Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

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Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par bebe le Mer 23 Jan 2013 - 21:14

Auriez-vous en tête le titre d'une nouvelle fantastique (très) courte, assez simple, qui permettrait de mettre en avant toutes les caractéristiques du genre?
Merci beaucoup

bebe
Érudit


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Re: Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par Nestya le Mer 23 Jan 2013 - 21:19

La Photographie de Sternberg?

_________________
"Un lecteur vit un millier de vies avant de mourir. Celui qui ne lit pas n'en vit qu'une."
George R.R.Martin

Nestya
Bon génie


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Re: Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par bebe le Mer 23 Jan 2013 - 21:25

Yes! Je n'y avais même pas pensé, alors que je l'ai étudiée avec une autre 4e!
boulet
Merci!

bebe
Érudit


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Re: Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par Zutalors le Mer 23 Jan 2013 - 21:25

La Cafetière, de gauthier (étudié dans un manuel Hachette).

Zutalors
Niveau 2


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Re: Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par paul31 le Mer 23 Jan 2013 - 21:26

@Nestya a écrit:La Photographie de Sternberg?
+1

_________________
2012-2013 : deux sixièmes, 1 quatrième,1 troisième en français et une cinquième en latin. cafe
2011-2012 deux quatrièmes , une troisième DP6H et une cinquième
2010-2011 : une cinquième et deux sixièmes
2009-2010 : deux sixièmes et une quatrième.

petitdrapeau
chat chat chat chat chat

paul31
Expert


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Re: Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par Aemilia le Mer 23 Jan 2013 - 21:26

La Boule Noire de Thomas Owen ?

