Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Zorglub le Lun 2 Sep 2013 - 23:30

Certains se (me) demandent pourquoi cette réforme délirante.

Ça date de 3, 4 ans.

Il était indispensable de revoir profondément les filières STI, et nul ne le conteste :
* Le recrutement et les effectifs étaient en baisse réelle et il fallait un peu d'air frais
* Les programmes avaient plus de 20 ans et étaient obsolètes
* Trop de spécialités compartimentaient des disciplines qui se sont rapprochées
* Manque de lisibilité de la différence entre bac pro et bac technologiques STI

Une première tentative de réforme (évoquée par Pierre Jacques dans sa lettre d'adieu) a été envisagée.
Elle aurait coûté fort cher (et il le souligne).
Dans le fond (à mon avis) c'était une bouse pondue par 3 branleurs sur un coin de table. Pour preuve, j'ai encore les textes préliminaires du bac STI élec rénové. C'est au mot près celui du BTS électrotechnique qui venait de l'être en baissant le niveau taxonomique de chaque item !
Cette réforme a été retoquée pour des raisons financières.

Un peu de flottement puis le ministre passe commande d'un nouveau projet sans qu'on n'ait jamais vu passer le cahier des charges, ni été consultés.

Dans le fond, on ne sait même pas pourquoi c'est CE délire qui a été adopté.

Je crois assez au fait du hasard : une bande de cuistres parisiens écolos intégristes couplée à des fous dangereux adeptes des sectes pédagogistes les plus extrémistes ont pris le pouvoir et ont pondu cette folie.

L'enseignement technique est une spécificité française (ailleurs en Europe il existe seulement une voie générale et une voie professionnelle).
Y'a un peu moins de 10 ans z'ont signé les accords de Madrid (je crois ?) sur l'unification des systèmes européens (dont LMD).
L'enseignement technique coute très cher (matos, locaux, faibles effectifs).
Le liquider est une piste d'économie sensible et nous "cale" dans le moule UE.

La réforme ne coute rien puisqu'on remplace toute l'expérimentation réelle sur matériel de TP ou sur systèmes réels didactisés, toutes les opérations d'usinage sur machine outil par des simulations numériques sur PC et éventuellement par du prototypage rapide (imprimante 3D qui ne coûte plus rien).
Comme le dit l'un d'entre-vous on peut même, à très peu de frais, caser de nouvelles sections dans des lycées prestigieux de centre ville. Quelques parents gogos et bobos y mettront leurs mômes et on paradera "Voyez bien qu'on s'est pas foutu de la gueules des élèves de STI avec la réforme. C'est tellement classe kyen a même à Lakanal maintenant"

Le délire STI2D a été jugé parfait par les technocrates qui sont convaincus que dans 5 ans l'échec sera suffisant pour qu'on puisse supprimer la filière sans faire de drame ...
D'ailleurs il semble que les effectifs baissent déjà et que les gosses ne sont pas plus ravis que ça.
C'est d'autant plus vrai que la diminution des exigences et la réforme rend les bacs S plus attractifs en terme d'orientation sans nécessité de se mettre vraiment au travail.

Ceci n'est que mon avis !

Et c'est bien triste, paske j'ai passé du bon temps en STI, et que pleins de gosses ont eu accès à des boulots sympas par ces bacs.
Paradoxe : lorsque j'étais môme, élève en C, j'avais, comme le jeune con que j'étais, le plus grand mépris pour les bacs F dont ils sont issus !



A nouveau du pavé : creusez la plage n'est pas si loin.

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Condorcet le Lun 2 Sep 2013 - 23:43

@Thijk a écrit:
@Condorcet a écrit:Like a Star @ heaven Sad Triste illustration de l'expression "perdre sa vie à la gagner". La souffrance au travail constitue un problème lancinant de ces dernières années et, je ne peux m'empêcher de penser que plus d'humanité, d'écoute, d'empathie avec autrui réduiraient cette souffrance à défaut d'en venir à bout.
En ce qui me concerne, je ne peux m'empecher de penser que plus de luttes collectives contre l'oppression manque a la liste.
Cela sous-tend une grande créativité idéologique dont nous sommes actuellement incapables.

_________________
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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Libé-Ration le Lun 2 Sep 2013 - 23:46

Je suis horrifiée... pauvre homme.
Pensées à sa famille.

