Une anecdote croustillante pour se faire plaisir mais de la culture !

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Une anecdote croustillante pour se faire plaisir mais de la culture !

Message par Circé le Jeu 7 Juin - 23:34

Voilà un petit article publié dans Le Point ce jour par Frédéric Lewino et Gwendoline Dos Santos

LES TRIBULATIONS DU JEUNE LOUIS XV

Se fatiguant d'une reine accouchant au rythme d'une poule pondeuse, le Bien-Aimé se jette dans les bras des quatre soeurs Mailly.

Elle est moche, mais elle a un culot monstre. Elle a "une taille hommasse", des traits durs, mais son esprit est spirituel. Pauline-Félicité de Mailly-Nesle veut absolument devenir la favorite de Louis XV et elle le deviendra après avoir délogé du lit royal sa soeur aînée, Louise-Julie, comtesse de Mailly. Comme quoi, mesdames, même sans grâce ni beauté il est possible de gagner le coeur d'un homme, fût-il le plus courtisé du royaume. Le plus beau dans cette histoire, c'est qu'elles seront quatre soeurs Mailly à se succéder entre les bras du roi. Seule la cinquième fille de Louis III de Mailly-Nesle, prince d'Orange, décline ce grand honneur.

C'est Louise-Julie, l'aînée, mariée à son cousin le comte de Mailly-Rubempré, qui prend le premier relais en 1733. Elle a alors 23 ans, tout comme le roi, qui n'est pas encore le vieux bouc qui s'enfile toutes les poulettes passant à sa portée. Louis XV est alors un tendre jeune homme, craintif et timide, un peu mou du genou et du reste.... Depuis huit ans, il est marié à Marie Leszczynska, plus âgée de sept ans. Au début, c'était l'amour fou entre eux deux. Et la Polonaise ne chôme pas : elle lui donne dix gosses en dix ans ! Il faut faut dire qu'elle avait été "engagée" pour ça. Mais, au bout d'un certain temps, Louis se fatigue de sa poule pondeuse et entame donc une liaison secrète avec Louise-Julie, pas très jolie, mais enjouée et amoureuse.

En 1736-1737, la jeune comtesse de Mailly décroche enfin le statut de favorite officielle. La jeune femme aime sincèrement son petit Louis, ce ne sont ni les honneurs ni le pouvoir qui l'intéressent. En 1739, Louise-Julie cède aux demandes répétées de sa jeune soeur Pauline-Félicité, de deux ans sa cadette, de la sortir de son couvent pour la présenter à la cour. La favorite pense n'avoir rien à craindre de cette grande perche à l'allure masculine. Le 8 juin 1739, Pauline est donc présentée officiellement à la cour.


À la sortie du couvent
Louise-Julie ne se doute pas qu'elle vient de se tirer une balle dans le pied. Elle ignore la confidence de sa soeur à une amie : "J'irai à la cour auprès de ma soeur Mailly ; le roi me verra ; le roi me prendra en amitié, et je gouvernerai ma soeur, le roi, la France et l'Europe." L'ambitieuse petite garce ! Ne comptant pas sur sa beauté difficile, elle mise tout sur sa vivacité d'esprit, sur son inépuisable énergie.


Le roi est conquis. Pauline l'amuse, le fait sourire, lui redonne goût à la vie. Elle le change, en tout cas, de Mme de Mailly, qu'il avait appris "à regarder comme un écho". Un jour, le roi décide de se rendre à Compiègne. Louise-Julie demande qu'un appartement soit attribué à sa petite soeur. Mais la petite garce commence à montrer son vrai visage. Elle refuse l'offre de sa soeur en lui expliquant que "puisque le roi désirait qu'elle eût l'honneur de le suivre, il aurait la bonté de pourvoir à son logement". Au lieu de l'agacer, ce caprice amuse Louis XV. Voilà qui le change de la soumission obséquieuse de son entourage. Bientôt, il ne peut plus se passer de la présence si rafraîchissante de Pauline-Félicité, même si "elle avait la figure d'un grenadier, le col d'une grue, une odeur de singe", comme l'écrit sa soeur cadette, Mme de Flavacourt.

