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doublecasquette
Devin

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par doublecasquette le Dim 14 Avr 2013 - 10:11
Je suis désolée, Nasopi. Vraiment et sincèrement désolée.
Je t'estime énormément mais là, en entendant le parcours du combattant qu'on imposait à cette enfant qui me faisait penser à ce que certains parents imposent à leurs rejetons pour qu'ils deviennent musiciens de renom, danseurs étoiles ou sportifs de haut niveau, je ne pouvais éprouver que de la pitié devant cette gentille enfant, assise, muette, au milieu de nous, à la récréation.

Il ne me viendrait pas à l'idée de féliciter les parents de ces enfants à qui on impose, en ignorant complètement leurs envies, leurs besoins, leurs difficultés, des heures et des heures de répétition ou d'entraînement.
Je continuerai à plaindre ces gamins qu'on réveille tôt le matin pour qu'ils puissent faire deux heures de gammes et d'arpèges ou deux heures de jogging-musculation-étirements avant l'école, qui sont soumis à un régime alimentaire draconien pour pouvoir devenir des "animaux de concours", dont les soirées ressemblent à des marathons et qui passent leurs dimanches et leurs mercredis à satisfaire les envies de leurs parents (et subir la pression de leur dépit en cas d'échec) au lieu d'aller jouer avec les copains comme des enfants de leur âge.

Nous considérons tous ici que des parents qui poussent leurs gamins scolairement au-delà du raisonnable et les coupent de leur vie d'enfants en espérant les transformer ainsi en bêtes à concours futurs majors de Polytechnique ou de la Rue d'Ulm ne sont en rien admirables.

Et dans ce cas précis, parce qu'il s'agit d'une enfant handicapée, ce serait admirable ?
Oui, certains êtres humains ne peuvent entrer dans les critères de la machine économique. Oui, nous, les valides, nous avons l'impression que vivre d'allocations, dans la dépendance des autres, nous humilierait. Oui, nous aimerions que tout le monde nous ressemble et soit, comme nous, un adulte "parfait" qui se suffit à lui-même.
Non, je ne crois pas qu'on ait rendu cette enfant heureuse et épanouie dans sa différence en lui imposant ce que nous ne nous imposerions pas à nous-mêmes. Non, je ne crois pas que cette jeune fille souffrirait de vivre d'allocations, dans la dépendance des autres, parce qu'elle n'est pas nous, qu'elle ne voit pas le monde comme nous et qu'elle sent bien au fond d'elle-même que la "charité" qu'on lui fait en l'obligeant à être performante et autonome est une charité au même titre que l'allocation qu'on lui verserait sans lui imposer de bosser tous les jours au risque de l'épuiser physiquement et nerveusement.
Et non, définitivement non, je ne pense pas que tes enfants, eux, seraient heureux de pouvoir gagner leur pain à la sueur de leur front.

Et je paierais volontiers plus d'impôts pour qu'ils puissent vivre leur vie d'adultes handicapés dans un cadre sécurisant pour eux, entourés de personnel formé en nombre suffisant, attentif à leur bien-être et leur permettant de vivre au cœur de la société sans avoir à subir le matraquage que subit cette jeune fille.
C'est ma façon de comprendre le droit à la différence. Encore une fois, je suis sincèrement désolée.
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roxanne
Devin

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par roxanne le Dim 14 Avr 2013 - 10:12
facile à dire ça , non ? On fait des enfants en espérant qu'ils soient autonomes, indépendants .
Je réponds àYogi.
Cath
Bon génie

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par Cath le Dim 14 Avr 2013 - 10:14
Un exemple tout bête.

Certains de mes élèves sont daltoniens. Rien de grave, donc. On n'est pas dans le handicap comme au-dessus, mais vous allez comprendre.

Ils sont en lycée pro.

Le collègue d'électricité en est réduit à accrocher des étiquettes sur les fils avec leur couleur "bleu", "rouge" etc.

