Comment "le suicide des enfants" est devenu un alibi pour faire mousser sa carrière en politique et en recherche.

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Comment "le suicide des enfants" est devenu un alibi pour faire mousser sa carrière en politique et en recherche.

Message par John le Ven 10 Fév - 9:11

Querelles entre Cyrulnik et Rufo, et auto-congratulations de Jeannette Bougrab :

Combien sont-ils, ces enfants qui, comme le fils de Nathalie, "veulent mourir" ? Dans un rapport remis en septembre au secrétariat d'Etat à la jeunesse, le pédopsychiatre Boris Cyrulnik estimait qu'entre trente et cent enfants de moins de 14 ans se suicident chaque année. Un chiffre qui cache cependant une réalité plus large, pour le spécialiste de l'enfance, qui souligne que de nombreux suicides sont "considérés à tort comme des accidents". "On met sur le compte de l'inconscience enfantine un certains nombre d'actes qui sont de véritables mises en danger volontaires", explique Boris Cyrulnik. Selon lui, "40 % des enfants pensent à la mort à l'école, tellement ils sont anxieux et malheureux".

Mais sur ce douloureux sujet, la position de Cyrulnik ne fait pas consensus. Ses détracteurs plaident pour "éviter à tout prix un alarmisme dramatique". Pour son confrère Marcel Rufo, "il faut surtout se garder de répondre à une politique 'fait-diversière'", qui fait suite à la "médiatisation outrancière" de deux ou trois cas particulièrement tragiques. Dans sa longue carrière, Marcel Rufo affirme n'avoir "rencontré que trois cas de suicides d'enfants". Le chiffre avancé par M. Cyrulnik dénote selon lui d'une "confusion" dans la distinction entre un enfant et un adolescent. "Il y a des études qui montrent que les comportements à risque sont de plus en plus précoces, et que l'adolescence commence de plus en plus tôt", affirme en effet le spécialiste, qui considère que l'enfant, dès lors qu'il entre au collège, est déjà un "pré-ado".

Marcel Rufo reste également partisan de l'idée que "risquer sa vie ne veut pas dire vouloir mourir". Au contraire, il estime que ces pensées de mort constituent pour l'enfant "une étape normale du développement", sur la voie de la maîtrise de soi. "Que les enfants souffrent, je ne le conteste pas. Mais qu'il y ait une volonté suicidaire de masse chez les plus jeunes, je n'y crois pas", affirme le pédopsychiatre. "C'est idiot de dire qu'un enfant qui échappe à la surveillance des adultes et se noie dans une piscine s'est suicidé. L'accident existe."

A l'hôpital pour enfants Robert-Debré, parmi les plus grands de France et d'Europe, la question des volontés suicidaires des jeunes enfants est pourtant un élément quotidien du travail des équipes médicales. Selon Richard Delorme, chef du service pédopsychiatrique de l'hôpital, "près de 10 % des tentatives de suicide accueillies sont réalisées par des enfants âgés de 8 à 11 ans." Par extrapolation, il estime ainsi qu'à l'échelle de la population, entre "0,5 et 0,7 % des enfants font des tentatives de suicide", soit "un pourcentage comparable aux maladies rares".

LA FIN DU "DÉNI"

Si les chiffres varient autant, c'est pour beaucoup de spécialistes la preuve que le suicide des enfants reste encore largement méconnu. Sa "dimension taboue" dans nos sociétés freine encore son étude, selon Richard Delorme.

En la matière, le rapport Cyrulnik "a été une grande première", affirme la secrétaire d'Etat à la jeunesse, Jeannette Bougrab. Si le suicide chez les adolescents, deuxième cause de mortalité entre 15 et 24 ans, est devenu au fil des ans un véritable enjeu de santé publique, le suicide des enfants est resté longtemps sujet de "déni", selon la secrétaire d'Etat. "Avoir admis qu'il y avait un problème, c'est déjà la première étape", affirme-t-elle.

