point de vue dans une nouvelle de Sternberg

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point de vue dans une nouvelle de Sternberg

Message par bucoliques le Sam 28 Juil 2012 - 12:12

Bonjour,
qui pourrait me dire quel est le ou les point(s) de vue utilisés dans la nouvelle de Sternberg qui met en scène un personnage fasciné par la publicité (histoires à dormir sans vous) car j'ai quelques doutes.
Merci

bucoliques
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Re: point de vue dans une nouvelle de Sternberg

Message par Jaenelle le Dim 29 Juil 2012 - 0:03

Une petite remarque : ton message a été lu pas mal de fois mais pas de réponse. C'est peut-être qu'on ne connaît pas cette nouvelle (c'est mon cas du moins).
Ne le prends pas mal, bucoliques, ceci s'adresse à tout le monde : pour les demandes de ce genre, il serait utile de mettre un lien vers le texte, s'il existe. Dans ce cas, pas de problème pour répondre.
Si un modérateur trouve que j'outre-passe mon rôle, il peut bien sûr effacer mon message.

Jaenelle
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Re: point de vue dans une nouvelle de Sternberg

Message par Serge le Dim 29 Juil 2012 - 0:05

Ton conseil me semble au contraire très judicieux. Je ne connais pas cette nouvellenon plus d'ailleurs.

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Re: point de vue dans une nouvelle de Sternberg

Message par bucoliques le Dim 29 Juil 2012 - 9:35

voici le texte de la nouvelle :

Il avait toujours été fasciné par la publicité à la télévision. Il n'en manquait jamais aucune, les jugeait pleines d'humour, d'invention, et même les films l'intéressaient moins que les coupures publicitaires dont ils étaient lardés. Et pourtant la pub ne le poussait guère à la consommation effrénée, loin de là. Sans être avare, ni particulièrement économe, il n'associait pas du tout la publicité à la notion d'achat.
Jusqu'au jour où il abandonna son apathie d'avaleur d'images pour prendre quelque recul et constater que la plupart des pubs ménagères, alimentaires, vacancières ou banalement utilitaires étaient toutes, d'une façon ou d'une autre, fondées sur la notion du plus, de la réussite à tous les niveaux, de la santé à toute épreuve, de l'hygiène à tout prix, de la force et de la beauté obtenues en un seul claquement de doigt.
Or, il avait toujours vécu avec la conscience d'être un homme fort peu remarquable, ni bien séduisant ni tellement laid, de taille moyenne, pas très bien bâti, plutôt fragile, pas spécialement attiré par les femmes et fort peu attirant aux yeux de ces mêmes femmes. Bref, il se sentait dans la peau d'un homme comme tant d'autres, anonyme, insignifiant, impersonnel.
Il en avait souffert parfois, il s'y était fait à la longue. Jusqu'au jour où, brusquement, toutes les publicités engrangées lui explosèrent dans la tête pour se concentrer en un seul flash aveuglant, converger vers une volonté bouleversante qui pouvait se résumer en quelques mots : il fallait que ça change, qu'il devienne une bête de consommation pour s'affirmer un autre, un plus, un must, un extrême, un miracle des mirages publicitaires.
Il consacra toute son énergie et tout son argent à atteindre ce but: se dépasser lui-même. Parvenir au stade suprême: celui d'homme de son temps, de mâle, de héros de tous les jours, tous terrains, toutes voiles dehors.
C'est sur le rasoir Gillette qu'il compta pour décrocher la perfection au masculin et s'imposer comme le meilleur de tous en tout dès le matin. La joie de vivre, il l'ingurgita en quelques minutes grâce à deux tasses de Nescafé. Après s'être rasé, il s'imbiba de Savane, l'eau de toilette aux effluves sauvages qui devaient attirer toutes les femmes, à l'exception des laiderons, évidemment. Et pour mettre encore plus d'atouts dans son jeu, en sortant de son bain, il s'aspergea de City, le parfum de la réussite. Sans oublier d'avaler son verre d'eau d'Évian, la seule qui devait le mener aux sources pures de la santé. Il croqua ensuite une tablette de Nestlé, plus fort en chocolat, ce qui ne pouvait que le rendre plus fort dans la vie. Puis il décapsula son Danone se délectant de ce yaourt spermatique, symbole visuel de la virilité. Et termina par quelques gorgées de Contrex, légendaire contrat du bonheur.
Il eut la prudence de mettre un caleçon Dim, celui du mâle heureux. Sa chemise avait été lavée par Ariel qui assurait une propreté insoutenable repérable à cent mètres. Il rangea ses maigres fesses dans un Levi's pour mieux les rendre fascinantes à chaque mouvement. Il enfila ses Nike à coussins d'air, avec la conscience de gagner du ressort pour toute la journée. Son blouson Adidas lui donna un supplément d'aisance, celle des jeunes cadres qui vivaient entre jogging et marketing.
Avant de sortir pour aller au bureau, il vida une bouteille de Coca-Cola pour sentir lui couler dans les veines la sensation Coke, il croqua ensuite une bouchée Lion qui le fit rugir de bonheur et le gorgea d'une bestiale volonté de défier le monde de tous ses crocs. Il ne lui restait plus qu'à poser sur son nez ses verres solaires Vuarnet, les lunettes du champion, et d'allumer une Marlboro, la cigarette de l'aventurier toujours sûr de lui, que ce soit dans la savane ou sur le périphérique.
Lesté, des yeux aux pieds, de tous ces ingrédients de choc, il aborda sa journée de morne travail aux assurances en enlevant avec brio quelques affaires en suspens depuis des semaines et constata que plusieurs employées se retournaient sur son passage dans les corridors, sans compter que l'une d'elles lui avait adressé quelques mots.
Il quitta le bureau au milieu de l'après-midi pour aller dans un pub voisin où il commanda un Canada Dry, le dégustant avec la mâle assurance du buveur de whisky certain de ne pas dévier dans l'ivresse. Et rien qu'en jetant un vague regard derrière lui, il repéra immédiatement une jeune femme qui lui parut digne de se donner à lui. Elle était très joliment faite, un peu timide sans doute, mais l'air pas trop farouche et fort mignonne. Pour un homme peu habitué à la drague, il avait eu du flair et le coup d'œil. Grâce à Pink, Floc, Crash, Zoung, Blom ou Scratch sans doute.
Sans hésiter, il l'invita à prendre un verre à sa table. Elle le regarda de haut en bas, eut presque l'air de le humer, accusa alors un léger mouvement de recul impressionné.
- M'asseoir à votre table? dit-elle d'une voix essoufflée. Je n'oserais jamais. Vous êtes vraiment trop pour moi.Il la rassura, l'enjôla, la cajola du regard, de la parole et, à peine une heure plus tard, il se retrouvait avec elle dans son petit appartement de célibataire. Il lui servit un Martini blanc, ne prit rien et lui demanda de l'excuser un instant après lui avoir délicatement effleuré les lèvres. Il ressentait le besoin de se raser de près.
Il entra dans sa minuscule salle de bains où la jeune femme, subjuguée, le suivit. Il s'aspergea de mousse à raser Williams surglobulée par l'anoline R4 diluée dans du menthol vitaminé, puis il prit son rasoir Gillette et vit sa compagne se décomposer.
- Non, balbutia-t-elle, oh ! non! Moi qui croyais que vous seriez mon idéal.. .Mon rêve de perfection masculine...Mais ce n'est pas avec Contour Gillette que vous vous rasez, c'est avec Gillette G.II... Rien ne sera jamais possible...
Il n'eut même pas le temps de la rattraper, déjà elle avait ouvert et refermé la porte derrière elle.

