La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par Mareuil le Jeu 23 Fév - 8:57

Mufab a écrit:
Mareuil a écrit:Help !
Un esprit malicieux hantant ce fil aurait-il le pouvoir de faire dire à mes posts autre chose que ce que je crois écrire ?


Je n'ai pas le temps, là, de vous citer pages 1 à 3. Mais chacun sait lire, ici.




Chacun peut donc lire ; Voici mes posts de la page 1 à la page 3 :

Allez, je me décide à lancer ce topic sur la "littérature de jeunesse quoi t'est-ce ?"

Incipit emprunté à un ami encore plus âgé que moi qui n'ai que 65 ans : "Tout cela me rappelle les romans de Jack London, de James Olivier Curwood ou de Mayne Reid."

Alors, c'est quoi aujourd'hui "la littérature de jeunesse" ?

------------------------------------------------------------

C'est tout à fait possible.
Je crois cependant que pour éviter que le débat ne s'organise en "pour" et "contre", ou ne tourne en disputes générationnelles, il faudrait avoir sur la "littérature de jeunesse" un point de vue un peu historique. Or ce n'est pas facile. La fiche Wikipédia sur la Bibliothèque verte, par exemple, ne retient dans sa liste d'auteurs que les plus récents, ceux qui ont publié justement quand la jaquette de la collection a cessé d'être verte. Donc elle fait l'impasse sur une foule d'oeuvres qui ont formé des générations de lecteurs jusque dans les années soixante. D'autre part, il faudrait se demander à partir de quand cette "littérature de jeunesse" entre en jeu dans les exercices scolaires. Pour ma génération, par exemple, les volumes de la Bibliothèque verte ainsi que ceux de la collection Rouge et or entraient dans la bibliothèque de l'école primaire, mais les manuels de lecture courante ne contenaient pas ce genre de textes. De même, au niveau de la maternelle, les Petits livres d'or et les Albums du Père Castor, nous les lisions chez nous - ou on nous les lisait - mais en classe les maîtresses nous lisaient des histoires prises ailleurs.

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Justement, faisons un peu d'histoire. À partir de quand - de quelles IO - et sous quelle forme, cette "littérature jeunesse" "fourre-tout" a-t-elle conquis droit de cité au collège ? Jusque ma dernière année d'exercice au collège, en 1979, elle était inconnue.

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Mareuil croule sous le poids des ans, mais il ne peut être que "malheureux"
Bien sûr que ces livres n'ont pas disparu du jour au lendemain, mais leur ont succédé d'autres séries ( le changement de jaquette de la Bibliothèque verte traduit un changement de la ligne éditoriale) dont la teneur n'était pas la même : texte plus simple, infantilisation des intrigues et des personnages.

Il y a eu plusieurs changements :
À sa création en 1924, elle est conçue pour rééditer les grands classiques de la littérature de jeunesse, en particulier les auteurs du fonds Hetzel racheté par Hachette : elle prend la suite de la Bibliothèque d'éducation et de récréation d'Hetzel. La première version s'intitule ainsi Nouvelle bibliothèque d'éducation et de récréation. Au début, les ouvrages de Jules Verne sont édités dans la Collection Jules Verne, puis ils intégreront également la Bibliothèque verte.
Les livres se présentent sous forme cartonnée, en toile verte, avec jaquette illustrée en couleurs. À partir de 1959, la jaquette disparait, et la couverture cartonnée porte l'illustration avec un pelliculage."

