A propos du handicap : l'intégration en sens inverse.

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A propos du handicap : l'intégration en sens inverse.

Message par Maieu le Dim Oct 21 2012, 15:09

J’ai enseigné pendant les douze dernières années de ma carrière (lettres classiques) à des élèves (6ème à terminale) atteints de handicaps, notamment IMC (infirmes-moteurs-cérébraux, à la suite d’un incident lors de la naissance) ou de pathologies (myopathie, cancers, problèmes psy…) qui ne permettaient pas leur intégration dans un établissement traditionnel.
L’établissement avait été construit pour eux. Il accueillait aussi, à l’époque où j’y enseignais, des sportifs (basket et foot), ce qui créait un brassage à la fois surprenant et intéressant pour les uns et les autres.
Il s’agissait donc d’une intégration « à l’envers » puisque c’était les handicapés qui accueillaient, et nous étions plusieurs à penser que c’était une solution pertinente.
S’agissant des questions posées dans le fil (dys-dys-dys), il me semble utile de distinguer ce qui est de l’ordre de l’institution et de l’éthique personnelle.
> Recevoir un handicapé dans une classe ne va pas de soi, au moins pour la raison pédagogique évidente qu’il faut intégrer un enseignement plus ou moins individualisé – selon le handicap – à un enseignement collectif, que nous n’avons pas été préparés pour cela et que c’est parfois à la limite du possible. J’en ai fait l’expérience pénible en seconde, première et terminale avec une élève dont le handicap (surdité congénitale) la distinguait donc nettement des autres pourtant lourdement handicapés, et je travaillais dans de bonnes conditions matérielles (une dizaine d’élèves). Il est difficile pour le prof de déterminer ce qu’il doit modifier dans sa manière d’enseigner pour que son cours soit accessible au handicapé sans déficit pour les autres.
A cette difficulté d’ordre pédagogique s’ajoute le « regard » que la société porte sur le handicap, la différence en général, et qui conditionne pour une part notre comportement. S’il y a une évolution positive (on ne cache plus les handicapés) elle est récente, il suffit de constater les lieux auxquels les fauteuils roulants ne peuvent avoir accès.
Se pose donc la question des moyens (pas seulement matériels) mis à disposition des établissements et des profs pour l’accueil des handicapés. Nous en sommes à l’expérimentation aléatoire, aux tâtonnements. On place un handicapé dans une classe comme si l’intégration allait de soi, comme si le prof allait tout naturellement trouver les réponses adéquates, parce qu’on lui prête des qualités « morales » supposées efficientes.
> La question de l’éthique personnelle qui touche à l’investissement de chacun n’est pas exclusive de l’accueil du handicapé en classe – elle est souvent explicite ou implicite dans les autres sujets abordés –, mais elle est pervertie ici par la quasi inexistence du travail préparatoire en amont, qui explique en grande partie la violence des échanges dans le fil en question. La collègue qui lance le débat ne sait plus comment définir les limites de son investissement, ne serait-ce que parce que le handicap favorise la surprotection (de la part les familles notamment) qui n’est évidemment pas une bonne attitude. Comment savoir jusqu’où aider quand les pressions des parents (en difficulté eux aussi) sont si fortes, et dont il faut savoir se distancier… Mais pour pouvoir le faire, encore faut-il disposer d’un minimum de formation qui permette au moins d’éviter le piège de la culpabilisation.



Maieu
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Re: A propos du handicap : l'intégration en sens inverse.

Message par Nasopi le Dim Oct 21 2012, 15:49

Intéressant exemple "d'intégration" à l'envers. Very Happy
Comme autre exemple d'intégration viable, même avec des enfants lourdement handicapés, il y a ce qui se fait à l'IME de mes enfants (j'en ai déjà parlé) : au lieu d'avoir classe à l'IME, ils ont classe dans une école primaire ordinaire. Ils ont donc une classe spéciale pour eux, avec le personnel de l'IME (un enseignant spécialisé et un éducateur pour quatre enfants tous autistes) et ils sont intégrés parmi les autres enfants lors des temps de récréation, cantine, CLAE, sorties ou activités ponctuelles. Je sais que ça se passe très bien ; et, pour mes enfants en tout cas, c'est une source de progrès important, notamment lorsqu'il s'agit de travailler avec les éducateurs leurs relations aux autres.
Même s'il ne s'agit pas d'un exemple scolaire, j'en parle ici, comme autre exemple d'intégration réussie en milieu ordinaire d'enfants lourdement handicapés : une association a mis en place à Toulouse un centre de loisirs ouvert uniquement aux enfants autistes, avec deux animateurs (formés à l'autisme par l'association) pour trois enfants ; mais ce centre de loisirs fait constamment des activités avec d'autres centres de loisirs "classiques", si bien que les enfants handicapés et valides se mélangent et se fréquentent. Là encore, les conditions sont réunies pour que les choses se passent bien.


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