L'école à bout de souffle

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L'école à bout de souffle

Message par Aevin le Mer 11 Jan 2012 - 16:09

L’Ecole à bout de souffle (ou la pression scolaire)
le 6 janvier 2012 18H02 | par
mammouth-mon-amour

Psycho-pédagogue, orthophoniste, psycho-motricienne, grapho-thérapeuthe, grapho-thérapeuthe psychopédagogue… A 10 ans, Elena, en CM 2, a déjà été suivie par toute une flopée de spécialistes. Le but : l’aider à être meilleure à l’école. Elle n’est pas nulle. Elle dirait qu’elle se situe entre « bien et mauvais». Evidemment, ce n’est pas assez. Alors, depuis le CP, sa mère, Pascale, tente de l’aider. Cette année, elles ont préparé ensemble les évaluations de CM 2 : les exercices sont sur internet, et ne changent guère de ceux de l’an passé. Résultat, Elena a pu réviser correctement le parallélogramme, qui, coup de bol, est bien « tombé ». Pourtant, pour passer en 6ème, la petite fille devra suivre un ultime stage de soutien en juillet, rien de méchant, cinq demies-journées pour revoir ce qu’elle a déjà vu tout au long des trois trimestres et gagner le sésame pour entrer en 6ème l’esprit tranquille. Un peu moins stressée. Ou un peu plus, cela dépend du point de vue adopté.

La scène est extraite de L’Ecole à bout de souffle, documentaire de Marina Julienne diffusé mardi 10 janvier à 20 h 35 sur France 5. La réalisatrice, qui a déjà signé un film sur la façon de choisir son collège public et un autre sur le dépistage précoce des « jeunes délinquants » (on peut voir le film en ligne ici), s’est posé la question suivante : les élèves sont-ils tous égaux face à la réussite ? Je vous recommande de voir ce film de 52 minutes, qui sera rediffusé sur le site pluzz.fr si vous le ratez mardi.

Les thèmes abordés sont variés et, somme toute, classiques. Le commentaire nous rappelle les chiffres que l’on connaît déjà, les mensurations du système scolaire français – 860 heures de cours par an, soit 100 de plus que la moyenne européenne, 20% des élèves qui arrivent au collège avec de grosses lacunes, 16 % des élèves de 6ème ont des parents cadres ou profession libérale mais 33% d’entre eux sont reçus au bac général et ils constituent ensuite 55% des inscrits en classes prépa. Bref, pas franchement une silhouette de top modèle finlandais…

Ce qui m’a le plus marquée dans ce film, c’est le stress, omniprésent. Les parents sont stressés, les enfants sont stressés, les profs sont stressés, même les médecins semblent bien avoir besoin d’une petite cure de prozac verveine… Seul le sociologue François Dubet, interrogé tout comme le pédagogue Philippe Merieu, semble respirer normalement derrière son pupitre. Mais c’est qu’il faut réussir. Et ça ne va pas être facile. La concurrence est rude. Pas de bonnes notes = pas de diplôme = pas de boulot = pas de Rolex à 50 ans = la fin du monde. La pression est presque palpable. Mais le plus grave, c’est qu’elle débute dès la maternelle.

Marie-Christine Foy, grapho-thérapeute – métier dont j’ignorais l’existence – montre le commentaire lapidaire laissé par une maîtresse de maternelle sur le cahier d’un enfant. Il fallait que ce dernier écrive « Pierre et le loup » en « écriture attachée ». Le résultat est approximatif. Note de l’enseignante : « C’est bien au début puis cela devient illisible. Dommage. » Ouille, prends toi ça dans les dents de lait, jeune naze de 5 ans. Tu finiras caissière comme la dame.

On croise aussi Alexandre et Raphaël, en primaire, ravis d’annoncer (et on les comprend) qu’ils ont eu « 80 Excellent ». Sa mère, infirmière qui confesse démarrer une seconde journée en rentrant à la maison, sourit d’un air las. Les efforts, ya pas à dire, ça paie : « On est dans la société de la réussite. On attend d’eux l’excellence, comme dans la vie des adultes, et ce, dès le primaire », constate-t-elle.

On rencontre Sabrina, mère de Adam, 5 ans. Sabrina veut le meilleur pour son fils : tout ce qu’elle n’a pas forcément eu, devine-t-on. « Je veux lui donner les mêmes chances que s’il était dans une école privée ». Sauf qu’Adam va à la maternelle à Epinay-sur-Seine. Pas grave : sa mère l’a inscrit à une mini-school le mercredi, où il apprend l’anglais, parle aussi arabe et va à la piscine. Elle a déjà « réglé son problème de graphisme » : « Il dépassait beaucoup quand il dessinait, c’était très stressant pour moi« . L’enfant peut jouer bien sûr, mais surtout s’il apprend en même temps. Elle a donc dévalisé la FNAC en jeux ludo-éducatifs.

Evidemment, ne nous méprenons pas, loin de moi l’idée de critiquer l’implication des parents dans la réussite de leurs enfants, au contraire! Je suis juste un peu troublée par les degrés que cette angoisse atteint et par le marché qu’elle créé (le film se finit sur une colo éducative en Haute-Savoie). Mais aussi, par la façon dont l’Education nationale tente de répondre aux dysfonctionnements du système. « Les disparités sociales se remarquent tout de suite, explique Marina Julienne. Dès 4 ans, on voit ceux qui savent mieux former les lettres, ceux qui ont plus de vocabulaire, ceux qui réussissent aux tests. La pression est là. On voit des enfants rendre « copie blanche » à 5 ans. La mise en échec est trop précoce. Et la réponse apportée par l’Education est terrifiante : encore plus d’heures de cours pour les plus faibles. Or, un enfant en maternelle, qui a déjà des journées très lourdes, qui passe son temps assis et travaille de plus en plus à partir de fiches et non plus de jeux ou d’exercices manuels, a sans doute mieux à faire que de repartir pour 45 minutes de soutien à l’heure du déjeuner! Surtout, à cet âge-là, on n’apprend pas tous au même rythme… »

Et une fois encore, bien que je commence à en avoir soupé du « modèle finlandais » que l’on ressort à toutes les sauces… la championne Finlande fait tout le contraire. Minimum de stress et maximum de résultats. Les enfants apprennent à lire à 7 ans, les enseignants travaillent en équipe, les enfants circulent d’une classe à l’autre, ne restent pas plus de 30 minutes assis, font beaucoup de jeux pour apprendre le langage comme les maths, ne reçoivent pas de notes avant 12 ans, travaillent le plus souvent possible en petits groupes, et pas juste quand ils sont en situation d’échec. La Finlande n’est pas la France, je sais, et notre système éducatif n’est pas uniquement défaillant. Il y a des profs heureux, des élèves épanouis. Mais tout de même : si l’on pouvait éviter d’avoir une boule au ventre en pensant à l’école, cela ne serait pas plus mal…

SOURCE

Et voici le film :
L'école à bout de souffle

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"Yes, sir, I know sir, and they're useless. They teach facts, not understanding. It's like teaching people about forests by showing them a saw. I want a proper school, sir, to teach reading an writing, and most of all thinking, sir [...]"
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Re: L'école à bout de souffle

Message par Aevin le Mer 11 Jan 2012 - 16:18


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