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Mareuil
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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par fraisedesbois le Jeu 23 Fév - 10:21

* mode schtroumph grognon peace and love on *
j'aime pas quand des gens que j'estime s'écharpent.
je me sens terriblement impuissante, à la fois un peu sidérée que l'échange ne passe pas entre ceux-là, à la fois pressentant ce qui coince sans parvenir à le mettre utilement en mots, comme "solidaire" de deux points de vue qui à mon sens diffèrent oui mais sans besoin de s'exclure (les points de vue).
* mode schtroumph grognon peace and love off *

la lecture de ce fil est très intéressante, j'inclue dans son intérêt les achoppements sur des points qui ne sont pas si souvent discuté
(achoppements que j'aimerai moins brutaux pour les gens qui y reçoivent une réponse)(je n'ai pas écrit moins brutaux de la part des gens qui les écrivent, je ne juge pas les intentions, je suis tristoune du résultat généralisé que je suppose)

A Tuin a écrit:Mais alors, il y a quelque chose qui m'échappe : dans un sens, il n'y a jamais eu autant de livres à portée des enfants, mais il y a de plus en plus d'élèves mauvais en lecture et en orthographe. Ce n'est pas cohérent Razz

sauf si... c'est très exactement cohérent au contraire (comme l'a relevé Doublecasquette)

Rikki a écrit:Je ne sais pas trop ce qui est un "classique" et ce qui ne l'est pas.
=> Les livres pour enfants, en général, j'aime bien, mais ce qui me fait suer, c'est leur exploitation.

topela

Mareuil a écrit:Et si j'osais, j'irais jusqu'à dire que le souci de rendre les élèves lecteurs était moins obsessionnel qu'il paraît l'être devenu depuis quelques années. J'ai toujours lu beaucoup et de tout, certains de mes condisciples lisaient beaucoup moins ou parfois seulement le pire. Je n'ai pas eu l'impression que cela avait une influence démesurée sur le destin scolaire des uns et des autres.

ô combien d'accord sur la première phrase.
une petite question filoute sur la dernière phrase : restreindre le pire au champ des classiques suffirait-il à limiter l'influence du comment de la littérature sur le destin scolaire ?
(et pour ma part, il se peut bien que la réponse soit effectivement "peut être", mais alors la définition du classique comme étant ce qui reste quand le reste est passé est une définition bien plus subtile qu'elle ne pourrait en avoir l'air... "où (est-ce qu'un classique devient un classique parce qu'il reste)" me semble une précision pas si triviale).

JEMS a écrit:A l'heure où les enfants et les ados se désintéressent de toute forme de lecture au profit d'une bouillie indigeste faite de sms et autres ignominies écrites sur les réseaux sociaux, il est nécessaire de la défendre à tout prix.

toute la question est de savoir comment la défendre.
personnellement, comme maman de mes enfants, quand je vois mon fils de CE1 passer plusieurs mois à coup de fiches hebdomadaires sur "Flocon d'Argent" album ribambelle, je respire lentement.
personnellement, comme lectrice et mamans de jeunes lecteurs tendance boulimiques, je ne peux pas tout trouver bon juste parce que c'est un livre. je pense que certains livres desservent franchement la littérature jeunesse. et passé le temps pendant lequel j'aime mieux proposer des livres que j'estime à mes enfants, je les laisse lire tout ce qu'ils souhaitent lire. je parle là de, à la maison, ce qui en substance, n'a rien à voir avec la question posée. juste pour dire que défendre la lecture oui, à tout prix, peut être que non. je me demande si on en n'est pas là justement parce que "à tout prix"...


alors à l'école :

peu de souvenir ordonné de ce que j'ai lu, parce que je lisais beaucoup à la maison (du classique et du contemporain), mais je me souviens d'avoir lu à l'Ecole : Le petit prince en CM et d'avoir eu le Lagarde et Michard à partir de la 6ème.

je ne pense pas qu'il n'y ai qu'une seule suffisamment bonne façon de procéder.
je ne pense pas que privilégier les classiques puisse être une garantie suffisante.
je veux bien réfléchir à savoir si cette garantie est nécessaire car je ne trouve pas insensé de réfléchir à ce qui pourrait être la "méthode" la plus adaptée au plus grand nombre (d'enfants et d'instituteurs).
évidemment je ne l'érigerai pas davantage, cette éventuelle "méthode" (le mot est trompeur, évidemment c'est aussi un choix philosophique, pas juste un choix méthodo), en prescription, que la liste de 2004.