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par scoeurs le Mar 3 Sep 2013 - 0:10

Merci à Zorglub pour l'ensemble de ses pavés explicatifs. Prof de Lettres en lycée technique on est des plus sensibles à toutes ces questions : chaque année le lycée a été attaqué à coups de serpe version ressources inhumaines. On en a vu des copains déprimer, partir, se reconvertir... On y tient à notre bahut, à notre spécificité ! Nos élèves à dégrossir, c'est notre came.

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Abraxas le Mar 3 Sep 2013 - 6:40

En tout cas, la lettre de Pierre Jacque est admirablement explicite : on savait déjà que le pédagogisme abîmait, on sait à présent qu'il tue.

Et que les idées pseudo-libertaires du projet pédago (les élèves construisent leur propre savoir) correspondent au projet libéral de destruction de l'Ecole de la République. Rien d'étonnant à ce que cette réforme se soit passée sous Chatel, qui a utilisé les vieilles lunes idéologiques de certains obsédés pour détruire tout ce qui pouvait l'être.

Abraxas
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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par InvitéP2 le Mar 3 Sep 2013 - 7:10

Ci-joint le communiqué exact des camarades du Lycée Artaud et la lettre de Pierre Jacque.

Les professeurs enseignant
dans les classes de STI2D
du lycée Artaud
25 chemin notre dame de la consolation
13013 Marseille

Mesdames et Messieurs les journalistes, En accord avec la famille de Pierre Jacque nous vous prions de bien vouloir trouver le communiqué ci-joint.

"Ce dimanche 01 septembre, veille de la pré-rentrée scolaire, notre collègue enseignant et ami Pierre Jacque s'est donné la mort. Il a adressé à tout le corps enseignant du lycée avant de commettre cet acte apparemment totalement lié à l'exercice de son métier et longuement réfléchi une lettre d'explication. Nous vous la transmettons dans son intégralité. Son contenu retrace des faits avérés et induit des questions auxquelles nos institutions doivent apporter des réponses concrètes et adaptées. Pierre était âgé de 55 ans, il était père de famille, d'une grande conscience professionnelle et d'une érudition sans limite il supplantait beaucoup d'entre nous dans énormément de domaines (électronique, informatique....). Après discussion entre ses collègues de travail les plus proches, il a été décidé de rendre sa lettre d'explication publique en pages suivantes.

Ses collègues et ami-e-s du lycée.

Nous restons disponibles pour tout renseignement complémentaire
."

De Pierre JACQUE
Enseignant d'électronique
Objet : Evolution du métier d'enseignant.

Je vous fais part de ma décision de ne pas faire la rentrée scolaire 2013. En effet le métier tel qu'il est devenu au moins dans ma spécialité ne m'est plus acceptable en conscience.

Pour éclairer ma décision je vous décris succinctement mon parcours personnel. Je suis devenu ingénieur en électronique en 1982 à l'âge de 24 ans. Ma formation initiale et surtout mon parcours professionnel m'ont amené à exercer dans la double compétence "hard" et "soft". Le métier prenant et difficile m'a toujours convenu tant que j'avais le sentiment de faire œuvre utile et d'être légitime dans mon travail. Passé la quarantaine la sollicitation de plus en plus pressante d'évoluer vers des tâches d'encadrement et le sort réservé à mes ainés dans mon entreprise m'ont incité à changé d'activité. En 1999 j'ai passé le concours du capet externe de génie électrique et j'ai enseigné en section SSI et STI électronique. Le choc pour moi fut brutal de constater la baisse de niveau des sections techniques en 18 ans passé dans l'industrie notamment pour la spécialité agent technique (niveau BTS ou DUT suivant les cas). Même si le niveau enseigné était bien bas de mon point de vue, ma compétence était au service des élèves et je me sentais à ma place. Une difficulté était quand même le référentiel applicable (le programme) datant des années 80, ambitieux pour l'époque et en total décalage avec le niveau réel des élèves des années 2000. Une réforme semblait souhaitable pour officialiser des objectifs réalistes et orientés en fonction des besoins du marché du travail.