Insuffler un peu de fierté nationale


Un beau jour, le roi avoue à Mme de Mailly "aimer sa soeur autant qu'elle". Comme il ne serait pas séant que Pauline-Félicité de Nesle restât plus longtemps célibataire à la cour, le roi se charge de lui trouver un mari complaisant en la personne de M. de Vintimille, petit-neveu de l'archevêque de Paris. Le mariage a lieu le 27 septembre 1739. Louis XV a-t-il remplacé le marié dans le lit de noce, comme l'écrit un certains Soulavie ? C'est peu probable. En tout cas, la passion du roi ne fait que grimper. Le coeur lourd, Mme de Mailly assiste à ce kidnapping en silence. Elle préfère souffrir les pires avanies que de quitter la cour et de perdre définitivement l'homme qu'elle aime. Elle consent donc au partage.


Peu à peu, la nouvelle Mme de Vintimille prend un total ascendant sur Louis XV. Si quelqu'un désire une faveur du roi, une charge, il faut passer par elle. Elle se mêle de politique et de la nomination de ministres. Elle pousse à la guerre contre l'Autriche, tentant d'insuffler un peu de fierté nationale à ce grand mou de Louis XV. Cela, c'est positif : la jeune femme tente d'intéresser le roi à son boulot, c'est-à-dire au gouvernement de la France, ce dont il se fiche royalement, se reposant totalement sur le cardinal de Fleury. Elle lui donne des cours accélérés de gestion, en commençant par lui apprendre à gérer des dépenses personnelles. Elle lui fait renvoyer un domestique qui lui vole son vin de Champagne. Le roi se prête au jeu. Mme de Vintimille ne rêve que de faire virer le vieux cardinal de Fleury du gouvernement de la France pour le remplacer par de jeunes ministres capables. Mais, rusée comme un singe, elle avance à pas de loup.

Jouer avec le cadavre


Naturellement, elle tombe enceinte du roi. Sa grossesse est laborieuse, douloureuse. Lors d'un séjour à Choisy en mai 1741, elle tombe malade, il faut la saigner. En août, alors qu'elle entre dans son huitième mois de grossesse, la fièvre la saisit. Sa santé se dégrade, elle souffre. Mais elle se tait devant le roi, refuse de répondre à ses questions quand il s'inquiète. Elle fait la gueule. Il s'en émeut : "Je sais bien, madame la comtesse, le remède qu'il faudrait employer pour vous guérir ce serait de vous couper la tête ; cela ne vous siérait pas mal, car vous avez le col assez long ; on vous ôterait tout votre sang et l'on mettrait à la place du sang d'agneau, et cela ferait fort bien, car vous êtes aigre et méchante." Le 24 août, elle regagne Versailles en voiture. Le vendredi 1er septembre, dans la nuit, elle accouche en présence du roi qui reçoit l'enfant. C'est son onzième. Mais la fièvre ne veut pas quitter la jeune accouchée. Sa soeur et le roi se relaient à son chevet. Le 8 septembre, les médecins, qui ne savent faire que cela, la saignent à nouveau. D'atroces douleurs la prennent. Elle hurle, des convulsions la saisissent. C'est horrible. À 7 heures du matin, elle est morte. La cour défile dans sa chambre où elle gît nue sur son lit, figée dans la douleur.


Le roi, désespéré par cette mort, demande qu'on fasse un portrait et un buste de sa maîtresse. Pour mouler son visage, il faut que deux hommes s'arc-boutent pour lui fermer la bouche. Des domestiques emportent son cadavre, qui est jeté dans le coin d'une remise. Pendant qu'ils vont boire un coup, des curieux s'approchent de celle qui "régna" sur la France pour jouer avec son cadavre, et même lui jeter des pétards, écrit le maréchal de Richelieu. Cruel destin pour cette femme à qui les Goncourt rendront hommage par la suite : "De ce roi, enfant des pieds à la tête, et qui ne s'amuse à trente ans que des choses de l'enfance, elle cherche à faire un souverain, s'efforce d'emporter aux grandes choses cet esprit tout tourné vers les petites."

La Grosse réjouie



Après la mort de sa soeur, Mme de Mailly se rapproche du roi qui traverse une petite dépression. Le couple se rabiboche. Mais, après quelques mois, Louis XV est à nouveau las de sa vieille favorite. Il lui faut du sang neuf. Pour tenter d'asseoir son emprise sur lui, le maréchal de Richelieu lui pousse une beauté dans les bras. Incroyable ! Il s'agit de la troisième soeur Mailly, Marie-Anne, mariée au marquis de La Tournelle. Elle fait son apparition à la cour cinq mois après la mort de sa soeur, pour le bal masqué du mardi gras de 1742. Elle est habillée en Chinoise. Grâce à sa grande soeur, Mme de Maillly, qui, décidément, est toujours aussi naïve, elle entre au service de la reine. Aussitôt en place, elle s'empare du coeur du roi, par orgueil dit-on, et fait chasser sa grande soeur de la cour.


Mme de La Tournelle devient la maîtresse en titre en décembre 1742. Pour s'attacher son royal amant, elle le fait tourner en bourrique, se moquant de lui, et même lui refusant sa porte ! Il court, il court... C'est alors qu'elle décide faire venir auprès d'elle sa petite soeur, Diane-Adélaïde, qui lui sert de confidente. Celle-ci est petite, grasse et laide, mais son tempérament joyeux et mutin la font apprécier du roi. On l'appelle la Grosse réjouie. Le duc de Luynes la décrit ainsi : "Beaucoup de paresse, un bon fauteuil, et se réjouir aux dépens de ses pareils." Sa soeur lui arrange un mariage avec le duc de Lauraguais. Elle dira de lui : "Mon mari m'a tellement trompée que je ne suis même pas sûre d'être la mère de mes propres enfants." En attendant, elle ne se gêne pas non plus, profitant que sa soeur a le dos tourné pour se glisser dans le lit du roi. La duchesse de Châteauroux (le nouveau titre de Marie-Anne) n'est pas dupe, mais elle fait semblant de rien. Elle se contente de redoubler d'agaceries envers Louis XV, pour mieux l'exciter et le tenir. Ce ménage à trois finit par faire scandale à la cour, dont Diane-Adélaïde est chassée dès 1742.

Grand chelem


Retrouvant son Louis chéri pour elle toute seule, Marie-Anne tente elle aussi de lui donner goût au métier de roi. Elle le persuade de partir en guerre contre l'Autriche et d'aller jouer les guerriers sur les champs de bataille. Seulement, le 8 août 1744, le roi tombe malade à Metz, on le croit à l'article de la mort. Pressé par les curés, il promet de renoncer à sa maîtresse et de faire construire une église (le futur Panthéon) si Dieu lui prête vie. Sans doute bien luné ce jour-là, le Seigneur l'épargne. Remis sur pied, le roi voue aux enfers les curés qui lui ont extorqué la promesse de s'amender. Il rappelle la duchesse de Châteauroux auprès de lui. Sans doute mal luné ce jour-là, Dieu décide de le châtier, rappelant auprès de lui sa favorite. Bref, après seulement deux semaines de retrouvailles, Marie-Anne tombe gravement malade, puis meurt dans d'atroces souffrances le 8 décembre 1744, à l'âge de 27 ans. Empoisonnement ? Péritonite ? Nul ne le sait.


Reste la cinquième soeur Mailly, Hortense-Félicité - la plus belle des cinq. Ce serait trop bête de rater le grand chelem. Louis XV l'a repérée depuis longtemps. Et il aurait depuis longtemps effectué un strike amoureux si son imbécile d'époux, le marquis de Flavacourt, n'avait pas été fort amoureux d'elle. Ce qui est d'un mauvais goût extrême à une époque où les mariages sont surtout de convenance. Mais voilà, le vilain petit marquis menace de tuer sa femme si elle "devient "*** du roi" comme ses soeurs. Louis XV devra "pécho" ailleurs. Et Dieu sait s'il ne s'en privera pas.

Strauss-Kahn doit avoir du sang bleu !! Very Happy Euh, ça c'est pas dans l'article ! lol!



Dernière édition par Circé le Ven 8 Juin - 8:22, édité 2 fois

Circé
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Re: Une anecdote croustillante pour se faire plaisir mais de la culture !

Message par Circé le Jeu 7 Juin - 23:35

J'aime bien le style !! Razz

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Re: Une anecdote croustillante pour se faire plaisir mais de la culture !

Message par labaroline le Ven 8 Juin - 7:51

Très drôle ! En fait, ça n'est pas la plus jeune, l'Hortense-Félicité, qui s'est refusé au Roi... Et si son mari n'avait pas donné un avis très appuyé...

labaroline
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