Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Dinosaura le 6th Février 2013, 14:37

J'ai oublié de dire qu'en plus, quand tu es prof, non seulement tu passes un temps fou à bosser en fait, mais en plus tu dois te justifier en permanence auprès du Monsieur et Madame Michu (et même des élèves : entendu cette année alors que j'ai en face de moi des professionnels de la glande !) que non, tu ne passes pas ton temps libre à glander...Je le voudrais bien d'ailleurs, ce ne serait que justice face à un boulot fondamentalement ingrat, mais c'est techniquement impossible (vu que je m'en tiens au minimum légal, et que, même comme ça, la charge de travail est démesurément lourde).

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par lene75 le 6th Février 2013, 14:44

@Dinosaura a écrit:J'ai oublié de dire qu'en plus, quand tu es prof, non seulement tu passes un temps fou à bosser en fait, mais en plus tu dois te justifier en permanence auprès du Monsieur et Madame Michu (et même des élèves : entendu cette année alors que j'ai en face de moi des professionnels de la glande !) que non, tu ne passes pas ton temps libre à glander...Je le voudrais bien d'ailleurs, ce ne serait que justice face à un boulot fondamentalement ingrat, mais c'est techniquement impossible (vu que je m'en tiens au minimum légal, et que, même comme ça, la charge de travail est démesurément lourde).

+1000

Sans indiscrétion, tu es déjà à 80% ? Sinon ça vaut vraiment le coup de l'envisager : avec deux enfants, le complément de la CAF compense presque la perte de salaire et ça permet de respirer un peu. Je ne supportais plus de ne réussir à dégager mes we qu'en périodes de vacances, maintenant je ne dirais pas que je ne bosse pas du tout le we, ce n'est pas vrai, mais j'ai quand même l'impression de presque avoir de vrais we.

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par phi le 6th Février 2013, 14:48

Moi j'y crois encore malgré tout Embarassed C'est sans doute parce que je suis en primaire, mais même si c'est ingrat parce que les enfants ne s'aperçoivent pas des progrès, les collègues s'en fichent, les supérieurs encore plus et les parents nous parlent plus souvent pour se plaindre de nous que parce qu'ils sont contents, je suis contente de les voir apprendre à lire, à écrire, à utiliser un vocabulaire de plus en plus riches... Je trouve ça important et j'aime aller au boulot, même si c'est fatigant. Cette réforme me dégoute parce que je serai encore plus fatiguée et encore plus mal payée (les 400 euros ne rembourseront même pas les bornes en plus que je ferai chaque semaine) tandis que les enfants auront moins de cours et dans de moins bonnes conditions, c'est tout.

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Edgar le 6th Février 2013, 14:54

Je n'apprends malheureusement rien ici, et j'ajoute que certains professeurs l'ont vite tacitement compris depuis longtemps, et ont d'ailleurs tout fait pour enseigner le moins longtemps possible: aujourd'hui, ils sont formateurs de professeurs, ou formateurs de formateurs, ou bien dans des groupes de recherche sur ci ou ça, mais il ne sont plus devant des vrais élèves. Certains ont réussi la performance de n'avoir des classes que 2 ou 3 ans après leur titularisation, j'en connais, et la chose m'a très tôt surpris et un peu agacé quand je suis entré dans l'EN et en ai compris le système de fonctionnement et de "promotion".

Cela ne m'empêche pas d'être très agacé par les collègues qui passent leur temps à vouloir en faire moins, à être moins à l'école, ne veulent pas parler du tout des classes même sur le temps de présence en établissement, et je trouve cette attitude un peu mortifère : comme à ceux qui jalousent les profs auxquels j'ai toujours envie de dire : "venez donc!" à ceux que j'ai cités plus haut, j'ai envie de dire : "mais tirez-vous, tirez-vous! ". D'ailleurs c'est probablement ce que je vais essayer de faire dans quelques temps car je ne m'en sors plus avec mon salaire.


Dernière édition par Edgar le 6th Février 2013, 15:01, édité 4 fois

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par User5899 le 6th Février 2013, 14:55

Madame et Monsieur Michu, je les emmerde.Le problème, c'est que malgré un edt aux petits oignons, je n'ai plus assez de temps. Entre les RAC et les copies ineptes... Rolling Eyes pale

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par retraitée le 6th Février 2013, 14:56

Cripure a écrit:Ecoutez, Pseudo, je n'ai aucun problème avec les élèves, ils sont gentils, pas agressifs pour deux sous, disciplinés. Et pourtant, et chaque année davantage, je cherche à tenir jusqu'aux vacances suivantes. Parce que je n'en peux plus de devoir boucler des programmes d'examen dont ils ne comprennent rien, dont ils ne retiennent rien, dont ils ne cherchent à rien retenir. Toujours de nouvelles réformes empilées, pas évaluées, des réunions qui se multiplient, des journées de 12 ou 13h qui deviennent monnaie courante... Difficile de s'investir tout en restant sain d'esprit.Le seul salut devient la fuite, je trouve, et pourtant, ce n'est pas vraiment mon style. Je songe déjà à reprendre des BTS l'an prochain, afin, grâce à la pondération ajoutée à la 1re chaire, de pouvoir tomber à 13h/sem à temps complet, parce que j'en ai marre. Il y a de plus en plus de matins où ma première envie en arrivant au lycée est d'aller aux toilettes pour vomir.
Et je ne suis pas enceint...

C'est pourquoi, quand j'ai eu l'agrégation interne, j'ai demandé 12/15e de service, voire moins. Je gagnais grosso modo la même chose que comme certifiée HC, avec moins de classes et d'élèves. Le seul piège, c'est qu'on bosse autant, parce qu'on prépare davantage et qu'on donne plus de devoirs!
Et j'ai encore pu bénéficier de la CPA, 50% payés 80%, soit un service de 7h 30, deux classes, comme lorsque j'ai débuté en 71! Mais alors, c'était avec 18 heures qu'on n'avait que deux classes de 6e!