cette liste de 2004 je l'ai parcourue. c'est à dire j'ai lu les titres et auteurs qui y sont, et j'ai soigneusement évité de lire les présentations (instinct de survie). et ... j'ai beaucoup ri.
Spoiler:
et sincèrement ri. Mareuil, dans cette liste il y a ma maman et mon papa yesyes Laughing
mon papa, ça ne m'étonne pas, il était déjà dans le Lagarde et Michard.
ma maman, ça ne m'étonne pas non plus, elle est pédagolologue qui s'ignore (pas au sens "ne pas savoir").
juste là, donc tout est "normal" Smile

alors cette liste : dedans, il n'y a pas forcément tous mes coups de coeur mais il y en a quelques uns. dans ceux que j'ai lu, ne vois pas trop d'horreur "en soi" même si je pense qu'il y a mieux dans la littérature jeunesse, et même chez l'Ecole des loisirs, que "Le cheval qui sourit".
"Joker", que j'ai lu, est nettement meilleur que la bouillie servie conjointement en commentaire, et est nettement meilleur également SANS cette présentation.

si cette liste n'est qu'indicative, à destination de ceux qui n'ont pas le temps ou le goût de fureter entre les innombrables titres, pourquoi pas (compte tenu qu'elle contient également des classiques) ?
prosaïquement, ça sera toujours moins pire que certaines ribambelles...

comme toute liste, toujours, dans une liste, il en manque, et toujours, il y en a dans la liste qui sont jugés moins dignes d'y être.
pourquoi est-ce si différent lorsque l'on remplace "liste de 2004" par "classiques", dénomination qui finalement renvoie d'une certaine manière elle aussi à une liste ?




ce débat autour de la "littérature jeunesse" ne découle-t-il pas principalement de la transformation imposée à l'Ecole ces dernières années ? n'est-ce pas juste le transfert vers l'école de ce que la société ne veut plus se donner les moyens d'assurer ?
l'Ecole idéale pour moi, serait bien différente.
la société idéale également.

dans les conditions actuelles (de la société et de l'école), dans le cadre des programmes imposés, dans le temps imparti pour les réaliser (sic, sic, sic), la littérature jeunesse, ça me parait loin d'être une horreur en soi, et je pense que bien employée, c'est même une jolie réponse utile.


bon, je suis hors-sujet, hein ? Oups


mais en tous cas, je lis vos interventions avec intérêt Smile

fraisedesbois
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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par doublecasquette le Jeu 23 Fév - 10:51

fraisedesbois a écrit:quand je vois mon fils de CE1 passer plusieurs mois à coup de fiches hebdomadaires sur "Flocon d'Argent" album ribambelle, je respire lentement.


mdr

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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par Mufab le Jeu 23 Fév - 10:54

Mareuil a écrit:
Mufab a écrit:
Mareuil a écrit:Help !
Un esprit malicieux hantant ce fil aurait-il le pouvoir de faire dire à mes posts autre chose que ce que je crois écrire ?


Je n'ai pas le temps, là, de vous citer pages 1 à 3. Mais chacun sait lire, ici.




Chacun peut donc lire ; Voici mes posts de la page 1 à la page 3 :

Allez, je me décide à lancer ce topic sur la "littérature de jeunesse quoi t'est-ce ?"

Incipit emprunté à un ami encore plus âgé que moi qui n'ai que 65 ans : "Tout cela me rappelle les romans de Jack London, de James Olivier Curwood ou de Mayne Reid."

(...)


Ah la la, c'était page 4, me suis trompée...




Mareuil a écrit:Dans la liste officielle figure le résumé d'un récit de cette Madame Morgenstern dont parle plus haut Clarinette.
Résumé de Joker :
"Hubert Noël est un vieil instituteur qui pratique une pédagogie sortant de l’ordinaire : au début de l’an- née scolaire, il offre à chaque élève un jeu de cartes particulier ne comportant que des jokers : un joker pour rester au lit, un joker pour être en retard à l’école, un joker pour dormir en classe, un joker pour faire le clown... Mais il passionne aussi ses élèves en les initiant tant à la vie qu’aux matières scolaires. L’institution, représentée par la directrice, n’apprécie guère, et finit par obtenir sa mise en retraite. Le message de cette histoire est inscrit dans le récit, p. 57 : « Quand on naît, on a automatique- ment des jokers. »
Ce livre suscite chez les élèves un questionnement existentiel, sur leur propre vie, sur l’école, et peut être à l’origine de maints débats. Il est aussi possible de caractériser les personnages d’enfants selon la façon dont ils utilisent, ou thésaurisent les jokers. S’interroger sur les valeurs de l’école, sur les rapports des enseignants et de leurs élèves à travers ce récit conduira à chercher dans la littérature d’autres apprentissages de la vie mis en scène. La réception par les élèves s’appuiera sur les éléments donnés par le texte pour dresser le portrait du maître d’école : qu’est-ce qui le rend sympathique et aux yeux de qui ? Ce texte pourra donner lieu à des mises en jeu et à des réécritures pour l’adapter éventuellement dans une perspective de mise en scène. "
Je connais pas cet auteur et n'en ai rien lu, mais ce résumé ne m'inspire rien de bon. Je soupçonne - ai-je tort - une sorte de fable pesamment didactique.



En ce qui concerne les marques de mépris à mon encontre, je peux en proposer quelques-unes, si vous le souhaitez. Mais la lecture du fil "Groupe Nominal" suffira.

Je précise qu'aucune excuse, ni publique, ni privée, n'a été encore formulée.

Mufab
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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par Mufab le Jeu 23 Fév - 10:57

J'aime beaucoup Flocon d'Argent.

Mufab
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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par Mufab le Jeu 23 Fév - 11:00

Et que les collègues se saisissent de la fraîcheur et de l'humour de ce texte pour faire écrire à leurs élèves des réponses un peu construites (des phrases, oui, on en est là), ne me choque en aucune façon.

Mufab
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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par Mareuil le Jeu 23 Fév - 11:00

"Je ne connais pas cet auteur et n'en ai rien lu, mais ce résumé ne m'inspire rien de bon. Je soupçonne - ai-je tort - une sorte de fable pesamment didactique."

Est-ce là un jugement sur le livre lui-même ? La question "ai-je tort ?" est-elle la marque d'un jugement péremptoire ?

Mareuil
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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par Mufab le Jeu 23 Fév - 11:07

(Question : ce sujet avait été ouvert à l'origine dans Loisirs, ou je m'égare encore ?)

Mufab
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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par fugue le Jeu 23 Fév - 11:50

Mareuil a écrit:En attendant, je soumets à la réflexion de tous, ce texte de C. Poslaniec sur lequel je reviendrai, et dont le mérite est de situer la question de la LJ dans une perspective historique, même si cette perspective est discutable.
http://lije.univ-lemans.fr/ColloqueLIJE/pdf/3.pdf


Texte très intéressant.

Mareuil, pour recentrer sur le débat, que reprochez-vous exactement à la LDJ, ou, plus exactement, en quoi son utilisation en primaire vous semble-t-il nuire à l'enseignement de la littérature?
Parce que vous la trouvez indigente (style, vocabulaire...)?
Parce que les longues exploitations en classe font qu'au final, les élèves n'ont que peu lu?
Parce que vous craignez que nos élèves ne puissent se constituer une culture commune, chaque maître puisant au gré de ses envies dans un trop vaste répertoire?

Autre question: Faites-vous une différence entre LDJ contemporaine et LDJ plus ancienne (Comtesse de Ségur, Hector Malot, Marcel Aymé...)?

fugue
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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par doctor who le Jeu 23 Fév - 12:20

fugue a écrit:
Mareuil a écrit:En attendant, je soumets à la réflexion de tous, ce texte de C. Poslaniec sur lequel je reviendrai, et dont le mérite est de situer la question de la LJ dans une perspective historique, même si cette perspective est discutable.
http://lije.univ-lemans.fr/ColloqueLIJE/pdf/3.pdf


Texte très intéressant.

Mareuil, pour recentrer sur le débat, que reprochez-vous exactement à la LDJ, ou, plus exactement, en quoi son utilisation en primaire vous semble-t-il nuire à l'enseignement de la littérature?
Parce que vous la trouvez indigente (style, vocabulaire...)?
Parce que les longues exploitations en classe font qu'au final, les élèves n'ont que peu lu?
Parce que vous craignez que nos élèves ne puissent se constituer une culture commune, chaque maître puisant au gré de ses envies dans un trop vaste répertoire?

Autre question: Faites-vous une différence entre LDJ contemporaine et LDJ plus ancienne (Comtesse de Ségur, Hector Malot, Marcel Aymé...)?


Pour ma part, plutôt la deuxième solution. Et puis aussi un certain a priori contre l'obligation d'aimer lire, qui est une injonction très paradoxale.
La notion de culture commune est à mon avis une ânerie. La culture, c'est la culture, point. Si elle devient "commune", ce n'est plus de la littérature, mais du catéchisme nationaliste, occidentaliste ou cosmopolite (aucun n'est meilleur que l'autre, d'ailleurs).


doctor who
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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par fugue le Jeu 23 Fév - 12:35

doctor who a écrit:
fugue a écrit:
Mareuil a écrit:En attendant, je soumets à la réflexion de tous, ce texte de C. Poslaniec sur lequel je reviendrai, et dont le mérite est de situer la question de la LJ dans une perspective historique, même si cette perspective est discutable.
http://lije.univ-lemans.fr/ColloqueLIJE/pdf/3.pdf


Texte très intéressant.

Mareuil, pour recentrer sur le débat, que reprochez-vous exactement à la LDJ, ou, plus exactement, en quoi son utilisation en primaire vous semble-t-il nuire à l'enseignement de la littérature?
Parce que vous la trouvez indigente (style, vocabulaire...)?
Parce que les longues exploitations en classe font qu'au final, les élèves n'ont que peu lu?
Parce que vous craignez que nos élèves ne puissent se constituer une culture commune, chaque maître puisant au gré de ses envies dans un trop vaste répertoire?

Autre question: Faites-vous une différence entre LDJ contemporaine et LDJ plus ancienne (Comtesse de Ségur, Hector Malot, Marcel Aymé...)?


Pour ma part, plutôt la deuxième solution. Et puis aussi un certain a priori contre l'obligation d'aimer lire, qui est une injonction très paradoxale.
La notion de culture commune est à mon avis une ânerie. La culture, c'est la culture, point. Si elle devient "commune", ce n'est plus de la littérature, mais du catéchisme nationaliste, occidentaliste ou cosmopolite (aucun n'est meilleur que l'autre, d'ailleurs).



Pour les trop longues exploitations, je vous rejoins. Pour l'obligation d'aimer lire par contre, je ne vois pas bien; on voudrait tous que nos élèves aiment lire, non?


Dernière édition par fugue le Jeu 23 Fév - 12:48, édité 1 fois (Raison : Je fais n'importe quoi avec les quotes...)

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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par Mufab le Jeu 23 Fév - 12:41

Mais non ! On t'a dit que c'était obsessionnel, chez les instits, et que, scolairement, les élèves s'en tiraient sans.
Peu importe de les dégoûter en leur donnant des textes qu'ils ne comprennent pas (et là, oui, il faudra parfois des heures par phrase), et dont ils n'ont ni le début, ni la fin - tiens, idee à moins de leur proposer un résumé en "Digest ?" Je n'avais pas pensé à ça...

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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par fraisedesbois le Jeu 23 Fév - 13:42

doublecasquette a écrit:
fraisedesbois a écrit:quand je vois mon fils de CE1 passer plusieurs mois à coup de fiches hebdomadaires sur "Flocon d'Argent" album ribambelle, je respire lentement.

mdr

chipie Smile

Mufab a écrit:J'aime beaucoup Flocon d'Argent.
Et que les collègues se saisissent de la fraîcheur et de l'humour de ce texte pour faire écrire à leurs élèves des réponses un peu construites (des phrases, oui, on en est là), ne me choque en aucune façon.

