Les classiques sont-ils trop difficiles pour les faire lire à nos élèves ?

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Re: Les classiques sont-ils trop difficiles pour les faire lire à nos élèves ?

Message par thrasybule le Mar 10 Jan 2012 - 22:44

J'adorais les maths, et ma chef d'orchestre(lorsque j'étais violoniste dans mon adolescence), fut ma prof de maths en spécialité en L, en c'est elle qui m'a fait découvrir Bach, dont elle était dingue à mettre à la Verrière: sans elle, j'aurais rien compris au contrepoint, bref, je m'en vais...

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Re: Les classiques sont-ils trop difficiles pour les faire lire à nos élèves ?

Message par Carabas le Mar 10 Jan 2012 - 22:45

En plus, cette question d'aimer les oeuvres ne se posent qu'en français. Je n'ai jamais vu un prof de maths se demander si les théorèmes qu'il enseignait aux élèves leur plaisaient.

Aujourd'hui, j'ai dit à une élève qu'on apprenait des choses "inutiles" parce qu'on était des humains. En fait, on partait de la notion de "perfectibilité" chez Rousseau...

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Re: Les classiques sont-ils trop difficiles pour les faire lire à nos élèves ?

Message par Li-Li le Mar 10 Jan 2012 - 22:52

HS: Pardonnez-moi, Carabas, tu sais que j'ai fais presque tous mes cauchemars d'enfance à cause de ses illustrations des contes de Perrault, surtout la tête de la grand-mère du chaperon!!

Pour revenir au sujet: effectivement je pense que c'est toujours agréables lorsque des élèves apprécient les oeuvres, mais il ne me semble pas toujours utiles d'avoir recours à l'affectivité, je n'aime pas tous les auteurs cela n'empêche pas de leur reconnaître des qualités. Nous ne sommes pas là en tant que professeurs de français seulement pour faire aimer!!

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Re: Les classiques sont-ils trop difficiles pour les faire lire à nos élèves ?

Message par Moonchild le Mar 10 Jan 2012 - 22:56

Cripure a écrit:
Moonchild a écrit:
Cripure a écrit:Et puis le camarade Igniatius aurait ajouté que puisqu'on ne fait plus de maths en S, autant qu'il y ait encore une matière exigeante... Rolling Eyes Rolling Eyes Benji, vous vous étiez trompé de série. Tout le monde sait qu'en S, on fait de tout parce qu'on ne veut pas choisir. Une proportion importante d'agrégés de lettres y compris classiques sont issus du bac C, puis du bac S.
Comme quoi, ils sont privilégiés les littéraires, ils ont une filière où ils peuvent se réfugier pour fuir les maths. diable
Ce qui est pour eux une tare lamentable. Il faut être un moderne pour croire à ces sottises d'esprit littéraire vs esprit scientifique. Si les meilleurs litéraires étaient toujours en L, ça se saurait.
Oh mais je sais bien que les meilleurs littéraires vont désormais en S, mais cela n'en fait pas pour autant des scientifiques ; quant à ceux qui vont en L, ce ne sont pas forcément les plus littéraires, mais ceux dont le niveau en sciences rend improbable l'obtention d'un bac S pourtant fort peu exigeant en ce domaine. diable

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Re: Les classiques sont-ils trop difficiles pour les faire lire à nos élèves ?

Message par Presse-purée le Mar 10 Jan 2012 - 23:01

Il me semble que notre travail comporte une partie "patrimoniale": faire accéder à des oeuvres difficiles, exigeantes certes, mais qui sont le fondement même de notre enseignement.
Il y a les lectures distractives et les grandes oeuvres: ce n'est pas la même chose. Les grandes oeuvres le sont justement parce qu'elles résistent de prime abord, l'enthousiasme ne vient qu'après le travail.
Le problème c'est que pour y accéder il faut un minimum de clés et de préparation. Chez nous nous voyons arriver au lycée des élèves qui pour la plupart n'ont quasiment jamais étudié d'oeuvres classiques en collège où ils se limitent à la littérature de jeunesse. Cela veut dire aussi qu'ils ne sont plus habitués au "détour" cher à Jacqueline de Romilly. Ils ne conçoivent pas que le sens soit à chercher, ils voudraient continuer à se réfugier dans du "connu".Ce n'est pas en un ou deux ans qu'on peut les rendre capables d'entrer dans les classiques, ça se prépare en amont.
Il y a ensuite des oeuvres qui ne correspondent pas à un âge donné de la vie mais l'école est le seul endroit où ils puissent apprendre que ces oeuvres existent, quitte à les relire plus tard.
Je ne sais plus quel auteur disait qu'il n'y a en fait aucune raison pour que les oeuvres littéraires soient d'un accès plus facile et populaire que les travaux scientifiques....
Pour beaucoup de nos élèves actuels de lycée, effectivement, les classiques sont trop difficiles: mais c'est le serpent qui etc: on ne leur en donne pas parce que trop difficile et trop difficile parce qu'on ne les y a pas fait entrer....
Enfin peut-être que l'on se pose trop la question subjective et de "confort" du: "qu'est-ce qui me plaît" et pas assez celle du :"qu'est-ce que cela m'apprend" voire "pourquoi cela me dérange-t-il"?
Personnellement , il y a beaucoup d'oeuvres en fait qui au premier abord ne me plaisaient pas et pas une seule dont je n'aie découvert le plaisir après les avoir travaillées (pendant mes études ou dans le travail)


Merci pour ces propos, qui me mettent du baume au coeur après cette rude journée.

Merci aussi à Thrasy pour sa citation de Nietzsche, je la mettrais dans ma salle à côté de celle de Todorov:

La littérature est la premiere des sciences humaines (…). Son objet, ce sont les comportements humains, les motivations psychiques, les interactions entre les hommes. Et elle reste toujours une source inépuisable de connaissances sur l’homme.


que je commente avec mes classes en début d'année. Du coup je vais en avoir deux à commenter dorénavant.

(tiré d'une interview de Todorov dans un numéro de la revue Sciences Humaines consacré à la littérature).

Pour aller plus loin, la perte que l'on ressent tous du côté des sciences humaines est à mon sens due à cette vision utilitariste de la science. De grands esprits humanistes comme Jacquard, Morin ou Serres, capables de comprendre à la fois les sciences humaines et les sciences dures sont de plus en plus rares. Et dans la "compétition internationale", des disciplines non marchandes comme la littérature, la philo, l'histoire ou le latin peuvent crever en silence.

Malgré le fait qu'ils nous ont piqués toutes nos heures d'enseignement depuis les années 30 (eh oui...), je garde un infini respect pour mes collègues de sciences. Parce qu'ils sont ma moitié, d'un certain point de vue.


Dernière édition par Presse-purée le Mar 10 Jan 2012 - 23:09, édité 2 fois (Raison : l'aurthograf bien sure!)

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Re: Les classiques sont-ils trop difficiles pour les faire lire à nos élèves ?

Message par Saloum le Mer 11 Jan 2012 - 11:47

"Aimer, ça s'apprend et ce n'est pas facile", voilà ce que je dis à mes élèves lorsqu'ils me servent le sempiternel "toute façon, j'aime pas lire".
Merci pour cette citation de Nietsche !

Saloum
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