Et comment feront-ils dans leur vie professionnelle ?
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yogi
Grand sage

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par yogi le Dim 14 Avr 2013 - 10:15
@roxanne a écrit:facile à dire ça , non ? On fait des enfants en espérant qu'ils soient autonomes, indépendants .
Je réponds àYogi.
Je ne vois pas en quoi il est humiliant de percevoir des allocations. L'adjectif ne me parle pas.

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yogi
Grand sage

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par yogi le Dim 14 Avr 2013 - 10:16
@doublecasquette a écrit:Je suis désolée, Nasopi. Vraiment et sincèrement désolée.
Je t'estime énormément mais là, en entendant le parcours du combattant qu'on imposait à cette enfant qui me faisait penser à ce que certains parents imposent à leurs rejetons pour qu'ils deviennent musiciens de renom, danseurs étoiles ou sportifs de haut niveau, je ne pouvais éprouver que de la pitié devant cette gentille enfant, assise, muette, au milieu de nous, à la récréation.

Il ne me viendrait pas à l'idée de féliciter les parents de ces enfants à qui on impose, en ignorant complètement leurs envies, leurs besoins, leurs difficultés, des heures et des heures de répétition ou d'entraînement.
Je continuerai à plaindre ces gamins qu'on réveille tôt le matin pour qu'ils puissent faire deux heures de gammes et d'arpèges ou deux heures de jogging-musculation-étirements avant l'école, qui sont soumis à un régime alimentaire draconien pour pouvoir devenir des "animaux de concours", dont les soirées ressemblent à des marathons et qui passent leurs dimanches et leurs mercredis à satisfaire les envies de leurs parents (et subir la pression de leur dépit en cas d'échec) au lieu d'aller jouer avec les copains comme des enfants de leur âge.

Nous considérons tous ici que des parents qui poussent leurs gamins scolairement au-delà du raisonnable et les coupent de leur vie d'enfants en espérant les transformer ainsi en bêtes à concours futurs majors de Polytechnique ou de la Rue d'Ulm ne sont en rien admirables.

Et dans ce cas précis, parce qu'il s'agit d'une enfant handicapée, ce serait admirable ?
Oui, certains êtres humains ne peuvent entrer dans les critères de la machine économique. Oui, nous, les valides, nous avons l'impression que vivre d'allocations, dans la dépendance des autres, nous humilierait. Oui, nous aimerions que tout le monde nous ressemble et soit, comme nous, un adulte "parfait" qui se suffit à lui-même.
Non, je ne crois pas qu'on ait rendu cette enfant heureuse et épanouie dans sa différence en lui imposant ce que nous ne nous imposerions pas à nous-mêmes. Non, je ne crois pas que cette jeune fille souffrirait de vivre d'allocations, dans la dépendance des autres, parce qu'elle n'est pas nous, qu'elle ne voit pas le monde comme nous et qu'elle sent bien au fond d'elle-même que la "charité" qu'on lui fait en l'obligeant à être performante et autonome est une charité au même titre que l'allocation qu'on lui verserait sans lui imposer de bosser tous les jours au risque de l'épuiser physiquement et nerveusement.
Et non, définitivement non, je ne pense pas que tes enfants, eux, seraient heureux de pouvoir gagner leur pain à la sueur de leur front.

Et je paierais volontiers plus d'impôts pour qu'ils puissent vivre leur vie d'adultes handicapés dans un cadre sécurisant pour eux, entourés de personnel formé en nombre suffisant
, attentif à leur bien-être et leur permettant de vivre au cœur de la société sans avoir à subir le matraquage que subit cette jeune fille.
C'est ma façon de comprendre le droit à la différence. Encore une fois, je suis sincèrement désolée.
MERCI.