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par retraitée le 6th Février 2013, 15:00

@Ronin a écrit:Mais on y arrive Lefteris, des animateurs BAFA au smic, voilà qui fera plaisir à beaucoup de gens. Et une sélection effroyable plus tard, mais chut, faut pas le dire....

Il y a des années de cela, j'avais suggéré un cours sur écran, et des vigiles avec chiens pour assurer le calme! Que d'économies!

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Dinosaura le 6th Février 2013, 15:06

@lene75 a écrit:
@Dinosaura a écrit:J'ai oublié de dire qu'en plus, quand tu es prof, non seulement tu passes un temps fou à bosser en fait, mais en plus tu dois te justifier en permanence auprès du Monsieur et Madame Michu (et même des élèves : entendu cette année alors que j'ai en face de moi des professionnels de la glande !) que non, tu ne passes pas ton temps libre à glander...Je le voudrais bien d'ailleurs, ce ne serait que justice face à un boulot fondamentalement ingrat, mais c'est techniquement impossible (vu que je m'en tiens au minimum légal, et que, même comme ça, la charge de travail est démesurément lourde).

+1000

Sans indiscrétion, tu es déjà à 80% ? Sinon ça vaut vraiment le coup de l'envisager : avec deux enfants, le complément de la CAF compense presque la perte de salaire et ça permet de respirer un peu. Je ne supportais plus de ne réussir à dégager mes we qu'en périodes de vacances, maintenant je ne dirais pas que je ne bosse pas du tout le we, ce n'est pas vrai, mais j'ai quand même l'impression de presque avoir de vrais we.

Non, financièrement, cela était trop juste de notre côté, j'avais peur aussi que l'emploi du temps soit pourri (vu que je débarquais dans un nouvel établissement). Mais a priori l'année prochaine j'aurai les mêmes niveaux, et c'en sera fini des nouveaux programmes en HG, ce sera toujours ça de pris, même si le nombre de classes joue aussi. Et je compte bien en faire le moins possible, comme tu le fais : recycler le plus possible cours et évaluations, aller aux seules réunions obligatoires, ne pas être pp (j'ai voulu tester cette année)... Ce sera déjà bien assez (vu mon naturel perfectionniste).

Mais je comprends et partage ô combien ce que tu dis à propos des week-end et soirées grignotés, et quand j'en parle à des collègues à moi, tous (ou plutôt toutes) me disent aussi la même chose. J'en viens à me dire que, contrairement à l'idée reçue, à moins d'avoir un conjoint prof qui partage le même quotidien, l'Education Nationale a plutôt tendance à désunir les couples et briser les ménages que d'oeuvrer en leur faveur (puisque la vie pro bouffe la vie privée).


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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Dinosaura le 6th Février 2013, 15:09

Cripure a écrit:Madame et Monsieur Michu, je les emmerde.Le problème, c'est que malgré un edt aux petits oignons, je n'ai plus assez de temps. Entre les RAC et les copies ineptes... Rolling Eyes pale

Cékoi les RAC ?

Sinon, d'accord pour emmerder Monsieur et Madame Michu, juste que c'est le cocktail : sous-payé (et de moins en moins) pour un temps de travail toujours plus important plus se faire mépriser par le pécore moyen, ça a de quoi énerver et lasser.

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Dinosaura le 6th Février 2013, 15:13

@Edgar a écrit:Je n'apprends malheureusement rien ici, et j'ajoute que certains professeurs l'ont vite tacitement compris depuis longtemps, et ont d'ailleurs tout fait pour enseigner le moins longtemps possible: aujourd'hui, ils sont formateurs de professeurs, ou formateurs de formateurs, ou bien dans des groupes de recherche sur ci ou ça, mais il ne sont plus devant des vrais élèves. Certains ont réussi la performance de n'avoir des classes que 2 ou 3 ans après leur titularisation, j'en connais, et la chose m'a très tôt surpris et un peu agacé quand je suis entré dans l'EN et en ai compris le système de fonctionnement et de "promotion".

Cela ne m'empêche pas d'être très agacé par les collègues qui passent leur temps à vouloir en faire moins, à être moins à l'école, ne veulent pas parler du tout des classes même sur le temps de présence en établissement, et je trouve cette attitude un peu mortifère : comme à ceux qui jalousent les profs auxquels j'ai toujours envie de dire : "venez donc!" à ceux que j'ai cités plus haut, j'ai envie de dire : "mais tirez-vous, tirez-vous! ". D'ailleurs c'est probablement ce que je vais essayer de faire dans quelques temps car je ne m'en sors plus avec mon salaire.

C'est pourtant une attitude normale compte tenu du fait que l'institution nous garde au contraire plus longtemps dans les établissements (réunions, mais aussi pour prendre mon exemple, le temps que je passe à rédiger des rapports, remplir les carnets etc...). Et les classes, eh bien, on en parle entre collègues, bien obligé si on veut survivre et laisser ça à la porte des bahuts. Cela est tout relatif d'ailleurs, vu qu'ici au moins, on vient encore sur un forum professionnel après les cours Razz

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Lefteris le 6th Février 2013, 15:32

@lene75 a écrit:
@Lefteris a écrit:On les subit, mais on a du temps, donnant -donnant.

Et quand en plus on n'a pas de temps, que ça bouffe les soirées, les we et une partie des vacances, il reste quoi ?

Enfin là où tu as raison, c'est que c'est beaucoup beaucoup mieux depuis que j'ai réussi à me dégager du temps grâce à mon 80% + un ralentissement de mon investissement au boulot : moins de devoirs, réutilisation de cours déjà prêts, préparations faites à l'arrache dans le bus et le matin en sdp (ça fait marrer les collègues quand ça sonne et que j'ai pas fini humhum et ouais, je fais mes devoirs à l'arrache, mais c'est toujours mieux que les élèves qui ne les font pas professeur ). Et quand j'ai une classe sympa (j'ai encore la chance que ça m'arrive, contrairement à certains), ça peut même vraiment devenir un chouette métier Very Happy Alors s'il passe par la tête d'un ministre de supprimer l'agreg chevalier : c'est mon seul espoir d'être "à 80%" toute ma carrière...