I love you
je découvre partiellement, avec un serrement au coeur et un cri de révolte aux neurones, que c'est grosso modo comme cela qu'il est nécessaire de travailler face à ces classes, qui ne sont probablement d'ailleurs pas les "pires".
si j'estimais indigne, choquant ou délétère les activités dans la classe de mon fils, j'aurais fait autre chose que de respirer un bon coup (je suis nantie d'un solide caractère de cochon et d'une vivacité de réaction que je ne sais pas toujours brider). j'ai de l'estime pour cette maitresse, je n'ai aucune idée de comment je procèderai si j'étais à sa place et aucune prétention sur la question, j'ai confiance en elle, et en mon fils.

j'ai conscience de l'avoir facile, à pouvoir faire confiance à mes enfants, à pouvoir m'en remettre à ce qu'ils en ressentent, et à être en mesure d'intervenir (à tort ou à raison) quand ils sont mal à l'aise.
c'est d'ailleurs partie de ce qui me dérange : quid des enfants qui n'ont que l'Ecole pour rencontrer un livre et qui n'ont pas des parents en mesure de les aider à la maison (je n'ai pas dit remplacer ou suppléer le maitre) ?

et je n'ai pas de réponse, et je ne dis surtout pas que c'est un problème alors qu'ils y rencontrent Flocon d'Argent. peut être que justement, cet album à la fois moderne et conte, est une voie de choix. peut être bien que mes réticences devant les illustrations et parfois le style sont crétines et un brin snobinardes.

autre question (que je pose parce que je me la pose en me relisant) :
est-il raisonnable de déplacer le problème à l'état socio-culturel dans lequel sont les élèves ?
je veux dire peut-on répondre "nous étudions de la littérature jeunesse parce qu'il n'est plus possible, dans l'état de la société actuelle, de demander autre chose" ?

(je ne dis pas que c'est ce que tu dis Mufab Wink je dis qu'en schématisant c'est un peu ce que je dis moi, et je ne suis pas sure que ce soit très pertinent à la revoyure....)

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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par Mufab le Jeu 23 Fév - 14:11

Mais je ne "déplace le problème" nulle part.

Quelle "autre chose" veut-on demander à des mômes de 8 ans qui savent tout juste lire ?

Je m'use à poser cette question depuis le départ. Et là j'avoue me lasser.

Quelle autre chose ? Hormis des extraits dont j'ai dit ce que je pensais(), et je me sens un peu seule à le penser, c'est fou, je vais de surprise en surprise..., et hormis aussi les HLM du bonheur.


Dernière édition par Mufab le Jeu 23 Fév - 14:26, édité 3 fois (Raison : lien, déplacement, etc.)

Mufab
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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par Mareuil le Jeu 23 Fév - 14:17

fraisedesbois a écrit:* mode schtroumph grognon peace and love on *
j'aime pas quand des gens que j'estime s'écharpent.
je me sens terriblement impuissante, à la fois un peu sidérée que l'échange ne passe pas entre ceux-là, à la fois pressentant ce qui coince sans parvenir à le mettre utilement en mots, comme "solidaire" de deux points de vue qui à mon sens diffèrent oui mais sans besoin de s'exclure (les points de vue).
* mode schtroumph grognon peace and love off *

la lecture de ce fil est très intéressante, j'inclue dans son intérêt les achoppements sur des points qui ne sont pas si souvent discuté
(achoppements que j'aimerai moins brutaux pour les gens qui y reçoivent une réponse)(je n'ai pas écrit moins brutaux de la part des gens qui les écrivent, je ne juge pas les intentions, je suis tristoune du résultat généralisé que je suppose)

