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Mama
Bon génie

Texte "le coupeur d'eau" de Duras

par Mama le Jeu 27 Juin 2013 - 20:16
Bonjour bonjour ! J'aimerais bien lire cette nouvelle pour demain (oraux EAF), mais je ne l'ai pas et ne la trouve pas sur Internet... Quelqu'un aurait-il cela dans ses tablettes perso ou sur le Web ? Merci !
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Iliana
Guide spirituel

Re: Texte "le coupeur d'eau" de Duras

par Iliana le Jeu 27 Juin 2013 - 20:22
Tu l'as ici, mais je trouve le son très pénible... cafe





Sinon là, je pense que le texte est complet :

http://www.arte.tv/fr/la-nouvelle-de-marguerite-duras/5000,CmC=518100.html

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Minuit passé déjà. Le feu s'est éteint et je sens le sommeil qui gagne du terrain.
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Mama
Bon génie

Re: Texte "le coupeur d'eau" de Duras

par Mama le Jeu 27 Juin 2013 - 20:25
Merci précieuse Iliana. C'est puissant je trouve.
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Iliana
Guide spirituel

Re: Texte "le coupeur d'eau" de Duras

par Iliana le Jeu 27 Juin 2013 - 20:29
Oui, du coup j'ai écouté, je ne connaissais pas du tout, c'est un très bon texte !
(par contre j'ai vu quelques fautes dans la version tapée, si tu la récupères, un ai/au lieu de aies, et au, pour eau à la fin, je crois)

C'est étrange, je travaillais justement hier soir sur un autre texte de Duras que je venais de découvrir, Les Fleurs de l'Algérien, et finalement, la démarche est la même : faire exister les humbles par les mots, leur donner une mémoire dans la société, au moins une fois. C'est une belle démarche.

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Fauve - Révérence
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Dragons
Niveau 6

Re: Texte "le coupeur d'eau" de Duras

par Dragons le Jeu 27 Juin 2013 - 20:31
Il y a quelques défauts à cause du format d'origine mais voilà la nouvelle dans son intégralité. Si tu veux que je t'envoie le livre numérique par mail fais-le moi savoir.