En revanche sur la possibilité de bosser seul, bah c'est presque ce qui m'use le plus dans ce boulot, de devoir sans cesse rendre des comptes, rédiger des rapports (ou refuser de les rédiger, ce qui est tout aussi usant), me justifier, batailler pour faire cours comme je l'entends, pour résister jour après jour aux intrusions de la direction mais aussi de collègues bien intentionnés, qui non seulement ne voient que par les projets communs, mais en plus font de l'ingérence dans les matières des autres et mettent des trucs dans la tête des parents et des élèves, par exemple qu'ils devraient réclamer qu'on fasse une progression commune en philo et des sujets de DS systématiquement communs comme ils le font dans leur matière et vont jusqu'à remettre en question notre manière de noter. Toujours plus de trous dans les edt pour nos inciter à bosser ensemble au lycée, plus de réunions bidon pour réfléchir à comment on pourrait travailler ensemble au sein de nos disciplines et en interdisciplinarité, plus de trucs imposés en conseil pédagogique (où il n'y a pas de vote, soit dit en passant...), et bien sûr le sacro-saint AP qui nous oblige à travailler en groupe puisque le créneau horaire est partagé par plusieurs profs. C'est un des points sur lesquels je suis le moins optimiste pour l'avenir, or ma matière est peut-être celle qui est la plus sensible à l'appropriation personnelle de la matière de son cours, où le lien entre la personnalité du prof et son cours est le plus fort.

Mon frère flic dit que dans son métier, ceux qui se suicident sont ceux qui y croyaient : j'ai l'impression que le nôtre prend dangereusement ce chemin, que lâcher prise, ne pas trop s'investir, devient peut-être la meilleure des solutions et des protections, mais alors, quel sens reste-t-il à ce métier s'il doit être exercé dans ces conditions ?
Il faut apprendre à lâcher prise . J'estimais mon travail entre 45 et 50 heures quand j'ai débuté et que j'étais certifié. J'avais certes beaucoup à préparer n'ayant pas de stock de cours , mais j'en faisais trop aussi : devoirs fréquents , préparation de chaque cours, beaucoup de dactylographie, corrections de copies pleine d'annotations ...j'acceptais des réunions inutiles, des projets. Et je me suis dit que me reconvertir pour gagner moins en travaillant plus, c'était absurde. Puis j'ai passé l'agreg assez vite (pas assez encore ...) , qui m'a appris à élaguer, à aller vite, et je me suis rendu compte, ô miracle , que ça ne changeait rien à l'arrivée. Donc j'en fais moins et mieux : je me suis remis à lire (j'étais devenu un prof de lettres ne pouvant presque rien lire, pas le temps, et claqué...) . en plus, l'agreg dégage environ une demi- journée supplémentaire de liberté, ce qui n'est pas négligeable.

Pour le travail de blabla en commun , c'est une question d'état d'esprit. Ceux qui font du zèle sont dans la servitude volontaire. Ca peut aisément se saboter, la réunionnite, et simplement en traînant les pieds. L'idée de travailler en commun doit être spontanée, être ressentie comme utile, momentanément. Ca ne sert généralement à rien, c'est une pure idéologie . Organiser des réunions est un moyen de contrôle des gens, d'affirmation de pouvoir, et une volonté tenace de briser la mentalité "profession libérale" des enseignants. Je l'ai entendu , et je le sais , car venant d'un milieu plus hiérarchisé, je connais sais qu'entre autres, générer des réuinions est une technique managériale.

Ca permet également de faire émerger des "leaders" des groupes de bavassage , et d'en faire des relais hiérarchiques .

Les enseignants devraient se mettre au courant de ces stratégies, liées à des idéologies modernes, managériales et entrepreneuriales : ils comprendraient beaucoup mieux ce qui leur arrive ou risque de leur arriver...

Quant aux collègues qui se permettent de l'ingérance dans tes cours, méthodes, tu leur répnds ce que j'ai dit à un parent d'élève , et qui est une de mes formules brèves préférées . Ne supra crepidam sutor judicat , "le cordonnier ne doit pas juger plus haut que la semelle".
Est-ce que je vais faire la progression des profs de maths moi ? ... non mais Evil or Very Mad

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Dinosaura le 6th Février 2013, 15:44

@Lefteris a écrit:
@lene75 a écrit:
@Lefteris a écrit:On les subit, mais on a du temps, donnant -donnant.

Et quand en plus on n'a pas de temps, que ça bouffe les soirées, les we et une partie des vacances, il reste quoi ?

Enfin là où tu as raison, c'est que c'est beaucoup beaucoup mieux depuis que j'ai réussi à me dégager du temps grâce à mon 80% + un ralentissement de mon investissement au boulot : moins de devoirs, réutilisation de cours déjà prêts, préparations faites à l'arrache dans le bus et le matin en sdp (ça fait marrer les collègues quand ça sonne et que j'ai pas fini humhum et ouais, je fais mes devoirs à l'arrache, mais c'est toujours mieux que les élèves qui ne les font pas professeur ). Et quand j'ai une classe sympa (j'ai encore la chance que ça m'arrive, contrairement à certains), ça peut même vraiment devenir un chouette métier Very Happy Alors s'il passe par la tête d'un ministre de supprimer l'agreg chevalier : c'est mon seul espoir d'être "à 80%" toute ma carrière...