A Tuin a écrit:Mais alors, il y a quelque chose qui m'échappe : dans un sens, il n'y a jamais eu autant de livres à portée des enfants, mais il y a de plus en plus d'élèves mauvais en lecture et en orthographe. Ce n'est pas cohérent Razz

sauf si... c'est très exactement cohérent au contraire (comme l'a relevé Doublecasquette)

Rikki a écrit:Je ne sais pas trop ce qui est un "classique" et ce qui ne l'est pas.
=> Les livres pour enfants, en général, j'aime bien, mais ce qui me fait suer, c'est leur exploitation.

topela

Mareuil a écrit:Et si j'osais, j'irais jusqu'à dire que le souci de rendre les élèves lecteurs était moins obsessionnel qu'il paraît l'être devenu depuis quelques années. J'ai toujours lu beaucoup et de tout, certains de mes condisciples lisaient beaucoup moins ou parfois seulement le pire. Je n'ai pas eu l'impression que cela avait une influence démesurée sur le destin scolaire des uns et des autres.

ô combien d'accord sur la première phrase.
une petite question filoute sur la dernière phrase : restreindre le pire au champ des classiques suffirait-il à limiter l'influence du comment de la littérature sur le destin scolaire ?
(et pour ma part, il se peut bien que la réponse soit effectivement "peut être", mais alors la définition du classique comme étant ce qui reste quand le reste est passé est une définition bien plus subtile qu'elle ne pourrait en avoir l'air... "où (est-ce qu'un classique devient un classique parce qu'il reste)" me semble une précision pas si triviale).

JEMS a écrit:A l'heure où les enfants et les ados se désintéressent de toute forme de lecture au profit d'une bouillie indigeste faite de sms et autres ignominies écrites sur les réseaux sociaux, il est nécessaire de la défendre à tout prix.

toute la question est de savoir comment la défendre.
personnellement, comme maman de mes enfants, quand je vois mon fils de CE1 passer plusieurs mois à coup de fiches hebdomadaires sur "Flocon d'Argent" album ribambelle, je respire lentement.
personnellement, comme lectrice et mamans de jeunes lecteurs tendance boulimiques, je ne peux pas tout trouver bon juste parce que c'est un livre. je pense que certains livres desservent franchement la littérature jeunesse. et passé le temps pendant lequel j'aime mieux proposer des livres que j'estime à mes enfants, je les laisse lire tout ce qu'ils souhaitent lire. je parle là de, à la maison, ce qui en substance, n'a rien à voir avec la question posée. juste pour dire que défendre la lecture oui, à tout prix, peut être que non. je me demande si on en n'est pas là justement parce que "à tout prix"...


alors à l'école :

peu de souvenir ordonné de ce que j'ai lu, parce que je lisais beaucoup à la maison (du classique et du contemporain), mais je me souviens d'avoir lu à l'Ecole : Le petit prince en CM et d'avoir eu le Lagarde et Michard à partir de la 6ème.

je ne pense pas qu'il n'y ai qu'une seule suffisamment bonne façon de procéder.
je ne pense pas que privilégier les classiques puisse être une garantie suffisante.
je veux bien réfléchir à savoir si cette garantie est nécessaire car je ne trouve pas insensé de réfléchir à ce qui pourrait être la "méthode" la plus adaptée au plus grand nombre (d'enfants et d'instituteurs).
évidemment je ne l'érigerai pas davantage, cette éventuelle "méthode" (le mot est trompeur, évidemment c'est aussi un choix philosophique, pas juste un choix méthodo), en prescription, que la liste de 2004.

