Claude Perdriel : "Encourager dans les collèges une filière technique et industrielle à partir de la seconde".

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Claude Perdriel : "Encourager dans les collèges une filière technique et industrielle à partir de la seconde".

Message par John le Sam 10 Mar 2012 - 2:36

Claude Perdriel a publié cet article dans le Nouvel Observateur du 26 janvier 2012.
Claude Perdriel, né le 25 octobre 1926, est le propriétaire des groupes SETMA, SFA (fabriquant de sanibroyeur) et Aquasistance, et un dirigeant de journaux français, à la tête - notamment - du groupe Perdriel (Le Nouvel Observateur, Sciences et Avenir, Challenges, Rue89 et, dans les années 1970-1980, le quotidien Le Matin de Paris).

Industrie : l'erreur des patrons
PAR CLAUDE PERDRIEL
(Article dans le Nouvel Observateur du 26 janvier 2012)

Et si le patronat se trompait de combat ? L’excès des charges et le haut niveau des salaires expliqueraient à ses yeux le manque de compétitivité de l'économie française.
Il faut le dire franchement : rien n'est plus faux. Dans nos économies développées, sur un marché mondial où les pays émergents exercent une concurrence féroce, c'est la matière grise, le talent des ingénieurs, la compétence des salariés qui nous permettront de sauver notre industrie.
Comme dans tous les pays riches, la société française se divise en trois parties : les créateurs de richesse, concepteurs, entrepreneurs, constructeurs professionnels de haut niveau, courtisés et bien payes.
Puis ceux qui leur apportent le support technique dont ils ont besoin, cadres moyens, contremaîtres et ouvriers spécialisés, indispensables donc protégés et plutôt bien rémunérés. Enfin le dernier tiers, hélas nombreux, peu ou pas formé soumis au smic et au chômage. Laissés de côté par le progrès, et victimes d'une Education nationale défaillante, ils ont impérativement besoin d’aide pour pouvoir vivre, consommer et conserver une chance de sortir de leur situation déprimante.
L’industrialisation dépend des deux premières catégories de salariés.
Si l’on tient compte de cette analyse, le principal est évidemment d’augmenter leur nombre et leur part relative dans la production. La baisse des charges pour les salaires les plus bas n'est pas le facteur déterminant. Elle facilitera I’ existence des entreprises de main-d’œuvre qui – espérons-le - embaucheront. Mais elle redressera très peu notre balance des paiements. De plus, les salaires chinois, que l’on prétend concurrencer, augmentent d'au moins 15% par an, beaucoup plus cette année si l’on tient compte aussi de la montée inexorable du yuan et de la baisse encourageante de I’ euro. A terme, le danger diminue. Prenons un exemple : un robot moderne, amorti sur cinq ans, coûte de 150 euros à 200 euros par mois, soit deux fois moins qu'un bon ouvrier chinois. Or une entreprise énorme comme Foxconn à Shenzhen prévoit de s’équiper de milliers de robots. Dans ce cas, où est I’ avantage compétitif des Chinois ? Cela prouve bien que la solution ne repose que peu sur le niveau des salaires.
La relance de l'industrie, en fait, dépend des PME de moins de 1000 salariés en leur donnant les moyens d'innover et de se développer. Ce sont elles qu’il faut aider. En recherche appliquée d'abord. Les cinq milliards que l’on dépense aujourd'hui vont en priorité aux grandes entreprises. Il faut aussi créer des centres d’aide techniques par bassin d’emploi, destinés à ces PME. Et prévoir des aides fiscales qui contribueront au financement des machines-outils et des robots sans lesquels il n'y a pas de hausses de productivité.

Il faut ensuite jouer l'exportation. Aucune PME ne pourra vivre et se développer sur le seul marché national. Un organisme spécialisé comme Ubifrance peut apporter, à peu de frais, un soutien décisif à l’étranger : antenne locale, aide juridique, rencontres commerciales, recherche de partenaires et de clients. Encore faut-il lui en donner les moyens. Mais retrouver notre place dans le commerce international demande une politique ambitieuse à plus long terme.

Chaque nouvel emploi industriel génère plusieurs emplois supplémentaires. Commerciaux, assureurs, avocats, ouvriers, hommes de marketing ne seront utiles que dans la mesure où il y aura d'abord eu un produit innovant, correspondant aux désirs des consommateurs. Autrement dit la majorité des salariés sont dépendants du travail des ingénieurs et des concepteurs, regroupés en bureaux d'étude et de recherche appliquée. Ce sont eux qui imaginent, puis réalisent concrètement le produit qui va être commercialisé dans le monde. Or ils manquent cruellement.
Les écoles correspondantes ont du mal à faire le plein de candidats, parce que l’image de l’industrie est aujourd'hui dévalorisée. Il devrait être facile, avec un peu de communication intelligente, de changer cet état de fait et de donner aux élèves et étudiants l'envie de choisir cette voie. D'encourager dans les collèges, par exemple, une filière technique et industrielle à partir de la seconde, concentrée sur les matières indispensables : français, mécanique, physique, anglais. De multiplier les écoles de tout niveau qui proposent des emplois à la sortie, en les finançant pour qu'elles puissent réduire ou supprimer leurs droits de scolarité trop souvent prohibitifs. De créer au sein de l'université une vraie passerelle vers ces formations de bon niveau.
Pour y arriver le plus important peut-être, c'est de cesser de taire croire que réussir dans la production impose d’être bon en maths. Combien d'adolescents sont découragés et vivent comme un handicap social la sélection par les mathématiques, aussi bien au lycée que dans les classes préparatoires (l’absurde, c'est que c'est vrai aussi pour les médecins. . .) ? A 15 ans, l'univers concret de la mécanique, des matières premières, de la chimie ou de la physique peut être passionnant et bien plus attirant pour un jeune que celui abstrait de l'analyse factorielle !
Syndicalistes et enseignants sont conscients de ce que notre système d’éducation débouche sur un chômage inacceptable, d'une injustice absolue et qui au fond menace les fondements de notre société. Alors n'attendons pas. Des centaines de milliers de jeunes qui sont la France de demain sont prêts, avec un peu de soutien et de pédagogie, à retrouver l'espoir, l'enthousiasme et le bonheur dans le travail.

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Re: Claude Perdriel : "Encourager dans les collèges une filière technique et industrielle à partir de la seconde".

Message par frankenstein le Sam 10 Mar 2012 - 2:53

C'est le genre d'article qui mêle bien-pensance, approximation et supercherie...
Syndicalistes et enseignants sont conscients de ce que notre système d’éducation débouche sur un chômage inacceptable, d'une injustice absolue et qui au fond menace les fondements de notre société. Alors n'attendons pas. Des centaines de milliers de jeunes qui sont la France de demain sont prêts, avec un peu de soutien et de pédagogie, à retrouver l'espoir, l'enthousiasme et le bonheur dans le travail.
. Une mauvaise "machine à penser". Laughing

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Re: Claude Perdriel : "Encourager dans les collèges une filière technique et industrielle à partir de la seconde".

Message par Cath le Sam 10 Mar 2012 - 10:01

Sans, déc', il vient d'inventer le lycée pro, là, je rêve!

Cath
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