En revanche sur la possibilité de bosser seul, bah c'est presque ce qui m'use le plus dans ce boulot, de devoir sans cesse rendre des comptes, rédiger des rapports (ou refuser de les rédiger, ce qui est tout aussi usant), me justifier, batailler pour faire cours comme je l'entends, pour résister jour après jour aux intrusions de la direction mais aussi de collègues bien intentionnés, qui non seulement ne voient que par les projets communs, mais en plus font de l'ingérence dans les matières des autres et mettent des trucs dans la tête des parents et des élèves, par exemple qu'ils devraient réclamer qu'on fasse une progression commune en philo et des sujets de DS systématiquement communs comme ils le font dans leur matière et vont jusqu'à remettre en question notre manière de noter. Toujours plus de trous dans les edt pour nos inciter à bosser ensemble au lycée, plus de réunions bidon pour réfléchir à comment on pourrait travailler ensemble au sein de nos disciplines et en interdisciplinarité, plus de trucs imposés en conseil pédagogique (où il n'y a pas de vote, soit dit en passant...), et bien sûr le sacro-saint AP qui nous oblige à travailler en groupe puisque le créneau horaire est partagé par plusieurs profs. C'est un des points sur lesquels je suis le moins optimiste pour l'avenir, or ma matière est peut-être celle qui est la plus sensible à l'appropriation personnelle de la matière de son cours, où le lien entre la personnalité du prof et son cours est le plus fort.

Mon frère flic dit que dans son métier, ceux qui se suicident sont ceux qui y croyaient : j'ai l'impression que le nôtre prend dangereusement ce chemin, que lâcher prise, ne pas trop s'investir, devient peut-être la meilleure des solutions et des protections, mais alors, quel sens reste-t-il à ce métier s'il doit être exercé dans ces conditions ?
Il faut apprendre à lâcher prise . J'estimais mon travail entre 45 et 50 heures quand j'ai débuté et que j'étais certifié. J'avais certes beaucoup à préparer n'ayant rien , mais j'en faisais trop aussi : devoirs règlementaires , préparation de chaque cours, beaucoup de dactylographie, corrections de copies pleine d'annotations ...j'acceptais des réunions inutiles, des projets. Et je me suis dit que me reconvertir pour gagner moins en travaillant plus, c'était absurde. Puis j'ai passé l'agreg assez vite (pas assez encore ...) , qui m'a appris à élaguer, à aller vite, et je me suis rendu compte, ô miracle , que ça ne changeait rien à l'arrivée. Donc j'en fais moins et mieux : je me suis remis à lire (j'étais devenu un prof de lettres ne pouvant presque rien lire, pas le temps, et claqué...) . en plus, l'agreg dégage environ une demi- journée supplémentaire de liberté, ce qui n'est pas négligeable.

Pour le travail de blabla en commun , c'est une question d'état d'esprit. Ceux qui font du zèle sont dans la servitude volontaire. Ca peut aisément se saboter, la réunionnite, et simplement en traînant les pieds. L'idée de travailler en commun doit être spontanée, être ressentie comme utile, momentanément. Ca ne sert généralement à rien, c'est une pure idéologie . Organiser des réunions est un moyen de contrôle des gens, d'affirmation de pouvoir, et une volonté tenace de briser la mentalité "profession libérale" des enseignants. Je l'ai entendu , et je le sais , car venant d'un milieu plus hiérarchisé, je connais sais qu'entre autres, générer des réuinions est une technique managériale.

Ca permet également de faire émerger des "leaders" des groupes de bavassage , et d'en faire des relais hiérarchiques .

Les enseignants devraient se mettre au courant de ces stratégies, liées à des idéologies modernes, managériales et entrepreneuriales : ils comprendraient beaucoup mieux ce qui leur arrive ou risque de leur arriver...

Quant aux collègues qui se permettent de l'ingérance dans tes cours, méthodes, tu leur répnds ce que j'ai dit à un parent d'élève , et qui est une de mes formules brèves préférées . Ne supra crepidam sutor judicat , "le cordonnier ne doit pas juger plus haut que la semelle".
Est-ce que je vais faire la progression des profs de maths moi ? ... non mais Evil or Very Mad

Tout à fait d'accord (encore !). C'est pourquoi ça me hérisse que l'établissement où je suis pratique les DST en 3e (en plus du brevet blanc), je suis contre le travail d'équipe institutionnalisé, j'ai bien capté aussi le but réel de toutes ces réunions dont on nous abreuve (et que tu as très bien décrit : il s'agit bien d'une technique managériale visant à mettre au pas les plus récalcitrants, faire émerger un esprit moutonnier chez les profs et briser dans l'oeuf les velléités d'indépendance et effectivement une certaine mentalité - que je fais mienne - "profession libérale" qui se retrouve beaucoup chez les profs à l'ancienne, fiers de leur "intellectualité", n'ayant pas eu le loisir d'être formatés dans les IUFM etc). C'est justement cet esprit moutonnier, et servitude volontaire inconsciente d'elle-même, en plus d'une conception moins "libre" et moins "intellectuelle", moins politisée aussi, que je déplore dans mon établissement de jeunes. J'en reviens à mon message de départ (auquel personne n'a répondu... calimero ), j'ai rédigé un texte pour essayer de faire bouger un peu mes collègues, qu'ils se rendent compte qu' "on" les manipule, que nous nous faisons exploiter et museler, j'hésite à l'afficher... Pensez-vous que cela pourrait m'être préjudiciable, ou que cela est de toute façon inutile, et que c'est chacun pour soi, qu'il faut d'abord essayer de sauver sa peau en se désengageant de la vie de l'établissement et du boulot le plus possible ?


Dernière édition par Dinosaura le 6th Février 2013, 15:45, édité 1 fois

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par lene75 le 6th Février 2013, 15:45

Edgar, je ne vois pas ce qu'il y a d'agaçant à vouloir préserver un peu sa santé physique et mentale quand on bosse entre 50 et 60h hebdo pour un salaire mirobolant... Moi ce qui me gonfle, ce sont les collègues qui veulent toujours faire bosser plus les autres, pour brasser de l'air, en plus. Quand j'entends des profs en CPA à 12h par semaine, dont les enfants sont déjà grands, qui se prennent les classes les plus faciles et avec les plus gros horaires (genre TS spé maths pour un prof de maths...), qui ont une bonne partie de leurs heures en demi-groupe dire : "Mais oui, il faut faire venir les collègues au lycée" pour tel ou tel truc bidon, j'ai juste envie de les baffer.

