Silbermann en 3ème

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Silbermann en 3ème

Message par Déa le Mer 07 Jan 2009, 13:54

Je ne connais pas plus que ça Lacretelle et je me demandais si l'on pouvait faire lire le roman Silbermann dans le prolongement d'une séquence sur l'autobiographie? Est-ce d'inspiration autobiographique? heu
Merci pour vos lumières!

Déa
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Re: Silbermann en 3ème

Message par helbell le Mer 07 Jan 2009, 15:34

Je le déconseille vraiment. C'est d'inspiration autobiographique, je crois, mais dans mon souvenir, il y a plusieurs passages douteux sur la "race juive" et autres considérations à la Gobineau, qui en font une lecture à mon avis peu recommandable pour de jeunes esprits. Je trouve en plus que cela a vraiment mal vieilli : le style, les personnages, la peinture des lycéens de la bourgeoisie parisienne... L'Ami retrouvé est bien plus réussi dans le genre, et rencontre toujours un certain succès auprès des élèves.

helbell
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Re: Silbermann en 3ème

Message par Déa le Mer 07 Jan 2009, 16:04

Oui, tu as raison je partage aussi cet avis concernant les propos sur les théories de Gobineau... J'hésitais d'ailleurs encore à le donner aux élèves mais comme je puise dans les séries disponibles au collège...

Déa
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Re: Silbermann en 3ème

Message par surfeuse le Dim 13 Avr 2014, 11:24

Bonjour,
Bien que ce topic soit déjà ancien, je suppose que certains d'entre vous se posent toujours la question.
J'étudie, en cette fin d'année, ce roman très court à la première personne, mais pour une classe de 1ère. Je vous livre brièvement les raisons de mon choix pour ce niveau :
- Effectivement la facture classique très soignée, le niveau de langue très élégant et même le contenu peuvent sembler désuets et rebuter certains élèves. Cependant bon nombre de thèmes abordés me semblent propices à susciter l'intérêt : l'amitié, la révolte d'un adolescent épris d'absolu contre les préjugés et l'hypocrisie de son milieu familial et social et, bien évidemment l'antisémitisme, toujours sujet à discussion dans notre triste actualité...
- La question de la dimension autobiographique ne me paraît pas primordiale. Certes, comme beaucoup de romanciers, l'auteur a situé le cadre spatio-temporel dans une époque et des milieux qui lui étaient familiers. Il a assisté à des cènes de violence dans le contexte de l'affaire Dreyfus, des ligues racistes et de la séparation de 1905. Mais il a déclaré aussi avoir construit son personnage à partir de plusieurs camarades de classe et avoir imaginé bon nombre de péripéties. Il faut donc mettre en garde les élèves tentés d'assimiler l'auteur et le narrateur. Ce dernier (dont on ignore le prénom) est d'ailleurs, en dépit du titre, le personnage principal de ce récit qui, bien plus qu'autobiographique peut être classé dans les romans d'éducation : c'est son évolution, depuis la vénération jusqu'à sa trahison finale, qu'il me semble passionnant d'étudier dans le cadre de l'objet d'étude "le roman et ses personnages".
- L'étude du personnage de Silbermann est très intéressante aussi. C'est un martyr, que le narrateur s'est donné pour "mission" de défendre envers et contre tous et qui suscite la compassion du lecteur. Force est de constater, cependant, qu'il n'est pas décrit comme un garçon sympathique : s'il est en butte à l'hostilité générale, ce n'est peut-être pas uniquement parce qu'il est Juif mais en raison de l'exhibition arrogante de sa supériorité intellectuelle et de son mépris affiché pour la médiocrité. Lui-même parle de la supériorité de sa "race" (rappelons toutefois que le roman a été publié en 1922...). Bref, la présentation plutôt ambiguë du personnage a permis à l'auteur d'échapper au manichéisme mais elle a pu susciter aussi bien des réactions très contrastées :
André Spire (1868-1966 - écrivain et poète français, militant sioniste), a salué en Jacques de Lacretelle "le romancier plein de talent qui eut le courage de prendre la défense de la jeunesse juive persécutée, dans les lycées français d'avant-guerre, par le jeunesse nationaliste ou royaliste".
Au contraire, Léon Poliakov (1910 1997) historien français dont les travaux ont largement porté l'antisémitisme) n'a pas hésité à ranger Lacretelle parmi les "grands artistes qui témoignèrent d'un antisémitisme virulent, encore que subreptice".
Patrick Cabanel (historien né en 1961), quant à lui, écrit : "Silbermann charrie bien des poncifs antisémites, mais l'amitié dont il raconte l'histoire, la fière revendication de son judaïsme par le héros, l'atmosphère désenchantée qui baigne les dernières pages font aussi de l'ouvrage un texte philosémite dont la littérature française offre peu d'exemples".
- C'est sans doute en raison de ces réactions opposées mais toujours virulentes (et, à mon avis, intéressantes) que le très bon téléfilm de Pierre CARDINAL n'a été diffusé qu'une seule fois, en 1971... La critique de TELERAMA soulignait ainsi qu'elle n'était pas sûre que les racistes ne trouvent pas dans ce téléfilm de quoi alimenter leur haine. L'HUMANITE était plus sévère et voyait dans le téléfilm " plus encore qu'une mauvaise émission, une mauvaise action". A l'inverse, pour le critique du FIGARO, c'était " un vrai bonheur de s'apercevoir que la télévision peut redevenir intelligente".

Pour toutes ces raisons, je déconseillerais l'étude de ce roman dans une classe de Troisième ou encore dans un établissement "sensible" où, par exemple, l'étude de la Shoah, en histoire, suscite des propos difficiles à entendre et nécessitant des explications et une attitude pédagogique très ferme...

En revanche, je n'hésite pas à le proposer en classe de Première. C'est la première fois, on verra bien. A suivre ?



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"L'école est faite pour libérer les enfants de l'amour de leurs parents. C'est une machine de guerre contre la famille "
" Je ne promettrai donc pas le plaisir, mais je donnerai comme fin la difficulté vaincue." (Alain).

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Re: Silbermann en 3ème

Message par surfeuse le Dim 13 Avr 2014, 11:29

PS : Embarassed Oups ! la faute ! lire "scène" au lieu de "cène", évidemment (lapsus ?) Shocked Smile   

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