie de pouvoir
travailler dans des conditions sereines, sans ces appels d’offres
permanents pour monter des projets qui l’empêchent de faire de la
recherche.


S’il est élu, François Hollande va-t-il changer tout cela ?


Ce sera à lui de faire des annonces. Nous sommes attachés au principe
de l’autonomie qui doit permettre aux universités de définir leur
propre projet d’établissement. Nous sommes aussi favorables à la
délégation de gestion (le fait que les présidents gèrent désormais les
ressources humaines ndlr). Mais il y a des choses qui ne fonctionnent
pas dans la LRU. Il va falloir revenir dessus, de même que sur le pacte
sur la recherche. Nous allons le faire en discutant avec la communauté
universitaire et de recherche, alors que ce gouvernement a été incapable
de dialoguer lors du mouvement historique de 2009 avec des gens
pourtant ouverts au changement. Vincent Peillon (en charge de
l'Education et de l'Enseignement supérieur dans l'équipe de François
Hollande, ndlr) a déjà commencé à discuter avec les organisations
syndicales. J'ajouterais que le ministère se félicite du fait que
l’autonomie marche car les universités sont devenues autonomes plus vite
que prévu. Mais il oublie de dire qu’il y avait un bonus financier pour
les établissements volontaires …


Mais vous n’allez pas abroger la LRU ?


Non, mais on y touchera car on veut revenir sur la gouvernance.
Il y a trop de concentration de pouvoirs entre les mains des présidents
d'université et un conseil d’administration trop restreint. Il faut
contrebalancer ces pouvoirs, et redonner plus de vie démocratique au
sein des établissements. Le mode de désignation du président fonctionne
mal et doit aussi doit être repris afin d’éviter certaines situations de
blocage. Donc, on n’abroge pas la LRU car on ne veut pas revenir sur
le principe d’autonomie. Mais on reviendrait sur le dispositif
législatif avec, pourquoi pas, une grande loi cadre qui permettrait de
clarifier le vaste méandre législatif actuel.


(1) il s'agit du rapport d'étape de la mission d'évaluation et de
contrôle sur le financement extra budgétaire de la recherche et de
l'enseignement supérieur adopté le 7 décembre dernier en commission des
finances de l'Assemblée nationale. Les deux rapporteurs sont le
socialiste Alain Claeys et l'UMP Jean-Pierre Gorges.

Aurore
Expert


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Re: Le PS et la loi LRU

Message par condorcet le Lun 2 Jan 2012 - 16:42

S'il n'y avait qu'Isabelle This Saint-Jean qui s'occupât de l'enseignement supérieur et de la recherche au PS, le projet socialiste y gagnerait sans doute en clarté. J'ai cependant du mal à comprendre comment après avoir milité en tant que présidente de l'association "Sauvons la recherche" en 2009 pour l'abrogation de la LRU, elle peut défendre aujourd'hui une position médiane. En fait autonomie rime avec décentralisation, l'une des clés de voûte d'une pensée girondine.

condorcet
Empereur


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Re: Le PS et la loi LRU

Message par Aurore le Lun 2 Jan 2012 - 19:16

condorcet a écrit:S'il n'y avait qu'Isabelle This Saint-Jean qui s'occupât de l'enseignement supérieur et de la recherche au PS, le projet socialiste y gagnerait sans doute en clarté. J'ai cependant du mal à comprendre comment après avoir milité en tant que présidente de l'association "Sauvons la recherche" en 2009 pour l'abrogation de la LRU, elle peut défendre aujourd'hui une position médiane. En fait autonomie rime avec décentralisation, l'une des clés de voûte d'une pensée girondine.


L'ambition personnelle et la sincérité des convictions font rarement bon ménage...

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