Tu as fait le compte, Dinosaura ? Salaire à 85.7% + complément de la CAF (non imposable contrairement au salaire) + éventuelle économie de frais de garde. J'ai franchement l'impression de ne quasiment rien perdre, enfin ça dépend aussi de ton échelon.

Entièrement d'accord avec toi, Lefteris ! Quant à l'agreg, j'aimerais vraiment l'avoir un jour (encore pas pu passer l'interne cette année à cause de ma grossesse Sad ).

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par lene75 le 6th Février 2013, 15:46

PS : pour ton texte, Dinosaura, je ne saurais te dire, en revanche, à mon avis, tu ne resteras pas anonyme longtemps, tout le monde cherchera à savoir d'où ça vient (à moins que tout le monde ignore la texte...) donc je me demande si à la limite ce ne serait pas presque mieux de le signer.

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Dinosaura le 6th Février 2013, 15:52

@lene75 a écrit:PS : pour ton texte, Dinosaura, je ne saurais te dire, en revanche, à mon avis, tu ne resteras pas anonyme longtemps, tout le monde cherchera à savoir d'où ça vient (à moins que tout le monde ignore la texte...) donc je me demande si à la limite ce ne serait pas presque mieux de le signer.

Oui, mais ce cas, il faudra l'édulcorer un peu je pense, car je décris les méthodes managériales modernes et les réformes d'inspiration libérale qui président aux réformes actuelles et aux pratiques en vigueur dans les établissements (dans le nôtre en tout cas), et même une certaine pédagogie je dois dire, du coup je mets indirectement en cause ma hiérarchie, pas personnellement, mais en tant que représentante de l'institution...

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Lefteris le 6th Février 2013, 16:02

@Dinosaura a écrit:
@lene75 a écrit:
@Dinosaura a écrit:J'ai oublié de dire qu'en plus, quand tu es prof, non seulement tu passes un temps fou à bosser en fait, mais en plus tu dois te justifier en permanence auprès du Monsieur et Madame Michu (et même des élèves : entendu cette année alors que j'ai en face de moi des professionnels de la glande !) que non, tu ne passes pas ton temps libre à glander...Je le voudrais bien d'ailleurs, ce ne serait que justice face à un boulot fondamentalement ingrat, mais c'est techniquement impossible (vu que je m'en tiens au minimum légal, et que, même comme ça, la charge de travail est démesurément lourde).

+1000

Sans indiscrétion, tu es déjà à 80% ? Sinon ça vaut vraiment le coup de l'envisager : avec deux enfants, le complément de la CAF compense presque la perte de salaire et ça permet de respirer un peu. Je ne supportais plus de ne réussir à dégager mes we qu'en périodes de vacances, maintenant je ne dirais pas que je ne bosse pas du tout le we, ce n'est pas vrai, mais j'ai quand même l'impression de presque avoir de vrais we.

Non, financièrement, cela était trop juste de notre côté, j'avais peur aussi que l'emploi du temps soit pourri (vu que je débarquais dans un nouvel établissement). Mais a priori l'année prochaine j'aurai les mêmes niveaux, et c'en sera fini des nouveaux programmes en HG, ce sera toujours ça de pris, même si le nombre de classes joue aussi. Et je compte bien en faire le moins possible, comme tu le fais : recycler le plus possible cours et évaluations, aller aux seules réunions obligatoires, ne pas être pp (j'ai voulu tester cette année)... Ce sera déjà bien assez (vu mon naturel perfectionniste).

Mais je comprends et partage ô combien ce que tu dis à propos des week-end et soirées grignotés, et quand j'en parle à des collègues à moi, tous (ou plutôt toutes) me disent aussi la même chose. J'en viens à me dire que, contrairement à l'idée reçue, à moins d'avoir un conjoint prof qui partage le même quotidien, l'Education Nationale a plutôt tendance à désunir les couples et briser les ménages que d'oeuvrer en leur faveur (puisque la vie pro bouffe la vie privée).

En jetant un tout petit peu de tout par la fenêtre (PP, heures supp, réunions, projets surtout ...) tu vas alléger énormément ta vie . Il faut aussi savoir ne pas rédiger une évaluation, des exercices, mais faire un choix judicieux dans un manuel et une toute aussi judicieuse photocopie, savoir espacer les évaluations (je dis ça, cette année j'en fais plein pour les tenir sous pression et respirer, mais j'ai une seule classe de français).

Il faut aussi perdre la mentalité culpabilisante qu'on t'a peut-être inculquée à l'IUFM : fausses recettes données par de vrais planqués. Par exemple, ne pas rendre les devoirs quasiment du jour au lendemain. Le jour où tu ne le fais plus, on a l'impression que tu es en faute. Je me demande même si les élèves les plus infects ne prennent pas d'autant plus de plaisir à saboter les cours qu'ils voient que tu prends ça à coeur. Ils adorent quand on s'énerve pour avancer, mais les plus boloss s'inquiètent quand tu restes plusieurs minutes sans dire un mot. Après ma journée épique de lundi, je suis arrivé le mardi et je n'ai pas prononcé un mot tant qu'il y avait un bruit dans la classe, que tous les manteaux n'étaient pas enlevés et les trousses rangées à l'après avoir sorti un stylo . Ca a pris dix minutes mais ça repose. Ensuite, je leur ai dit que j'allais faire sauter des leçons à cause d'eux , mais que ce n'était pas moi qui subirais le préjudice, que ce qu'ils croyaient être une victoire était une défaite à plate couture, et que ça allait commencer avec le devoir commun (c'st pur ça que je ne critique pas les DC) , et qu'en fin d'année on allait se séparer de quelques uns. L'un ouvert son clapet, je l'ai mis sur le palier. Puis j'ai pu faire cours , je les ai fait beaucoup gratter. Ca marche !!!Demain matin, je leur fais un cours "de fond de salle" c't-à-dire je branche le projecteur , et je projette (ça oblige à taper un cours, mais bon ..) . L'après-midi,ils sont généralement odieux : interro de conjugaison. S'il y a du bruit, rebelote vendredi matin. Une série de cours ou l'on se met sur leur dos comme ça, où ils sont écrasés, ils crient grâce , et on repart pur deux semaines supportables. Puis ça recommence...