Aujourd'hui, certaines approches systémiques cherchent à expliquer ces actes suicidaires commis dès le plus jeune âge. Plusieurs pistes sont évoquées, notamment l'appauvrissement sensoriel de l'environnement du nouveau-né, la question des "violences éducatives", des agressions… Sans être la cause directe du suicide, tous ces éléments contribuent, selon Boris Cyrulnik, à créer chez l'enfant un "affolement mortel qui le submerge à la moindre émotion forte".

2) Tribune dans le Monde du sociologue Michel Fize, qui aimerait qu'on le lise davantage, et considère que le suicide est une pratique de "bandes" heu

Négliger ou refuser, quand on est chercheur, la lecture de ses collèges, fussent-ils des adversaires (par la pensée), est toujours une erreur scientifique. Si M. Cyrulnik m'avait un tant soit peu lu, cela lui aurait évité sans doute de commettre la grossière erreur d'analyse qu'il vient de commettre à l'occasion de son travail sur le suicide des "enfants".

"Enfants" : voilà bien le mot de l'erreur.

Rappelons tout d'abord que, face à toute "demande sociale" (ministérielle en l'espèce), le premier devoir du chercheur-expert est d'interroger la pertinence de la formulation administrative, en l'espèce la tranche d'âge choisie : de 5 ans à 12 ans. M. Cyrulnik n'a pas cru devoir en passer par là. A cet égard, le fait que cet intervalle d'âge soit couramment utilisé ne le rend pas légitime pour autant. Or, précisément, légitime, il ne l'est pas.

Dans cet intervalle, en effet, se logent deux âges distincts : l'enfance proprement dite : de 5 ans à 7 ans inclus et l'adolescence débutante : de 8 ans à 12 ans. Cette "petite" adolescence, que j'ai longuement décrite dans mes derniers ouvrages, et qui surgit désormais bien avant l'entrée au collège, se traduit par des manifestations culturelles, tels qu'un nouveau langage, une nouvelle "présentation de soi", de nouvelles distractions. Mais elle se traduit aussi par de nouvelles pratiques sociales plus négatives. Ces jeunes adolescents, ainsi qu'il faut désormais les nommer, adoptent en effet de plus en plus les "vilaines" manières de leurs aînés : ils entrent, de plus en plus tôt, dans des bandes (parfois violentes) et recourent donc, pour revenir directement à notre propos, aux tentatives de suicide.

Les médias, et de prétendus experts, ont beau traiter ces garçons et filles de 8, 9, 10 ou 11 ans, d'"enfants", de "fillettes" ou de "petits garçons", ils n'en sont pas. La preuve est la suivante : les modes de perpétration de la mort ne sont pas les mêmes chez les enfants et chez les adolescents. La défenestration par exemple (on se rappelle cette jeune fille de 9 ans, diabétique, mettant fin à ses jours de cette manière) est une technique à laquelle ont recours traditionnellement les adolescentes plus âgées, pas les enfants. De la même manière, la pendaison, encore observée récemment chez des garçons de 10 ou 11 ans, est une technique de garçons plus grands (après l'usage des armes à feu), pas des enfants. Les suicides des "enfants" ont eux une connotation beaucoup plus accidentelle, relevant d'erreurs d'appréciations de la dangerosité d'une situation donnée (se pencher à une fenêtre, traverser une rue sans regarder, etc.).

En conséquence, si les chiffres des suicides sont en hausse (une quarantaine officiellement chaque année chez les moins de 14 ans), ce n'est pas tant à cause des enfants de moins de 8 ans, qui, finalement, ne se suicident pas beaucoup plus qu'autrefois, qu'à cause de ces jeunes adolescents qui, par mimétisme, mais aussi, bien sûr, pour échapper à d'insupportables souffrances, rejoignent aujourd'hui le cortège de leurs aînés.

Michel Fize est l'auteur de l'Antimanuel d'adolescence (Editions de l'Homme, 2010).

Evidemment : rien n'est dit sur le suicide et les tentatives de suicide chez les jeunes homos, dont on sait que le taux est 13 fois supérieur au taux de suicide et de tentatives de suicide chez les jeunes hétéros...

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