[résolu] Je recherche l'extrait des Mémoires d'une jeune fille rangée où Simone de Beauvoir dit avoir triché à une version.

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

[résolu] Je recherche l'extrait des Mémoires d'une jeune fille rangée où Simone de Beauvoir dit avoir triché à une version.

Message par Saphyr le Dim 24 Nov 2013 - 15:51

Bonsoir à tous,
 Je prépare ma séquence sur l'autobiographie pour mes 3eme et je veux utiliser des textes ayant pour thème "le mensonge dans l'enfance". J'ai déjà l'extrait des Confessions sur le vol du ruban et là je cherche l'extrait de Mémoires d'une jeune fille rangée où Simone de Beauvoir raconte comment elle a triché pour sa version grecque ou latine. Quelqu'un aurait-il cet extrait?

_________________
"Ecoutez, mon vieux, peu importe qu'un homme vive trente ou cent ans, dans la mesure où il fait quelque chose qui en vaut la peine avant de casser sa pipe", Etats d'urgence, André Brink.
“I'm right and you're wrong, I'm big and you're small, and there's nothing you can do about it.”, Matilda, Roald Dahl

Saphyr
Habitué du forum


Revenir en haut Aller en bas

Re: [résolu] Je recherche l'extrait des Mémoires d'une jeune fille rangée où Simone de Beauvoir dit avoir triché à une version.

Message par John le Dim 24 Nov 2013 - 17:26

Tu es sûre que c'est de Beauvoir ?

Ca m'évoque plutôt un passage de Vallès, dont je n'ai pas les références en tête.

_________________
En achetant des articles au lien ci-dessous, vous nous aidez, sans frais, à gérer le forum. Merci !


"Celui qui ne participe pas à la lutte participe à la défaite" (Brecht)
"La nostalgie, c'est plus ce que c'était" (Simone Signoret)
"Les médias participent à la falsification permanente de l'information" (Umberto Eco)

John
Médiateur


Revenir en haut Aller en bas

Re: [résolu] Je recherche l'extrait des Mémoires d'une jeune fille rangée où Simone de Beauvoir dit avoir triché à une version.

Message par Zazk le Dim 24 Nov 2013 - 17:34

Dans un autre genre, je me souviens que Pagnol, dans ses souvenirs d'enfance, (Le Château de ma mère ? Le temps des secrets ? ou encore l'ouvrage posthume Le temps des amours ?) explique qu'il a trouvé un livre contenant les traductions des versions latines données par son professeur. Il s'en est servi "allègrement" mais pour éviter tout soupçon de la part de son professeur, il se forçait à ajouter quelques fautes plausibles. Bientôt, il eut des notes si exceptionnelles qu'on le proposa à un concours de version latine. Il s'attendait au pire mais il se rendit compte qu'il avait appris à observer le texte latin et il s'en sortit très bien !

Zazk
Habitué du forum


Revenir en haut Aller en bas

Re: [résolu] Je recherche l'extrait des Mémoires d'une jeune fille rangée où Simone de Beauvoir dit avoir triché à une version.

Message par Saphyr le Dim 24 Nov 2013 - 17:48

John, ça m'avait marqué à l'époque où je l'ai lu, d'ailleurs il faudrait que je le relise. Je n'ai aucun souvenir de Vallès.
Zazk c'est dans le temps des amours... C'est d'ailleurs amusant parce que dans ma mémoire le texte de Beauvoir et de Pagnol sont assez similaires.

_________________
"Ecoutez, mon vieux, peu importe qu'un homme vive trente ou cent ans, dans la mesure où il fait quelque chose qui en vaut la peine avant de casser sa pipe", Etats d'urgence, André Brink.
“I'm right and you're wrong, I'm big and you're small, and there's nothing you can do about it.”, Matilda, Roald Dahl

Saphyr
Habitué du forum


Revenir en haut Aller en bas

Re: [résolu] Je recherche l'extrait des Mémoires d'une jeune fille rangée où Simone de Beauvoir dit avoir triché à une version.