cette liste de 2004 je l'ai parcourue. c'est à dire j'ai lu les titres et auteurs qui y sont, et j'ai soigneusement évité de lire les présentations (instinct de survie). et ... j'ai beaucoup ri.
Spoiler:
et sincèrement ri. Mareuil, dans cette liste il y a ma maman et mon papa yesyes Laughing
mon papa, ça ne m'étonne pas, il était déjà dans le Lagarde et Michard.
ma maman, ça ne m'étonne pas non plus, elle est pédagolologue qui s'ignore (pas au sens "ne pas savoir").
juste là, donc tout est "normal" Smile

alors cette liste : dedans, il n'y a pas forcément tous mes coups de coeur mais il y en a quelques uns. dans ceux que j'ai lu, ne vois pas trop d'horreur "en soi" même si je pense qu'il y a mieux dans la littérature jeunesse, et même chez l'Ecole des loisirs, que "Le cheval qui sourit".
"Joker", que j'ai lu, est nettement meilleur que la bouillie servie conjointement en commentaire, et est nettement meilleur également SANS cette présentation.

si cette liste n'est qu'indicative, à destination de ceux qui n'ont pas le temps ou le goût de fureter entre les innombrables titres, pourquoi pas (compte tenu qu'elle contient également des classiques) ?
prosaïquement, ça sera toujours moins pire que certaines ribambelles...

comme toute liste, toujours, dans une liste, il en manque, et toujours, il y en a dans la liste qui sont jugés moins dignes d'y être.
pourquoi est-ce si différent lorsque l'on remplace "liste de 2004" par "classiques", dénomination qui finalement renvoie d'une certaine manière elle aussi à une liste ?




ce débat autour de la "littérature jeunesse" ne découle-t-il pas principalement de la transformation imposée à l'Ecole ces dernières années ? n'est-ce pas juste le transfert vers l'école de ce que la société ne veut plus se donner les moyens d'assurer ?
l'Ecole idéale pour moi, serait bien différente.
la société idéale également.

dans les conditions actuelles (de la société et de l'école), dans le cadre des programmes imposés, dans le temps imparti pour les réaliser (sic, sic, sic), la littérature jeunesse, ça me parait loin d'être une horreur en soi, et je pense que bien employée, c'est même une jolie réponse utile.


bon, je suis hors-sujet, hein ? Oups


mais en tous cas, je lis vos interventions avec intérêt Smile


On va essayer de continuer. Là, je n'ai pas le temps, la réponse à vos réflexions plutôt riches est remise.

Mareuil
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Re: La littérature de jeunesse, c'est quoi ?

Message par fraisedesbois le Jeu 23 Fév - 14:43

Mufab a écrit:Mais je ne "déplace le problème" nulle part.

toi non fleurs2 mais moi un peu Wink

Quelle "autre chose" veut-on demander à des mômes de 8 ans qui savent tout juste lire ?
Je m'use à poser cette question depuis le départ. Et là j'avoue me lasser.
Quelle autre chose ? Hormis des extraits dont j'ai dit ce que je pensais, et je me sens un peu seule à le penser, c'est fou, je vais de surprise en surprise... ()


les textes du "manuel virtuel" te semblent tous illisibles par les élèves de primaire ?
j'ai un avis.. dont je sais les biais, c'est pourquoi je te demande le tien, à mon avis plus pertinent que le mien et ce, à plusieurs titres

un extrait est par essence un truc qui ne dira rien à un élève de primaire ?
argh ? je suis surprise, sans penser aux extraits du manuel virtuel en particulier, mais parce que dans l'absolu, extraire un poème ou une description, un dialogue, une lettre, un passage d'un classique -ou d'autre chose, aie ouillle, non pas la tête- ne me parait pas rédhibitoire en soi.
je vois bien ce qu'il peut y avoir de problématique, hein, je pense que choisir un extrait est un vrai travail.
mais dans la vraie vie, les histoires s'écrivent de petits morceaux qu'on assemble-découvre-construit peu à peu, pourquoi donc ne pourrait-on pas picorer un livre ?
c'est trop à la fois que de demander à un élève de se lancer pour lire un petit bout rattaché à rien ? (ça ne me paraitrait pas insensé que tu me répondes oui, si je transpose à la piscine, oui, mettre un enfant qui ne sait pas nager au milieu d'une piscine et lui demander de faire 2m ce n'est pas pareil que de le faire partir du bord)
en fait, je n'aurais jamais pensé que ça puisse être un souci Shocked

fraisedesbois
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