Texte en spoiler

Spoiler:
Le ciment tout neuf de la terrasse était rugueux. Le balcon de fer était marqué de rouille en plusieurs endroits. Le fleuve, trois étages plus bas, avait l'harmonieuse courbure d'une lame d'argent. Vue de l'extérieur, la fenêtre de la chambre accusait le manque d'entretien. La peinture s'écaillait, un peu de mastic s'était détaché d'une vitre. On voyait, par terre, une capsule de bouteille qu'on avait négligé de ramasser. L'hôtel, admirablement situé, vivait sur sa réputation.
Nettesheim quitta la terrasse et alla s'asseoir sur le lit. Il dénoua ses chaussures, puis s'étendit et, les mains sous la nuque, se mit à réfléchir.
Il dînerait dehors, après avoir acheté des journaux, mais d'abord, il viderait sa valise et pendrait son costume bleu. Demain, il verrait ces gens...
Couché comme il l'était, il ne pouvait apercevoir, par la fenêtre ouverte, que le ciel bleu et la rondeur verte d'une colline lointaine légèrement estompée1 par la brume. Il se sentait en même temps fatigué et détendu, heureux d'être allongé, respirant bien, prêt à basculer dans un sommeil paisible. ..
La fraîcheur du soir le réveilla. Il se leva sans effort et, de la terrasse, contempla le paysage. Le fleuve qui lui était apparu argenté, deux heures plus tôt, était tout différent à présent. Il miroitait sous les lumières du soir comme de l'acier poli. Une rumeur confuse montait, d'où se détachait parfois le ronronnement doux d'une allège2 descendant le courant ou le halètement saccadé d'un bateau poussif peinant en sens inverse.
Nettesheim demeurait accoudé au balcon, humant3 l'odeur de la vallée, bercé par instants par les flonflons4 de l'orchestre qui, trois étages plus bas, sous les marronniers étêtés5, jouait sans conviction quelques clients attardés. Cette musique insipide6 le rendait triste. Le bien-être, la détente, l'impression de liberté éprouvée en fin d'après-midi, lorsqu'il avait ouvert la porte-fenêtre sur la large vallée verdoyante, faisaient place à présent, la nuit venue, à une curieuse sensation d'ennui et de lassitude. Il avait aspiré au repos et c'était à présent la solitude qui lui pesait.
Il tourna le dos au fleuve, pénétra dans la chambre envahie de ténèbres7, referma la croisée8, tira les rideaux et, un peu à l'aveuglette, trouva le cordon de l'interrupteur au-dessus du lit.
Au moment où la lumière se fit, il se passa un tout petit incident, insignifiant, qui créa cependant dans la pièce une atmosphère nouvelle comme si, à ce signe, une rupture soudaine s'était produite avec le monde extérieur.
De la blancheur impeccable de l'édredon léger une chose assez semblable à une petite boule de laine sombre, souple et molle, avait roulé sous le gros fauteuil-club en velours bleu. Rouler n'est pas exactement le mot qui convient. Cette chose avait eu l'air à la fois de voler et de bondir, ce qui le fit songer en même temps à un chat minuscule et à un oiseau. Le seul animal à qui assimiler cet aspect velu et soyeux, cette légèreté de tache d'ombre mouvante, était la chauve-souris.
Nettesheim se pencha pour regarder sous le fauteuil, mais ne vit rien. Il s'assit, intrigué et amusé, se remémorant l'absence de pesanteur, l'aisance extrême avec laquelle cette petite chose s'était déplacée et, en même temps, l'espèce de détermination, de volonté qui l'animait. Enfoncé dans le fauteuil profond, il en caressait machinalement le velours. Il réfléchissait, se disant qu'il avait sans doute mal regardé. En effet, il avait à présent la sensation de percevoir sous lui un mince souffle régulier, pareil à la respiration prudente d'une bête terrée.
Il se leva et tenta de distinguer quelque chose sous le siège. Mais la boiserie en était fort basse et bien qu'il se fût allongé sur le tapis pour regarder, il ne put rien distinguer. La palpitation rythmée lui était maintenant très distinctement perceptible9. Il n'osait pas glisser la main sous le fauteuil et préféra déplacer celui-ci en l'éloignant du mur. Comme il s'y efforçait, très rapidement « cela » lui passa, entre les jambes et fila dans un autre coin de la pièce, sous un coffre très bas, où vraiment il fallait beaucoup d'adresse et de souplesse pour se loger si promptement.
Il avait la certitude, à présent, que cette « chose » si rapide, si agile, qu'il souhaitait voir de plus près, sans y parvenir, était douée d'intelligence et de ruse. Il demeurait debout, bien campé sur ses jambes écartées, tous les sens en éveil. Nul bruit; il n'entendait même plus cette respiration rythmée. Mais une étrange odeur envahissait doucement la pièce. Il ne put l'identifier immédiatement, bien qu'elle évoquât pour lui des souvenirs très précis. Un jardin de curé, sous le soleil de juin. Il y lisait sur un banc, devant les carrés de gazon bordés de buis.