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kiwi
Vénérable

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par kiwi le Dim 14 Avr 2013 - 10:30
@sophieisa2002 a écrit:Bonjour Gryphe,
Où est l'enseignement plus adapté dont tu parles ?
Je suis maman d'un petit garçon autiste, qui a des compétences cognitives et scolaires tout à fait dans la norme.C'est quoi pour lui l'enseignement adapté ????
Je comprends que certains enseignants soient déroutés (c'est vrai, on n'improvise pas face au handicap). Réticents, je comprends déjà moins.. Oui, ç'est dérangeant de s'adapter à nos élèves, mais c'est quand même notre boulot dans l'école de la République. Pourtant, on choisit d'être enseignant alors qu'on ne choisit pas d'être parents d'enfant handicapé...
Que ce soient les enfants qui fassent les frais du manque de professionnalisme de certains, je ne suis pas d'accord.
Pour autant, en cas de handicap sévère avec retard mental, les enfants sont de toutes façons orientés vers des IME, la question ne se pose donc même pas.
Pour les moins atteints , et bien oui, il faut un peu s'adapter, mais ce n'est pas si compliqué si on accepte de se remettre en question et de laisser toutes ses certitudes au placard. Beaucoup de professionnels sont là pour nous épauler, mais nous sommes rarement là pour les accueillir...
En tant que parent, alors oui, je refuserais qu'on veuille pousser mon enfant vers l'extérieur, d'ailleurs vers quel extérieur, et pour quelle raison objective? L'incompétence ou la flemme de certains ?? Le manque de moyens ? Là, je suis d'accord ! On manque cruellement de moyens, alors faisons en sorte de nous unir pour les obtenir ces moyens et non pas de pousser les gamins dehors...

Merci Vincent ! Maintenant on attend les moyens

Ce que je vais dire ne va pas te faire plaisir, mais je n'ai pas passé le CAPA-SH. J'ai seulement passé un capes et validé la pratique dans un collège lambda, qui me donnent des compétences pour enseigner à des élèves ne présentant pas de handicap cognitif.
Pourtant, j'accueille des élèves de l'ULIS dans ma classe. Mais ce sont des élèves qui sont aptes à être intégrés scolairement et socialement, car il s'agit surtout d'une intégration avec les camarades. Jamais ma collègue d'ULIS n'enverrait en intégration un gamin qui n'est pas apte à suivre des cours "classiques" dans un groupe classe au complet.
Ce n'est pas une question de flemme ou de rejet du handicap : c'est une question de compétence. Je ne saurais pas gérer un gamin qui se mettrait à hurler pendant mes cours. Je ne vois pas non plus comment je peux aider un enfant qui a un retard cognitif lourd.

Pourtant, c'est ce qu'on nous demande de plus en plus de faire car les parents refusent un enseignement adapté pour leur enfant, ou parce qu'il n'y a pas suffisamment de structures pour les accueillir et leur fournir un enseignement qui les aiderait. Qu'est-ce que ça apporte à un gamin? J'ai une classe avec une ribambelle d'enfants qui auraient dû être orientés en fin de primaire vers une segpa ou une classe d'ULIS. Les parents ont refusé ou bien ils n'ont pas de retard (tu sais, le tapis roulant, on passe d'une classe à une autre...). Ce sont presque des analphabètes. Ils sont incapables de suivre mes enseignements et je n'ai pas été formée pour leur apprendre à lire. Je ne sais pas apprendre à lire à un enfant. J'ai des élèves non francophones en classe. Un autre problème. Plus de place en CLA. Je ne suis pas habilitée à leur apprendre la maîtrise de la langue française. Je ne sais pas faire.

Je le répète : ce n'est pas de la mauvaise volonté. C'est juste qu'on n'a pas été formé pour enseigner à des enfants présentant un handicap cognitif ou moteur sévère. Je pense que ces enfants méritent mieux comme enseignement.

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philann
Doyen

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par philann le Dim 14 Avr 2013 - 10:30
@roxanne a écrit:facile à dire ça , non ? On fait des enfants en espérant qu'ils soient autonomes, indépendants .
Je réponds àYogi.

Bien sûr que tout parent souhaite avoir des enfants autonomes et indépendants...et le fait qu'ils ne le soient pas doit être une source d'angoisse incroyable.

Mais parfois ils ne le sont tout de même pas, parfois le parcours "normal/normé" ne leur offre pas plus d'indépendance ou d'autonomie...juste plus de souffrance quotidienne.

