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aposiopèse
Expert

"le jardinier et son seigneur" : burlesque ou héroï-comique ?

par aposiopèse le Lun 23 Jan 2012 - 11:44
Voilà, je me prends la tête sur ce texte...

J'étais partie sur l'héroï-comique car je trouve que la chasse au lièvre (donc objet banal) est racontée de façon quasi épique (par exemple v. 41, allitération en [t] : les trompes et les cors font un tel tintamarre"), donc on grandit exagérément la scène pour se moquer de l'attitude du seigneur qui déclenche une véritable chasse à courre dans un pauvre jardin...

Or, je lis un peu partout que cette fable est burlesque car elle traite d'un sujet sérieux (la chasse au lièvre) sur un mode comique (énumération des dégâts causés au jardin).

Du coup, j'hésite entre les deux ! J'ai du mal à considérer que la chasse au lièvre soit un sujet noble/sérieux qui est rabaissé ici, mais pourquoi pas ?
Help, please !

pendant que j'y suis : la morale finale élargit la portée du récit puisqu'on passe du "jardin" du paysan à "vos terres de princes" et de la chasse aux "guerres" des rois... La Fontaine fait-il ici une allusion précise à un (ou plusieurs faits) historique(s) ? je suis une quiche en Histoire... Merci d'avance pour vos idées !
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Iphigénie
Bon génie

Re: "le jardinier et son seigneur" : burlesque ou héroï-comique ?

par Iphigénie le Lun 23 Jan 2012 - 12:00
Et tu penses qu'il y a une différence forte entre dire :burlesque ou héroï-comique? (c'est une vraie question, hein!) .
Je suis toujours étonnée par cette volonté quasi aristotélicienne de créer des sous catégories de catégories...(pour moi, l'ancêtre, ça fait partie des innovations vaseuses de ces dernières années, mais je suis peut-être dans l'erreur....).Avec ça je ne t'aide pas.... 😢
Sinon pour la conclusion, la vieille(tout est vieux chez moi Laughing ) édition des classiques hachette dit qu'il n'est pas possible qu'il fasse allusion à un événement précis du règne car l'identification du "seigneur" à Louis aurait été inconvenante.
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aposiopèse
Expert

Re: "le jardinier et son seigneur" : burlesque ou héroï-comique ?

par aposiopèse le Lun 23 Jan 2012 - 12:24
merci pour la note de l'édition. Je voulais justement dire que la fable semblait transposer la morale à un niveau en-dessous pour éviter sans doute une attaque trop frontale, ce que semble confirmer ton édition...

Pour la différence entre burlesque et héroï-comique : oui, je fais une différence, mais avec mes STI je crois que je vais me contenter de leur faire remarquer les effets de décalage entre l'objet de la chasse et la "solution". je pense qu'ils parleront spontanément de parodie et d'épique, ce qui ne sera pas si faux que ça...
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Marie Laetitia
Bon génie

Re: "le jardinier et son seigneur" : burlesque ou héroï-comique ?

par Marie Laetitia le Lun 23 Jan 2012 - 12:32
je viens de lire le texte. Juste pour précision et au-cas-zou, le droit de cuissage n'existe pas malgré la familiarité du seigneur avec la fille du jardinier.

Ce sont là jeux de Prince (12).
la chasse, réservée aux nobles (le "prince" est ici pour la rime, les princes désignent la frange supérieure de la noblesse et non toute la noblesse)