Je suis peut-être à peine plus ancien que toi dans le métier, mais suffisamment âgé pour savoir dire le mot de Cambronne ou le suggérer très fort et me préserver . Il est hors de question que ce qui doit me faire vivre me tue à petit feu ...

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Lefteris le 6th Février 2013, 16:16

@Dinosaura a écrit:
@Lefteris a écrit:
@lene75 a écrit:
@Lefteris a écrit:On les subit, mais on a du temps, donnant -donnant.

Et quand en plus on n'a pas de temps, que ça bouffe les soirées, les we et une partie des vacances, il reste quoi ?

Enfin là où tu as raison, c'est que c'est beaucoup beaucoup mieux depuis que j'ai réussi à me dégager du temps grâce à mon 80% + un ralentissement de mon investissement au boulot : moins de devoirs, réutilisation de cours déjà prêts, préparations faites à l'arrache dans le bus et le matin en sdp (ça fait marrer les collègues quand ça sonne et que j'ai pas fini humhum et ouais, je fais mes devoirs à l'arrache, mais c'est toujours mieux que les élèves qui ne les font pas professeur ). Et quand j'ai une classe sympa (j'ai encore la chance que ça m'arrive, contrairement à certains), ça peut même vraiment devenir un chouette métier Very Happy Alors s'il passe par la tête d'un ministre de supprimer l'agreg chevalier : c'est mon seul espoir d'être "à 80%" toute ma carrière...

En revanche sur la possibilité de bosser seul, bah c'est presque ce qui m'use le plus dans ce boulot, de devoir sans cesse rendre des comptes, rédiger des rapports (ou refuser de les rédiger, ce qui est tout aussi usant), me justifier, batailler pour faire cours comme je l'entends, pour résister jour après jour aux intrusions de la direction mais aussi de collègues bien intentionnés, qui non seulement ne voient que par les projets communs, mais en plus font de l'ingérence dans les matières des autres et mettent des trucs dans la tête des parents et des élèves, par exemple qu'ils devraient réclamer qu'on fasse une progression commune en philo et des sujets de DS systématiquement communs comme ils le font dans leur matière et vont jusqu'à remettre en question notre manière de noter. Toujours plus de trous dans les edt pour nos inciter à bosser ensemble au lycée, plus de réunions bidon pour réfléchir à comment on pourrait travailler ensemble au sein de nos disciplines et en interdisciplinarité, plus de trucs imposés en conseil pédagogique (où il n'y a pas de vote, soit dit en passant...), et bien sûr le sacro-saint AP qui nous oblige à travailler en groupe puisque le créneau horaire est partagé par plusieurs profs. C'est un des points sur lesquels je suis le moins optimiste pour l'avenir, or ma matière est peut-être celle qui est la plus sensible à l'appropriation personnelle de la matière de son cours, où le lien entre la personnalité du prof et son cours est le plus fort.

Mon frère flic dit que dans son métier, ceux qui se suicident sont ceux qui y croyaient : j'ai l'impression que le nôtre prend dangereusement ce chemin, que lâcher prise, ne pas trop s'investir, devient peut-être la meilleure des solutions et des protections, mais alors, quel sens reste-t-il à ce métier s'il doit être exercé dans ces conditions ?
Il faut apprendre à lâcher prise . J'estimais mon travail entre 45 et 50 heures quand j'ai débuté et que j'étais certifié. J'avais certes beaucoup à préparer n'ayant rien , mais j'en faisais trop aussi : devoirs règlementaires , préparation de chaque cours, beaucoup de dactylographie, corrections de copies pleine d'annotations ...j'acceptais des réunions inutiles, des projets. Et je me suis dit que me reconvertir pour gagner moins en travaillant plus, c'était absurde. Puis j'ai passé l'agreg assez vite (pas assez encore ...) , qui m'a appris à élaguer, à aller vite, et je me suis rendu compte, ô miracle , que ça ne changeait rien à l'arrivée. Donc j'en fais moins et mieux : je me suis remis à lire (j'étais devenu un prof de lettres ne pouvant presque rien lire, pas le temps, et claqué...) . en plus, l'agreg dégage environ une demi- journée supplémentaire de liberté, ce qui n'est pas négligeable.

Pour le travail de blabla en commun , c'est une question d'état d'esprit. Ceux qui font du zèle sont dans la servitude volontaire. Ca peut aisément se saboter, la réunionnite, et simplement en traînant les pieds. L'idée de travailler en commun doit être spontanée, être ressentie comme utile, momentanément. Ca ne sert généralement à rien, c'est une pure idéologie . Organiser des réunions est un moyen de contrôle des gens, d'affirmation de pouvoir, et une volonté tenace de briser la mentalité "profession libérale" des enseignants. Je l'ai entendu , et je le sais , car venant d'un milieu plus hiérarchisé, je connais sais qu'entre autres, générer des réuinions est une technique managériale.

Ca permet également de faire émerger des "leaders" des groupes de bavassage , et d'en faire des relais hiérarchiques .

Les enseignants devraient se mettre au courant de ces stratégies, liées à des idéologies modernes, managériales et entrepreneuriales : ils comprendraient beaucoup mieux ce qui leur arrive ou risque de leur arriver...

Quant aux collègues qui se permettent de l'ingérance dans tes cours, méthodes, tu leur répnds ce que j'ai dit à un parent d'élève , et qui est une de mes formules brèves préférées . Ne supra crepidam sutor judicat , "le cordonnier ne doit pas juger plus haut que la semelle".
Est-ce que je vais faire la progression des profs de maths moi ? ... non mais Evil or Very Mad

Tout à fait d'accord (encore !). C'est pourquoi ça me hérisse que l'établissement où je suis pratique les DST en 3e (en plus du brevet blanc), je suis contre le travail d'équipe institutionnalisé, j'ai bien capté aussi le but réel de toutes ces réunions dont on nous abreuve (et que tu as très bien décrit : il s'agit bien d'une technique managériale visant à mettre au pas les plus récalcitrants, faire émerger un esprit moutonnier chez les profs et briser dans l'oeuf les velléités d'indépendance et effectivement une certaine mentalité - que je fais mienne - "profession libérale" qui se retrouve beaucoup chez les profs à l'ancienne, fiers de leur "intellectualité", n'ayant pas eu le loisir d'être formatés dans les IUFM etc). C'est justement cet esprit moutonnier, et servitude volontaire inconsciente d'elle-même, en plus d'une conception moins "libre" et moins "intellectuelle", moins politisée aussi, que je déplore dans mon établissement de jeunes. J'en reviens à mon message de départ (auquel personne n'a répondu... calimero ), j'ai rédigé un texte pour essayer de faire bouger un peu mes collègues, qu'ils se rendent compte qu' "on" les manipule, que nous nous faisons exploiter et museler, j'hésite à l'afficher... Pensez-vous que cela pourrait m'être préjudiciable, ou que cela est de toute façon inutile, et que c'est chacun pour soi, qu'il faut d'abord essayer de sauver sa peau en se désengageant de la vie de l'établissement et du boulot le plus possible ?
S'il y a de la solidarité, fais -le. Si c'est pour te faire moucharder et snober par esprit moutonnier (car on s'écartera de toi pour ne pas avoir l'air devant les chefs de partager tes idées) dis ça plutôt oralement . On peut aussi se désengager de la vie de l'établissement à proportion des contraintes imposées.Et sans brailler, sans quasiment se concerter . Nous avons eu un CDE adjoint qui vivait dans sa tour d'ivoire, donnait des ordres , engageait des projets sans l"avis de enseignants, il se heurtait à un mur , tout le monde ne faisait que ce qui est obligatoire, sans hurlements, sans confrontation. On ne trouvait même plus assez de PP. Il était jeune, il a dû le sentir, et il a changé peu à peu . Faites pareil ! ..
Et toi en particulier , avec deux enfants tout petits, tu ne va spas tenir le coup longtemps ,physiquement et moralement, et personne ne t'en saura gré , on aura plutôt tendance à te mettre la moindre défaillance, absence, sur le dos .

Et puis faites comprendre que c'st donnant -donnant : pour ma part, j'ai presque toujours eu des EDT très amples , à cause notamment d'une idée saugrenue d'augmenter la pause méridienne (plus de roulement , donc options rejetées en fin de journée) Je n'ai jamais hurlé, pleuré comme je l'ai vu (à éviter) : je partais comme un rat empoisonné entre les cours , on ne me voyait jamais dans l'établissement. Cette année, j'ai un EDT plus compact, alors je suis arrangeant , j'ai pris un EAP , ce dont personne ne veut .

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Dionysos le 6th Février 2013, 16:48

En 5 ans d'enseignement, j'ai appris que je ne suis indispensable en rien, pour les élèves. Qu'il y a beaucoup de superflu auquel l'IUFM - mais c'est la même chose dans le privé - te demande d'accorder une importance excessive. Qu'une fois que tu as quelques modèles de cours-type en réserve, ca roule. Que la fatigue n'est jamais bonne, et qu'il vaut mieux un cours moins bien préparé mais plus reposé. Que gueuler ne sert souvent à rien. Qu'un élève de seconde, ca n'est qu'un élève de troisième avec un peu plus de boutons et de poils aux pattes. Que la plupart de mes collègues n'ont, comme disent les élèves "que de la gueule".
Alors, bon.
Reste le plaisir de faire un cours qui marche, le bon mot et l'ambiance d'une classe ou ca se passe bien, le plaisir de lire deux ou trois choses en histoire ou en géographie, et le temps.
Par exemple, je n'ai pas bossé cet am. Enfin si, mais ni pour les cours, ni pour le concours. Les copies attendront : je suis nase.

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Paratge le 6th Février 2013, 17:30

Émission intéressante sur le « burn-out », sur France Inter dans la Tête au carré, mardi 5 février.
http://www.franceinter.fr/emission-la-tete-au-carre-le-burn-out

Réformes perpétuelles qui obligent à s'adapter à des dispositions passagères, déni du réel par l'encadrement, management pathogène...

Des « crises » qui submergent certaines personnes : « une implosion, des larmes, une bouffée de détresse qui submerge, effroi et incompréhension, un vide des profondeurs, une absence qui ressemblait à une folie … Tels sont les symptômes du syndrome du burn-out.
Le burn-out, un mal qui concerne 10 % des actifs, est un nouveau trouble qui se traduit par un état de vide intérieur proche d'une profonde dépression
Avant d’être un problème individuel, le burn-out est d’abord une pathologie de civilisation.

Marquée par l’accélération du temps, la soif de rentabilité, les tensions entre le dispositif technique et des humains déboussolés, la postmodernité est devenue un piège pour certaines personnes trop dévouées à un système dont elles cherchent en vain la reconnaissance. Mais ce piège n’est pas une fatalité. Face aux exigences de la civilisation postmoderne, on peut se demander comment transformer l’œuvre au noir du burn-out afin qu’il devienne le théâtre d’une métamorphose, et que naisse de son expérience un être moins fidèle au système, mais en accord avec ses paysages intérieurs.