On est là typiquement au coeur du problème, que l'enfant soit handicapé ou non, entre les désirs/fantasmes parentaux...et l'enfant réel...tel qu'il est, dans une société donnée.

_________________
2014-2015: poste fixe dans les Hauts de Seine Very Happy Very Happy Very Happy
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kiwi
Vénérable

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par kiwi le Dim 14 Avr 2013 - 10:34
@sophieisa2002 a écrit:Je comprends et je compatis ergo, mais là ce sont bien les moyens qui manquent : il faudrait plus d'avs, des avs vraiment formé(e)s, un effectif encore réduit.
Et puis, ce sont les ULIS qui doivent accueillir les élèves handicapés, pas les segpa non ?
Ce qui me dérange, c'est qu'on mette en avant le fait que les familles soient "comme ci ou comme ça" ; Elever un enfant handicapé est un vrai challenge. Il me semble préférable que la loi soit en faveur des familles ; il est plus facile pour l'institution de convaincre la famille du bénéfice d'une orientation, que pour la famille de convaincre une institution réticente...

@Rikky : effectivement, on n'a pas de vrai choix ; il faut ouvrir des classes, former des enseignants et embaucher des AVS, mais pas écarter ces enfants 😢

J'édite pour remercier sincèrement tous les enseignants qui font un boulot formidable (et j'en connais) auprès de ces enfants

Plus d'AVS dans des classes à 28 ou 30, je les mets où? Je m'occupe comment de ces enfants? Parce que certes il y a l"AVS, mais il n'est pas enseignant l'AVS. C'est une utopie de penser que le collège unique, dans un contexte de restriction budgétaire, va permettre de faire des classes de 8 élèves. C'est impossible.
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yogi
Grand sage

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par yogi le Dim 14 Avr 2013 - 10:36
@philann a écrit:
@roxanne a écrit:facile à dire ça , non ? On fait des enfants en espérant qu'ils soient autonomes, indépendants .
Je réponds àYogi.

Bien sûr que tout parent souhaite avoir des enfants autonomes et indépendants...et le fait qu'ils ne le soient pas doit être une source d'angoisse incroyable.

Mais parfois ils ne le sont tout de même pas, parfois le parcours "normal/normé" ne leur offre pas plus d'indépendance ou d'autonomie...juste plus de souffrance quotidienne.

On est là typiquement au coeur du problème, que l'enfant soit handicapé ou non, entre les désirs/fantasmes parentaux...et l'enfant réel...tel qu'il est, dans une société donnée.

Oui, il me semble qu'il y a mieux à faire au niveau du respect de l'enfant plutôt que de projeter des désirs de parents fondés sur l'apologie d'un esclavagisme (le faire bosser 18h par jour pour qu'il devienne "comme les autres").

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alanne
Fidèle du forum

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par alanne le Dim 14 Avr 2013 - 12:23
Ancienne AVS, j'admets que certains parents ne réalisent pas à quel point la scolarisation de leurs enfants est dure.J'ai vu des enfants violents avec une maîtresse qui me disait de gérer.Même si j'estime avoir eu une bonne formation comme AVS il m'est arrivé de dire NON à cette intit .Je ne suis et n'étais pas un poutching ball. Comment faire devant un enfant qui crie sans prévenir ? Même avec une formation , il n y a pas de solution face à ces situations concrètes .

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Nasopi
Bon génie

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par Nasopi le Dim 14 Avr 2013 - 12:40
@doublecasquette a écrit:
Et non, définitivement non, je ne pense pas que tes enfants, eux, seraient heureux de pouvoir gagner leur pain à la sueur de leur front.

Donc, il faut supprimer les ESAT, et tout ce qui y ressemble ?
A bas l'obligation pour les entreprises d'employer 6% de personnes handicapées ?

