[Littérature de jeunesse] Entretien avec Bertrand Ferrier - I

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

[Littérature de jeunesse] Entretien avec Bertrand Ferrier - I

Message par John le 9/8/2008, 1:38 pm

"J'ai le sentiment que nous ne sommes pas réductibles à une seule identité."


Bertrand Ferrier est un chercheur spécialisé en littérature pour la jeunesse. La thèse qu'il a soutenue à l'Unviersité de Paris IV porte sur le concept de littérarité à l'épreuve des livres pour la jeunesse francophones, anglophones et hispanophones (1995-2005), à la Sorbonne (Paris-IV).

Il a reçu en 1997 le Prix Le Monde du jeune écrivain pour Le Carnaval des Otaries. Il est également co-auteur d'une célèbre trilogie, Le Cycle d'Ézoah (Intervista), dont les droits ont été achetés par Luc Besson. Novélisateur, il a transformé en livres plusieurs films (Oliver Twist de Roman Polanski, Deux frères de Jean-Jacques Annaud...), dessins animés (Lucky Luke), bandes dessinées (Petit Spirou) et « univers » (Pocahontas, Chicken Little, Rox et Rouky, Bernard et Bianca...).

On lui doit également les traductions des best-sellers Eragon, Chroniques des temps obscurs, et [/i]Les Chroniques de Spiderwick[/i]. Il est aujourd'hui responsable du Master 2 professionnel de Littérature pour la Jeunesse de l'Université du Maine.


Voici les réponses qu'il a eu l'amabilité de nous envoyer, suite à un questionnaire que nous lui avons fait parvenir en août 2008 :


1) Bertrand Ferrier, vous avez écrit de nombreux ouvrages pour la jeunesse. En outre, vous êtes maître de conférences associé, musicien et traducteur. Ces différentes activités influencent-elles votre écriture ?
B. Ferrier : Oui, elles l’influencent à plusieurs titres. Par exemple, en tant que traducteur, je me frotte à des raconteurs d’histoire très différents, ce qui m’apprend beaucoup sur l’art et la pratique de la narration. En tant que maître de conférences associé, c’est-à-dire en tant qu’enseignant-chercheur et en tant que professionnel (c’est la particularité de ce statut), je suis amené à associer le monde la recherche intellectuelle, tant décrié, avec celui des entreprises que constituent les éditions pour la jeunesse – et ce rapprochement me paraît particulièrement fécond pour rendre raison à la fois du fonctionnement de la littérature et de celui de l’industrie culturelle : ce sera l’objet de La Littérature pour la jeunesse : mythes et limites, à paraître en janvier 2009 aux Presses Universitaires de Rennes. En tant que musicien pratiquant et auditeur boulimique, je me sers de la musique avant toute chose dans mes histoires, comme matériau explicite ou implicite, et, parfois, comme modèle rythmique ; et puis, quand je mets en scène un personnage musicien, je pense écrire moins d’âneries sur le sujet que ce qui nous est parfois donné à lire. Mais, au-delà de ces exemples, la plus grosse influence de ces différentes pratiques dépasse l’écriture. C’est le sentiment que j’en tire, à savoir que les gens, c’est-à-dire nous, ne sont pas réductibles à une identité. En bon claustrophobe, je déteste être enfermé, même dans une fonction. Le fait de pratiquer professionnellement différentes activités me permet de respirer et de m’ouvrir à d’autres manières de penser, d’autres réflexes, d’autres habitudes… et d’autres émotions (admiration, rires, colère, etc.), moteurs indispensables de la vie donc de l’écriture. Enfin, la plus grande influence reste sans doute la liberté d’écriture que cela me procure : ne tirant pas l’intégralité de mes revenus de la publication, j’ai sans doute un statut moins valorisant que les écrivains à plein temps, mais je me réserve ainsi la possibilité de ne publier que ce que je veux. Par exemple, si un éditeur, après avoir accepté mon nouveau roman, l’avoir mis en page, corrigé, après avoir fait illustrer la couverture, après avoir « vendu » le texte aux représentants, après le leur avoir distribué, s’aperçoit au dernier moment qu’il y a des gros mots dedans et donc qu’il ne le publiera que si je les enlève (sinon les profs, ces prudes imbéciles [Ndlr : c'est ironique...], comme nous le savons tous, feraient un scandale), je peux décider de ne pas acquitter la rançon de la gloire et remettre mon chef-d’œuvre dare-dare dans ma guitare, quitte à m’asseoir douloureusement sur mes droits d’auteur… C’est à la fois une tristesse et un luxe qui traduisent l’influence de mes différentes activités sur l’écriture.

2) Qu'est-ce qui motive votre intérêt pour la traduction et l’écriture d’œuvres spécialement destinées aux jeunes lecteurs ?
B. Ferrier : Les jeunes lecteurs, pardi, même si c’est un peu plus complexe que cela… En réalité, j’aime le jeu intellectuel et pratique que l’édition pour la jeunesse impose. Dans la théorie, il s’agit de prendre des lecteurs d’un certain âge, avec des limites qu’on leur suppose, et de leur proposer un texte qui mette à profit leurs compétences pour susciter du plaisir (personnellement, je déteste l’idée que les fictions pour la jeunesse doivent apprendre quelque chose aux jeunes, une donnée historique, une vision sociale, une règle morale : ce ne sont pas des manuels !). Dans la pratique, ces lecteurs n’existent pas, et, avant de toucher ceux qui s’approchent le plus de leur définition, il faut passer des barrières innombrables qui inventent chacun autant de jeunes lecteurs : les éditeurs (qui sont à la fois des commerçants et, souvent, des parents), les représentants qui vont vendre le livre dont ils ont une certaine lecture, les prescripteurs (libraires, profs, bibliothécaires parents)… Chacun réagit en fonction de son rôle social et de l’image qu’il se fait du lecteur final. C’est très compliqué, donc très excitant… surtout quand on est en forme et qu’on a la chance de travailler avec des gens que l’on apprécie voire que l’on admire. Ce n’est pas toujours le cas, bien sûr ; mais tant mieux, peut-être, car, comme le faisait remarquer Ricet Barrier en racontant l’histoire d’un type qui aime une femme qui ne l’aime pas, « c’est une chance, sinon y aurait pas d’histoire ». Franchement, vous imaginez un monde merveilleux, où, en permanence, tout le monde se trouverait génial et s’entendrait bien ? Quel cauchemar ! Remarquez, l’inverse est aussi vrai…

La suite de l'entretien est disponible ici :
http://www.neoprofs.org/entretiens-f2/entretien-avec-bertrand-ferrier-litterature-jeunesse-ii-t488.htm

_________________
Quis adjuvat ipsos adjutores ?
"Quand on reconnaît une liberté, il faut en faire un droit." (F. de Closets)
En achetant vos livres, cd et dvd à ce lien, vous nous aidez, sans frais, à gérer le forum. Merci !

John
Admin


Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum