Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

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Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par John le Lun 18 Mar 2013 - 19:23

L'affaire avait été évoquée ici : http://www.neoprofs.org/t54143-bethune-une-prof-se-suicide-en-invoquant-ses-conditions-de-travail#1682765

Le syndicat AD et le site Agoravox en donnent les dernières informations :
http://www.adnice.fr/spip.php?article270

Tous les moyens sont bons au rectorat de Lille pour faire oublier le suicide de Marielle Croquefer, professeure du Lycée André Malraux de Béthune.

Refus d’une commission d’enquête et de la qualification en accident de travail, interdiction pour les membres du CHSCT des personnels de l’Education nationale du Pas-de-Calais de se rendre dans l’établissement professionnel et suppression du poste de l’enseignante en catimini pour la rentrée 2013 ont été décrété par l’académie, pourtant « affectée » au moment du drame.

Jean-Jacques Pollet, le recteur de l’académie avait pourtant promis, en octobre dernier, une enquête sur les circonstances de la tragédie. Comme le disait Charles Pasqua, les promesses n’engagent que ceux qui y croient.

A l’académie de Lille, aucun commentaire n’est, encore et toujours, disponible sur ces informations recueillies par Agoravox.fr

REFUS CATEGORIQUE

« Après la réunion du CHSCT du 14 décembre qui a débouché sur un refus catégorique du DASEN (ndlr : Directeur de l’académie des services de l’éducation nationale, autrefois « inspecteur d’académie ») Guy Charlot de réunir une commission d’enquête bien qu’elle ait été demandée à l’unanimité des membres, une nouvelle réunion est prévue le vendredi 15 mars prochain », m’indique Sylvie Vinçard, secrétaire nationale du syndicat Action et Démocratie.

Par ailleurs, devant ce refus, les membres du Comité d’hygiène, sécurité et des conditions de travail ont demandé à se rendre au Lycée Malraux. « Cela leur a été refusé au prétexte qu’ils ne sont pas… formés », précise la syndicaliste.

« Le cas de Marielle avait été en dernière position des ordres du jour lors du dernier CHSCT et avait été traité en vitesse en fin de réunion », se souvient la responsable syndicale.

Elle révèle également que le poste de la professeure du Lycée professionnel, qui s’est donnée la mort en octobre dernier, a été supprimé pour la rentrée 2013. Dans des conditions peu habituelles.

Le conseil d’administration de l’établissement a été convoqué un samedi, ce qui est peu propice à la présence de tous ses membres. Outre le proviseur, Michel Boins, seuls 15 des 30 membres du conseil étaient présents. Résultats des courses : exit le poste de Marielle Croquefer à 9 voix contre 7 (dont 6 enseignants).

NI COMPASSION NI CONDOLEANCES

C’est précisément ce que craignait l’enseignante dans la liste de ses désespoirs. Elle déplorait particulièrement un manque de soutien de sa hiérarchie. Notons que le chef d’établissement après le décès « a réclamé à sa famille ses copies et dossiers dans un courrier sans même un mot de compassion ni de condoléances », rapporte Sylvie Vinçard.

Marielle a laissé derrière elle un mail prémonitoire dans lequel elle dit « je ne veux pas qu’on supprime mon poste (…) je ne veux pas redevenir TZR (Titulaire zone de remplacement) ».

L’enseignante de 48 ans, maman d’un garçon de 14 ans, conclut dans son mail : « Je vais très mal ». En grande souffrance comme 30% du million d’enseignants français, estime la responsable syndicale.

Contrairement aux chats, Marielle n’a pas eu plusieurs vies. Mais l’Education nationale, par son déni, est en train de lui offrir plusieurs morts.

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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par Cath le Lun 18 Mar 2013 - 19:36

Lamentable.

Et même pas étonnant.

Cath
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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par DUMAC le Lun 18 Mar 2013 - 19:43

NI COMPASSION NI CONDOLÉANCES

"C’est précisément ce que craignait l’enseignante dans la liste de ses désespoirs. Elle déplorait particulièrement un manque de soutien de sa hiérarchie. Notons que le chef d’établissement après le décès « a réclamé à sa famille ses copies et dossiers dans un courrier sans même un mot de compassion ni de condoléances », rapporte Sylvie Vinçard.

Je n'arrive pas à y croire!



DUMAC
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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par Nestya le Lun 18 Mar 2013 - 19:49

J'étais justement en train de lire cet article:

Le lycée Malraux vit encore sous le choc. Cinq mois après le suicide de Marielle Croquefer, enseignante au lycée professionnel Malraux, ses collègues ne désarment pas.

à l'époque, juste avant les vacances de Toussaint, les professeurs s'étaient déjà mobilisés, puis ils avaient organisé une marche blanche le 12 novembre au départ du lycée pour rejoindre l'arbre de la paix.
Plusieurs centaines de personnes y avaient participé pour rendre hommage à Marielle Croquefer, qui craignait de voir son poste supprimé. En février, les syndicats apprenaient qu'au final le poste de Marielle Croquefer allait être supprimé.

Des pressions dues au travail selon ses proches
« Au niveau de l'administration, j'ai envoyé le 7 janvier 2013 un courrier au directeur académique des services de l'Éducation nationale lui expliquant que ma soeur Marielle n'avait pas supporté toutes les pressions dues à la dégradation des conditions de travail avec classes hostiles, la menace de la suppression de son poste, vingt-sept années où elle a été mutée d'établissement en établissement, la peur de redevenir TZR (titulaire sur zone de remplacement), et les remarques, commentaires de sa hiérarchie. Les documents que je possède ne laissent aucun doute. Poussée à bout, elle avait mis fin à ses jours », regrette Maryse Croquefer.

« Il faut que l'institution écoute ce cri »
« Cette situation est révélatrice d'une situation préoccupante aggravée par le précédent gouvernement sur les enseignants. Il faut que l'institution écoute ce cri. Elle a laissé des écrits, mais on fait face à un rectorat qui n'a absolument pas envie de répondre aux questions. Il préfère étouffer le drame. On fait face à une gestion inhumaine, car chiffrée. On ne regarde pas les conditions dans lesquelles nous travaillons », déplore Michel Paillart, professeur au lycée Malraux et membre du syndicat Action Démocratie.
Il poursuit : « Toutes les conditions sont réunies pour que nos collègues se sentent de plus en plus mal à l'aise dans leur métier. De plus en plus se posent des questions quant à leur avenir professionnel. Quand on voit des suppressions un peu partout, ça ne rassure pas loin. Loin de là. Les professeurs, ce ne sont pas les braves fonctionnaires toujours en vacances. » Après deux rendez-vous infructueux les 14 novembre et 14 décembre, le Comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) se réunira une troisième fois ce vendredi 15 mars.

« Des dirigeants autistes »
« Considérant que ma soeur s'est suicidée pour des raisons professionnelles, j'ai contesté la décision rendue lors du CHSCT du 14 décembre 2012 de ne pas donner suite. Je lui ai demandé l'ouverture d'une enquête au sein du lycée Malraux et de me faire parvenir le dossier de déclaration d'accident du travail. Il m'a répondu le 24 Janvier 2013 en m'informant que ma correspondance était transmise au Recteur de l'académie de Lille au pôle juridique.
Depuis plus de nouvelles », assure Maryse Croquefer.
« Je crois qu'il n'y aura aucune évolution. On doit faire face à des dirigeants autistes qui utilisent les méthodes du passage en force », appuie Michel Paillart. Réponse ces prochains jours.
http://www.lavenirdelartois.fr/actualite/Pays_d_Artois/Bruaysis/2013/03/18/article_toujours_dans_l_attente_d_une_decision.shtml

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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par Nestya le Lun 18 Mar 2013 - 19:50

Et sur le même site, un témoignage:
http://www.lavenirdelartois.fr/actualite/Faits_divers/Faits_divers/2013/03/18/article_agressee_par_une_eleve_au_lycee.shtml