Petits Princes, vuidez vos débats entre vous.
De recourir aux Rois vous seriez de grands fous.
Il ne les faut jamais engager dans vos guerres,
Ni les faire entrer sur vos terres.
En réalité le jardin (hortus) était clos pour le distinguer du reste du finage villageois (ager). Seuls l'ager était soumis aux taxes, pas l'hortus. Et cette fiction de l'intervention d'un seigneur dans un jardin est totale (le droit de chasse réservé aux seigneurs posait problème surtout sur l'ager et dans les bois, landes et marais). Elle sert de prétexte à la morale finale. Mais La Fontaine insiste sur les conséquences dramatiques des destructions: le jardinier y a perdu de quoi faire son repas ordinaire, sa soupe à base de poireaux et chicorée (endive) qu'il faisait pousser soigneusement (d'où les planches et les carreaux) dans cet espace soigneusement fumé. Il y a des choses fausses je pense dans les commentaires de ce texte que l'on trouve en ligne: du moment qu'il était sur ses terres, je ne vois pas ce qui interdisait à un paysan d'éliminer les nuisibles. Le problème est que les landes et friches permettaient aux nuisibles de prospérer quand le seigneur n'y chassait pas régulièrement, et venaient alors ravager ponctuellement les terrains cultivés des paysans. Je ne vois vraiment pas La Fontaine critiquer le pouvoir seigneurial ! Nous ne sommes pas à la fin du XVIIIe s. et la Fontaine était lui même seigneur.

En effet, on s’aperçoit vite que même si le jardin paraît être un bien précieux du jardinier, il appartient en fait au seigneur. Cette réalité est rappelée par la formulation « demi – bourgeois, demi – manant » qui insiste donc sur le paradoxe de la vie du tiers état : même s’ils possèdent un lopin de terre, celui-ci n’est pas réellement le leur. Le paysan n’est donc qu’un sujet asservi, qui ne peut contester le pouvoir en place.

même si le seigneur a la propriété éminente du jardin, le jardinier est mi bourgeois, mi manant, c'est à dire qu'il n'est pas tout à fait bourgeois car il vit dans les faubourgs et non pas à l'intérieur de la ville. En outre il doit vivre de ses rentes, mais il continue à cultiver son jardin.

Pour la morale: l'intervention des souverains dans les affaires des petits seigneurs se comprend par le jeu des dépendances (besoin d'un plus puissant que soi). Mais nombre de seigneurs se sont retrouvés lésés en ayant fait appel à de plus puissants pour obtenir reconnaissance de leurs droits. On peut penser à ce que devient le Lorraine au XVIIe siècle

La guerre de Trente Ans a été un désastre pour la Lorraine. Pour s'être allié à l'Angleterre et à l'Allemagne, et avoir attiré dans ses États le duc d'Orléans, Charles IV de Lorraine provoque la colère de Richelieu, qui d'ailleurs ne cherchait qu'une occasion pour s'emparer de la Lorraine. Les Français l'occupent en 1633 et y causent de grands ravages. Pour se venger d'Henri de Bouzey, qui avait voulu les empêcher de s'approcher de La Mothe, ils détruisent son château et pillent le village et les environs. Les Suédois, leurs alliés, qu'ils appellent en Lorraine, achèvent l'œuvre de dévastation. De leur côté, les Hongrois et les Croates (qui étaient au service de Charles IV) ne manquent pas l'occasion de piller et de rançonner le pays qu'ils ont mission de défendre. Par le traité de Saint-Germain en 1641, Louis XIII rend la Lorraine à Charles IV, dont les imprudences rallument aussitôt la guerre. La même année, les Français s'emparent une seconde fois du pays, dont la dernière forteresse, La Mothe, ne tombe entre leurs mains qu'en 1645 : elle devint un symbole de la résistance lorraine.

Cette seconde occupation française est moins éprouvante que la première : peste disparue, famine atténuée grâce à quelques bonnes récoltes, pillards moins nombreux depuis le démantèlement d'environ deux cents châteaux-forts ordonné par Louis XIII, pour affaiblir la force de résistance du pays. D'autre part, Mazarin, le ministre de Louis XIV encore dans sa minorité, doit combattre la Fronde dans le royaume, et les armées de Charles IV (commandées par Philippe Emmanuel de Ligniville, seigneur de Houécourt) ne luttent pas sans succès contre la France. La Lorraine connaît donc une certaine accalmie, mais elle est toujours aussi déserte.