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"Donne-moi la sérénité nécessaire pour accepter telles qu’elles sont les choses qu’on ne peut pas changer, donne-moi le courage de changer celles qui doivent l’être ; donne-moi la sagesse qui permet de discerner les unes et les autres." (Marc-Aurèle)
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Reine Margot
Demi-dieu

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par Reine Margot le Dim 14 Avr 2013 - 12:43
je travaille avec une collègue handicapée, non-voyante, qui a un chien-guide. le chien est la mascotte du service, et elle est très bien intégrée, je trouverais dommage que ça n'existe pas.

_________________
Que le cul leur pèle, et que les bras leur raccourcissent!
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doublecasquette
Devin

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par doublecasquette le Dim 14 Avr 2013 - 13:08
Mais pas du tout... Tout dépend de la nature du handicap, bien entendu. J'ai eu un prof de musique non-voyant extraordinaire, mais il n'était pas prof d'arts plastiques.
Si les 6 % de personnes handicapées permettent que les droits de tous les salariés soient respectés, conservés et même amplifiés, je suis à fond pour ; s'ils permettent d'employer quelqu'un à bas coût et de casser le système, je suis déjà beaucoup moins admirative.

_________________
Pardon pour vous, pardon pour eux, pour le silence
Et les mots inconsidérés,
Pour les phrases venant de lèvres inconnues
Qui vous touchent de loin comme balles perdues,
Et pardon pour les fronts qui semblent oublieux.
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Zorglub
Habitué du forum

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par Zorglub le Dim 14 Avr 2013 - 13:33
Merci DC pour la succession de vos interventions.
Je n'ai pas osé intervenir dans le même sens, (au sujet du tact je suis pas un pro).
Vous exprimez exactement mon sentiment.

En complément :
* je ne sais pas faire
* je n'ai pas envie d'apprendre et c'est un droit légitime me semble-il. En 1980 lorsque j'ai passé le CAPES personne n'imaginais que cette question se poserai un jour, pas plus d'ailleurs que les dérives ultimes du collège unique. Le métier que j'ai choisi à cette époque n'est pas du tout celui que j'exerce et c'est déjà assez frustrant ! Je ne souhaite pas du tout occuper d'enfant déficients, retardés, handicapés mentaux, psychotiques, etc. parce que c'est pas mon truc. N'y voyez aucun mépris, seulement une absence de goût pour ce métier.
* bien entendu aucun souci pour les handicaps physiques s'ils restent assez raisonnables pour que l'enfant ne soit pas sensiblement moins autonome que les autres (là, je ne mets pas la barre très haute.)
* j'ai déjà bien du mal à gérer et à tenter de faire travailler les 29 ou 30 gosses de mes classes, à faire cohabiter des élèves dont le profil varie de "vaguement alphabétisé" à "intello old style" (qui aurait pu être mon gosse ...) sans compter les cas sociaux dézingués par un contexte familial plus que lourd, ceux qui sans être déficients ne sont pas du tout intelligents, les flemmards chroniques, les monchéris, etc.

Il arrive un moment où la tâche devient insurmontable. Donc n'en rajoutons pas au risque de tomber dans le "yaka faire tous semblant tant que les apparences sont sauves on considère que le devoir est fait". D'ailleurs, en sommes-nous si loin ?

J'ai subi en BTS une expérience (ratée ...) d'intégration d'un schizophrène lourd, ce fut un cirque infernal aussi bien pour nous que pour les autres élèves.
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Marcel Khrouchtchev
Enchanteur

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par Marcel Khrouchtchev le Dim 14 Avr 2013 - 13:35
@Reine Margot a écrit:je travaille avec une collègue handicapée, non-voyante, qui a un chien-guide. le chien est la mascotte du service, et elle est très bien intégrée, je trouverais dommage que ça n'existe pas.

Je pense que la question du travail des handicapés dans l'enseignement est assez différent de celui de l'accueil d'enfants handicapés dans les établissements. De plus, peut-on réellement comparer des situations très différentes? En tant qu'enseignant, je me serais bien vu face à un aveugle, mais j'aurais été franchement mal à l'aise face à un autiste. Et encore, il y a de très nombreuses formes d'autisme. Mettre des enseignants non formés face à ces enfants, c'est vraiment inconscient.
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Marcel Khrouchtchev
Enchanteur

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par Marcel Khrouchtchev le Dim 14 Avr 2013 - 13:36
@Zorglub a écrit:
* je ne sais pas faire
* je n'ai pas envie d'apprendre et c'est un droit légitime me semble-il.

Je suis assez d'accord avec toi (avec la suite de ton message aussi d'ailleurs).
Cath
Bon génie

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par Cath le Dim 14 Avr 2013 - 13:43
Moi aussi.

C'est en substance ce qu'a répondu un collègue lors d'une réunion, à la COP qui disait "Mais il faut bien les mettre quelque part!".

Qu'on crée les structures nécessaires, ces enfants ont besoin de soins, de pédagogies adaptées... Les autres élèves ont droit à une scolarité aussi.

Perso, je ne sais pas faire.
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Gryphe
Médiateur

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par Gryphe le Dim 14 Avr 2013 - 13:49
cath5660 a écrit:ces enfants ont besoin de soins
Voilà.

Après, ça n'empêche pas des intégrations adaptées cas par cas à chaque élève, supervisées par le maître spécialisé de l'ULIS et accompagnées si nécessaire par un AVS.
Mais ce n'est pas la même chose que de laisser un enfant dans une classe sans aucune adaptation, dans laquelle ses notes vont progressivement plonger jusqu'au 15è sous-sol, pour qu'arrivé en 3ème (s'il y arrive), il n'ait aucune orientation et aucun "bonus" handicap car jamais le dossier MDPH n'a été monté.

J'ai conscience de dire des choses difficiles. Mais mince, c'est quand même mieux qu'il y ait une prise en charge adaptée (y compris en établissement ordinaire) plutôt que de faire semblant que tout aille bien alors que l'enfant crie l'inverse.

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Τί ἐστιν ἀλήθεια ;

Certaines rubriques de Neoprofs.org sont en accès restreint. Pour en savoir plus, c'est par ici : http://www.neoprofs.org/t48247-topics-en-acces-restreint-forum-accessible-uniquement-sur-demande-edition-2017
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Nasopi
Bon génie

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par Nasopi le Dim 14 Avr 2013 - 13:52
Bon, je n'interviendrai plus sur ce fil, qui m'écoeure profondément.
J'ai presque envie de quitter carrément le forum...
Quand, après plusieurs années passées dans son école, mon fils a, deux ans après ma fille, quitté l'école maternelle, la directrice m'a dit : "Ca va faire un vide. Vivement qu'on ait un nouvel élève autiste".
Voilà, tout ça pour dire qu'heureusement, il y a aussi des gens pour penser comme ça. Merci à elle, et merci à toutes les maîtresses qui ont accueilli mes enfants tant qu'ils étaient scolarisés en milieu ordinaire, car elles ont toutes été formidables, et grâce à elles leur intégration s'est super bien passée.

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Marcel Khrouchtchev
Enchanteur

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par Marcel Khrouchtchev le Dim 14 Avr 2013 - 14:02
Tu réagis en mère d'élève, et je le respecte profondément. Mais admets quand même qu'on puisse réagir autrement. Si je tiens la position qui est la mienne, c'est précisément par respect pour les autistes: je ne me sens pas capable de m'occuper d'eux. J'ai sans doute tort et je suis sincèrement désolé si ça t’écœure.
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Gryphe
Médiateur

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par Gryphe le Dim 14 Avr 2013 - 14:03
Mais Nasopi, il y a plein d'enfants autistes dans mon collège, qui sont très bien accueillis.
Simplement, comme on sait qu'ils ont ce profil particulier, ils ont un EDT aménagé, et le jour où ils vont au Sessad ou au Centre de jour pour suivre tel ou tel soin, ils ont des petits camarades qui prennent des notes pour eux, il y a un système de photocopies et tout, ils sont très bien intégrés et bien entourés et par les élèves et par les professeurs.
Ils ont aussi un méga-bonus en fin de 3ème pour l'orientation, ainsi qu'un aménagement officiel des preuves du DNB (ou du CFG, c'est selon).
Ce n'est pas d'eux dont je parle.
Je parle de ceux qui auraient besoin d'une telle adaptation et qui ne l'ont pas car il y a un refus catégorique de la famille. Ce n'est quand même pas la même chose.
(C'est vraiment si déplacé ce que je dis, ou bien ? )