Du matériel lancé à quelques centimètres du visage des professeurs, des insultes, des comportements provocateurs, voire des agressions physiques.
.. Nos écoles seraient-elles devenues à l'image des films américains où l'insécurité règne dans les établissements scolaires ?
Devenir professeur et le rester. Voilà le dilemme posé par bon nombre d'enseignants. Le malaise est bien réel. Il touche la profession à tous les niveaux. Elle est mise à mal, dénigrée pour les uns, dévalorisée pour les autres... La profession n'est plus ce qu'elle était, explique Carine*, professeur d'éducation physique (EPS) dans le Béthunois. L'enseignante a été victime d'une agression d'une élève en 2011. Depuis ce jour-là tout à basculer. Tout, sur laquelle s'est bâtie sa carrière, trente années d'enseignement, s'est écroulé.
L'incompréhension, le doute, une sanction minorée pour l'élève fautive, et surtout l'absence de soutien de la hiérarchie ont plongé Carine dans une dépression avec des idées suicidaires. « L'élève a repris les cours dès le lendemain du conseil de discipline, mais pas moi. Qu'ont pu imaginer les lycéens ? » « J'ai été victime comme Marielle Croquefer. Le prochain ce sera qui ? », s'inquiète le professeur.
Son histoire, elle la raconte d'une voix triste provoquée par la déception et la désillusion. Ses proches et le syndicat ont été les seuls soutiens.
« Aujourd'hui, le professeur d'éducation physique n'est plus considéré, alors que longtemps, l'EPS était en avance sur l'enseignement général. Il apportait beaucoup à l'équipe éducative, sur le comportement de l'élève, par exemple.
Le 23 septembre 2011 restera gravé à tout jamais dans la mémoire. C'est le jour où des élèves ont montré leur hostilité à l'autorité du professeur.
Ils ont fait corps, menés par deux élèves perturbateurs. Carine a tenté de les maîtriser en leur sommant d'exécuter un devoir écrit afin d'éveiller une prise de conscience sur le thème imposé : « Que pensez-vous de votre comportement ? ».
La situation a dégénéré. Une élève a empoigné la professeur malmenée au milieu des autres camarades. Un violent coup de pied a été asséné au niveau du tibia. Carine en garde encore la marque.
Supporter les remarques des uns, devoir se justifier devant la hiérarchie ou le commissariat pour déposer plainte... Carine avait l'impression que tout lui échappait sans soutien psychologique, ni celui de la hiérarchie. Pas un mot d'empathie. Et encore moins le jour du conseil de discipline. « Ils sont tous passés devant moi sans m'adresser la parole ». Carine a été déstabilisée et blessée au plus profond de son être. « J'ai cru que la situation se retournait contre moi. Je n'ai pas su reprendre le chemin de l'école. Depuis le 23 septembre 2011, mon cartable est resté à l'endroit où je l'ai posé, dans l'entrée de la maison ».

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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par gauvain31 le Lun 18 Mar 2013 - 19:55

Les mots ne sont pas assez forts pour décrire ce que je ressens... c'est juste à pleurer....

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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par Zenxya le Lun 18 Mar 2013 - 20:10

Il n'y aurait pas une façon de "porter plainte" pour la famille, style mise en danger de la vie d'autrui, enfin une action quelconque qui permettrait une enquête et la recherche d'une responsabilité ???

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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par Trinity le Lun 18 Mar 2013 - 20:14

@gauvain31 a écrit:Les mots ne sont pas assez forts pour décrire ce que je ressens... c'est juste à pleurer....

En plus d'être d'une infinie tristesse, c'est effrayant.

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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par gauvain31 le Lun 18 Mar 2013 - 20:14

D'accord avec Zenxya: il est du devoir de la hiérarchie de protéger leur enseignants; elle était en détresse..... je suis sûr que la famille portera plainte

gauvain31
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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par gauvain31 le Lun 18 Mar 2013 - 20:17

Je crois que quite à être confronté un jour à ce genre de folie collective, je dirai mes 4 vérités , je téléphonerai aux parents en leur disant ce que je pense de leur rejeton et de leur façon d'éduquer... et rappellerais les CDE à leur mission; je serais assez revanchard tellement la colère dans ce cas abolirait toutes les peurs
Enfin bon plus facile à dire qu'à faire !

gauvain31
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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par arcenciel le Lun 18 Mar 2013 - 20:32

@Trinity a écrit:
@gauvain31 a écrit:Les mots ne sont pas assez forts pour décrire ce que je ressens... c'est juste à pleurer....

En plus d'être d'une infinie tristesse, c'est effrayant.
+1

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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par Loreleii le Lun 18 Mar 2013 - 20:45

Merci de nous avoir donné des nouvelles des "suites données" au suicide de notre collègue.
Tout ça me désole et je suis en colère ! Très en colère ...

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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par gauvain31 le Lun 18 Mar 2013 - 20:52

Il y a une perte totale de repère : cet établissement est une zone de non-droit tout simplement

gauvain31
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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par Olympias le Lun 18 Mar 2013 - 21:24

Si l'on n'y veille pas, la zone de non droit s'étendra...Un certain nombre d'établissements est déjà concerné. Quelle est la position de Peillon sur ce sujet ? Car celui-là est fondamental...Mais non, on préfère s'occuper d'autre chose...la morale y pourvoira. C'est lamentable et scandaleux.

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Re: Pas de commission d'enquête sur le suicide d'une enseignante à Béthune en octobre 2012.

Message par Condorcet le Mar 19 Mar 2013 - 0:21

Désolant Sad Like a Star @ heaven affraid

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