Puis vint la réforme de 2010 mise en place par Luc Chatel et applicable à la rentrée 2011. Pour le coup, le terme réforme est faible pour décrire tous les changements mis en place dans une précipitation totale. L'enseignement des métiers est réduit à peu de choses dans le référentiel de 4 spécialités seulement qui constitue des "teintures" sur un tronc commun généraliste d'une section unique appelée STI2D qui rentre bizarrement en concurrence avec la section SSI. L'électronique disparait purement et simplement. En lieu et place il apparait la spécialité "Systèmes Informatiques et Numériques". Cela ne me pose pas de problème personnel, je maitrise bien le domaine et je l'enseigne même plus volontiers que les classiques problèmes de courant de diode ou de montages amplificateurs. Je me pose quand même la question de la compétitivité de notre pays dans le domaine industriel avec un pareil abandon de compétence. La mise en place de la réforme est faite à la hussarde dans un état d'affolement que l'inspection a du mal à dissimuler. Entre temps le gouvernement a changé sans que les objectifs soient infléchis le moins du monde ou qu'un moratoire soit décidé, ne serait-ce qu'à cause du coût astronomique de cette réforme. En effet il aura fallu réorganiser l'implantation de tous les ateliers de tous les lycées techniques de France, abattre des cloisons, en remonter d'autres à coté, refaire tous les faux plafonds, les peintures et renouveler les mobiliers. Ceci est fait à l'échelle du pays sans que la réforme ait été testée préalablement dans une académie pilote. Début 2011, l'inspection nous convoque en séminaire pour nous expliquer le sens et les modalités de la réforme ; il apparait la volonté de supprimer toute activité de type cours ce qui est la radicalisation d'une tendance déjà bien marquée. On nous assène en insistant bien que l'élève est acteur de son propre savoir, qu'il en est le moteur. Pour les spécialités, donc la mienne SIN entre autre, cela signifie qu'une partie conséquente de l'activité sera de type projet. A l'époque les chiffres restent vagues, il est question de 50% du temps au moins. La nature des projets, la façon de les conduire, la façon de les évaluer ne sont pas évoquées et les questions que posent les enseignants à ce sujet restent sans réponses, nous serons mis au courant après la rentrée de septembre. En attendant l'inspection nous fait entièrement confiance pour continuer comme d'habitude. Je fais remarquer qu'il ne faudra pas tarder car nous préparons les élèves au bac en deux ans et que la connaissance des modalités d'examens est incontournable rapidement après la rentrée pour un travail efficace, c'est-à-dire sans perte de temps. Lors de la réunion suivante, après la rentrée 2011, l'inspecteur répond un peu agacé à la même question "que notre travail c'est d'enseigner et que l'évaluation verra après" (sic). En attendant le travail devant élève est commencé et moi et mes collègues travaillons à l'estime. Le manque de matériel se fait cruellement sentir dans mon lycée, les travaux nécessaires ne seront faits qu'à l'été 2012. Lors d'une réunion aux alentours de février il nous est demandé pour la prochaine réunion d'exposer l'état d'avancement de la réforme et si possible les projets envisagés ou mieux déjà mis en œuvre. A ce moment je viens juste de recevoir un premier lot de matériel et je ne dispose du logiciel correspondant que depuis novembre. La pression amicale mais réelle pour commencer les projets va aller augmentant. J'ai un groupe de 16 élèves et un autre de 15 dans une salle qui est déjà trop étroite pour recevoir proprement 14 élèves en travaux pratiques et avec un matériel réduit qui ne me permets qu'un choix très restreint de sujets. La phase passée en projet sera cauchemardesque pour l'enseignant et la fraction d'élèves sérieux. Le dernier mois de cette année de première sera passé en activités plus classiques. A la rentrée 2012 les élèves sont maintenant en terminale, j'ai les tables de travail prévues dans une salle provisoire de 80 m 2 au lieu des 140 m 2 prévus. Il est difficile de bouger, le travail en travaux pratiques reste possible et je couvre ainsi la partie communication réseau de référentiel au moyen d'un logiciel de simulation. Je ne dispose pas du matériel support. On me bricole une salle de 150 m2 à partir de deux salles de cours séparées par un couloir et j'attaque les projets dans ces conditions. Le couloir sera abattu aux vacances de février.

