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Robin
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Neoprof expérimenté

Philosophie : cours sur le Langage Empty Philosophie : cours sur le Langage

par Robin le Jeu 9 Aoû 2012 - 15:20
Définition :

Au sens large, le langage signifie tout système ou ensemble de signes permettant l'expression ou la communication ; en ce sens, on parle de "langage animal".

Le langage, au sens strict, est une institution universelle et spécifique de l'humanité.

Langage, langue, parole :

Le langage : faculté ou aptitude à constituer un système de signes.

La langue : instrument de communication propre à une communauté humaine.

La parole : acte individuel par lequel s'exerce la fonction linguistique (la parole est la dimension individuelle de la langue)

Le langage est-il le propre de l'homme ?


Selon Descartes, le langage témoigne d'une faculté de penser et de raisonner propre à l'homme. Si les animaux ne parlent pas, c'est faute de penser et non de moyens de communication :

" Car c'est une chose bien remarquable, qu'il n'y a point d'hommes si hébétés et si stupides, sans en excepter même les insensés, qu'ils ne soient capables d'arranger ensemble diverses paroles, et d'en composer un discours par lequel ils fassent entendre leurs pensées ; et qu'au contraire il n'y a point d'autre animal tant parfait et tant heureusement né qu'il puisse être, qui fasse le semblable.

Ce qui n'arrive pas de ce qu'ils ont faute d'organes, car on voit que les pies et les perroquets peuvent proférer des paroles ainsi que nous, et toutefois ne peuvent parler ainsi que nous, c'est-à-dire, en témoignant qu'ils pensent ce qu'ils disent ; au lieu que les hommes qui, étant nés sourds et muets, sont privés des organes qui servent aux autres pour parler, autant ou plus que les bêtes, ont coutume d'inventer d'eux-mêmes quelques signes, par lesquels ils se font entendre à ceux qui, étant ordinairement avec eux, ont loisir d'apprendre leur langue. Et ceci ne témoigne pas seulement que les bêtes ont moins de raison que les hommes, mais qu'elles n'en ont point du tout..." (René Descartes, Discours de la Méthode, Vème partie)

La linguistique - qui a pour objet l'étude scientifique du langage - aboutit à un constat moins tranché, mais semblable en montrant que le langage humain, à la différence des modes de communication animales est un système caractérisé par une double articulation.

Il convient d'observer cependant que les frontières entre le monde animal et le monde humain sont remises en question par la recherche sur le comportement animal (Dominique Listel parle des "origines animales de la culture") et qu'il y a bien un langage animal, bien qu'il soit différent du langage humain, plus étroitement lié à l'instinct et aux besoins (Max Von Frisch a montré par exemple que les abeilles échangeaient des "informations")

On insiste davantage aujourd'hui sur le caractère historique et social du langage qui ne peut se concevoir sans un apprentissage progressif, ni hors de tout contexte culturel.

La double articulation désigne le fait qu'un message est décomposable en monèmes (unités dotées d'une forme sonore et d'un sens) et en phonèmes (unités minimales d'articulation dénuées de sens) : "parlons" est ainsi constitué de deux monèmes (parl/ons - ce dernier signalant que l'action évoquée par le premier est accomplie par une ou plusieurs personnes) et de cinq phonèmes (p/a/r/l/ons).

Comme chaque langue utilise un nombre restreint de phonèmes (quelques dizaines) pour composer un nombre potentiellement infini de messages, le système est particulièrement économique et performant.

Les mots et les choses

Dans le Cratyle, Platon pose la question de savoir s'il existe une ressemblance entre les mots et les choses. Cratyle pense que la langue coïncide avec le monde et en constitue une première connaissance. Hermogène estime de son côté que les mots sont conventionnels, qu'ils ne sont liés par aucune analogie à ce qu'ils désignent. La diversité des langues (et des onomatopées) le confirme : l'animal que j'appelle "cheval" s'appelle ailleurs : "horse", "Pferd", "caballo".

Le langage et la pensée

Pour Hegel, il n’y a pas de pensée sans langage. En effet on ne peut parler de pensées que lorsque ces pensées ont une forme objective, c’est-à-dire lorsqu’une certaine extériorité manifeste ce qui est purement intérieur.

Cette extériorité, c’est le mot. Quand nous cherchons nos mots, nous les cherchons avec d'autres mots. C'est dans les mots que nous pensons, la vraie pensée est le mot même.

Le langage est-il un instrument ?

On considère le langage comme un instrument de communication au service de la pensée. Martin Heidegger critique cette conception instrumentale du langage. La communication n'est pas la seule fonction du langage, la langage a aussi une fonction "poétique". La poésie nous révèle que l’homme (le "Dasein") ne possède pas la langue comme un outil parmi les autres mais au contraire, qu'il se tient au service du langage.

Langage et pouvoir

Les différents niveaux de maîtrise de la langue renvoient ainsi à des différences sociales (Pensez à la pièce de Marivaux, Le jeu de l'amour et du hasard). Mieux parler que l'interlocuteur, c'est manifester une supériorité - et celle-ci peut provenir de l'usage d'un langage aussi bien "secret" (le sorcier ou l'initié) que spécialisé (le scientifique).

"Le langage est la meilleure et la pire des choses." (Plaute). Platon critique la rhétorique qui cherche à persuader, plutôt que de rechercher la vérité. Talleyrand disait non sans cynisme que le langage était un moyen de dissimuler sa pensée. La propagande politique peut faire du langage un moyen de domination. Tous les systèmes totalitaires s'en sont pris au langage (cf. Georges Orwell, 1984, Victor Klemperer, Lingua Tertii Imperii). En altérant le langage (la grammaire, le vocabulaire, la syntaxe, l'orthographe...), on appauvrit et on altère la pensée.

Note : Lingua Tertii Imperii, la langue du Troisième Reich :

L'allemand permet de créer des mots composés et les nazis ne se sont pas privés de cette possibilité pour inventer des mots au service de leur propagande. Il y a donc eu une langue nazie.

Ce sont les particularités de cette « novlangue » que Victor Klemperer a consciencieusement notées pendant les années du nazisme, ce qui lui servait aussi à garder son esprit critique et à résister individuellement à l'emprise du régime hitlérien.

Klemperer souligne dans ses carnets toutes les possibilités d'asservir la langue, et donc la pensée au profit de la manipulation des masses.

Victor Klemperer a tenu un journal tout au long de sa vie. La partie qui couvre la période nazie a été publiée en Allemagne en 1995 avant d'être traduite en 2000 en français. Dans son Journal, il mêle les détails de la vie quotidienne, les observations politiques et sociales, les réflexions sur la nature humaine et sur la nature de la langue, toutes deux perverties par le IIIe Reich. Klemperer décrit les privations, les humiliations, l'asphyxie progressive de celui qui mène une existence de paria, les disparitions successives des amis. Il fait preuve d'une remarquable lucidité sur son sort, sur le sort de millions de Juifs dans les camps et affirme sa volonté de témoigner pour l'histoire.








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