bucoliques
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Re: point de vue dans une nouvelle de Sternberg

Message par Jaenelle le Dim 29 Juil 2012 - 14:00

J'adore l'ironie de ce récit.
Pour moi, l'ensemble de la nouvelle est écrit selon le point de vue interne : tout est vu et vécu à travers ce "il" (dont, justement, on ne connaît pas le prénom).
Par contre, ce serait bien de te présenter, comme le demande la nouvelle charte.

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Re: point de vue dans une nouvelle de Sternberg

Message par bucoliques le Dim 29 Juil 2012 - 15:46

Effectivement j'avais retenu le point de vue interne mais certains éléments tels que :
à l'exception des laiderons, évidemment.
ses maigres fesses
la cigarette de l'aventurier toujours sûr de lui, que ce soit dans la savane ou sur le périphérique.
me gênent quelque peu et du coup je doute ...

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Re: point de vue dans une nouvelle de Sternberg

Message par Serge le Dim 29 Juil 2012 - 22:07

Ce texte est extrait de quel recueil ?

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Re: point de vue dans une nouvelle de Sternberg

Message par Jaenelle le Lun 30 Juil 2012 - 23:08

Bucoliques, les éléments que tu donnes, je les interprête des pensées du personnage. Même si ce sont des interventions ironiques de l'auteur (et je ne me trompe pas de terme), ça ne change rien au fait que tout est vu à travers le regard d'un seul personnage, donc point de vue interne.

Serge, Bucoliques nomme le recueil dans son premier message : Histoires à dormir sans vous.

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Re: point de vue dans une nouvelle de Sternberg

Message par Serge le Lun 30 Juil 2012 - 23:43

J'avais mal lu, je croyais que c'était le titre de la nouvelle.
J'irais compulser le recueil chez mon libraire pour voir ce que ça vaut dans l'ensemble, il a fait pas mal de recueils de nouvelles :

"188 contes à régler" "Contes glacés" "les chefs d'oeuvres du crime" "les chefs d'oeuvre du rire" "les chefs d'oeuvre de l'épouvante" "Histoires à mourir de vous", etc.

Je viens de trouver des commentaires sur "Histoires à dormir sans vous", il semblerait que le recueil en question contiennent des nouvelles plus vulgaires.
Je vais regarder ses autres recueils.

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