Pendant ce temps nous avons appris que la note du bac porterait uniquement sur le projet final est que la note serait constituée de deux parties égales, une attribuée par un jury en fin d'année suite à une soutenance orale avec support informatique, l'autre attribuée par l'enseignant de l'année au vu du travail fourni par les élèves. Les critères d'évaluation portent principalement sur la gestion de projet et la démarche de développement durable. Il est explicitement exclu de juger les élèves sur les performances et la réussite du projet. Ceci appelle deux remarques. La première est que les critères sont inadaptés, les élèves sont incapables de concevoir et même de gérer un projet par eux-mêmes. De plus la démarche de développement durable est une plaisanterie en spécialité SIN où l'obsolescence programmée est la règle. Comment note-t-on alors les élèves ? A l'estime, en fonction de critères autres, l'inspection le sait mais ne veut surtout pas que la chose soit dite. Du coup cette note relève "du grand n'importe quoi" et ne respecte aucune règle d'équité. Elle est attribuée par un enseignant seul qui connait ces élèves depuis au moins un an et compte coefficient 6 ce qui écrase les autres matières. Cela viole l'esprit du baccalauréat dans les grandes largeurs. Je considère que ceci est une infamie et je me refuse à recommencer. L'ensemble du corps inspectoral est criminel ou lâche ou les deux d'avoir laissé faire une chose pareille. Cette mécanique est conçue dans une idée de concurrence entre les enseignants mais aussi entre les établissements pour créer une dynamique de très bonnes notes à l'examen y compris et surtout si elles n'ont aucun sens. Vous avez l'explication des excellents résultats du cru 2013 du baccalauréat au moins pour la filière technologique. Cela fait plus d'un an que je me plains à mon syndicat de cet état de fait. Pas un seul compte-rendu ni localement sur Marseille ni à un plus haut niveau n'en fait mention. Je suis tout seul à avoir des problèmes de conscience. Ou alors le syndicat est activement complice de l'état de fait, le responsable local me dis : "mais non Pierre tu n'es pas tout seul". En attendant je ne vois aucune réaction et ce chez aucun syndicat. Que penser ? Soit nous sommes muselés, soit je suis le dernier idiot dans son coin. De toute façon je n'accepte pas cette situation. Je pense au niveau toujours plus problématique des élèves, autrefois on savait parler et écrire un français très convenable après 5 ans d'étude primaire. Aujourd'hui les élèves bachelier maitrisent mal la langue, ne savent plus estimer des chiffres après 12 ans d'études. Cherchez l'erreur. La réponse de l'institution est : "oui mais les élèves savent faire d'autres choses". Je suis bien placé dans ma spécialité pour savoir que cela n'est pas vrai ! Les élèves ne maitrisent rien ou presque des techniques numériques d'aujourd'hui. Tout ce qu'ils savent faire est jouer et surfer sur internet. Cela ne fait pas une compétence professionnelle. Les médias nous rebattent les oreilles sur la perte de compétitivité du pays en laissant entendre que le coût du travail est trop élevé. Cette présentation pèche par une omission grave. La réalité est que le travail en France est trop cher pour ce que les travailleurs sont capables de faire véritablement. Et là la responsabilité de l'éducation nationale est écrasante. Qui osera le dire ? J'essaye mais je me sens bien petit. J'essaye de créer un maximum d'émoi sur la question. J'aurais pu m'immoler par le feu au milieu de la cour le jour de la rentrée des élèves, cela aurait eu plus d'allure mais je ne suis pas assez vertueux pour cela. Quand vous lirez ce texte je serai déjà mort.

Pierre Jacque
enseignant du lycée Antonin Artaud
à Marseille.

_________________
Philippe Jovi.

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par John le Mar 3 Sep 2013 - 7:16


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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Cath le Mar 3 Sep 2013 - 10:12

Quel drame...Personnel, et professionnel.Like a Star @ heaven 


Zorglub, merci pour ces explications, j'ignorais le fond de cette réforme.

Cath
Esprit sacré


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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Amaliah le Mar 3 Sep 2013 - 11:29

Je viens de lire la lettre de Pierre Jacque et je suis très émue.
Je ne connaissais pas non plus ces réformes.

Amaliah
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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Igniatius le Mar 3 Sep 2013 - 11:37

@Zorglub a écrit:
C'est une des raisons qui m'ont amené, sans regret, à me reconvertir en maths.

Ce qui se passe en STI2D est une honte absolue, on y enseigne du vent (ce qui peut être utile pour faire tourner les éoliennes).
Les profs de STI étaient autrefois fortement spécialisés (génie civil, productique, construction, électrotechnique, électronique, physique appliquée, etc.). Chacun avec une licence et maîtrise très spécifique et des CAPET ou agreg différents.

Ils sont désormais omniscients et enseignent (voui, mais sous forme de projet ...) tout ce qui est en rapport avec le monde technique sans distinction.
Comme si ça se pouvait !
Un peu pareil qu'un prof d'anglais qui devrait enseigner l'espagnol (ben quoi c'est aussi une langue étrangère non ?).