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sand
Empereur

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par sand le Dim 14 Avr 2013 - 14:10
mp Nasopi
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coco3898
Niveau 1

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par coco3898 le Dim 14 Avr 2013 - 14:20
Gryphe en effet tu as fait la distinction entre les élèves "identifiés" mdph et d'autres élèves dont les parents sont visiblement dans le déni et le refus. Mais d'autres interventions ont clairement laissé entendre que le handicap n'a rien n'a faire dans les classes ordinaires quelques soient les conditions, et là je comprend bien la réaction de Nasopi.
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Ergo
Enchanteur

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par Ergo le Dim 14 Avr 2013 - 14:20
Nasopi, je me demande si les limites que cette intégration peut rencontrer au fur et à mesure que l'enfant atteint des classes élevées et surtout selon le type de handicap.

L'année de stage, j'ai eu un élève autiste en 5e avec lequel tout s'est très bien passé, parce que les adaptations étaient réalisables et qu'on travaillait avec la famille.

L'an dernier, j'ai eu un élève qui a fini par intégrer un ITEP (il était en segpa alors que ce n'était pas l'orientation qu'il lui fallait) et là, pour le coup, les adaptations étaient moins réalisables - idem pour l'élève qui est parti en ULIS.

Et là, je parle d'élèves qui n'étaient pas violents.

Parce qu'en classe relais, j'ai eu des cas tout autres - et quelles que soient les adaptations pédagogiques que je pouvais faire, ça n'y changeait rien. Parce que je n'ai pas un concours spécialisé, parce que je ne suis pas apte à gérer des cas psychiatriques. Les adaptations que je peux faire sont pédagogiques et pour certains, c'est au-delà du pédagogique, quoi qu'on en pense. Et pour le coup, les familles ne suivaient pas.

Et ne parlons pas de cet élève de 4e, exclu pour agression envers un enseignant, qui débarque chez nous, ne sait pas lire ni écrire, qui aurait dû être en ULIS mais les parents avaient refusé et que tout le monde laissait dormir en classe par peur.

Un PAI, je peux gérer...des PPS, selon les cas, beaucoup moins.

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supersoso
Grand sage

Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par supersoso le Dim 14 Avr 2013 - 14:25
@Marcel Khrouchtchev a écrit:
@Reine Margot a écrit:je travaille avec une collègue handicapée, non-voyante, qui a un chien-guide. le chien est la mascotte du service, et elle est très bien intégrée, je trouverais dommage que ça n'existe pas.

Je pense que la question du travail des handicapés dans l'enseignement est assez différent de celui de l'accueil d'enfants handicapés dans les établissements. De plus, peut-on réellement comparer des situations très différentes? En tant qu'enseignant, je me serais bien vu face à un aveugle, mais j'aurais été franchement mal à l'aise face à un autiste. Et encore, il y a de très nombreuses formes d'autisme. Mettre des enseignants non formés face à ces enfants, c'est vraiment inconscient.

