Diplôme et emploi : "La Machine à trier" par Zylberberg, Cahuc, Carcillo, Galland.

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Diplôme et emploi : "La Machine à trier" par Zylberberg, Cahuc, Carcillo, Galland.

Message par John le Mer 25 Sep 2013 - 23:31

Extrait :
Le Figaro - 1,9 millions de jeunes ont décroché. Ils ne suivent pas d'étude. Ils ne se forment pas. Ils n'ont pas d'emploi. Pourquoi la France n'arrive-t-elle pas à donner un avenir aux jeunes sans diplôme?

Andre Zylberberg - Ces jeunes qu'on appelle les décrocheurs sont sans diplôme et sans qualification. Ils multiplient au mieux des emplois très précaires entre deux périodes de chômage. Ils n'arrivent pas à s'insérer dans le monde du travail contrairement aux jeunes titulaires d'un diplôme même modeste. En regard de leur productivité, le coût du travail est trop élevé en France pour le type d'emploi qu'ils sont susceptibles d'occuper. L'hexagone est le deuxième pays en Europe pour le coût du travail non qualifié. Un seul pays le devance, le Luxembourg. La crise n'est pas responsable de leur situation. La France a créé une machine à trier entre les jeunes diplômés et les autres.

Le gouvernement a mis en place les contrats d'avenir qui vise les jeunes peu ou pas qualifiés. Est-ce efficace?

C'est a priori une bonne idée. Mais cette mesure ne peut pas marcher car il faudrait d'abord former ces jeunes qui sont très éloignés de l'emploi. Il faut leur apprendre des compétences de base, parfois lire, écrire, savoir répondre au téléphone, avoir une attitude pro-sociale vis à vis des personnes qui les entourent. L'échec est tel que certaines collectivités locales ont dû se séparer de jeunes en contrat d'avenir. Il est question d'ouvrir ces contrats d'avenir à des jeunes diplômés. Cela ne sert à rien. Toutes les études montrent que financer des emplois aidés dans le secteur public sans former les gens coûte très cher et ne les aide pas à retourner vers des emplois «réguliers». Cela permet seulement au gouvernement en place de faire baisser, à court terme, les statistiques du chômage.

Et les contrats de génération?

C'est encore pire. Je n'ai pas compris la logique économique de ces contrats. L'entreprise bénéficie d'une aide de 4000 euros par an à condition qu'elle embauche un jeune et s'engage à conserver l'emploi d'un senior. Comme cette mesure ne cible pas les jeunes qui ont le plus besoin d'être intégrés dans le monde du travail, elle va se traduire par de formidables effets d'aubaine dans l'immense majorité des cas.
http://www.lefigaro.fr/emploi/2013/09/25/09005-20130925ARTFIG00514-la-france-a-cree-une-machine-a-trier-entre-les-jeunes-diplomes-et-les-autres.php

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Re: Diplôme et emploi : "La Machine à trier" par Zylberberg, Cahuc, Carcillo, Galland.

Message par Condorcet le Mer 25 Sep 2013 - 23:34

Ou comment injecter des sommes considérables en pure perte....

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Re: Diplôme et emploi : "La Machine à trier" par Zylberberg, Cahuc, Carcillo, Galland.

Message par Aevin le Jeu 26 Sep 2013 - 8:02

Je vous conseille aussi de plus ou moins les mêmes auteurs :
La Fabrique de la défiance, Albin Michel, 2012
(site concernant ce livre)

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Re: Diplôme et emploi : "La Machine à trier" par Zylberberg, Cahuc, Carcillo, Galland.

Message par Aevin le Jeu 26 Sep 2013 - 8:07

Également à lire :
Yann Algan, Pierre Cahuc et Andrei Shleifer, "Teaching Practices and Social Capital", Miméo Harvard, 2011. (à télécharger ici)

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Re: Diplôme et emploi : "La Machine à trier" par Zylberberg, Cahuc, Carcillo, Galland.