Les élèves de ces filières n'étaient en général pas d'un niveau éblouissant (euphémisme) en enseignement général, mais finissaient par acquérir quelques savoir faire techniques et un vague bagage technologique.
Aujourd'hui on ne leur "apprend" plus rien et il passent deux ans à "découvrir en autonomie et sur des projets pluridisciplinaires en groupe" les hypothétiques relations entre écologie et industrie à travers les projets de développement durable (de lapin), l'analyse du cycle de vie, les cartes mentales de conscientisation de l'impact environnemental et autre fariboles.
Plus de cours, puisqu'ils "s'autoforment" à partir de documents ressources académiques ou du web au fur à mesure du besoin, chacun à son rythme, relativement à ses centres d'intérêt et en suivant les nécessités rencontrées dans son projet !

Les plus fous des pédagogistes associés aux plus intégristes des alter-mondialistes ont pris le pouvoir sur cette branche de l'enseignement.

Besoin que je détaille les résultats ?

C'est tellement violent que lors du bac il a été interdit aux profs de mettre des notes dans l'épreuve phare ...
Ils étaient seulement autorisés à transmettre un document avec des cases cochées à l'IPR qui a transcrit "ça" en notes (genre 13 ou 14 de moy académique qui reste encore secrète chez-nous) sans que les profs puissent savoir comment !
De l'avis général, répondre vaguement à 15 % ou 20 % des question était largement suffisant pour obtenir la moyenne.

Moi non plus je n'aurais pas supporté cette mascarade.

Dans mon ancien bahut ce sont les collègues les plus nuls techniquement qui ont pris les choses en main, les autres ayant refusé de se les salir à couper la branche sur laquelle ils étaient assis.
Bien entendu ils seront promus au grand choix et les autres voient disparaître avec dépit la filière STI qui fut celle de la réussite des gosses modestement intelligents, modestement ambitieux, issus de milieux modestes financièrement et culturellement à qui on donnait une vraie chance d'avoir un boulot de technicien après le BTS qui faisait normalement suite.
Perso j'y étais très attaché et fier de voir des gosses finir par s'en sortir alors que tout les prédisposait à l'échec.

Après STI2D, les élèves, qui sont lucides sur leurs aptitudes, ne demandent même plus à entrer en BTS et rentrent en fac de psycho, LEA ou autres conneries puisqu'ils savent bien qu'ils ne peuvent pas espérer rattraper le niveau ... bac pro (en aucun cas pour la pratique mais guère plus sur les aspects techniques et technologiques) !

C'est aussi un désastre économique qui s'annonce.
La majorité des élèves de bac pro ont de réelles compétences pratiques mais rares sont ceux qui peuvent espérer acquérir en BTS des compétences théoriques suffisantes pour devenir réellement techniciens supérieurs et non pas seulement ouvrier qualifiés.

Je me demande ouske les patrons vont les trouver dans quelques années, peut-être dans les "petites" écoles d'ingé ???

Cette réforme est une honte et un désastre, pour les mômes, pour les collègues et pour le pays.
Je survis pour avoir su fuir à temps !
Je confirme tout ce que tu dis, tant sur la réforme, que sur les bacs pro en bts.
Tous mes élèves de TSTI2D ont eu leur bac du 1er coup, aucun rattrapage, alors même que nous avions donné les "preuves" à 1/3 de la classe (certains de ceux-là ont eu mention AB) : en effet, les IPR ont bidouillé les notes en matières techno.

Là où je ne vais pas te remonter le moral, c'est que le vent enseigné est aussi arrivé en maths : on ne fait plus rien, et notre métier consiste à jongler entre des élèves qui n'ont jamais travaillé et d'autres qui ont un niveau 5è en Terminale...

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par fandorine le Mar 3 Sep 2013 - 14:15

Tiens, ça me fait penser que les élèves "explorateurs" rentrent ces jours-ci dans le supérieur. J'attends avec hâte les retours de nos collègues de fac et de prépa, particulièrement en maths et en physique bounce - j'veux pas faire un concours de quelle discipline a le plus morflé, surtout sur ce post, mais si le vent souffle fort en maths depuis 3 ans, ne pas oublier que les nouveaux programmes de sciences physiques ont fait de ceux qui les enseignent de véritables capitaines au long cours...

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Igniatius le Mar 3 Sep 2013 - 14:19

JE suis entièrement d'accord avec toi, bien entendu : un collègue de STI a eu ce cri du coeur lors du cc du 2è trimestre l'an dernier : "Je ne peux pas vraiment dire si ces élèves pourront suivre en physique en IUT, puisqu'en fait, ils n'auront pas vraiment fait de physique avant le bac."