Nettesheim alla prendre sa canne qu'il avait posée sur une table basse, avec son chapeau et les journaux du matin. C'était une bonne canne, vigoureuse, en épine, sous le pommeau lisse de laquelle un petit chat d'argent donnait la chasse à deux minuscules souris. Il s'en servit pour débusquer10, sous le coffre, la petite « chose » qui se cachait, mais il ne réussit pas à l'atteindre. Le bout de la canne avait dû accrocher, dans un angle de la plinthe, une toile d'araignée, car un lambeau y adhérait. Il inspecta attentivement cette petite trace noire, duveteuse et répugnante, et y trouva non point une odeur de poussière, mais un parfum de buis très prononcé. Contrairement à ce qu'il pensait; il avait donc bien touché la « chose » et même l'avait blessée, ou tout au moins écorchée. Il insista alors et redoubla ses efforts sous le coffre. Il agitait sa canne de gauche à droite, au ras du tapis, avec un acharnement méchant. Et soudain, alors qu'il croyait tout cela vain, la « chose » sauta sur le lit et le regarda. Au coeur de cette pelote indéfinissable, il voyait luire un regard et ce regard, fixé sur lui, était étonnamment expressif.
Nettesheim frappa rageusement sur le lit mais manqua son but. Ses coups faisaient un bruit mou sur l'édredon et la boule sautait à droite et à gauche avec une vivacité incroyable. Mais à mesure qu'il se déchaînait, Nettesheim perdait son souffle, s’épuisait. Finalement, le coeur battant, il se laissa choir11 dans un fauteuil. Maintenant, il se rendait compte. Dès le début, il avait eu conscience que cela n'était pas un mince incident. Maintenant, il se rendait compte de sa vulnérabilité en face de cet événement inexplicable.
Il constata à ce moment que la boule avait grossi. Comme si, augmentant sa propre substance, la nourrissant de sa peur et de sa colère, elle ajoutait à son cocon de nouvelles couches membraneuses, de nouvelles épaisseurs de sombres filaments entremêlés. Elle ne se gonflait pas seulement, comme certains animaux qui reprennent ensuite leur forme antérieure, mais elle se développait, prenait du volume et du poids. Grosse à certain moment comme une noix de coco et assez semblable d'apparence à ce fruit fibreux, mais en moins solide, en moins ferme, elle fut bientôt de la taille d'un melon, d'une pastèque, d'une citrouille. ..
Nettesheim fut repris par sa rage et sa fureur. S'arrachant à son siège, il bondit, plongea littéralement sur cette masse malsaine, duveteuse, cédant au toucher, comme le duvet mou d'un édredon, y enfonça les mains, y trouva, palpitant et chaud, le corps central, le noyau vivant, pareil au coeur d'une bête ou à l'amande d'un fruit inconsistant et vénéneux, et l'arracha avec un cri de triomphe.
C'était comme une fourmi au corps laiteux, de la grosseur d'un poing d'enfant, blafarde et tiède, caoutchouteuse, dégageant une forte odeur de buis.
Nettesheim jeta vivement le noyau au sol et posa le pied dessus. Cela s'écrasa lentement comme l'aurait fait un oeuf cuit dur. Il en sortit une humeur12 blanchâtre au relent funèbre.
Mais, dans le même temps, demeuraient collés à ses mains des lambeaux de voiles noirs, tissus lâches et fugitifs comme l'ombre, tandis que d'autres s'enroulaient autour de ses bras. Même, le long de ses jambes, il y avait des choses souples, soyeuses et collantes qui se plaquaient, qui montaient, qui l'empêtraient toujours davantage.
Sa colère fit place à une terrible angoisse qui bientôt bascula dans la terreur. Déjà impuissant à réagir, déjà prisonnier, il laissait son esprit divaguer en observations futiles. Une trace de brûlure de cigarette sur le bord de la table de chevet; la souillure brunâtre d'une mouche écrasée sur le mur à la tête du lit; à la pointe de sa chaussure, une écorchure faite Dieu sait quand. ..
Il tendit l'oreille aux bruits du dehors et entendit très distinctement une allège rapide qui descendait au fil de l'eau. Il s'en voulait de ne pouvoir concentrer son esprit sur le drame qui s'amorçait et qu'il allait affronter démuni13, sans lucidité14, sans esprit de combat.
Il tenta d'arracher, mais sans conviction, ces choses ignobles qui l'enlaçaient, ces membranes de deuil semblables à des voiles de crêpe. Mais à mesure qu'il se débattait, il se trouva toujours plus entravé, incapable de se dépêtrer15, sortant avec peine un bras, puis l'autre, de cette masse inconsistante dont l'apparente légèreté était trompeuse et qu'une sorte de méchanceté végétale poussait à ne pas relâcher son étreinte16. Un silence atroce planait sur cette scène où les sursauts de l’homme ne ralentissaient pas le lent et monstrueux embrassement. Sans un cri, il se roula au sol pour se dégager, se mit en boule comme un lutteur qui veut rouler sur lui-même, et favorisa ainsi son enveloppement au creux d'un cocon abominable.
Il pensa à sa mort, et qu'une fois disparu, ce serait comme s'il n'avait jamais existé. Et cela l'aida à se résigner, car cet effacement, qu'il se produisît à l'instant ou plus tard, aurait exactement la même insignifiance. Il eut conscience encore que sa taille diminuait sous les couches sournoises17 qui le submergeaient, l'assimilaient, le digéraient en quelque sorte, dans une suite de déroulements, de nouures18, de glissements et d'entrelacements monstrueux. De cette pelote répugnante dont il percevait comme siennes les moindres pulsations internes, il devenait à son tour le noyau vivant. Il eut encore la force de penser aux conséquences qu'il tirerait de cette situation, de cet état d'être au coeur de la « chose » ...
La lumière du soleil levant monta derrière les collines et vint frapper les fenêtres de la chambre. Mille rais19 de clarté percèrent l'épaisseur relative des rideaux.
Il bondit peureusement sous le divan au moment où quelqu'un ouvrait la porte.

Thomas Owen, La Truie, Bibl. Marabout, n°394

_________________
Professeur de lettres classiques déclassée

Mon blog "culture et humeurs, humour et coups de coeur" : https://fortyfiveweeks.wordpress.com/

Aemilia
Expert spécialisé


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Re: Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par bebe le Mer 23 Jan 2013 - 21:30

Merci pour vos réponses!

bebe
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Re: Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par Bibi le Mer 23 Jan 2013 - 21:58

J'aurais dit Gautier aussi.

_________________
"Bientôt ils se rapprochèrent de plus en plus, et, comme deux gouttes de rosée roulant sur la même feuille de lis, ils finirent par se confondre dans une perle unique."

Bibi
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Re: Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par miss terious le Mer 23 Jan 2013 - 22:18

Sinon tu as aussi Le Portrait ovale de Poe, court mais plus long que La Photographie. Il y a aussi Le Miroir déformant de Tchekhov :
Spoiler:


LE MIROIR DEFORMANT

Nous entrâmes dans le salon, ma femme et moi. Il y régnait une odeur de mousse et d'humidité. Dès que nous fîmes de la lumière sur les murs qui n'en avaient pas vu depuis un siècle, des millions de souris et de rats se sauvèrent de tous les côtés. La porte refermée derrière nous, nous sentîmes un souffle de vent agiter les papiers entassés dans les coins. La lumière nous permit de discerner des caractères anciens et des dessins datant du Moyen Age. Les portraits de mes ancêtres tapissaient les murs verdis par le temps. Ils nous regardaient d'un air sévère et dédaigneux comme s'ils avaient voulu dire : "Tu mérites une correction, mon petit !"

Nos pas résonnaient dans toute la maison. Le même écho qui répondait jadis à mes aïeux renvoyait le bruit de ma toux.

Le vent gémissait et hurlait. Un bruit de sanglots sortait de la cheminée, et l'on discernait une sorte de désespoir. De grosses gouttes de pluie frappaient les vitres opaques et sombres et leur éveillait la tristesse.

"Ô ancêtres ! dis-je avec un soupir entendu. Si j'étais écrivain, j'écrirais un long roman rien qu'en regardant vos portraits. Chacun de ces vieillards a été jeune, tous ces hommes et ces femmes ont vécu leur roman d'amour... et quel roman ! Regarde par exemple cette vieille, ma bisaïeule. Cette femme laide et disgracieuse a son histoire, une histoire fort intéressante. Vois-tu ce miroir accroché dans le coin ? demandai-je à ma femme en lui montrant un grand miroir encadré de bronze noirci, près du portrait de ma bisaïeule.

"Ce miroir a des propriétés magiques : il a causé la perte de mon arrière-grand-mère. Elle l'avait payé très cher et elle ne s'en sépara pas jusqu'à sa mort. Elle s'y regardait nuit et jour, sans arrêt, même pendant les repas, et l'emportait le soir dans son lit. En mourant elle avait demandé qu'on le mette dans son cercueil. Et si sa prière n'a pas été exaucée, c'est que le miroir était trop grand et n'entrait pas dans la bière.

- C'était une coquette ? dit ma femme.

- Admettons. Mais n'avait-elle pas d'autres miroirs ? Pourquoi aimait-elle précisément celui-ci ? Elle en avait de bien plus beaux, il me semble ? Non, chérie, il y a là un effroyable mystère. Il ne peut en être autrement. D'après la légende, ce miroir abritait le diable et ma bisaïeule avait un faible pour le Malin. Ce sont évidemment des bavardages, mais il n'y a pas de doute, cette glace encadrée de bronze possède un pouvoir mystérieux."

J'enlevai la poussière qui recouvrait le miroir et partis d'un éclat de rire. L'écho en renvoya le son assourdi. C'était un miroir déformant ; les traits de mon visage étaient tordus en tous sens : j'avais le nez sur la joue, le menton était coupé en deux et s'étirait de biais.

"Elle avait des goûts étranges, ma bisaïeule !" dis-je.

Ma femme s'approcha du miroir d'un pas hésitant et y jeta un regard ; et aussitôt, il se passa quelque chose d'effroyable. Elle blêmit, se mit à trembler de tous ses membres et poussa un cri. Le chandelier glissa de sa main, tomba sur le sol, la bougie s'éteignit et nous nous trouvâmes dans les ténèbres. J'entendis le bruit d'un corps qui tombait : c'était ma femme qui venait de s'évanouir.