Le Coupeur d’eau

C’était un jour d’été, il y a quelques années, dans un village de l’Est de la France, trois ans peut-être, ou quatre ans, l’après-midi. Un employé des Eaux est venu couper l’eau chez des gens qui étaient un peu à part, un peu différents des autres, disons, arriérés. Ils habitaient une gare désaffectée – le T.G.V. passait dans la région – que la commune leur avait laissée. L’homme faisait des petits travaux chez les gens du village. Et ils devaient avoir des secours de la mairie. Ils avaient deux enfants, de quatre ans et d’un an et demi. Devant leur maison, très près, passait cette ligne du T.G.V. C’étaient des gens qui ne pouvaient pas payer leur note de gaz ni d’électricité, ni d’eau. Ils vivaient dans une grande pauvreté. Et un jour, un homme est venu pour couper l’eau dans la gare qu’ils habitaient. Il a vu la femme, silencieuse. Le mari n’était pas là. La femme un peu arriérée avec un enfant de quatre ans et un petit enfant d’un an et demi. L’employé était un homme apparemment comme tous les hommes. Cet homme je l’ai appelé le Coupeur d’eau. Il a vu que c’était le plein été. Il savait que c’était un été très chaud puisqu’il le vivait. Il a vu l’enfant d’un an et demi. On lui avait ordonné de couper l’eau, il l’a fait. Il a respecté son emploi du temps : il a coupé l’eau. Il a laissé la femme sans eau aucune pour baigner les enfants, pour leur donner à boire. Le soir même, cette femme et son mari ont pris les deux enfants avec eux et sont allés se coucher sur les rails du T.G.V. qui passait devant la gare désaffectée. Ils sont morts ensemble. Cent mètres à faire. Se coucher. Faire tenir les enfants tranquilles. Les endormir peut-être avec des chansons. Le train s’est arrêté dit-on. Voilà, c’est ça l’histoire. 145/238 L’employé a parlé. Il a dit qu’il était venu couper l’eau. Il n’a pas dit qu’il avait vu l’enfant, que l’enfant était là avec sa mère. Il a dit qu’elle ne s’était pas défendue, qu’elle ne lui avait pas demandé de laisser l’eau. C’est ça qu’on sait. Je prends ce récit que je viens de faire et tout d’un coup, j’entends ma voix – Elle n’a rien fait, elle ne s’est pas défendue – C’est ça. On doit le savoir par l’employé des Eaux. Il n’avait pas de raison de ne pas le faire puisqu’elle ne lui a pas demandé de ne pas le faire. Est-ce que c’est ça qu’il faut comprendre ? C’est une histoire qui rend fou. Je continue. J’essaye de voir. Elle n’a pas dit à l’employé des eaux qu’il y avait les deux enfants, puisqu’il les voyait, les deux enfants, ni que l’été était chaud, puisqu’il y était, dans l’été chaud. Elle a laissé partir le Coupeur d’eau. Elle est restée seule avec les enfants, un moment, et puis elle est allée au village. Elle est allée dans un bistrot qu’elle 146/238 connaissait. Dans ce bistrot on ne sait pas ce qu’elle a dit à la patronne. Je ne sais pas ce qu’elle a dit. Je ne sais pas si la patronne a parlé. Ce qu’on sait, c’est qu’elle n’a pas parlé de la mort. Peut-être lui a-t-elle raconté l’histoire mais elle ne lui a pas dit qu’elle voulait se tuer, tuer ses deux enfants et son mari et elle-même. Les journalistes ne sachant pas ce qu’elle avait dit à la patronne du café n’ont pas signalé cet événement. J’entends par « événement » cet instant-là, quand cette femme est partie de chez elle avec ses deux enfants, après qu’elle ait décidé de la mort de toute la famille, dans un but qu’on ignore, de faire quelque chose ou de dire quelque chose, qu’elle avait à faire ou à dire avant de mourir. Là, je rétablis le silence de l’histoire, entre le moment de la coupure de l’eau et le moment où elle est revenue du café. C’est-à-dire que je rétablis la littérature avec son silence 147/238 profond. C’est ce qui me fait avancer ; c’est ce qui me fait pénétrer dans l’histoire, sans ça, je reste au-dehors. Elle aurait pu attendre son mari et lui annoncer la nouvelle de la mort qu’elle avait décidée. Mais non. Elle est allée au village, là-bas, dans ce bistrot. Si cette femme s’était expliquée, ça ne m’aurait pas intéressée. Christine Villemin qui n’est pas capable d’aligner deux phrases, elle me passionne, parce qu’elle a ce que cette femme a aussi : la violence insondable. Il y a une conduite instinctive qu’on peut essayer d’explorer, qu’on peut rendre au silence. Rendre au silence une conduite masculine est beaucoup plus difficile, beaucoup plus faux, parce que les hommes, ce n’est pas le silence. Dans les temps anciens, dans les temps reculés, depuis des millénaires, le silence c’est les femmes. Donc la littérature c’est les femmes. Qu’on y parle d’elles ou qu’elles la fassent, c’est elles. 148/238 Donc, cette femme dont on croyait qu’elle ne parlerait pas parce qu’elle ne parlait jamais, elle a dû parler. Elle n’a pas dû parler de sa décision. Non. Elle a dû dire une chose en remplacement de ça, de sa décision et qui, pour elle, en était l’équivalent et qui en resterait l’équivalent pour tous les gens qui apprendraient l’histoire. Peut-être était-ce une phrase sur la chaleur. Elle serait devenue sacrée. C’est dans ces moments-là que le langage atteint son pouvoir ultime. Quoi qu’elle ait dit à la patronne du bistrot, ses paroles disaient tout. Ces trois mots, les derniers qui précédaient la mise en oeuvre de la mort étaient l’équivalent du silence de ces gens pendant leur vie. Ces paroles personne ne les a retenues. Ça se passe tous les jours comme ça dans la vie, au moment d’un départ, d’une mort, d’un suicide que les gens ne soupçonnent 149/238 pas. Les gens oublient ce qui a été dit, ce qui a précédé et aurait dû les alerter. Ils sont allés tous les quatre se coucher sur les rails du T.G.V. devant la gare, chacun un enfant dans les bras, et ils ont attendu le train. Le Coupeur d’eau n’a eu aucun ennui. J’ajoute à l’histoire du Coupeur d’eau, que cette femme, – qu’on disait arriérée – savait quand même quelque chose de façon définitive : c’est qu’elle ne pourrait jamais plus, de même qu’elle n’avait jamais pu compter sur quelqu’un pour la sortir de là où elle était avec sa famille. Qu’elle était abandonnée par tous, par toute la société et qu’il ne lui restait qu’une chose à faire, c’était de mourir. Elle le savait. C’est une connaissance terrible, très grave, très profonde qu’elle avait. Donc, même sur l’arriérisme de cette femme, à partir de ce suicide, il faudrait revenir, si on parlait d’elle une fois, ce qu’on ne fera jamais. 150/238 C’est sans doute ici pour la dernière fois, que sa mémoire est évoquée. J’allais dire son nom, mais je ne le connais pas. L’affaire a été classée. Reste dans la tête la soif fraîche et vive d’un enfant dans l’été trop chaud à quelques heures de la mort et la marche en rond de la jeune mère arriérée attendant l’heure.

Marguerite Duras, "Le coupeur d'eau" dans La vie matérielle, 1987
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Mama
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Re: Texte "le coupeur d'eau" de Duras

par Mama le Jeu 27 Juin 2013 - 20:35
Je me demande si je ne vais pas tenter un groupement de nouvelles de Duras en 3e l'année prochaine Smile
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Mama
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Re: Texte "le coupeur d'eau" de Duras

par Mama le Jeu 27 Juin 2013 - 20:36
Merci Dragons ! Là je l'ai juste lue pour l'EAF, mais je reviendrai peut-être vers toi.
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Iliana
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Re: Texte "le coupeur d'eau" de Duras

par Iliana le Jeu 27 Juin 2013 - 20:46
J'ai pensé la même chose en lisant Le Coupeur d'eau !

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Re: Texte "le coupeur d'eau" de Duras

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