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par fandorine le Mar 3 Sep 2013 - 14:28

Mais feront-ils vraiment de la physique après le bac? De passage chez Gibert récemment, j'en ai profité pour jeter un coup d'œil sur les nouveaux manuels de prépa: en physique, c'est peu ou prou le programme de terminale C d'il y a 20 ans! humhum 

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Igniatius le Mar 3 Sep 2013 - 14:31

Malgré mon habitude, je suis toujours effaré que la baudruche ne se soit pas dégonflée depuis tout ce temps.

Mais après tout, on a bien élu Sarko président...

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Igniatius le Mar 3 Sep 2013 - 14:33

@fandorine a écrit:Mais feront-ils vraiment de la physique après le bac? De passage chez Gibert récemment, j'en ai profité pour jeter un coup d'œil sur les nouveaux manuels de prépa: en physique, c'est peu ou prou le programme de terminale C d'il y a 20 ans! humhum   
C'est logique, et ça va être dur pour nos élèves, car les collègues de prépa vont aller très vite.

Je prédis, sans trop me mouiller, une amplification de la crise des vocations scientifiques à venir...

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Aurore le Mar 3 Sep 2013 - 14:45

@Igniatius a écrit:
@fandorine a écrit:Mais feront-ils vraiment de la physique après le bac? De passage chez Gibert récemment, j'en ai profité pour jeter un coup d'œil sur les nouveaux manuels de prépa: en physique, c'est peu ou prou le programme de terminale C d'il y a 20 ans! humhum   
C'est logique, et ça va être dur pour nos élèves, car les collègues de prépa vont aller très vite.

Je prédis, sans trop me mouiller, une amplification de la crise des vocations scientifiques à venir...
... et donc une prolifération des remèdes de charlatan pour en venir à bout. Ce qui, en retour, ...

Aurore
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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Morgared le Mar 3 Sep 2013 - 15:09

@Igniatius a écrit:

Je prédis, sans trop me mouiller, une amplification de la crise des vocations scientifiques à venir...
On en rendra sans peine responsables le corporatisme et l'élitisme des professeurs de mathématiques.

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Igniatius le Mar 3 Sep 2013 - 15:17

@Morgared a écrit:
@Igniatius a écrit:

Je prédis, sans trop me mouiller, une amplification de la crise des vocations scientifiques à venir...
On en rendra sans peine responsables le corporatisme et l'élitisme des professeurs de mathématiques.

C'est déjà fait.
Une IPR de mon académie a dit l'an dernier à ma collègue de MPSI : "Il faut que les profs de lycée préparent bien les meilleurs élèves, mais ils ont du mal à le comprendre."
Tout est dit : on nous colle tout le monde en S, et on nous reprochera de ne pas avoir réussi à former "l'élite" des prépas.
Ma collègue est atterrée par la chute du niveau de ces élèves en quelques années.

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par Abraxas le Mar 3 Sep 2013 - 16:02

@Igniatius a écrit:
Malgré mon habitude, je suis toujours effaré que la baudruche ne se soit pas dégonflée depuis tout ce temps.

Mais après tout, on a bien élu Sarko président...
Et Meirieu vise à présent le Sénat en 2014…

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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par egomet le Mar 3 Sep 2013 - 16:28

@Abraxas a écrit:
@Igniatius a écrit:
Malgré mon habitude, je suis toujours effaré que la baudruche ne se soit pas dégonflée depuis tout ce temps.

Mais après tout, on a bien élu Sarko président...
Et Meirieu vise à présent le Sénat en 2014…
Bah! Avec un peu de chance, il va se prendre une veste à l'élection.

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Primum non nocere.
Sapientia vero ubi invenitur et quis est locus intellegentiae? Non est in me, non est mecum.


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Re: Marseille: le suicide de Pierre Jacque en septembre 2013, enseignant en série technologique au lycée Antonin Artaud, est "imputable à son environnement de travail".

Message par clems le Mar 3 Sep 2013 - 16:44

Ce qui s'est passé avec la reconversion forcée des professeurs de STI2D est un vrai scandale.
Oui, et à côté de ça, mon père, prof de génie civil à la retraite depuis quatre ans maintenant, est toujours "vacataire" de l'EN, pour qu'un BTS  GC ( le seul de son académie, pourtant assez importante) puisse continuer à fonctionner, BTS, qui ne fonctionne qu'avec des vacations. Les profs titulaires qui pourraient le faire fonctionner sont envoyés en collège. Le jour où il arrêtera, il y a de fortes chances que ce BTS s'arrête.

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