+1
Pour avoir eu dans mes classes et en avoir vu dans les classes de mes collègues, il y a de nombreuses situations de handicap. J'ai eu par exemple une petite fille atteinte d'une maladie dégénérative. La question était de faire au mieux pour que l'école ne soit pas un fardeau pour elle (fatigue extrême). Ça me donnait du travail supplémentaire parce qu'il fallait que je prépare des exercices à trou pour qu'elle écrive un peu moins. Mais il ne me serait jamais venu à l'idée de dire qu'elle n'avait pas sa place en milieu ordinaire. Car elle travaillait, comprenait ce dont il était question en classe, avait envie (et en avait la possibilité) d'apprendre. Et si elle en a la possibilité plus tard (car malheureusement sa maladie risque d'évoluer) qu'elle puisse travailler me semble logique.
Le problème se pose pour des enfants qui ne sont pas en mesure de faire ce qu'on leur demande en classe que ce soit pour des raisons de capacités ou parce que leur pathologie influe sur leur comportement et qu'ils ne peuvent être "des élèves". Dans ce cas, on leur demande des choses inadaptés et on leur fait violence en faisant cela. Ils y réagissent souvent par des réactions que nous ne pouvons pas contrôler. Et puis ils ne sont pas seuls ! Comment on fait apprendre des choses à une classe entière quand on a un enfant au fond de la classe qui se met à hurler ? Et les autres enfants, leur droit d'apprendre, on ne le bafoue pas aussi sous prétexte d'intégration ?
Par exemple, dans mon école, il y a par exemple une jeune fille autiste, en CE2, qui ne parle pas, fait du travail de moyenne section les bons jours, n'est propre que depuis l'année dernière, etc. Régulièrement elle se met à crier et l'AVS la sort de la classe. Les parents ne veulent pas la placer. Et bien c'est une souffrance pour tout le monde ! Pour cette pauvre gamine qui n'évoluera certainement jamais à être placée en classe ordinaire, en premier lieu. Pour la maîtresse et les autres élèves en second lieu. Franchement, c'est plus inhumain qu'autre chose d'infliger cela à un enfant. Et nous avions un autre cas, d'un enfant psychotique, dangereux où là aussi refus qu'il soit placé : solution trouvé par l'IEN pour faire patienter tout le monde : on le change d'école ! Il pourrira une autre classe ailleurs. Il n'est qu'en CE1...

Le droit à la différence ça n'est certainement pas essayer de faire rentrer des enfants "hors normes" dans des cadres qui ne leur sont pas adaptés, coûte que coûte. C'est aussi leur apporter un milieu où ils puissent évoluer le mieux possible, avec le moins de souffrance possible.
Ça n'est certainement pas en voulant les faire rentrer à tout prix dans les normes de la vie sociale qu'on les aide. Et l'exemple que citait DC tient, malgré les meilleures intentions du monde des parents, à une forme de maltraitance. Cette pauvre jeune fille n'avait même pas le droit à un repos suffisant pour espérer un diplôme qui de toute manière ne lui ouvrirait aucune porte car inadapté à son handicap : c'est une vie, ça ? Accepter la différence, c'est aussi accepter que certains parcours ne pourront pas correspondre aux "attendus" communément admis.
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Celeborn
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Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

par Celeborn le Dim 14 Avr 2013 - 14:29
@coco3898 a écrit:Mais d'autres interventions ont clairement laissé entendre que le handicap n'a rien n'a faire dans les classes ordinaires quelques soient les conditions,

Je n'ai pas lu ça.

J'ai lu que certains handicapés (beaucoup, même) pouvaient parfaitement être inclus dans les établissements lambda, moyennant certaines adaptations pratiques, certains ajustements. Cela peut être des choses matérielles, un accompagnement humain, une structure interne adaptée à l'établissement correctement organisée avec du personnel formé. Je crois que tout le monde est d'accord là-dessus, non ?

Une fois cela dit, certains handicaps rendent l'inclusion réellement impossible, et c'est pour cela qu'il FAUT des établissements adaptés.

À mon sens, le critère médical doit primer sur tout autre chose, y compris sur les désirs (et les projections) des parents. Encore faut-il que chaque situation soit étudiée correctement, de façon objective et qu'on écoute ce que les différentes parties prenantes ont à dire, y compris les professeurs. Quand un professeur dit qu'il ne peut pas s'occuper de tel élève dans la situation qui lui est proposée et que la gestion de la classe est purement impossible, il faut l'entendre et non dire que c'est bon pour l'enfant d'être inclus.

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Re: Scolarisation et handicap : Vincent Peillon fait retirer un amendement polémique

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