Qu’est ce qu’un burn-out ? Quels sont les premiers signaux d’alerte ? Y a-t-il un profil, des personnes plus vulnérables que d’autres ? Que faire quand on se sent si mal : à qui en parler ? Burn-out, suicides… Jusqu’où ? Comment en tant que psychologue travaille-t-on sur ce genre de symptômes spécifiques ? Comment se passe une consultation ? Que vous disent les patients victimes de burn-out ? Y a-t-il des secteurs épargnés ?

Subir, s’adapter, résister comment s’opposer à l’accélération du temps, à l’organisation du travail et être reconnu ? Y a-t-il plus de burn-out qu’avant ? Qu’est ce qui a changé dans le monde du travail ? La faute à qui ? Peut-on parler de comportements managériaux maltraitants ?

Avec
Pascal Chabot, philosophe et professeur à l'IHECS à Bruxelles, auteur de Global Burn-Out de Pascal Chabot Ed PUF Collection Perspectives critiques
et Marie Pezé, docteur en psychologie, expert judiciaire, responsable du réseau de consultations Souffrance et Travail ainsi que du CES de Psychopathologie du travail au CNAM

Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés. Journal de la souffrance au travail, août 2008 Ed Pearson (et vendu également désormais en poche par Flammarion)

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Olympias le 6th Février 2013, 17:39

Cripure a raison, nous sommes fatigués parce que ce métier nous pompe une énergie folle, ce que d'autres ne comprennent pas ou ne veulent pas comprendre. Car pour eux, qui a fait un cours, le fait pour toujours.... S'il ne le change pas, c'est qu'il est fainéant, s'il le change, c'est toujours facile !
Journée d'hier : plein d'élèves absents (sauf 2), because sortie d'AP ; j'en profite pour leur conseiller d'avancer leurs devoirs, puis j'imprime le devoir pour la classe de seconde de l'heure suivante ; agrafage des feuilles (4, plusieurs exercices différents, pour le 3è, deux ? au choix, plus une dernière feuille pour les meilleurs/rapides et éventuellement pour compenser les ratages de la ? 2), je dis agrafage des feuilles, car comment mettre 5 exercices à l'écran avec vidéo proj, sachant qu'il y a une carte et un texte sur lequel il faut souligner....?? Puis, je finis de taper le devoir pour la classe qui le fera à 10h ; impression, agrafage. Ma première de glande est terminée.
9h, 1er DS, tout en répondant aux inévitables questions, je corrige un DS de 1ère L ; 10h, 2è DS ; récré ; je retrouve la classe pour la seconde heure, consacrée à une étude sur Palerme au XIIè siècle : passons un peu de temps sur la geste des Hauteville, pour les cultiver un brin (faut se faire plaisir de temps en temps, raconter l'histoire pour elle-même) et vérifier, grâce aux aventures italo-siciliennes de ces brutosaures normands, que la classe n'a pas oublié des notions de démographies et de géographie. On barbote dans les textes d'Al Idrisi, et l'analyse des textes nous mène à l'heure du repas.
L'heure du déjeuner est consacrée à taper, imprimer et agrafer (oui, encore !!) le devoir des TSTG prévu de 16 à 17, et les documents pour la guerre d'Algérie. Ensuite, le pensum : remplir le cahier de textes en ligne (que presque personne ne consulte, pour ça, il faut vouloir faire ses devoirs...!), réserver en ligne la salle que je souhaite pour 16h. Nouveaux PC (très très moches) dans notre salle des profs, prise de tête le temps de trouver le fonctionnement, désappointement en constatant qu'ils ne sont pas reliés à l'imprimante et que je ne peux pas imprimer.
Un peu de repos. Reprise des cours. La guerre d'Algérie en 1èL : un calvaire pour tenter avec moult techniques pédagogiques toutes plus affriolantes les unes que les autres, de faire bouger intellectuellement le banc de moules que j'ai devant moi.
Ah, si, j'allais oublier :
- rédiger deux lettres pour parents d'élèves : un élève qui ne fout rien, l'autre qui est très souvent absente, en dépit des CVS et du tutorat que j'ai mis en place !!
- lire les devis pour ma prochaine sortie parisienne et donner mon avis à l'intendance
Et quand je rentre chez moi, que faire ??? Dîner des enfants, plier et ranger le linge, nettoyage de la salle de bains, vérification des devoirs du petit ; une fois ma journée de bonniche terminée, me voilà prête à me consacrer aux corrections des devoirs du matin....en regardant Dr House, un soutien bienvenu face aux inévitables sornettes que je vais lire.....Et le festival commence : Gênes à la place de Nantes, l'espace hanséatique devient sur la légende l'empire bisantin (ds les texte) ; les routes maritimes deviennent terrestres...et je n'ai pas encore lu les paragraphes !!!
MAIS C'EST BIEN CONNU LE PROF NE FOUT RIEN C'EST UNE FEIGNASSE ! furieux

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par Dionysos le 6th Février 2013, 18:03

Ah, aujourd'hui, je n'ai rien foutu, je fus une vraie feignasse. J'assume.

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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par User5899 le 6th Février 2013, 19:07

@Dinosaura a écrit:
Cripure a écrit:Madame et Monsieur Michu, je les emmerde.Le problème, c'est que malgré un edt aux petits oignons, je n'ai plus assez de temps. Entre les RAC et les copies ineptes... Rolling Eyes pale

Cékoi les RAC ?
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Re: Bernard Maris : "Le seul intérêt de l’enseignement, dans ce métier dévalorisé, c’est de ne pas enseigner".

Message par User5899 le 6th Février 2013, 19:11

@Dinosaura a écrit:Ca me hérisse que l'établissement où je suis pratique les DST en 3e (en plus du brevet blanc), je suis contre le travail d'équipe institutionnalisé
Eh bien vous ne donnez pas de sujet, vous n'allez pas aux réunions d'organisation et si le devoir se fait quand même avec vos classes, vous ne corrigez pas les copies. Inertie tranquille et souriante. Que peut-on vous dire ?

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