Les gémissements du vent s'étaient faits encore plus plaintifs, les rats s'étaient remis à courir, les souris faisaient bruire le papier. Mes cheveux se dressaient sur ma tête. A ce moment, un volet fut arraché et tomba à terre. La lune apparut par la fenêtre…

Je pris ma femme dans mes bras et l'emportait hors de la demeure de mes ancêtres. Elle ne reprit connaissance que le lendemain soir.

"Le miroir ! Donne-moi le miroir ! dit-elle en revenant à elle. Où est-il ?"

Pendant une semaine entière ma femme resta sans boire, sans manger ni dormir, réclamant sans cesse qu'on lui apportât le miroir. Elle sanglotait, s'arrachait les cheveux, en proie à une agitation fébrile. Quand finalement le docteur déclara qu'elle pouvait mourir d'inanition et que son état était très grave, je surmontai ma terreur, et descendis chercher le miroir de ma bisaïeule. Quand elle l'aperçut, elle éclata d'un rire heureux, le saisit, y posa ses lèvres et y plongea avidement les yeux.

Plus de dix ans ont passé et ma femme regarde toujours dans le miroir sans le quitter des yeux un seul instant.

"Est-ce bien moi ? murmure-t-elle, et son visage coloré s'illumine de béatitude et de ravissement. Oui, c'est bien moi. Tout le monde ment, sauf le miroir ! Les gens mentent, mon mari ment. Si je m'étais vue plus tôt, si j'avais su ce que j'étais en réalité, jamais je n'aurais épousé cet homme ! Il n'est pas digne de moi ! Je devrais avoir à mes pieds les chevaliers les plus beaux et les plus nobles !"

Un jour que je me trouvais derrière ma femme, je jetai, par hasard, un regard sur le miroir, et découvris un terrible secret. J'y voyais une femme d'une éblouissante beauté, comme je n'en avais vu de ma vie. C'était une merveille de la nature, un mélange harmonieux de beauté, d'élégance et d'amour. Mais qu'était-ce donc ?

Que s'était-il passé ? Pourquoi ma femme laide et sans grâce paraissait-elle si belle dans le miroir ?

Pourquoi ?

Tout simplement parce que le miroir déformant tordait le visage laid de ma femme en tous sens, et que ce visage aux traits déplacés était doué par le hasard d'une grande beauté. Moins et moins donnaient plus.

Et maintenant, ma femme et moi, nous restons tous deux assis devant le miroir, et nous le regardons sans le quitter une seule minute : mon nez mange ma joue gauche, mon menton coupé est tordu, mais le visage de ma femme est ensorceleur ; et une passion folle, sauvage, m'envahit.

J'éclate d'un rire inhumain, et ma femme, d'une voix à peine perceptible, murmure :

"Comme je suis belle !"

_________________
"Ni ange, ni démon, juste sans nom." (Barbey d'AUREVILLY, in. Une histoire sans nom)
"Bien des choses ne sont impossibles que parce qu'on s'est accoutumé à les regarder comme telles." DUCLOS

miss terious
Modérateur


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Re: Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par bebe le Jeu 24 Jan 2013 - 21:59

J'adore cette nouvelle!

bebe
Érudit


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Re: Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par touby le Jeu 24 Jan 2013 - 22:00

Fonds d'écran de Bordage;

touby
Esprit éclairé


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Re: Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par Za-zou le Sam 26 Jan 2013 - 14:06

Il y a aussi "La Morte" de Maupassant

Za-zou
Niveau 5


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Re: Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par Baptiste13 le Dim 27 Jan 2013 - 14:59

J'ai donné cette année "La Vénus d'Ille" de Mérimée à mes 4ème, je la trouve courte, et on peut y trouver toutes les caractéristiques du fantastique.

Baptiste13
Niveau 1


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Re: Une nouvelle fantastique courte (intégrale) ?

Message par Abraxas le Dim 27 Jan 2013 - 16:36

Super-efficace, le Journal d'un monstre de Matheson :

http://www.affection.org/journal-monstre_53084_NOUVELLE_381776_poeme-type-auteur/

Et si c'est pour des élèves de collège, on peut même jouer à plusieurs, parce que c'est très facile à lire en anglais :



Abraxas
Doyen


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