Message par Moses2 le Mer 29 Mar 2017 - 17:25

Le sociologue Louis Maurin tient un discours qui dénote avec certains topoï :
Louis Maurin a écrit:Le discours sur la soi-disant précarisation en masse, les « intellos précaires », est un discours de réassurance des diplômés. Refuser de voir que les non diplômés sont bien plus souvent concernés est une manière de s’approprier la crise, de se placer parmi ses victimes et d’occulter la valeur du diplôme.
Je ne veux surtout pas nier qu’il y a de vrais phénomènes de déclassement pour certains diplômes universitaires: les niveaux scolaires ne conduisent plus aux mêmes positions qu’hier. Comme pour les revenus, ce qui compte est l’écart entre les aspirations et la réalité.[...]
Le Bac +5 ne vaut plus ce qu’il valait il y a vingt ans ou trente ans : que la jeunesse diplômée déclassée ait du ressentiment, c’est compréhensible. Mais il n’y a rien de commun entre la situation de ces classes-là et celles d’en dessous qui n’ont pas de diplôme. [...] S’apitoyer sur le déclassement des diplômés de l’enseignement supérieur est aussi une façon de ne pas parler de la vie des jeunes de milieux populaires, de les rendre invisibles. [...]
La bourgeoisie culturelle – horrifiée si on la qualifie de «bobo» – refuse absolument de se voir bourgeoise, et tente de nier le rôle essentiel du titre scolaire qui forme son capital. Elle manifeste bruyamment contre le Grand Capital économique, mais pour elle ses titres ne sont pas du capital. Il y a aujourd’hui un discours de classe des diplômés ­– elle a toute une presse pour cela – qui occulte totalement la situation des couches populaires pour se concentrer sur sa prétendue misère.
[...] Curieusement, on ne se demande pas qui est propriétaire du capital culturel, comment ses membres le conservent, avec quelles stratégies scolaires notamment. On le voit dès qu’on soulève la question de la démocratisation de l’école: essayez d’assouplir un tout petit peu la compétition scolaire ou de toucher à un cheveu de leur emblème, les « grandes écoles », et la réaction est immédiate. Ces classes diplômées ressortent leurs pancartes sur la complainte du niveau scolaire, en se servant de pseudo-intérêts des classes populaires pour justifier leur conservatisme. Le tour est joué.
Notons que les porteurs de pancartes sont autant de gauche que droite, qu’ils sont très organisés, et d’une violence à la hauteur des enjeux pour eux : imaginez si leurs enfants n’étaient plus certains de prendre leur place ! C’est tout l’ordre social qui serait alors bouleversé. C’est pour cela qu’aucun candidat à l’élection présidentielle n’a de projet de refonte sérieuse de notre système scolaire mais ne propose que des replâtrages.
Il existe une forme de consensus des conservateurs de tous bords pour ne rien toucher au fond, pour ne pas transformer le système, se contenter d’empiler quelques dispositifs comme le nombre d’élèves par classe, de donner un peu plus dans quelques quartiers, mais ne pas toucher à la façon dont l’enseignement français est construit, à son élitisme, à son côté extrêmement académique, où tout est dans l’implicite pour les élèves, au système de notation sanction, etc. [...]
L’école ne doit pas chercher à produire une élite soi-disant issue de tous les milieux (l’élitisme républicain, un mythe depuis le début) mais à faire progresser tout le monde, à ne laisser personne en chemin. Ce qui n’a rien d’incompatible avec des filières plus poussées. Mais il faut accepter d’en donner un peu moins à ceux qui ont déjà beaucoup et un peu plus à ceux qui ont peu. Regardez comment se lamentent les parents ultras diplômés dès qu’un de leur enfants soi-disant « s’ennuie » à l’école, et vous avez tout compris. Ou les tonnes de littérature sur nos pauvres « surdoués ». C’est vrai que ceux qui dorment au fond de la classe, tout est de leur faute. Comme en plus une partie est d’origine immigrée…
https://www.slate.fr/story/141983/declassement-diplomes-inegalites

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Re: Diplôme et emploi : "La Machine à trier" par Zylberberg, Cahuc, Carcillo, Galland.

Message par William Foster le Mer 29 Mar 2017 - 18:10

Je ne suis pas sûr de bien comprendre... Il ne faudrait pas râler parce que la marée baisse ?  Neutral
Et les gens qui râlent de la chute du niveau sont de vilains conservateurs qui refusent de partager avec les pauvres pauvres ?

Je veux bien une explication de textes parce que ça me paraît limite insultant de prime abord.

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Re: Diplôme et emploi : "La Machine à trier" par Zylberberg, Cahuc, Carcillo, Galland.

Message par Graisse-Boulons le Jeu 30 Mar 2017 - 21:33

@William Foster a écrit:Je ne suis pas sûr de bien comprendre... Il ne faudrait pas râler parce que la marée baisse ?  Neutral
Et les gens qui râlent de la chute du niveau sont de vilains conservateurs qui refusent de partager avec les pauvres pauvres ?

Je veux bien une explication de textes parce que ça me paraît limite insultant de prime abord.

Meuhhhh non, c'est juste que le Monsieur est gentil, c'est un gars bien, il peut être fier de lui. On avance pas d'un pouce, mais c'est très correct comme discours...Effectivement, peut-être un peu râpeux pour ceux qui, issus de la classe ouvrière, ont travaillé jusque tard tous les soirs pour s'en sortir afin d'approcher le camp des méchants. Mais enfin il faut comprendre : utiliser des gros mots comme "travail", "exigence parentale" qui, l'age venant, devient exigence personnelle, cela vous ternit votre image de sociologue moderne en moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire !

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