En 1648, les traités de Westphalie officialisent l'annexion des Trois-Évêchés de Metz, Toul et Verdun occupés depuis 1552 par Henri II.

À la suite du traité des Pyrénées, la convention de Vincennes (1661) rend au duché de Lorraine son indépendance et Charles IV reprend le gouvernement de ses États.

Les duchés de Lorraine et de Bar subissent de longues occupations par les armées françaises au cours de la plupart des guerres du XVIIe et du début du XVIIIe siècle.

En 1670, nouvelle rupture avec la France qui s'empare une troisième fois de la Lorraine. C'est en vain que Charles IV lutte pour reconquérir ses États. Il meurt en 1675. Son neveu Charles V, établi à la cour de Vienne, continue la guerre à la tête des Impériaux, et meurt en 1690 sans avoir jamais vécu en Lorraine ; il laisse le titre purement honorifique de duc de Lorraine à son fils Léopold.

Au XVIIIe siècle, la prospérité de la Lorraine ne pouvait qu'exciter davantage les convoitises de la France, et ce que la force des armes n'avait pu lui assurer, elle allait l'obtenir par des tractations politiques. Les ducs eux-mêmes, Léopold puis François III, recherchaient le moyen d'obtenir en échange de leurs duchés des États moins exposés.

En 1735, alors que le duc François III doit épouser l'archiduchesse Marie-Thérèse d'Autriche, héritière des Habsbourg, la France refuse de voir la Lorraine et le Barrois, quasi enclavés dans son territoire (l'Alsace a été progressivement annexée au cours du règne de Louis XIV), passer sous l'autorité directe d'une grande puissance étrangère. L'Autriche et la France établissent une convention en vertu de laquelle François renonce à la Lorraine en échange de la Toscane, tandis que la France accepte alors la Pragmatique Sanction. Afin de ménager le loyalisme lorrain et pour redonner rang de souverain à son beau-père, Louis XV n'annexe pas immédiatement les duchés à la France mais les remet, à titre viager, à l'ex-roi de Pologne Stanislas Leszczyński qui, à partir de 1737, est le dernier duc souverain.
Bientôt les régiments français vinrent séjourner en Lorraine, vivant sur le pays. La guerre de Succession d'Autriche enleva à l'agriculture des milliers de Lorrains dont beaucoup périrent ; les mauvaises récoltes, les réquisitions incessantes, le logement des troupes, les nouveaux impôts nourrirent le regret de la population pour ses anciens ducs et l'indépendance perdue.

La guerre de Sept Ans causa de nouvelles levées d'hommes et de nouvelles réquisitions ; mais les récoltes furent plus abondantes. À peine cette guerre était-elle terminée, que le roi Stanislas mourait, en 1766. La même année est formée le grand-gouvernement de Lorraine-et-Barrois, réunion des duchés de Lorraine et de Bar; des trois évêchés de Metz, Toul et Verdun; du Luxembourg français (région de Thionville); du duché de Carignan; du pays de la Sarre et du duché de Bouillon[7].

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Si tu crois encore qu'il nous faut descendre dans le creux des rues pour monter au pouvoir, si tu crois encore au rêve du grand soir, et que nos ennemis, il faut aller les pendre... Aucun rêve, jamais, ne mérite une guerre. L'avenir dépend des révolutionnaires, mais se moque bien des petits révoltés. L'avenir ne veut ni feu ni sang ni guerre. Ne sois pas de ceux-là qui vont nous les donner (J. Brel, La Bastille)

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Antigone, c'est la petite maigre qui est assise là-bas, et qui ne dit rien. Elle regarde droit devant elle. Elle pense. (...) Elle pense qu'elle va mourir, qu'elle est jeune et qu'elle aussi, elle aurait bien aimé vivre. Mais il n'y a rien à faire. elle s'appelle Antigone et il va falloir qu'elle joue son rôle jusqu'au bout...
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Re: "le jardinier et son seigneur" : burlesque ou héroï-comique ?

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