Message par Mandoline le Dim 24 Nov 2013 - 17:49

Comme chaque semaine, je fis avec soin le mot à mot de ma version latine et je le transcrivis sur deux colonnes. Il s'agissait ensuite de le mettre en bon français. Il se trouva que le texte était traduit dans ma littérature latine, avec une élégance que je jugeai inégalable : par comparaison, toutes les tournures qui me venaient à l'esprit me paraissaient d'une affligeante maladresse. Je n'avais commis aucune faute de sens, j'étais assurée d’obtenir une excellente note, je ne calculai pas ; mais l'objet, la phrase, avait ses exigences ; elle se voulait parfaite ; je répugnais à substituer au modèle idéal fourni par le manuel mes gauches inventions. De fil en aiguille, je recopiai la page imprimée.
On ne nous laissait jamais seules avec l'abbé Trécourt ; assise à une petite table, près de la fenêtre, une de ces demoiselles nous surveillait ; avant qu'il ne nous rendît nos versions, elle relevait nos notes sur un registre. Cette fonction avait été dévolue ce jour-là à Mademoiselle Dubois, la licenciée, dont normalement j’aurais dû l'année précédente suivre les cours de latin et que nous avions dédaignée, Zaza et moi, au profit de l'abbé ; elle ne m'aimait pas. Je l'entendis s'agiter dans mon dos ; elle s'exclamait, en sourdine, mais furieusement. Elle finit par rédiger un billet qu’elle posa sur le paquet de copies, avant de les remettre à l’abbé. Il essuya ses lorgnons, lut le message et sourit :
« Oui, dit-il avec bonhomie, ce passage de Cicéron était traduit dans votre manuel et beaucoup d'entre vous sien sont aperçues. J'ai mis les meilleures notes aux élèves qui ont gardé le plus d’originalité. » Malgré l'indulgence de sa voix, le visage courroucé de Mademoiselle Dubois, le silence inquiet de mes condisciples, me remplirent de terreur. Soit par habitude, soit par distraction ou par amitié, l’abbé m'avait classée première : j'obtenais un 17. Personne d’ailleurs n'avait moins de 12. Il me demanda, sans doute pour justifier sa partialité, d’expliquer le texte mot à mot : j’affermis ma voix et m’exécutai sans défaillance. Il me félicita et l‘atmosphère se détendit. Mademoiselle Dubois n'osa pas réclamer qu'on me fît lire à haute voix mon « bon français » ; Zaza, assise à côté de moi, n'y jeta pas un coup d’œil : elle était d’une scrupuleuse honnêteté et se refusa, je pense, à me soupçonner. Mais d'autres camarades, à la sortie de la classe, chuchotèrent et Mademoiselle Dubois me prit à part : elle allait aviser Mademoiselle Lejeune de ma déloyauté. Ainsi, ce que j’avais souvent redouté venait finalement de se réaliser : un acte, accompli dans l'innocence de la clandestinité, en se révélant me déshonorait. Je respectais encore Mademoiselle Lejeune : l'idée qu’elle allait me mépriser me torturait.
Impossible de remonter le temps, de reprendre mon coup : j‘étais marquée pour toujours ! Je l'avais pressenti : la vérité peut être injuste. Toute la soirée et une partie de la nuit je me débattis contre le piège où ‘étais tombée à l'étourdie et qui ne me lâcherait plus. D’ordinaire, j'éludais les difficultés par la fuite, le silence, l'oubli ; je prenais rarement des initiatives ; mais cette fois je décidai de lutter. Pour dissiper les apparences qui me déguisaient en coupable, il fallait mentir : je mentirai. J'allai trouver Mademoiselle Lejeune dans son cabinet et je lui jurai, les larmes aux yeux, que je n'avais pas copié : il s’était glissé dans ma version d’involontaires réminiscences. Convaincue de n’avoir rien fait de mal, je me défendis avec la ferveur de la franchise. Mais ma démarche était absurde : innocente, j'aurais apporté mon devoir comme une pièce à conviction ; je me contentai de donner ma parole. La directrice ne me crut pas, me le dit et ajouta avec impatience que l'incident était clos. Elle ne me sermonna pas, elle ne formula aucun reproche : cette indifférence même et la sécheresse de sa voix me révélèrent qu’elle n'avait pas une once d’affection pour moi. J’avais craint que ma faute ne me ruinât dans son esprit : mais depuis longtemps, il ne me restait rien à perdre. je me rassérénai. Elle me refusait si catégoriquement son estime que je cessai de la désirer.

Simone de Beauvoir, Mémoires d’une jeune fille rangée, 1958.

Mandoline
Niveau 7


Revenir en haut Aller en bas

Re: [résolu] Je recherche l'extrait des Mémoires d'une jeune fille rangée où Simone de Beauvoir dit avoir triché à une version.

Message par Saphyr le Dim 24 Nov 2013 - 18:01

Merci veneration veneration yesyes yesyes cheers 

_________________
"Ecoutez, mon vieux, peu importe qu'un homme vive trente ou cent ans, dans la mesure où il fait quelque chose qui en vaut la peine avant de casser sa pipe", Etats d'urgence, André Brink.
“I'm right and you're wrong, I'm big and you're small, and there's nothing you can do about it.”, Matilda, Roald Dahl

Saphyr
Habitué du forum


Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut


 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum